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Les terres agricoles européennes seraient une immense réserve de microplastiques

Posté le par Arnaud Moign dans Chimie et Biotech

Selon une étude conduite par des chercheurs britanniques, les terres agricoles européennes constitueraient le plus grand réservoir mondial de microplastiques. La cause de ce constat alarmant viendrait de l’épandage des boues issues des stations d’épuration, une pratique largement répandue en Europe et notamment en France.

L’épandage direct des matières organiques est un procédé de valorisation agricole considéré comme vertueux, car il permet – a priori – de répondre à des enjeux économiques et environnementaux qui sont totalement compatibles avec la logique d’économie circulaire. Pourtant, depuis quelques années, certaines études alarmantes viennent ternir ce tableau idyllique, en mettant en cause l’efficacité des processus d’élimination de ces polluants dans les stations.

La pollution aux microplastiques, un problème d’ampleur mondiale

Les microplastiques sont des particules de plastique dont la taille est inférieure à 5 mm. Fortement présentes dans les cours d’eau, les mers et les océans, elles sont une source potentielle de contamination chimique et biologique pour l’ensemble de la chaîne alimentaire.

Naturellement, les eaux usées en contiennent beaucoup et une part non négligeable semble s’accumuler dans les boues en sortie des stations. En effet, d’après les relevés réalisés sur une station du Pays de Galles, des chercheurs des universités de Cardiff et de Manchester évaluent que 1 % du poids de ces boues serait constitué de microplastiques.

L’ampleur de cette pollution serait ainsi colossale, car les chercheurs estiment qu’entre 31 000 et 42 000 tonnes de microplastiques sont déposées chaque année dans les sols européens.

L’étude publiée dans le journal Environmental pollution indique que l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne, la France et l’Italie représentent plus de 76 % de la masse totale de particules microplastiques contenues dans les boues d’épuration en Europe.

L’épandage, une pratique nécessaire qui doit être mieux contrôlée

Dans la conclusion d’un récent rapport d’information du sénat au sujet des effets des métaux lourds sur l’environnement et la santé, l’ADEME affirme que « la volonté politique affichée dans la plupart des pays européens est la pérennisation de la filière de l’épandage ».

L’épandage de boues d’épuration est donc amené à perdurer, ce qui n’est pas un problème en soi, car le véritable défi est bien l’élimination des particules microplastiques de ces boues d’épuration.

James Lofty, de la Cardiff University’s School of Engineering et premier auteur de l’étude, pointe le cœur du problème dans un communiqué de presse :

« À l’heure actuelle, il n’existe aucune législation européenne qui limite ou contrôle l’apport de microplastiques dans les boues d’épuration recyclées en fonction des charges et de la toxicité de l’exposition aux microplastiques. »

Puis il ajoute : « Des efforts devront être faits pour renforcer la surveillance normalisée de la concentration en microplastiques contenus dans les boues d’épuration et dans les sols agricoles. Cela donnerait une vision plus précise des niveaux de contamination des sols dans toute l’Europe. »

Ces travaux confirment une fois de plus à quel point l’ampleur de la pollution aux microplastiques a été jusqu’ici sous-estimée et que des mesures devront être prises, notamment pour améliorer les moyens de détection, de contrôle et d’élimination.

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Posté le par Arnaud Moign


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