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Nigeria : Amnesty International accuse Shell d’avoir maintenu sa production de pétrole malgré des oléoducs percés

Posté le par AFP

Les dirigeants de Shell savaient que des voleurs de pétrole perçaient ses oléoducs, mais ont refusé d’interrompre leur exploitation afin de préserver leurs bénéfices, affirment Amnesty International et une coalition d’organisations de défense des droits humains et de l’environnement dans un rapport publié mercredi.

Ce rapport, le dernier d’une longue série d’accusations de pollution visant les grandes compagnies pétrolières internationales au Nigeria, s’appuie sur des audits internes et des courriels rendus publics alors que Shell fait face à des poursuites engagées par des communautés locales du delta du Niger, région riche en pétrole mais marquée par une grande pauvreté.

« Une cause majeure de la pollution réside dans l’incapacité de Shell à assurer correctement l’entretien du vaste réseau de puits et d’oléoducs »exploité par sa filiale nigériane, la Shell Petroleum Development Company (SPDC) », indique le document.

Selon Amnesty International et la coalition, les dirigeants de Shell et de sa filiale étaient également conscients de l’ampleur des vols de pétrole, qui auraient été facilités en partie par des employés corrompus de la SPDC.

Le rapport cite une présentation interne de 2013 sur les oléoducs percés dans laquelle il est demandé : « Sommes-nous à l’aise de continuer à produire, en sachant que de nouveaux dommages environnementaux surviendront ? »

Devant les tribunaux, Shell a soutenu ne pas être responsable des agissements de ses filiales, dont la SPDC au Nigeria, qu’elle affirme fonctionner de manière indépendante.

Mais selon le rapport, cette présentation interne alertant sur la pollution liée aux vols de pétrole a été élaborée dans le cadre du « Project Madrid », auquel participaient de hauts responsables de la maison mère.

Les gens vont dire : « Que fait Shell ? (…) L’entreprise avait la possibilité d’arrêter le pompage, mais elle a choisi de ne pas le faire. Elle a maintenant créé un monstre », a écrit un cadre, selon le rapport.

Au final, l’entreprise a décidé de maintenir les oléoducs endommagés en fonctionnement « par intermittence », ne suspendant les opérations que lorsque la pollution dépassait un certain seuil, indique Amnesty International et la coalition dans le rapport.

La découverte de pétrole dans le sud-est du Nigeria dans les années 1950 a fait du pays l’une des principales économies d’Afrique. Toutefois, une grande partie de cette richesse reste concentrée entre les mains d’une élite, dans une société fortement inégalitaire, marquée par des décennies de corruption.

Bien qu’en recul, les vols de pétrole et le raffinage clandestin persistent aujourd’hui.

En réponse au rapport, Shell a estime que l’enquête « fait un usage sélectif des documents et de leurs citations d’une manière qui donne une impression trompeuse ».

La plupart des grandes compagnies pétrolières ont abandonné leurs activités terrestres au Nigeria afin de se concentrer sur des exploitations offshore, jugés plus sûres. Des entreprises locales ont, pour l’essentiel, repris ces actifs pétroliers terrestres.

nro/ks/eba

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