Une entrepreneure condamnée pour avoir publié sur ses réseaux sociaux un message insultant qu’un homme lui avait envoyé en privé a demandé jeudi en appel d’infirmer l’ordonnance de référé qui lui a donné tort en première instance.
Tara Heuzé-Sarmini a été condamnée le 4 septembre, quelques jours après avoir diffusé une conversation privée avec un entrepreneur sur le réseau social LinkedIn sans son consentement, à retirer immédiatement sa publication, sous peine d’astreinte financière, et à verser 1.500 euros au titre des frais de justice de l’autre partie.
Elle s’était alors indignée de la rapidité de cette procédure d’urgence appelée référé d’heure à heure, assurant n’avoir pas « pu se défendre ».
« En 2026, une femme qui a été insultée après un démarchage commercial non consenti a le droit de parler », a estimé jeudi son avocat, Me Jean-Baptiste Soufron.
Il a dénoncé une « procédure-bâillon » pour « faire taire » sa cliente, qui a refusé pour l’instant de supprimer sa publication en ligne, alors qu’elle voulait « avertir » les autres femmes des agissements de cet homme qui l’a traitée de « connasse ».
« La question n’est pas de savoir si une femme peut dénoncer le sexisme, mais jusqu’où peut-on aller dans l’exposition publique et nominative d’une personne ? », a répliqué jeudi Me Anissa Yaoudarene, l’avocate de l’entrepreneur, accusant Mme Heuzé-Sarmini de faire du « name and shame » (nommer publiquement une personne pour la couvrir de honte).
Absent à l’audience jeudi, l’homme « subit des menaces, des injures » depuis la diffusion de ses échanges avec Mme Heuzé-Sarmini, a encore souligné son avocate.
Mais une capture d’écran anonymisée « n’aurait averti personne », a défendu Me Soufron, qui a par ailleurs plaidé la nullité de l’ordonnance de référé de première instance pour « violation du contradictoire ».
L’affaire a débuté fin août, lorsque Mme Heuzé-Sarmini a été démarchée sur LinkedIn par cet homme qui lui proposait de rejoindre son écosystème d’entrepreneurs appelé « Band of Brothers ».
En tant que fondatrice notamment de l’association Règles Elémentaires, qui lutte contre la précarité menstruelle et les tabous autour des règles, elle lui avait répondu qu’il était « peu probable » qu’elle rejoigne « un écosystème de bros ».
Son interlocuteur avait alors ironisé sur le fait de « créer band of connasses », dans lequel elle pourrait avoir « un rôle d’ambassadrice » étant donné qu’elle semblerait « en avoir toutes les caractéristiques ».
« Il y a un retournement victimaire » par la partie adverse « assez dingue », s’est indignée Mme Heuzé-Sarmini à la sortie de la salle d’audience où une dizaine de ses soutiens étaient présents.
L’arrêt de la cour d’appel de Douai (Nord) sera rendu le 22 octobre.
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