Logo ETI Quitter la lecture facile
Accord UE-Inde, une opportunité d’export qui recompose la filière française

Info du jour

Accord UE-Inde, une opportunité d’export qui recompose la filière française

Posté le par La rédaction dans Entreprises et marchés

L’Union européenne et l’Inde ont annoncé, le 27 janvier 2026, la conclusion des négociations de leur accord de libre-échange, au terme d’un long cycle ouvert en 2007 puis relancé en 2022. Derrière la promesse d’un accès élargi au marché indien, l’aéronautique française voit se dessiner une autre réalité, celle d’une montée en puissance de l’Inde dans la supply chain européenne.

Le texte commercial, dont la signature et la ratification restent à venir, s’inscrit dans une logique d’ouverture progressive du marché indien, avec l’élimination des droits de douane sur une large part des lignes tarifaires, sur cinq à dix ans, selon la Commission européenne citée par la presse spécialisée. Dans le même mouvement, l’UE et l’Inde mettent en avant un objectif de renforcement des chaînes d’approvisionnement dites résilientes et diversifiées.

Le spatial, un marqueur de la relation stratégique

Sur le plan spatial, l’enjeu se lit moins dans des clauses tarifaires sectorielles détaillées que dans l’architecture politique qui accompagne l’accord commercial. La déclaration commune du sommet du 27 janvier 2026 souligne la signature d’un partenariat sécurité et défense Inde-UE, présenté comme un cadre global couvrant plusieurs domaines, dont l’espace. Cette même déclaration mentionne aussi des discussions jugées productives lors d’un premier dialogue spatial Inde-UE tenu à Bruxelles en novembre 2025, signe d’une volonté d’installer une concertation structurée sur les sujets orbitaux, qu’il s’agisse d’usages civils, de sécurité ou d’industrie.

La feuille de route commune « Vers 2030 », adoptée en annexe, met également l’accent sur les coopérations technologiques et l’innovation. Elle insiste par ailleurs sur la protection des technologies sensibles et la sécurité de la recherche dans le cadre du Conseil du commerce et des technologies. Ce cadrage est important pour le spatial car il touche directement la dualité des technologies, la circulation des compétences et la capacité des industriels à coopérer sans perdre la maîtrise des savoir-faire critiques.

Aéronautique française, l’opportunité de l’export face au risque de bascule industrielle

Côté aéronautique, l’accord ouvre une fenêtre commerciale très concrète. Les avions, jusqu’ici taxés à 11 % à l’entrée du marché indien, doivent progressivement bénéficier de droits de douane nuls sur une période de dix ans, selon la presse spécialisée française. L’Inde représente déjà un débouché majeur pour les industriels européens du secteur, et cette baisse est décrite comme particulièrement stratégique pour la France.

Mais l’inquiétude évoquée par certains acteurs, mise en scène par L’Usine Nouvelle, vient du fait que l’Inde ne sera plus seulement un marché. Elle devient en effet un acteur qui investit et s’implante dans la chaîne d’approvisionnement française et européenne. Le média cite notamment la prise de participation de Wipro à hauteur de 51 % dans le sous-traitant Lauak, présentée comme une manière de construire une plateforme industrielle intégrée. D’autres mouvements sont évoqués, comme l’acquisition d’AD Industries en 2024 par le groupe indien Motherson, qui alimente l’idée d’une stratégie d’implantation durable.

Dans le même temps, la filière française accélère elle-même sa présence en Inde. Le GIFAS rappelle que l’Inde héberge déjà plus de 60 entreprises françaises membres sur plus de 30 sites industriels, ce qui donne la mesure de l’écosystème déjà en place. Airbus illustre cette dynamique par des programmes industriels structurants, comme la ligne d’assemblage final du C295 à Vadodara avec Tata, inaugurée en 2024, avec un dispositif prévoyant l’assemblage en Inde de 40 appareils dans le cadre du programme Make in India. Dans les hélicoptères, Airbus a aussi annoncé dans la presse une future chaîne d’assemblage du H125 avec Tata, avec de premières livraisons évoquées à partir de 2026.

Le point de friction, tel que formulé dans l’article de L’Usine Nouvelle, tient à l’équilibre entre coopération et dépendance. Le média rapporte des craintes de transferts de technologies et de savoir-faire, et une concurrence accrue pour des sous-traitants français jugés fragilisés, avec le risque que la valeur ajoutée se déplace au profit d’une chaîne plus internationalisée. À cela s’ajoute une logique assumée d’élargissement des approvisionnements, Guillaume Faury indiquant que les achats de composants en Inde devraient doubler tous les cinq ans, selon une synthèse publiée par le GIFAS, ce qui traduit une intégration croissante de fournisseurs indiens dans les chaînes européennes.

Au final, l’accord UE Inde peut apparaître comme un accélérateur à double effet. Il promet un gain de compétitivité à l’export vers un marché aérien en forte croissance, tout en rendant plus visible une recomposition industrielle où l’Inde cherche à capter davantage de production, de compétences et d’investissements.

Pour aller plus loin

Posté le par La rédaction


Réagissez à cet article

Commentaire sans connexion

Pour déposer un commentaire en mode invité (sans créer de compte ou sans vous connecter), c’est ici.

Captcha

Connectez-vous

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.

INSCRIVEZ-VOUS
AUX NEWSLETTERS GRATUITES !