Jamais la science n’a fait de telles avancées, jamais la volonté politique n’a autant manqué: des spécialistes ont averti lundi que la lutte contre le sida était en « danger », les financements ayant chuté d’un cinquième l’an dernier.
La 26e édition de la Conférence internationale sur le sida s’est ouverte lundi à Rio de Janeiro, au Brésil, alors que les Etats-Unis ont drastiquement réduit leur budget d’aide internationale depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche l’an dernier.
Dans leur sillage ont suivi plusieurs pays européens dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.
« Jamais le financement des donateurs n’est tombé aussi bas, aussi vite, et les plus vulnérables en paient déjà le prix », a déclaré Beatriz Grinsztejn, présidente de la Société internationale sur le sida (IAS). Selon elle, cette rencontre se tient à un moment de « réel danger » pour la lutte contre le sida.
Avec les avancées scientifiques et les gigantesques efforts de financement, des millions de personnes ont pu apprendre à vivre avec cette maladie, jadis terrifiante.
« La fin du sida n’est plus limitée par la science. Les scientifiques ont fait leur part. Elle est limitée par les inégalités. La science a fait son travail, maintenant la politique doit faire le sien », a lancé la directrice d’Onusida, Winnie Byanyima.
Elle a affirmé que le monde vivait « l’un des moments les plus enthousiasmants de l’histoire de la science sur le VIH », avec des traitements de prévention qui ont une efficacité presque comparable à celle d’un vaccin. Mais des millions de personnes n’y ont toujours pas accès.
« Quand la prévention disparaît, les infections augmentent. Quand le traitement est interrompu, des gens meurent », a averti Mme Byanyima.
– Aide américaine incontournable –
Rien qu’en 2025, les financements mondiaux pour la lutte contre le VIH dans les pays à revenu faible et intermédiaire ont reculé de 18%, selon un rapport d’Onusida publié pour la conférence de Rio.
Depuis 2011, les financements des pays européens en faveur de la lutte contre le VIH ont diminué de 58%, selon le rapport. Dans le même temps, les Etats-Unis ont, de leur côté, accru leur part dans le financement mondial.
Malgré les coupes massives décidées par l’administration Trump, les Etats-Unis restent ainsi à l’origine des 74% des financements publics consacrés à la lutte contre le VIH dans le monde, indique le rapport.
Les pays en développement les plus touchés par le VIH – dont beaucoup se trouvent en Afrique subsaharienne – intensifient leurs propres efforts, a déclaré à l’AFP Angeli Achrekar, directrice exécutive adjointe d’Onusida.
Mais de nombreux pays à faible revenu dépendent à hauteur de 90% de l’aide publique au développement pour financer leur lutte contre le VIH.
– Infections en hausse dans 21 pays –
Pour les experts, il est encore trop tôt pour mesurer pleinement les conséquences des réductions de financement.
Si le nombre de nouvelles infections par le VIH et de décès liés au sida est tombé en 2025 à son niveau le plus bas depuis plus de trente ans, les nouvelles infections ont progressé dans 21 pays, souligne le rapport.
L’ONU a fixé fin juin des objectifs pour mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030, dont celui de permettre à 20 millions de personnes d’avoir accès aux antirétroviraux, qui préviennent la propagation du VIH.
Le rapport alerte toutefois que l’année dernière près de la moitié des enfants vivant avec le VIH n’ont pas eu accès à ces traitements décrits comme innovants.
Mme Achrekar a appelé les laboratoires pharmaceutiques à les rendre « accessibles et financièrement abordables pour tous ».
La semaine dernière, le groupe pharmaceutique américain Merck a annoncé avoir conclu des accords pour permettre à une poignée de fabricants en Afrique et en Inde de vendre des versions génériques de son comprimé préventif à prise mensuelle, l’alimatravir, encore en phase d’essais cliniques.
De son côté, Médecins Sans Frontières (MSF) a appelé le laboratoire pharmaceutique américain Gilead à rendre le lenacapavir accessible dans tous les pays à revenu faible et intermédiaire. Ce traitement injectable est perçu comme une avancée majeure car il ne doit être administré que deux fois par an.
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