De Renault à Valdunes, en passant par Valeo, Walor Bordeaux ou SKF, plusieurs industriels engagés dans des secteurs en mutation regardent désormais vers les marchés de la défense. Une diversification qui répond à la hausse des besoins militaires européens, mais aussi à la nécessité de trouver de nouveaux relais de croissance pour préserver leurs activités et leurs emplois.
Longtemps cantonnée à quelques grands groupes spécialisés, l’industrie de la défense française attire désormais des entreprises issues de secteurs parfois éloignés du militaire. Automobile, forge, fonderie ou mécanique de précision : confrontés à la transformation de leurs marchés traditionnels, certains industriels explorent ou engagent une diversification vers l’armement et les équipements de défense.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte particulier. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les pays européens ont fortement augmenté leurs budgets militaires. En France, le gouvernement a multiplié les appels à développer une économie de guerre, capable de produire davantage et plus rapidement. Pour de nombreuses entreprises industrielles confrontées à la baisse de leurs débouchés historiques, cette nouvelle demande apparaît comme une véritable opportunité.
Le secteur automobile est au premier rang de cette mutation. Entre électrification des véhicules, concurrence internationale accrue et ralentissement de certains marchés européens, l’ensemble de la filière cherche de nouveaux relais de croissance. Plusieurs industriels considèrent désormais la défense comme un secteur susceptible d’offrir des perspectives durables.
Le cas de Renault illustre cette tendance. La firme au losange a engagé un partenariat avec l’entreprise française Turgis Gaillard dans le domaine des drones militaires. Le projet prévoit de faire voler ses premiers prototypes dans quelques semaines, avant d’envisager une production en série dans l’usine du Mans du constructeur automobile d’ici la fin de l’année, à raison de 600 unités par mois. Pour les pouvoirs publics, cette coopération constitue un exemple de rapprochement entre industrie civile et industrie de défense.
De son côté, Valeo, autre acteur emblématique de la filière automobile, participe à une initiative du ministère des Armées appelée le « pacte drones aériens de défense », dont l’objectif est de fédérer des entreprises pour structurer une filière dans ce secteur. L’équipementier automobile est actuellement en contact avec des dronistes pour évaluer leurs besoins et a pour projet d’assembler des drones ou de fabriquer certains composants, comme des moteurs.
Pérenniser l’activité de sites industriels grâce à la fabrication d’obus
Les transformations les plus spectaculaires concernent toutefois certaines entreprises en difficulté. C’est notamment le cas de Valdunes, dernier fabricant français de roues ferroviaires. Alors que son avenir semblait compromis, le groupe a engagé une réorientation partielle vers la fabrication de corps creux d’obus. La Fonderie de Bretagne constitue un autre exemple marquant. Ancien fournisseur de Renault spécialisé dans les pièces automobiles en fonte, le site a été repris avec l’objectif de produire lui aussi des corps d’obus.
Cette démarche de diversification concerne également Walor Bordeaux. Confrontée à la fin progressive de sa dépendance historique avec le constructeur américain Ford, l’entreprise spécialisée dans les pièces forgées pour l’automobile explore de multiples pistes pour pérenniser son activité, notamment dans la défense. Plusieurs industriels de l’armement ont ainsi étudié les capacités du site d’une surface de 61 000 m². Lui aussi confronté à un affaiblissement du secteur automobile, le fabricant de roulements à billes suédois SKF cherche à orienter une partie de la production de ses usines françaises vers la défense en se positionnant sur les appels d’offres du programme européen MGCS (Main Ground Combat System), qui prévoit le développement d’un futur char de combat.
Implantée en Savoie, la société HBP Group représente un exemple déjà avancé de cette évolution. Historiquement tournée vers la sous-traitance industrielle et automobile, l’entreprise a progressivement développé une activité à destination des industriels de la défense. Cette diversification lui permet aujourd’hui de réduire sa dépendance à un secteur automobile en pleine mutation tout en accédant à des marchés à forte valeur ajoutée.
Les industriels soulignent malgré tout régulièrement les différences entre les marchés civils et militaires, caractérisés par des volumes de production souvent plus faibles, des procédures de qualification plus longues et des exigences réglementaires particulièrement strictes. Par ailleurs, certains observateurs rappellent que la défense ne pourra pas absorber à elle seule les difficultés de l’ensemble de l’industrie automobile française.






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