La hausse du CO2 diminue les protéines de plusieurs cultures

Avec un taux de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique dépassant les 500 ppm en 2050, le contenu protéique de plusieurs plantes devrait diminuer. C’est notamment le cas de céréales clés : le riz, le blé et l’orge dont les taux diminueront respectivement de 7,6%, 7,8% et 14,1%. Les auteurs notent aussi une baisse du taux de protéine de 6,4% pour les pommes de terre, de 23% pour les fruits et de 17,3% pour plusieurs légumes.

Par conséquent, 18 pays pourraient perdre plus de 5% de leurs protéines alimentaires, y compris l’Inde, le Bangladesh, la Turquie, l’Egypte, l’Iran et l’Irak. Dans les pays dont l’alimentation dépend particulièrement du riz, l’apport en protéine baisserait de plus de 7%. C’est notamment le cas en Asie Centrale, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Europe centrale et de l’est et en Chine.

Plus de 1,5 milliards de personnes en manque de protéines en 2050

Selon la FAO, 76% de la population mondiale tire la plupart de leurs protéines des plantes. Sur les 9,5 milliards d’habitants prévus en 2050, 1,4 milliards seront en carence de protéines, même si le taux de CO2 atmosphérique reste inchangé. Parmi eux, près de 614 millions vivront en Afrique subsaharienne, 276 millions en Inde et 132 millions dans l’Asie de l’est et du sud-est.

Avec des taux de CO2 dépassant 500 ppm en 2050, près de 150 millions de personnes supplémentaires pourraient être exposées à un risque de carence protéiques. L’Inde concentrerait plus d’un tiers de ce total. 25 millions de personnes en plus seraient aussi touchées ailleurs en Afrique Subsaharienne et 16 millions en Chine.

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs de la faculté de santé publique de Harvard se sont basés sur les prévisions d’évolution des concentrations en CO2 en 2050. Ils ont mené des tests sur 48 cultures et 64 expérimentations de terrain sur des récoltes soumises à de hauts niveaux de gaz carbonique. Ils ont ensuite confronté leurs résultats aux données démographiques des Nations Unies et aux habitudes alimentaires de différentes régions de la planète relevées dans la littérature scientifique.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Fusion Bayer-Monsanto: la Commission lance son enquête!

Dans le cadre du règlement de l’Union Européenne sur le contrôle des concentrations, la Commission européenne peut s’opposer à l’acquisition de Monsanto par Bayer, mais « uniquement sous l’angle de la concurrence », rappelle la Commission. Sur cette seule question, ce projet inquiète bien l’institution. Elle craint notamment « que le projet d’acquisition ne réduise la concurrence sur un certain nombre de marchés différents et n’entraîne une hausse des prix, une baisse de la qualité, une réduction du choix et un recul de l’innovation ».

Et pour cause : le nouveau-né serait « la plus importante entreprise intégrée du monde dans les secteurs des pesticides et des semences ». Cela concentrerait encore davantage des domaines d’activités contrôlés par une poignée d’acteurs. Et diminuerait encore la concurrence dans le secteur des pesticides, des semences, des OGM et de l’agriculture numérique.

Une réduction du choix et un recul de l’innovation?

La Commission rappelle que le très controversé Roundup de Monsanto reste l’herbicide le plus vendu en Europe. L’un des rares substituts au glyphosate – sa substance active – est le glufosinate d’ammonium, commercialisé par Bayer. La Commission craint que la fusion ne limite l’innovation et la recherche de molécules alternatives pour diminuer la résistance des mauvaises herbes aux produits existants.

Par ailleurs, Monsanto développe des pesticides biologiques qui entrent en concurrence avec les solutions chimiques de Bayer. Et Bayer et Monsanto développent tous deux des produits de lutte contre le varroa, un petit parasite qui fait des ravages dans les colonies d’abeille. En cas de fusion, le nouveau géant gardera-t-il l’ensemble de ces produits ou en favorisera-t-il certains au détriment des autres? La Commission veut en avoir le coeur net avant d’autoriser la fusion.

L’alimentation aux mains d’une poignée d’acteurs?

Sur la question de la sélection des semences, la problématique est la même. Bayer et Monsanto sont très actifs dans ce domaine et sont en concurrence directe sur plusieurs marchés. Même son de cloche pour les OGM. Monsanto est le leader incontesté et Bayer est l’un de ses trop rares concurrents. Concentrer encore davantage le secteur ne serait-il pas une menace pour la sécurité alimentaire mondiale? C’est la crainte de plusieurs ONG.

