La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a infirmé mardi l’ordonnance de non-lieu rendu en faveur du site Vivastreet, accusé d’avoir hébergé des milliers de petites annonces de prostitution déguisée, demandant la poursuite de l’intruction, a appris l’AFP de source judiciaire.
« La chambre de l’instruction a déclaré les appels des parties civiles recevables » et « a infirmé l’ordonnance de refus d’acte » et celle « aux fins de non-lieu du 10 septembre 2025 », a expliqué cette source, en précisant que le dossier retournait donc au juge d’instruction saisi. Ce non-lieu était conforme aux réquisitions du parquet de Paris.
« C’est une décision qui s’imposait et nous sommes rassurés. Il est absolument primordial que les autorités judiciaires s’attaquent aux proxénètes en cols blancs qui dans le cynisme le plus complet bâtissent des fortunes sur les viols et la haine des femmes », a réagi Me Lorraine Questiaux, l’avocate du Mouvement du Nid, contactée par l’AFP.
Cette association anti-prostitution avait déposé plainte fin 2016 contre ce site de petites annonces aux millions de visiteurs, créé en 2004 et appartenant à un groupe domicilié sur l’île de Jersey (Royaume-Uni). Elle l’accusait de pratiquer, sur ses onglets Erotica et Erotica Gay — désormais fermés –, la mise en relation de prostituées avec des clients, via des annonces facturées 79,99 euros mensuellement.
Le Mouvement du Nid avait fait un constat d’huissier « montrant que le modérateur » de Vivastreet, « au vu de l’annonce initiale, ne pouvait ignorer la nature de son contenu », selon l’ordonnance de non-lieu dont l’AFP avait eu connaissance.
Parmi les annonces figurait par exemple « Prestation jusqu’à lère éjac 100EUR ».
Vivastreet s’était défendu en indiquant modérer le contenu, n’être qu’un « hébergeur », « pas responsable du contenu généré par les internautes », et avait rappelé avoir noué un « partenariat » avec l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCTREH) pour lui transmettre des annonces frauduleuses.
Sollicitée, Me Céline Lasek, avocate du fondateur et actionnaire de la société, n’avait pas réagi dans l’immédiat.
Les investigations, entamées début 2017 à Paris, avaient été confiées à une juge d’instruction en mai 2018, après des critiques de l’avocate du Mouvement du Nid contre une enquête « à décharge » et des liens « trop étroits » entre Vivastreet et l’OCTREH.
Le 18 juin 2018, Vivastreet a fermé définitivement sa rubrique Rencontres, expliquant qu' »en dépit de nos efforts », « certains utilisateurs font un usage inapproprié de notre site ».
L’enquête a évalué à 33 millions d’euros le chiffre d’affaires de Vivastreet sur ces annonces entre 2013 et 2018.
« On savait bien qu’il s’agissait d’annonces douteuses », a raconté pendant l’enquête un ancien modérateur, mais ses responsables « fermaient le débat immédiatement », d’après lui.
Dans son ordonnance, la juge d’instruction avait expliqué que les dirigeants de Vivastreet « ne pouvaient raisonnablement ignorer la réalité » des « offres à caractère prostitutionnel » sur la rubrique Erotica, qui ont fait l’objet d’une modération progressive, mais « indéniablement insuffisante ».
Mais pour la juge, cela ne signifiait pas pour autant qu’il y ait eu « une volonté délibérée de la part des (responsables) de Vivastreet de favoriser et pérenniser ce type de publications », nécessaire selon elle à caractériser l’infraction de proxénétisme, le site ayant eu en outre une « coopération réelle et efficiente » avec les services de sécurité.
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