Drones, dissuasion nucléaire et Navy « hybride »: le Royaume-Uni prévoit de porter son budget militaire à près de 300 milliards de livres (348 millions d’euros) durant les quatre prochaines années pour moderniser les forces britanniques dans un contexte de montée des menaces.
Après plusieurs mois de retard, le Premier ministre démissionnaire Keir Starmer a dévoilé mardi un plan d’investissement dans la défense depuis le site d’un fabricant de drones dans le Berkshire (sud de l’Angleterre).
Malgré son départ prochain de Downing Street, le chef du gouvernement travailliste avait promis de présenter ce plan avant de se rendre au sommet de l’Otan en Turquie les 7 et 8 juillet.
Il doit selon lui « assurer la sécurité » du pays tout en « apportant à nos alliés de la clarté sur nos intentions ».
Et il a qualifié ce plan d' »héritage » dont il est « fier », alors qu’il ne sera plus en poste pour sa mise en oeuvre. Son probable successeur Andy Burnham devrait arriver à Downing Street mi-juillet.
– « Un pas important » –
Tirant les leçons des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, le plan met l’accent sur le développement des drones et des systèmes autonomes avec un investissement de 5 milliards de livres (5,8 milliards d’euros) dans des drones de déminage ou encore des drones d’attaque explosifs au faible coût, a détaillé le ministère de la Défense dans un communiqué.
Le gouvernement va également mobiliser 63 milliards de livres pour « renforcer la dissuasion nucléaire britannique », 11 milliards pour reconstituer les stocks de munitions et d’armements et 8 milliards pour le projet de futur avion de combat (GCAP) développé avec le Japon et l’Italie.
L’objectif est également de transformer la Royal Navy, qui a récemment montré ses limites au Moyen-Orient, en une marine « hybride », combinant des navires dits autonomes fonctionnant grâce à l’intelligence artificielle avec une flotte plus traditionnelle.
Keir Starmer s’est dit « confiant » dans le fait que ce plan permette au Royaume-Uni d’assumer ses responsabilités envers l’Otan dans l’éventualité d’une offensive russe d’ici 2030.
Le secrétaire général de l’Alliance Mark Rutte a salué sur X « un pas important vers l’objectif de consacrer 3,5% du PIB à la défense » d’ici 2035, sur lequel se sont engagés les membres de l’Otan l’an dernier, dans un contexte de fortes pressions américaines.
– « Sous-financé » –
Les tergiversations autour de ce plan ont aggravé la crise politique qui a mené à la chute de Keir Starmer la semaine dernière, en causant la démission de celui qui était alors ministre de la Défense, John Healey, et du secrétaire d’Etat aux Forces armées, Al Carns.
M. Healey avait accusé le chef du gouvernement et la ministre des Finances Rachel Reeves de ne pas avoir débloqué les fonds nécessaires. Mardi, il a encore souligné sur X qu’en 2030 « le Royaume-Uni ne consacrera encore que 2,7% de son PIB à la défense ».
Au total, ce sont 15 milliards de livres (17,3 milliards d’euros) supplémentaires qui ont été débloqués sur quatre ans, loin des 28 milliards réclamés par l’état-major.
Pour les financer, le gouvernement va geler des projets dans l’énergie et les transports, a indiqué Keir Starmer, après avoir déjà prévu de rogner sur le budget de l’aide internationale.
Ce plan « nous prépare d’ici 2035 à une guerre qui pourrait se produire en 2030 », a raillé mardi sur la BBC le général à la retraite Richard Barrons.
Il est « sous-financé » et les futures capacités arriveront « trop tard alors que la menace à laquelle nous sommes confrontés est immédiate », a également critiqué le porte-parole de l’opposition conservatrice en matière de défense, le député James Cartlidge.
Ce plan est « une amélioration » mais « la majeure partie de l’argent est consacrée à des projets d’ampleur » déjà prévus comme la dissuasion nucléaire, le GCAP, et à un rattrapage en terme d’infrastructures et de munitions, et non à de « nouvelles capacités », a souligné Bence Nemeth, spécialiste de la Défense au King’s College de Londres.
Alors que d’autres grands pays européens, comme l’Allemagne et la Pologne ont nettement relevé leurs ambitions, « le rôle du Royaume-Uni sera certainement moins important dans les 5 ou 10 prochaines années », a-t-il encore déclaré à l’AFP.
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