Enfin, la Commission cherchera à déterminer « si l’accès des concurrents aux distributeurs et aux agriculteurs est susceptible de devenir plus difficile dans le cas où Bayer et Monsanto viendraient à grouper ou à lier leurs ventes de pesticides et de semences, notamment avec l’avènement de l’agriculture numérique ». Car Bayer Monsanto investissent dans ce nouveau domaine et ils ne conseilleront certainement pas aux agriculteurs d’acheter les produits de leurs concurrents.

Vers une troisième fusion dans l’agrochimie?

Le projet d’acquisition a été notifié à la Commission le 30 juin. Cette dernière devra arrêter sa décision avant le 8 janvier 2018. Loin  de ces craintes, Bayer estime dans un communiqué, que « l’acquisition sera très bénéfique pour les agriculteurs et les consommateurs ». L’entreprise fait savoir qu’elle continuera à collaborer étroitement avec la Commission en vue d’obtenir l’approbation de la transaction d’ici la fin de cette année.

En 2017, la Commission a déjà autorisé la fusion entre Dow et Dupont et entre Syngenta et ChemChina. Elle a toutefois conditionné ces fusions à la vente de certaines de leurs activités afin de garantir la concurrence sur le marché européen.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La coquille d’oeuf, symbole de l’économie circulaire !

Des chercheurs de l’Université portugaise de Coimbra ont évalué le potentiel de plusieurs applications industrielles pour les déchets industriels de coquilles d’oeufs. Leur étude est parue dans le journal Resources, Conservation and Recyling. Il faut dire que le Portugal fait figure de pionnier aux côtés de l’Espagne et du Royaume-Uni. En effet, au bout de la Péninsule Ibérique, les coquilles d’oeufs sont compostées dans une usine de compostage industrielle. Elles sont ainsi collectées auprès de l’industrie agroalimentaire et compostées en mélange avec les biodéchets collectés de manière sélective. Les 3.300 tonnes de coquilles issues de l’industrie agroalimentaire y sont donc valorisées.

Mais cette situation fait presque exception en Europe. Et les déchets industriels de coquilles d’oeufs représenteraient dans les pays européens 360.800 tonnes chaque année. Pourtant, il serait possible de les valoriser de nombreuses façons, malgré quelques restrictions.

Un sous-produit animal valorisable

Une coquille d’oeuf est un sous-produit animal, classé en catégorie 3 (risque le plus faible), selon la réglementation européenne. En tant que tel, les coquilles peuvent être incinérées, subir un traitement thermique, être compostées ou être transformées en biogaz. Elles peuvent aussi servir à la production d’aliments pour les animaux de compagnie ou à la combustion de carburant (bien que leur valeur calorique soit très faible). Mais elles peuvent aussi être utilisée ou éliminées par toute autre méthode qui empêche le risque biologique.

Cette dernière option ouvre la voie à l’utilisation de ces déchets sans aucun prétraitement. Outre le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni tirent profit de cette disposition. L’Espagne autorise ainsi leur application directe comme engrais ou amendement des sols dans les fermes d’élevage qui génèrent ces déchets. Le Royaume-Uni l’autorise aussi sur les sols en contrôlant l’absence de risques biologiques.

« S’il existe un réseau de surveillance bon et effectif concernant l’apparition d’une épidémie ou d’infection qui pourrait compromettre l’application directe des déchets de coquilles d’oeufs, […], d’autres pays européens pourraient profiter de la réglementation », préviennent les auteurs de l’étude.

De la coquille d’oeufs aux applications industrielles

Les déchets de coquilles d’oeufs contiennent toujours des membranes et des restes de blanc et de jaune d’oeuf. Leurs principaux impacts environnementaux sont le risque de propagation d’agents pathogènes (comme Salmonella), l’émission d’odeurs désagréables et la production de lixiviats dans les décharges. Il s’agit néanmoins d’un matériau alcalin, riche en azote, avec une teneur élevée en carbonate de calcium et un faible pourcentage de matière organique. Ainsi, la valorisation de ces déchets serait à la fois bénéfique sur le plan environnemental et économique.

