L’Europe va « inévitablement » connaître d’autres épisodes de chaleur extrême à l’avenir, a prévenu mercredi le président du Giec, Jim Skea, soulignant que le réchauffement actuel dans certaines régions ou les océans allait au-delà des prévisions des scientifiques.
« Inévitablement, nous allons expérimenter plus de ce que l’on vient de vivre ces derniers jours », a dit lors d’une réunion avec des journalistes spécialisés le président du groupe d’experts sur le climat travaillant pour le compte de l’ONU.
« Le réchauffement des jours les plus chauds est supérieur au réchauffement des jours moyens. Il augmente dans une proportion de 50 à 100%. Donc si la planète se réchauffe de 2°C, le jour le plus chaud de l’année pourrait lui être de 3°C, voire 3,5°C plus chaud », a-t-il expliqué.
L’Europe de l’ouest connaît actuellement une vague caniculaire, avec des températures records enregistrées en France et une alerte rouge dans certaines régions du Royaume-Uni.
Au moins 94 millions d’habitants en Europe devraient connaître des températures supérieures à 35°C à un moment de la journée mercredi, selon les calculs de l’AFP, dont la majorité en France et en Espagne.
Cette canicule en Europe est « exactement le genre de chose que nous projetions depuis longtemps », a souligné Jim Skea.
« Les messages que je reçois de la part des chercheurs en sciences physiques indiquent que ce que nous sommes en train d’observer est à la limite de l’éventail des possibilités » envisagées par le Giec, a poursuivi le spécialiste en énergie durable.
« Mais je pense qu’il y a une nuance importante: certaines choses que nous observons à l’échelle régionale, ainsi que certains indicateurs océaniques plutôt qu’atmosphériques, montrent que nous avons dépassé cet éventail », a-t-il ajouté.
Le climatologue Robert Vautard, directeur de recherches au CNRS et co-président d’un groupe de travail du Giec, souligne auprès de l’AFP que les modèles climatiques prédisent bien l’évolution des températures moyennes, au niveau mondial comme régional.
« Là où les choses se compliquent, c’est pour les extrêmes de chaleur », souligne-t-il: « les évolutions en Europe de l’Ouest sont très très fortes, parmi les plus fortes dans le monde, et elles dépassent les projections régionales ».
« Il y a encore des incertitudes sur l’explication de ce phénomène », qui pourrait être dû au hasard comme à des phénomènes comme l’affaiblissement du Jet stream (un courant atmosphérique, NDLR), la fonte du Groenland, ou baisse des aérosols polluants, note-t-il.
« Il faut tordre un petit peu le cou à une idée qui pourrait alimenter des discours de doute: l’évolution des extrêmes climatiques est prévue par les modèles. Mais il y a des différences régionales: dans certaines régions, les projections sont un petit peu trop fortes, et un petit peu trop faibles dans d’autres régions, comme l’Europe de l’Ouest », insiste-t-il.
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