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Trump et le Groenland : des terres rares convoitées, mais pas forcément exploitables

Posté le par Arnaud Moign dans Matériaux

Pour justifier leur volonté d’acquérir le Groenland « par tous les moyens », les États-Unis invoquent le besoin vital de ce territoire pour leur « Golden Dome », le fameux projet de bouclier antimissile inspiré du dôme de fer israélien. Mais la vraie raison est ailleurs : mettre la main sur les immenses gisements de ressources minières du pays. Malheureusement pour Trump, ce trésor « théorique » tant convoité est aussi peu accessible.

Si le contrôle de la zone arctique est bien un avantage stratégique, posséder le Groenland n’est pas indispensable à la sécurité américaine, tout simplement parce que l’île est déjà protégée par l’OTAN. Donc, à moins que les États-Unis aient décidé d’abandonner l’OTAN (ce qui n’est pas à exclure, car déjà évoqué par le passé), il n’y a pas de danger de ce côté-là.

En outre, Trump a été jusqu’à évoquer la crainte d’une invasion du Groenland par la Russie ou la Chine, devant des journalistes, en affirmant « nous ne voulons pas de la Russie ou de la Chine comme voisin ». Or, c’est déjà le cas, puisque moins de 100 km séparent seulement l’Alaska de la péninsule russe de Tchoukotka. Par ailleurs, toujours selon Trump, l’île serait « couverte de navires russes et chinois partout », une affirmation qui a été vivement démentie par nombre de spécialistes.

Il est donc clair que les arguments géostratégiques évoqués par Trump ne sont qu’un prétexte.

Les ressources minières du Groenland ont toujours été sa véritable motivation !

D’où vient cette obsession de Trump pour le Groenland ? Est-ce une simple lubie ? On pourrait le penser si on se remémore sa déclaration de 2019 à propos de l’île Arctique : « Regardez sa taille. C’est immense. Cela devrait faire partie des États-Unis ».

En réalité, cette idée d’acquérir le Groenland lui aurait été soufflée en 2018 par un proche : le milliardaire Ronald Lauder, héritier d’Estee Lauder. Et son intérêt pour le Groenland n’a rien à voir avec la défense du pays. En février 2025, il écrivait, dans le New York Post « Sous sa glace et sa roche se cache un véritable trésor d’éléments de terres rares, essentiels à l’IA, aux armements de pointe et aux technologies modernes ».

En effet, selon un rapport de 2023 de la Commission géologique du Danemark et du Groenland, le sous-sol du Groenland renfermerait 43 des 50 matières premières critiques jugées essentielles par le gouvernement américain. Le sous-sol de l’île serait ainsi la huitième plus grosse réserve de terres rares au monde, posséderait l’un des plus grands gisements d’uranium et des gisements de cuivre, de graphite ainsi que toutes sortes de métaux essentiels à la fabrication d’équipements de technologie modernes.

Le bras de fer engagé par Trump, et soutenu par la tech américaine, a donc un principal objectif : mettre la main sur le Groenland pour disposer de ses ressources et affaiblir les lois minières actuelles du pays.

Les terres rares du Groenland, des ressources difficiles à exploiter

La vision du monde simpliste de Trump se heurte malheureusement à des réalités physiques et techniques, car le trésor tant convoité s’avère tout particulièrement difficile à atteindre.

Il faut rappeler qu’actuellement, aucun projet concernant l’exploitation de terres rares et d’uranium au Groenland n’a été mis en production commerciale, car les obstacles sont nombreux, le premier étant l’absence d’infrastructures de transport.

En effet, il faut savoir que les routes et chemins de fer sont inexistants en dehors des côtes, alors que le pays est quatre fois plus grand que la France ! Par ailleurs, cette quasi-absence de réseau routier serait directement liée à l’autre obstacle majeur, c’est-à-dire le climat extrême du pays, puisque l’île est recouverte à 80 % de glace.

Le manque de main-d’œuvre est aussi un problème. Ainsi, comme l’explique Eldur Olafsson, directeur général de la compagnie minière Amaroq, qui développe un gisement de minéraux critiques et étudie la faisabilité d’exploiter les terres rares dans l’île, « avec le temps, à mesure que davantage de projets se développent au Groenland, il sera nécessaire d’importer davantage de main-d’œuvre ».

Mais le plus gros obstacle est probablement le manque de rentabilité des projets. Pour le géologue groenlandais Minik Rosing, l’emballement autour des richesses de l’île serait lié à un malentendu, car ces matières critiques existent aussi ailleurs et sont plus facilement exploitables. « Or, ce qui en fait une ressource, c’est la valeur qu’elles dégagent par rapport au coût de production, et on n’y est toujours pas ».

Trump est-il prêt à déstabiliser l’ordre mondial pour une chimère ? Il semble bien que oui, au vu de sa réponse aussi énigmatique qu’inquiétante, à la question posée mardi en conférence de presse : « Jusqu’où irez-vous pour acquérir le Groenland ? » Réponse : « Vous le découvrirez. »

Pour aller plus loin

Posté le par Arnaud Moign


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