Les applications industrielles se divisent en deux catégories: celles qui utilisent les coquilles comme matières premières et celles qui l’utilisent comme catalyseur ou sorbant. Dans le premier cas, cela peut être comme addditif alimentaire pour l’homme ou les animaux ou comme amendement pour le sol. Il peut aussi servir à produire du carbonate de calcium purifié, ou un biomatériau composite pour des implants orthopédiques et dentaires. Enfin, les particules de coquilles peuvent remplacer les microbilles de plastique dans les cosmétiques. Dans le second cas, il peut être utilisé comme catalyseur dans la production de biodiesel, l’isomérisation du lactose ou la synthèse du carbonate de diméthyle. Et comme sorbant pour l’élimination ou l’immobilisation de polluants dans l’air, les sols ou les liquides.

En particulier, le carbonate de calcium purifié a de nombreuses applications industrielles : dans le bâtiment comme matériau de construction ou comme ingrédient dans le ciment ou le mortier. Dans la papeterie, il donne du brillant et de la souplesse au papier. Il peut aussi être utilisé comme matière première dans le verre, les peintures ou les colorants.

Quelle valorisation favoriser ?

Actuellement, le processus de co-compostage est le seul mis en oeuvre à l’échelle industrielle, comme au Portugal. « Compte tenu des propriétés des déchets de coquilles d’oeufs et des propriétés du sol dans de grandes régions d’Europe (pH acide et faible teneur en carbone organique du sol végétal), la production de compost enrichi en calcium obtenu par compostage semble être une approche particulièrement intéressante pour une économie circulaire », analysent les chercheurs. C’est d’ailleurs la valorisation qui semble être promue par la réglementation européenne, soulignent-ils.

D’autres études ont également soulevé des applications innovantes des coquilles d’oeuf. Des chercheurs anglais les ont utilisées pour mettre au point un pansement ultracicatrisant. Ce pansement de 10 cm de côté aide à guérir les plaies chroniques plus rapidement. Des chercheurs chinois ont créé une carte mémoire ultrarapide à partir de coquilles d’œufs écrasées. Nommée ReRAM, elle pourrait ouvrir la voie à des ordinateurs plus rapides et plus écologiques. De leur côté, des chercheurs américains ont fabriqué des pneus en utilisant des peaux de tomate et des coquilles d’œufs.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Fin des dinosaures: deux ans d’obscurité sur Terre?

Et si des chercheurs avaient enfin découvert le mystère de l’extinction des dinosaures? Les scientifiques estiment que plus de 75% de toutes les espèces vivantes et l’ensemble des dinosaures non aviaires ont disparu à la limite du Crétacé et du Tertiaire. L’extinction s’est produite suite à l’impact d’un astéroïde de 10 km de diamètre, dans la péninsule du Yucatán. Mais par quels mécanismes?

L’impact de l’astéroïde aurait pu à lui seul faire disparaître de nombreux animaux sur Terre. « Mais les animaux qui vivaient dans les océans ou ceux qui auraient pu creuser un trou sous terre ou plonger sous l’eau temporairement pourraient avoir survécu », rappelle Charles Bardeen, auteur principal de l’étude (NCAR). Selon ces nouveaux travaux, la Terre aurait été plongée dans l’obscurité pendant plus de deux ans. Cela aurait empêché la photosynthèse pendant un an et demi. Et les températures auraient chuté de 28°C au-dessus des continents et de 11°C au-dessus des océans.

La force de l’impact – équivalent à un milliard de bombes atomiques de la puissance de celle d’Hiroshima – a vaporisé des milliards de tonnes de roche dans l’atmosphère. La collision aurait provoqué des tremblements de terre, des tsunamis et même des éruptions volcaniques. Mais ce n’est pas tout. En retombant sur terre, les sphérules de roches chauffent par friction avec l’air. Ils déclenchent des feux mondiaux et brûlent littéralement la surface de la Terre. Des incendies gigantesques se déclenchent alors, émettant environ 15 milliards de tonnes de suie dans l’atmosphère. La suie chauffée par le soleil entraîne la destruction de la couche d’ozone et forme une barrière globale contre la lumière du soleil. L’obscurité a un impact majeur sur le phytoplancton, ce qui entraîne la disparition de nombreuses espèces marines qui s’en nourrissent.

L’accumulation d’eau en haute atmosphère conduit finalement à la dissipation complète de la couche chargée en suie en quelques mois : il pleut de la suie. En l’absence de couche d’ozone s’ensuit un déferlement mortel de rayons UV sur terre. Puis, lentement, la végétation repart. Les espèces survivantes se remettent lentement à prospérer…

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La Chine se lance dans le développement de la technologie Blockchain

La blockchain, qu’est-ce que c’est ?

