En pleine accélération du réarmement européen, Boeing cherche à s’imposer sur le marché naissant des avions de combat autonomes avec son MQ-28 Ghost Bat, présenté cette semaine au salon aéronautique de Farnborough, au Royaume-Uni.
Cet appareil sans pilote, développé avec l’armée de l’air australienne, est conçu pour évoluer aux côtés d’avions de chasse pilotés.
Il peut mener des missions de guerre électronique et de surveillance tout en renforçant les capacités des forces armées.
Il appartient à la catégorie des Collaborative Combat Aircraft (CCA) – qui coopère avec des avions classiques – , des appareils à l’importance croissante ces dernières années, à mesure que les systèmes sans pilote à bord se sont imposés sur le champ de bataille, notamment en Ukraine.
Pour séduire l’Europe, Boeing mise sur des partenariats avec des industriels locaux. En Allemagne, il s’est associé avec Rheinmetall pour intégrer son appareil au sein de la Luftwaffe à l’horizon 2029.
De tels partenariats avec un groupe américain relancent toutefois les interrogations sur les limites de la quête européenne d’une plus grande souveraineté en matière de défense.
« L’objectif principal est de fournir rapidement des capacités opérationnelles », explique à l’AFP Pascal Fabre, du cabinet de conseil AlixPartners.
« Si on veut déployer de nouvelles capacités rapidement, soit on développe soi-même le système, ce qui prend du temps, soit on s’associe à une entreprise disposant déjà d’une plate-forme mature, même si cette société n’est pas européenne », poursuit-il.
– « Missions trop risquées » –
Ce dilemme est au coeur du réarmement européen, nourri par les préoccupations croissantes en matière de sécurité et les interrogations sur la fiabilité de l’allié américain depuis le retour de Donald Trump.
« L’industrie de la défense est mondialisée et l’industrie européenne reste intégrée dans des réseaux internationaux avec ses alliés », souligne Emil Archambault, chercheur associé au Conseil allemand des relations internationales (DGAP), interrogé par l’AFP.
« Même les CCA construits en Europe devront être intégrés à ces systèmes américains et ne constituent donc pas une solution entièrement européenne », ajoute-t-il.
Le MQ-28, sur lequel Boeing travaille de longue date, a déjà participé à plusieurs exercices, notamment avec l’armée américaine.
« Ce qui nous distingue de tous les autres et que personne ne pourra jamais reproduire, c’est que nous avons commencé il y a neuf ans », affirme Glen Ferguson, directeur du programme mondial MQ-28, lors d’un entretien avec l’AFP en marge du salon de Farnborough.
Selon lui, le principal atout des CCA est de permettre « d’accomplir des missions qui seraient trop risquées si des vies humaines étaient en jeu ».
L’appareil dispose d’une autonomie de 3.700 kilomètres, peut voler jusqu’à 12.000 mètres d’altitude et atteindre une vitesse maximale de Mach 0,9, comparable à celle des jets d’affaires les plus rapides.
Il pourrait être associé au futur avion de combat développé dans le cadre du programme GCAP (Global Combat Air Programme), mené conjointement par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.
– Immense demande –
Selon M. Ferguson, Boeing s’appuie sur des partenaires locaux afin d’offrir aux pays une « capacité souveraine » plutôt que de leur exporter un simple système américain.
Boeing n’est pas seul dans cette course.
BAE Systems a dévoilé à Farnborough le premier CCA souverain britannique. Londres n’a toutefois pas encore pris de décision d’acquisition, laissant le champ libre aux concurrents.
Le gouvernement britannique s’est engagé à consacrer 300 millions de livres sterling (environ 350 millions d’euros) à son programme d’avions autonomes au cours des quatre prochaines années.
« À l’échelle mondiale, le marché des CCA devrait dépasser les 125 milliards de livres d’ici 2050 », a estimé le nouveau ministre britannique de la Défense, Wes Streeting.
Le géant européen Airbus s’est lui associé à l’américain Kratos afin de s’appuyer sur un appareil existant tout en y intégrant ses propres systèmes de mission.
Les concurrents américains General Atomics et Anduril ont eux aussi présenté à Farnborough leurs modèles.
« Du point de vue du monde occidental, nous avons besoin que tous ceux qui développent des CCA réussissent », assure Glen Ferguson.
« La demande mondiale pour ces appareils sera tellement immense qu’aucune entreprise (…) ne pourra à elle seule y répondre », conclut-il.
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