La France a raté la transformation technologique des 30 dernières années, faisant décrocher productivité et PIB, mais elle doit s’emparer de l’intelligence artificielle avec des aides publiques ciblées, affirme le Conseil d’analyse économique, qui recommande un plan d’investissements France 2040.
« Il ne faut vraiment pas manquer le train de l’adoption de l’IA générative comme on a manqué le train de l’adoption du numérique », a alerté jeudi Xavier Jaravel, président délégué du CAE, lors d’une conférence de presse.
Cet organisme rattaché à Matignon a calculé que « le ralentissement de la productivité explique l’intégralité de la différence de trajectoire de PIB/habitant en France par rapport aux États-Unis depuis 1995 ».
Entre 1995 et 2025, la productivité a progressé de 0,8% par an en France, contre 1,1% dans la zone euro et 1,7% aux États-Unis.
Retards d’investissements d’abord, puis, sur la dernière décennie, moindre diffusion des technologies numériques – informatique, communications, notamment Internet – au sein des entreprises, ont conduit à ce ralentissement, en particulier dans des secteurs comme le commerce ou la finance.
Sans ce décrochage, 400 milliards d’euros de recettes publiques supplémentaires seraient rentrés chaque année dans les caisses de l’Etat, a précisé Xavier Jaravel.
« Les enjeux de pouvoir d’achat se jouent là, et ça vient beaucoup de la diffusion du numérique », a-t-il ajouté.
Le CAE recommande ainsi, « pour inverser la tendance », de mettre en place « des politiques publiques ambitieuses de soutien à la diffusion des innovations, notamment en matière d’IA générative, et de soutien à l’innovation technologique ».
L’organisme souligne notamment que France 2030, plan d’investissements publics dans l’innovation lancé par Emmanuel Macron en 2021, est une politique « autofinancée à cet horizon », puisque « sur 3 ans, le surcroît cumulé de prélèvements obligatoires versés par les entreprises lauréates dépasse nettement l’aide versée ».
« Nous recommandons donc de renforcer ce type d’appels à projets au sein d’un nouveau programme France 2040 », auquel serait consacré « au moins 0,2 point de PIB par an », même en période de disette budgétaire.
Le constat est plus sévère en revanche pour le Crédit impôt recherche, « très loin d’être autofinancé et (qui) gagnerait même à être davantage ciblé », car certaines incitations « semblent constituer un effet d’aubaine pour les grands groupes ».
France 2030 était doté initialement de 54 milliards d’euros, mais avait été amputé de 1,1 milliard d’euros dans le budget 2026.
En juin, le Premier ministre avait annoncé que France 2030 consacrerait « 655 millions d’euros supplémentaires » au développement de l’IA.
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