La blockchain est une base de données qui conserve l’historique de toutes les transactions effectuées par ses utilisateurs depuis sa création. Les transactions des utilisateurs sont regroupées par blocs et ces blocs sont ensuite « validés » par ce qu’on appelle des mineurs, et inscrites dans un registre. Ce registre est une longue liste de blocs qu’on appelle blockchain.

A chaque fois qu’un nouveau bloc de transactions est créé, celui-ci s’ajoute à la blockchain. Les mineurs sont là pour faire en sorte que la blockchain ne puisse pas être modifiée. Une fois qu’un bloc de transactions a été créé, les mineurs appliquent une formule mathématique à ce bloc qui le transforme en une séquence de chiffres et de lettres appelée hash. Cette séquence est alors enregistrée avec le bloc à la fin de la blockchain. Cette séquence est très importante car si un seul caractère est modifié dans le bloc, la séquence se trouve complètement modifiée.

Afin de calculer la séquence, le mineur se sert des données du bloc mais également de la séquence du bloc précédent. Le fait que la séquence de chaque bloc soit calculée avec la séquence du bloc précédent permet de valider toute la chaine de blocs (la blockchain), car si quelqu’un tente de modifier un bloc dans la blockchain, cela pourra être directement détecté en comparant les séquences finales.

Ainsi cette technologie intéresse par son niveau de transparence – les utilisateurs ont accès à l’historique des données de la blockchain en tout temps -, par son niveau de sécurité – une fraude est rapidement détectée grâce au système de séquences -, et par le fait que ce système soit décentralisé.

Mais alors que le Bitcoin devient de plus en plus connu et utilisé, l’échange de crypto-monnaie et loin d’être la seule utilisation possible de cette technologie. Ethereum, par exemple, est une plateforme qui a été créée en 2013 et qui utilise la blockchain pour d’autres applications. Elle a sa propre crypto-monnaie appelée Ether, mais est notamment utilisée pour ses smart contract. La plateforme utilise le système de blockchain pour exécuter automatiquement les termes d’un contrat lorsque certaines conditions sont réunies (comme par exemple le paiement automatique d’un colis après la livraison ou le remboursement d’un billet d’avion après une annulation ou un retard). Un actif est en fait lié à un programme stocké dans la blockchainet, selon l’explication de Vitalik Buterin, fondateur d’Ethereum, « Le programme lance le code à un moment donné s’il valide automatiquement une condition et il détermine si l’actif doit être envoyé à une personne ou renvoyé à une autre, ou s’il doit être remboursé immédiatement à la personne qui l’a émis, ou une combinaison de tout cela ». Le fait d’utiliser une blockchain permet alors, comme expliqué ci-dessus, de détecter si une modification a été faite sur les termes du contrat grâce au hash. Le smart contract a également l’avantage d’être un système décentralisé puisqu’il ne nécessite pas l’intervention d’une tiers personne. Ce système reste encore très nouveau mais beaucoup y voient un avenir très prometteur.

En plus de Bitcoin et d’Ethereum, il existe d’autres plateformes qui utilisent les blockchain telles que Hyperledger ou Symbiont, et certaines grosses entreprises travaillent actuellement à développer leurs propres plateformes.

Comment se positionne aujourd’hui la Chine par rapport à cette nouvelle technologie ?

Alors que le gouvernement chinois était encore très sceptique par rapport à cette technologie informatique il y a encore deux ou trois ans, il encourage aujourd’hui officiellement le développement de l’utilisation des blockchaindans les institutions et les industries chinoises, et possèderait le deuxième plus grand nombre d’entreprises de blockchain au monde après les États-Unis.

Le 18 octobre 2016, le gouvernement chinois a publié un Livre Blanc intitulé The Blockchain Technology and Application Development Whitepaper, co-produit par le MIIT (Ministry of Industry and Information Technology), le National Standardization Commitee et le Chinese Blockchain Technology and Industrial Development Forum. Ce Livre Blanc détaille les applications potentielles de cette technologie, notamment dans le domaine de la finance qui intéresse beaucoup la Chine, mais aussi dans des domaines tels que les chaines de productions, le smart manufacturing ou l’éducation.

La Chine a également organisé les 30 et 31 octobre 2016 la First World Blockchain Conference qui s’est déroulée à Changsha dans la province du Hunan. Cette conférence était le premier évènement de cette envergure en Chine dédié à la blockchain. Le MIIT a invité plusieurs leaders importants du gouvernement et de l’industrie chinoise, notamment dans le secteur des banques et des assurances. Cet évènement couplé à la publication du Livre Blanc a mis en évidence le fait que cette technologie est une des priorités actuelles du gouvernement chinois et s’inscrit dans le cadre du 13ème plan quinquennal (2016-2020) au même titre que l’Intelligence Artificielle, le Cloud Computing ou le Big Data. Cette technologie est encore à un stade très peu avancé et ne possède pas encore de standards techniques, c’est pourquoi le MIIT a pour projet actuel de mettre en place un standard national pour l’utilisation de cette technologie.

