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Burn-out : comment bien se préserver au travail ?

Posté le par Alexandra VÉPIERRE dans Entreprises et marchés

Conséquence d’un épuisement du corps puis du mental dans le cadre professionnel, le burn-out est encore un sujet de recherche pour être mieux conceptualisé et diagnostiqué. Catherine Vasey, psychologue spécialisée dans le burn-out, fait le point sur nos connaissances actuelles et sur les méthodes pour se prémunir de l’épuisement professionnel.

Psychologue de formation, Catherine Vasey est spécialisée dans le burn-out depuis une vingtaine d’années. Elle accompagne des patients atteints de burn-out dans son cabinet en Suisse et anime aussi des séminaires de prévention en entreprise. Elle a écrit trois livres sur le sujet : Burn-out : le détecter et le prévenir, Comment rester vivant au travail, et La boîte à outils de votre santé au travail. Elle est aussi à l’origine du site NoBurnout dans lequel elle partage des ressources et des informations sur le sujet.

Ses travaux se basent essentiellement sur sa pratique de terrain ; ils ont pour but de vulgariser cette thématique et partager des outils pratiques, afin de se sortir du burn-out sans séquelles et pouvoir retourner au travail. Entretien.

Techniques de l’Ingénieur : Qu’est-ce que le burn-out ?

Catherine Vasey, psychologue.

Catherine Vasey : Le burn-out est un processus, et non pas un état, qui évolue dans le temps. Il s’agit d’un épuisement causé par un stress chronique au travail, qui dure plus de 6 mois. Durant un burn-out, le problème ne vient pas tellement du stress ou de sa gestion, mais d’un manque de récupération à la suite de ce stress. C’est d’abord un épuisement du corps, ce qui le distingue totalement d’une dépression, car ce n’est ni un problème psychique, ni psychiatrique. Il s’agit d’un épuisement du système nerveux autonome sympathique et parasympathique. Le système nerveux autonome sympathique est la « pédale d’accélération » de notre organisme, et le parasympathique en est le « frein ». Lors d’un burn-out, ces deux systèmes sont atteints et le corps ne peut plus être stimulé ou récupérer. Au cours d’un épuisement vraiment grave, la personne n’arrive plus à se concentrer, à récupérer et ressent une intense fatigue. Et c’est cet épuisement biologique qui influence le moral.

Il existe d’ailleurs un examen biologique très récent qui permet d’évaluer le degré d’épuisement d’un organisme. C’est ce qu’on appelle la variabilité de la fréquence cardiaque. Des électrodes sont posées sur le thorax d’une personne et enregistrent la fréquence cardiaque pendant 24 h. Plus cette fréquence cardiaque varie, mieux c’est pour le corps, car cela signifie que le système nerveux autonome est en bonne santé. Si en revanche elle est plus rigide et arrive moins à s’adapter à la vie courante, c’est que le système nerveux autonome est épuisé. Cet examen permet aussi de bien distinguer les personnes en dépression de celles en burn-out. Ce n’est pas la manière la plus courante de réaliser un diagnostic, mais je pense que cet examen va beaucoup se développer. Le burn-out reste une pathologie récente qu’on n’a pas fini de conceptualiser donc on développe encore des traitements et méthodes de diagnostic.

Quels sont les facteurs de risques ?

Il existe trois types de facteurs de risques : les facteurs sociétaux, organisationnels et individuels.

Au sein des facteurs sociétaux, nous retrouvons des risques liés à notre mode de vie. D’abord, la sédentarité croissante dans nos vies privée et professionnelle affecte notre récupération au stress. Initialement, le stress est une réaction physiologique pour agir physiquement – typiquement par l’attaque ou la fuite. Le corps s’attend à ce que nous dépensions ce trop-plein d’énergie dans une activité physique. Or aujourd’hui, nous stressons beaucoup, mais nous ne déchargeons pas cette énergie.

D’autre part, les nouvelles technologies participent au stress, car notre vie professionnelle empiète sur notre vie personnelle et peut créer une surcharge mentale et une impossibilité à récupérer. Ensuite, la société occidentale valorise énormément le travail, qui est intimement lié à notre identité et devient donc une priorité de vie. Or le burn-out arrive justement aux personnes extrêmement investies dans leur poste et très engagées. La perte de sens est également un facteur de risques. Il existe de nombreuses professions où les personnes perdent le sens de ce qu’elles font au regard de leurs valeurs professionnelles. Cela peut arriver par exemple aux ingénieurs qui travaillent dans la qualité, mais qui se voient dans l’obligation d’écourter les process pour sortir des rapports ou des produits plus rapidement. Cela ne correspond pas du tout à l’image qu’ils ont d’un travail bien fait et ils ont la sensation de faire des compromis sur leurs valeurs.

Il existe également des facteurs organisationnels, liés à l’entreprise. C’est le cas lorsque les délais sont trop courts, les attentes trop nombreuses ou complexes, lorsqu’il y a un manque d’organisation, de reconnaissance etc.

Et enfin, il y a des facteurs individuels. Certaines personnalités sont plus à risque, notamment les personnes perfectionnistes, surengagées dans leur travail, qui ont du mal à décrocher. Comme ces facteurs sont internes à l’individu, le fait de changer de poste ou d’entreprise ne suffit pas forcément pour guérir d’un burn-out et la situation peut recommencer.

Dans tous les cas, un seul facteur ne cause jamais à lui seul un burn-out. C’est l’accumulation de plusieurs facteurs d’usure qui provoque cet épuisement du corps, devenu incapable de se ressourcer.

