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Décryptage

Au Canada, les sables bitumineux plombent la lutte contre le réchauffement

Posté le par La rédaction dans Environnement

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada ont grimpé de 18% depuis 1990, principalement à cause due l'extraction des sables bitumieux en Alberta, selon une étude d'Environmental Defence et Greenpeace. Cette industrie plombe toute politique de lutte contre le réchauffement climatique.

« A elle seule, l’Alberta est reponsable de 73 % de l’augmentation totale des GES entre 1990 et 2012 », assure cette nouvelle étude. Elle précise par ailleurs que le coupable principal est l’industrie des sables bitumineux. En effet, « le secteur du pétrole et du gaz est responsable de 67 % de l’augmentation de la pollution au Canada depuis 1990, et les émissions de tous les sous-secteurs du pétrole et du gaz […] sont demeurées stables ou ont diminué depuis l’an 2000, laissant la production des sables bitumineux assumer à elle seule la principale responsabilité de cette augmentation », note le rapport. Les sables bitumineux risquent donc de plomber tous les efforts entrepris au Canada pour lutter contre le réchauffement climatique.

L’Alberta, vilan petit canard des émissions de GES

La situation est déjà alarmante. L’Alberta est de loin la province canadienne la plus émettrice de gaz à effet de serre (249 millions de tonnes), soit près de 36 % des émissions du pays. Ses émissions dépassent celles de l’Ontario et du Québec combinées. La situation pourrait rapidement empirer. « Si l’exploitation des sables bitumineux poursuit sa croissance comme le prévoient l’industrie et le gouvernement canadien, les émissions de l’Alberta (une province qui compte seulement 11 % de la population du pays) approcheront en 2020 les niveaux combinés des trois plus grandes provinces du pays : l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique (qui, ensemble, comptent 75 % de la population canadienne) », prévoit l’étude. 

Cette perpective bloquera toute avancée future dans le domaine de la lutte contre le réchauffement climatique. Après avoir dénoncé le protocole de Kyoto, le gouvernement Harper s’est fixé un objectif de réduction, certes plus modeste, de 17 % de ses émissions en 2020, par rapport au niveau de 2005, mais celui-ci est encore loin d’être atteint. Pour y parvenir, le reste du pays devrait réduire ses émissions de 30 % pour compenser les augmentations dues à la croissance de l’insutrie albertaine. Dans cette perspective, 11 % de la population canadienne représentant  2% du PIB canadien émettrait à elle seule l’équivalent de 93 % des émisisions du reste du pays. Pas sûr que les autres provinces jugent ce calcul très équitable.

Limiter l’extraction des sables bitumineux ?

Si l’industrie des sables bitumineux poursuit son développement comme prévu, l’étude identifie 3 options pour que le pays respecte ses objectifs de réduction de GES : l’ensemble des véhicules du pays doivent se mettre à l’électrique, produit à partir de sources renouvelables, tous les bâtiments et les fermes du pays ne doivent plus émettre de GES ou la Colombie-Britannique, les provinces de l’Atlantique, et les territoires deviennent carboneutres. « La réalisation de l’une ou de l’autre au cours des cinq prochaines années est évidemment illusoire », préviennent les auteurs. La seule conclusion qui s’impose est que pour atteindre ses objectifs, le gouvernement fédéral doit limiter la production des sables bitumineux. Il doit aussi assurer l’équité entre les provinces et ne pas favoriser un secteur au détriment de tous les autres. 

Avec 174 milliards de barils, le Canada possède les troisièmes plus importantes réserves de pétrole brut au monde, derrière l’Arabie Saoudite et le Venezuela. Selon les projections, la production quotidienne devrait atteindre 6,7 millions de barils d’ici 2030. Une étude scientifique publiée en janvier 2015 dans la revue Nature remarquait que le Canada devrait laisser plus de 85 % de ses ressources pétrolières connues dans le sol pour limiter la hausse des températures mondiales en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

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