Les couturières d’Elia, marque française de culottes menstruelles, ne chôment pas avant l’entrée en vigueur jeudi du remboursement de ces protections périodiques par la sécurité sociale. La petite entreprise est dans une période de « rush incroyable », selon sa cofondatrice, qui espère des résultats à la hauteur.
Dans l’usine du groupe Eminence à Sauve, son partenaire dans le Gard, les salariées ne travaillent que sur un modèle, une culotte noire en coton biologique, au design basique.
C’est ce modèle qui sera vendu en pharmacie à partir de jeudi, et entièrement pris en charge pour les jeunes femmes (moins de 26 ans) et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (6,7 millions de femmes), sur présentation de leur carte Vitale et mutuelle.
Le texte prévoit le remboursement des culottes et coupes menstruelles réutilisables vendues en pharmacie.
« Une avancée majeure contre la précarité menstruelle », salue Marion Goilav. La cofondatrice d’Elia, qui produit principalement en France, voit aussi cette nouvelle comme « une bouffée d’air pour l’industrie textile qui souffre depuis dix ans ».
Elia produit actuellement 2.000 culottes par jour, contre 2.000 par mois en temps normal, et a dû recruter 55 commerciaux pour démarcher les pharmacies.
Car l’enjeu pour la société est désormais de séduire les pharmaciens, face aux marques concurrentes qui fabriquent à bas coût en Asie et offrent donc des marges plus intéressantes.
La culotte d’Elia coûte 9,40 euros à produire, et ne peut être vendue plus de 14,40 euros hors taxes (19 euros TTC) selon l’arrêté.
– 300 lavages –
« On ne peut plus dire que le +made in France+ est cher puisqu’il est remboursé », sourit Marion Goilav. Mais « on aurait pu attendre des pouvoirs publics plus de mesures protectionnistes », regrette-t-elle.
Rien de commun, assure-t-elle, entre une culotte Elia tricotée, découpée et assemblée en France, en coton bio certifié y compris dans sa partie « absorbante », non visible, et un produit chinois par exemple.
Kader Lasla, directeur de l’usine, abonde et défend « un savoir-faire français unique, avec autant de technologies différentes que de matières ». La culotte menstruelle vendue en pharmacie, par exemple, a représenté « un défi industriel », remarque-t-il.
« Il a fallu réduire les coûts en gardant la qualité », souligne Marion Goilav. Elle déplore que le cahier des charges publié au Journal officiel pour le remboursement des culottes « couvre le strict minimum en termes d’absorption, de résistance et d’innocuité ».
Les produits Elia s’adaptent par exemple à des flux jusqu’à 30 ml quand l’Assurance maladie n’en requiert que 20.
Dans le laboratoire d’Eminence à Aimargues, toujours dans le Gard, les culottes sont malmenées : étirées, frottées, lavées à haute dose, pour tester leur performance et leur durabilité.
Quand le cahier des charges ne prévoit qu’une durée de vie de 52 lavages, soit 8 mois en moyenne, Elia monte jusqu’à 300. La marque française met aussi en avant sa recherche de « 600 substances nocives » dont les Pfas, pour s’assurer que ce produit au plus près de l’intimité des femmes soit sans risque pour leur santé.
Selon une étude réalisée en novembre 2025 pour l’association Dons Solidaires, sur un échantillon de 4.002 adultes, une femme sur dix utilise des alternatives aux protections menstruelles faute de moyens: coton, vieux vêtements déchirés… Les associations féministes et syndicats étudiants notamment ont salué la mesure française de remboursement quand elle a été formalisée en avril, mais la jugent insuffisante, pointant notamment la limite de remboursement à deux produits par an (culottes ou cups).
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