Comment agir pour éviter un burn-out ?

Tout d’abord, il faut être conscient de ses propres signaux d’alerte, d’où l’importance de bien se connaître pour les reconnaître et mettre en place des mesures pour se préserver au maximum. Parmi ces mesures, il est nécessaire de préserver son sommeil, se défouler davantage et se ressourcer dans notre vie privée. Une erreur commune est de penser qu’il faut se reposer pour aller mieux. Or l’important est de récupérer activement, par exemple en faisant des activités physiques (marche, footing, sport…), en s’occupant de son jardin, en assistant à un match de foot où on se lève, crie, se défoule. C’est important de comprendre que le corps peut stresser, ça n’a rien de problématique, mais après il doit récupérer.

Du point de vue professionnel, il faut se focaliser sur ce qui nous fait du bien dans notre travail. En période de stress, nous nous concentrons souvent uniquement sur les sources potentielles de dangers donc sur tout ce qui pourrait poser problème. Nous perdons donc de vue nos succès, nos intérêts. Changer de regard permet de réagir sans nécessairement modifier le contexte professionnel. Il faut se tourner vers ce qui nous fait du bien, comme prendre des pauses avec les collègues que l’on apprécie par exemple.

Comment guérir d’un burn-out ?

Le traitement se fait en trois étapes. D’abord, il faut remonter le niveau d’énergie. Certaines personnes vont stresser et culpabiliser d’être en arrêt de travail et ne récupèrent pas, d’où la nécessité d’être bien accompagné. Ensuite, la deuxième étape est une étape de redynamisation, d’identification de ses facteurs de risque et de préparation au retour au travail. Il s’agit de comprendre pourquoi on a eu un burn-out et de se réentraîner intellectuellement. Cela s’explique biologiquement : le cortisol, une des hormones du stress, fait des dégâts au niveau du cerveau donc des neurones sont blessés et atteints à cause du stress chronique. Si on veut réhabiliter l’intellect, il faut faire des exercices de mémoire, de concentration tous les jours avant de revenir au travail. Et bien sûr, il faut également faire attention à son sommeil et faire de l’activité physique. Sans cette étape, certaines personnes mal accompagnées n’arrivent plus à se concentrer, à organiser une journée, et restent en arrêt de travail.

Enfin, la troisième phase du traitement est le retour au travail. Il y a souvent une incompréhension là-dessus, car le burn-out n’est pas comme toute maladie où on revient au travail une fois guéri. Dans ce cas, le retour au travail fait partie du processus de guérison. Parmi mes patients, environ 80 % des personnes en burn-out grave retournent dans le même poste. Un des symptômes du burn-out est de vouloir quitter un emploi qui nous épuise, mais ce n’est pas forcément la solution. Une partie des 80 % va par la suite changer de travail, mais ça sera par choix et non par incapacité de réaliser leur travail. Cette étape de retour dans le milieu professionnel permet de guérir, car les personnes vont réussir à travailler en situation de stress et ainsi se réhabiliter à leurs yeux. Je milite grandement pour le retour au travail, ce qui n’est pas le cas de tous les professionnels, car c’est un véritable enjeu pour finaliser la guérison.

Que doit mettre en place l’entreprise pour protéger les salariés ?

D’abord, il est important de sensibiliser toute l’entreprise au risque de burn-out, à ses manifestations, aux facteurs de risques, à comment faire le bilan pour soi-même. Ensuite, l’entreprise doit former les chefs de proximité à repérer les facteurs d’usure qui peuvent se manifester dans leur équipe et à comprendre sur quels leviers ils peuvent agir. Ce sont eux les plus proches du terrain et donc les plus à même de prévenir les burn-out en agissant en amont.

Si le manager constate un changement chez un salarié, il pourra être attentif et lui en parler directement. Ce genre d’entretien nécessite du tact donc une formation en amont peut être nécessaire. Il s’agit de parler avec la personne sans critiques ou avertissement, afin de comprendre ce qui lui arrive. Évidemment, cette discussion est bien plus facile à avoir si toute l’entreprise a été sensibilisée en amont. Le processus du burn-out s’accompagne aussi de déni, donc un seul entretien ne suffira certainement pas, et le manager devra en parler plusieurs fois avec le salarié et suivre son évolution, s’assurer qu’il arrive mieux à se préserver, que sa charge de travail est adéquate etc.

Une chose importante à noter est qu’il n’y a pas une mesure efficace pour tout le monde afin d’éviter l’épuisement professionnel. Par exemple, sujet particulièrement d’actualité, le télétravail a pu être bénéfique pour certaines personnes, car il leur a permis de se ressourcer alors que pour d’autres, il a créé de l’isolement, une surcharge de travail et une impossibilité à décrocher. Ce qui est efficace, c’est d’être proche des gens, car les facteurs de risques sont individuels.

Vous travaillez depuis 20 ans dans cette thématique ; avez-vous constaté une augmentation du nombre de burn-out ?

Oui et pour plusieurs raisons. Déjà, nous parlons davantage de ce sujet, c’est mieux identifié, diagnostiqué, les personnes comprennent ce qu’il leur arrive et les médecins y sont plus attentifs. Ensuite, les facteurs de risques se sont développés avec notre modèle actuel. Nous ne travaillons pas de la même manière qu’il y a 20 ans, voire 50 ans. Les nouvelles technologies facilitent certains aspects de nos postes, mais nous rendent aussi plus sédentaires, et compliquent la séparation avec la vie personnelle. Or ce sont des terrains favorables au stress chronique.

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Posté le par Alexandra VÉPIERRE


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