Depuis 2016, plusieurs alliances ont été formées entre des institutions et des entreprises chinoises dans une optique d’explorer collectivement les applications possibles de la blockchain. La Shanghai Blockchain Enterprise Development Alliance a ainsi été établie en septembre 2016 entre plus de vingt partenaires chinois dans des secteurs tels que la finance, la logistique, la sécurité et la santé. Cette alliance a fait suite à l’établissement de la ChinaLedger Union à Pékin en avril 2016, et du Financial Blockchain Shenzhen Consortium qui a été créé lors d’un évènement à Shenzhen le 31 mai 2016.

Les villes de Pékin et Shanghai sont, comme pour la plupart des secteurs scientifiques, les plus gros pôles en Chine dans le développement de la technologie blockchain. Cependant, la ville de Hangzhou dans la province du Zhejiang semble également devenir un endroit incontournable en Chine dans ce domaine. La ville a organisé le 28 avril 2017 le Global Blockchain Financial Summit, et le gouvernement de Hangzhou a récemment annoncé la construction du premier parc industriel en Chine spécialisé dans la blockchain, avec à la clef des politiques préférentielles pour les entreprises voulant s’y installer. Le gouvernement leur a notamment promis des subventions pour des bureaux et le recrutement de talents et des déductions de taxes.

D’autres événements importants ont également eu lieu en Chine en 2016 et 2017 sur cette thématique. La Chine a notamment organisé la International Blockchain Week du 19 au 24 septembre 2016 à Shanghai, et la ville de Chengdu dans la province du Sichuan, qui se révèle également très active dans ce domaine, vient d’organiser la Global Blockchain Conference qui s’est tenue les 14 et 15 Juin 2017.

Quelles sont les acteurs et les applications majeurs de cette technologie en Chine ?

Wanxiang Blockchain Labs est l’institution leader en Asie en termes de recherche sur la technologie blockchain, elle a notamment beaucoup contribué au développement de la plateforme Ethereum en Chine. Ethereumest aujourd’hui utilisée par les plus grandes entreprises chinoises telles que Baidu et JD.COM qui l’utilisent notamment pour leurs services de payement. Un Ethereum Laboratory a été créé à la Peking University, l’une des meilleures universités chinoises, pour travailler sur l’optimisation de la gestion des chaines de production et des marchés de l’énergie, ainsi qu’un institut de recherche, le Jiangsu Huaxin BIockchain Research Institute, à Nanjing dans la province du Jiangsu, pour travailler sur le développement d’applications de la blockchain dans l’industrie et les services de formations personnelles.

Le groupe Wanxiang, à l’origine de la création de l’institut de recherche Wanxiang Blockchain Labs, est spécialisé dans la fabrication de pièces d’automobiles, et a annoncé en septembre 2016 qu’il s’apprêtait à investir 200 milliards de yuan (60 milliards de dollars) pendant les sept prochaines années dans le cadre de son projet de ville intelligente. Le potentiel de la technologie blockchain intéresse le groupe notamment pour la conception de ses smart cars, car l’un de leurs objectifs serait d’utiliser la blockchainpour surveiller l’utilisation des batteries de leurs voitures. Le principe serait de louer et non de vendre les batteries aux acheteurs afin de réduire le coût d’achat et d’utiliser la blockchain pour enregistrer les données des batteries et surveiller leur utilisation. Aujourd’hui l’entreprise collecte déjà les données de ses batteries mais estime que la blockchain pourra mieux garantir l’intégrité de ces données. Wanxiang est également à l’origine de la création du premier accélérateur en Chine dédié à la blockchainChainbase Accelerator.

