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Iran : Vers un changement de paradigme pétrolier ?

Posté le par La rédaction dans Énergie

L’accord signé le 14 juillet à Vienne entre les grandes puissances nucléaires et l’Iran ouvre la porte à la levée des sanctions imposées à la République Islamique ces dernières années.

Le retour de l’Iran sur la scène pétrolière devrait contribuer à maintenir une offre déjà surcapacitaire et ainsi des cours du baril historiquement bas. Du moins en théorie car des obstacles restent encore à surmonter. S’ils le sont, nul doute que les exportations iraniennes modifieront les paramètres de l’équation pétrolière mondiale. Si les pays consommateurs devraient en tirer avantage, certains producteurs ont quant à eux du souci à se faire. 

Quels impacts sur le cours du brut ?

L’Iran produisait 2,87 millions de barils jour (Mbj) en juillet 2015 selon le rapport d’août de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Selon le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zanganeh, le pays pourrait élever de 500 000 bj sa production immédiatement après la levée des sanctions, pour atteindre progressivement 4 Mbj en quelques mois. Dans un marché aussi volatile que le marché pétrolier, nul doute que ces nouvelles livraisons tireraient les cours du brut à la baisse, d’autant que la demande mondiale est en berne en raison notamment du ralentissement économique de pays tel que la Chine qui a vécu cet été un véritable krach boursier. On voit ainsi difficilement comment le prix du baril, qui est passé sous la barre symbolique des 45 $ cet été, pourrait remonter fortement à court terme.  

Des obstacles à lever

Si beaucoup d’analystes considèrent comme acquis le retour de l’Iran sur la scène pétrolière, des obstacles se dressent encore sur le chemin de Téhéran. Tout d’abord, l’accord obtenu en juillet dernier doit encore être ratifié par le Congrès américain, divisé sur la question. La date butoir du 17 septembre a ainsi été repoussée d’un mois en raison des diverses manœuvres politiques dont le Capitole est coutumier. Par ailleurs, Téhéran doit accentuer sa coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et devra transmettre un certain nombre de documents dans les prochaines semaines à l‘institution basée à Vienne. Et là encore, rien n’est gagné d’avance. Le 8 septembre dernier, l’agence onusienne a demandé à l’Iran de lever certaines « ambigüités » relative aux informations produites le mois précédant. Ce n’est qu’en fin d’année, voire plus probablement début 2016 que les sanctions pourront être progressivement levées, secteur par secteur. L’Iran aura alors la lourde tâche de remettre sur pied la filière pétrolière durement touchée par l’embargo. En effet, cette dernière a besoin d’énormément d’investissements pour relever sa production. Selon le ministre iranien de l’industrie, Mohammad Reza Nematzadeh, 100 milliards de dollars seraient nécessaire. Des investissements qui seront difficilement concevables sans le concours des compagnies pétrolières internationales. Plusieurs groupes historiquement liés au pays sont déjà sur les rangs. C’est le cas de Total, mais aussi Royal Dutch Shell, Eni ou encore Lukoil. Les compagnies asiatiques ne sont pas en reste et ont également annoncé leur intention de renforcer leurs liens avec Téhéran.  

Les gagnants et perdants

Dans la conjoncture actuelle, les pays consommateurs de pétrole ne peuvent que se réjouir d’un retour de l’Iran sur la scène pétrolière car il participera à maintenir une offre excédentaire et donc un cours du baril bas, élément fondamental pour l’économie. Les pays proches géographiquement de l’Iran voudront quant à eux relancer les grands projets d’infrastructures pétrolières et gazières gelés par l’embargo, notamment l’Inde (deuxième client de l’Iran après la Chine). 

Du côté des pays producteurs d’hydrocarbures, l’impact de ce retour est perçu de manière hétérogène. Les Etats-Unis ou la Norvège sont ceux ayant le plus à perdre car ils ont besoin de cours élevés pour couvrir leurs coûts. La Russie pourrait quant à elle voir son principal marché, l’Europe, concurrencé notamment en raison de la détérioration des relations diplomatiques depuis la crise ukrainienne. Pour rappel, le Vieux continent représentait 30% des exportations de l’Iran avant les sanctions. La hausse de la production iranienne ne fera que renforcer la stratégie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui consiste à maintenir une offre excédentaire pour faire baisser les cours et retrouver ses parts de marché. Une tactique qui impacte de manière très diverses ses membres. Ainsi, le Venezuela et l’Algérie souffrent énormément de ce manque à gagner. En revanche,  l’Arabie Saoudite ou le Qatar peuvent supporter cette situation à moyen terme en puisant dans leurs réserves de devises. Pour autant, ils ne voient pas forcément d’un bon œil ce retour en grâce, leurs craintes résident davantage dans l’influence politique retrouvée de l’Iran dans la région. 

Romain Chicheportiche

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