Désormais responsable du financement, de la construction et de l’exploitation des raccordements des parcs éoliens en mer, RTE mobilise toute une filière industrielle. Standardisation, massification et simplification sont ses maîtres-mots, avec en ligne de mire l’installation de postes électriques en mer pour transporter l’électricité.
La France, après quelques années d’hésitation, s’est lancée dans le déploiement de parcs éoliens en mer. Ceux déjà en service (voir carte à la fin de l’article) cumulent un peu moins de 2 GW de puissance nominale. Un peu plus d’1 GW est en cours de construction et plus de 10 GW sont en développement par des appels d’offres déjà attribués ou en cours. Les éoliennes, en grande majorité posées sur les fonds marins sur la façade Ouest et Nord-Ouest du pays, et flottantes en Méditerranée, ont un point en commun : elles doivent être raccordées au réseau de transport d’électricité de RTE.
En plus d’entretenir le réseau terrestre et d’y raccorder les nouveaux moyens de production et de consommation, RTE est désormais responsable du raccordement total des éoliennes en mer. « Pour les six premiers parcs, les exploitants devaient s’occuper du poste électrique en mer, et après nous prenions le relais pour réaliser les liaisons sous-marines et les ouvrages sur terre. Désormais, RTE doit gérer l’ensemble du raccordement, ce qui va nous amener à créer des postes de transformation en mer », raconte Khalid Abdallaoui, directeur des Projets maritimes et interconnexions de RTE.
À la croissance du périmètre de responsabilité de RTE s’ajoute la croissance future du volume de raccordement à réaliser. En effet, la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit des appels d’offres supplémentaires qui doivent engager la construction d’autres parcs éoliens dans des zones maritimes prédéfinies. Objectif : disposer de 15 GW en 2035, de 26 GW en 2040 et au moins 45 GW en 2050.
Standardiser, massifier, simplifier
Le défi est grand pour RTE, mais son habitude des projets d’interconnexion et sa maîtrise technologique des réseaux jouent en sa faveur. L’organisation interne a été revue pour bien coordonner la direction métier concernée par ces projets et toutes les autres sur les sujets transversaux (achats, environnement, maintenance). Comme tous les acteurs de la transition énergétique, il s’agit aussi de sécuriser les chaînes d’approvisionnement en matériels, notamment les câbles et les transformateurs dont la demande est forte.
Pour s’assurer de la réussite dans l’éolien offshore, RTE applique depuis quatre ans la règle SMS : standardisation, massification et simplification. Il s’agit de standardiser les équipements et massifier les procédures d’achat afin de réduire les coûts d’ingénierie et les temps d’achats, notamment via des appels d’offres groupés et des partenariats avec des industriels européens. La simplification des spécifications des appels d’offres complète le tableau.
L’enjeu humain est aussi prégnant. Recruter et former les personnes qui vont suivre ces projets sur plusieurs décennies, tant côté ingénieurs que techniciens, oblige à s’organiser : « Nous avons recruté dans le secteur Oil&Gas, et nous construisons une filière professionnelle en ingénierie maritime pour s’assurer d’avoir les compétences requises. Cela fait écho à la création il y a un an de la filière industrielle des entreprises des réseaux électriques, avec Enedis, le Serce, le Gimélec et Sycabel », précise Khalid Abdallaoui.
Le courant continu sera privilégié pour certains parcs
Sur le terrain, chaque projet nécessite un temps important de concertation tant auprès des riverains des zones terrestres que des nombreux usagers des zones maritimes, en particulier les pêcheurs. Côté environnemental, de nombreuses études sont menées tant par les bureaux d’études spécialisées que par la R&D de RTE et avec d’autres entités comme France Énergie Marine ou l’Ifremer. RTE souhaite que ces recherches puissent faire progresser la connaissance sur l’impact des ouvrages en milieu marin.
Les enseignements des premiers projets sont aussi techniques : la pose de câble en mer nécessite des approches spécifiques soit en les enfouissant, soit en les recouvrant d’un enrochement. Leur atterrage impose aussi une chambre de jonction souterraine entre câbles sous-marins et câbles terrestres, qui ne sont pas tout à fait identiques.
Mais à l’avenir, le gestionnaire va devoir réaliser une première pour lui : installer des postes électriques en pleine mer. Certains seront en courant alternatif, comme c’est déjà le cas pour les parcs existants, afin d’élever la tension des éoliennes de 66 à 225 kV. D’autres seront beaucoup plus massifs (10 à 12 000 tonnes), car ils permettront la transformation du courant alternatif des éoliennes en courant continu, avec une élévation de 66 à 320 kV. « Cette option est privilégiée techniquement et économiquement, car elle permet de réduire les pertes du transport d’électricité lorsque les parcs ont une forte puissance à évacuer (jusqu’à 1,5 GW pour le projet de Centre Manche 2 par exemple) et que la distance à la côte est suffisamment grande », ajoute Khalid Abdallaoui.
Déjà habitué au transport en courant continu pour les interconnexions avec certains pays (Espagne, Angleterre, Irlande), RTE prévoit déjà deux postes en mer en courant continu dans la Manche au début des années 2030. Avec le développement de nouveaux parcs en mer plus éloigné des côtes, grâce à l’éolien flottant, cette solution va lui être de plus en plus familière !







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