Le secteur financier en Chine s’intéresse également de près à cette technologie informatique. Le pays y voit une solution pour augmenter la transparence et combattre la fraude. Les banques cherchent de plus en plus à embaucher des experts dans ce domaine car, alors que quatre banque chinoises figurent dans le top 5 mondial des banques possédant les plus grands capitaux, beaucoup utilisent encore le papier et les faxes. Les banques parcourent ainsi les universités et les start-ups technologiques à la recherche de talents, avec à la clef des salaires s’élevant jusque 1.2 millions de yuan (175 000 dollars). Elles recherchent des personnes ayant une créativité suffisante pour trouver de nouvelles applications à cette technologie. Les banques chinoises auraient un retard d‘environ un an sur l’adoption de la blockchain par rapport aux pays occidentaux et essayent aujourd’hui de rattraper ce retard. La People’s Bank of China (PBOC) a révélé plusieurs fois dans les médias chinois qu’elle aurait validé avec succès une série d’essais de sa propre version de monnaie digitale avec l’objectif de devenir la première banque à sortir sa propre monnaie digitale.

Le secteur de la grande distribution en Chine est aussi très actif dans le développement de cette technologie. Le géant Alibaba souhaiterait commencer à utiliser la blockchain pour améliorer la traçabilité de ses produits tout au long de leur chaine d’approvisionnement afin d’être capable de vérifier leur authenticité. En effet la Chine fait face à un gros problème de vente de « fausse » nourriture et la blockchain permettrait d’aider à lutter contre ce problème. Chaque consommateur pourrait par exemple scanner un code QR sur l’emballage d’un produit avec son téléphone portable et recevoir directement des informations sur le produit, avec le détail de ce que contient l’emballage et son origine. Au lieu d’utiliser des documents papier, facilement falsifiables, la blockchain permet d’établir un historique de la provenance du produit et des étapes de sa chaine d’approvisionnement accessible aux utilisateurs. WalmartIBM et l’Université de Tsinghua ont également établi une collaboration sur ce sujet.

Un autre grand projet chinois dans ce domaine est celui de Tencent, le géant de l’Internet en Chine, qui est en train de développer sa propre plateforme de blockchainTrust SQL, dont les plans sont détaillés dans un nouveau Livre Blanc. L’entreprise a commencé à exprimer un intérêt pour cette technologie lorsqu’elle a rejoint le Financial Blockchain Shenzhen Consortiumen mai 2016. Tencent souhaite utiliser cette plateforme pour fournir tous les outils nécessaires aux entreprises afin qu’elles développent elles-mêmes leurs applications basées sur la blockchain.

Bien d’autres utilisations possibles de la blockchain sont à explorer en Chine. Cette technologie pourrait par exemple permettre de vendre l’énergie collectée par un particulier à ses propres voisins, sans passer par les réseaux de distribution, cette application a déjà été testée au États-Unis et semble intéresser la Chine. Pour ce qui est des acteurs chinois dans ce domaine, toutes les grandes entreprises chinoises s’intéressent aujourd’hui au sujet et de nombreuses start-ups commencent à voir le jour dans ce domaine.

Quels sont les enjeux à venir pour cette technologie en Chine ?

La blockchain reste une technologie très jeune qui n’a pas encore vraiment fait ses preuves, même si le gouvernement et les entreprises chinoises y voient un énorme potentiel. Le Livre Blanc publié par le MIIT en octobre 2016 souligne notamment le manque de standardisation de cette technologie. On peut également se poser la question de savoir si le mode de décentralisation qui est caractéristique de la blockchain peut réellement rentrer en adéquation avec les pratiques qui restent souvent très centralisées en Chine.

Rédacteur : Camille MUSQUAR

Source : www.diplomatie.gouv.fr/selon-le-site-blockchain-france-la-blockchain

Des fermes spatiales dans plus de 150 ans

La nourriture est l’obstacle principal pour l’exploration à long terme de l’espace. Cela limite la distance à laquelle nous pouvons voyager depuis la Terre et le temps que nous pouvons passer dans l’espace.

Nous pouvons stocker assez de nourriture pour les habitants de la Station Spatiale Internationale ou même pour un voyage aller/retour sur la lune. Mais si nous voulons voyager jusqu’à Mars et encourager des missions d’exploration à long-terme, nous avons besoin de systèmes de production alimentaire qui soient bio-régénératifs et indépendants. En somme, des fermes spatiales.
L’agriculture dans l’espace est probablement l’un des plus important défis que nous aurons à surmonter si nous souhaitons séjourner de longues périodes sur la planète rouge dans les 150 prochaines années. Mais c’est un challenge que le Canada est vraiment déterminé à mener.

Même si des personnes sont déjà inscrites pour faire partie de la première colonie humaine sur Mars, notre prochaine planète présentera certainement moins de challenges environnementaux.
Mars a un climat épouvantable. Ses températures moyennes sont en dessous de -60 °C, sa pression atmosphérique équivaut à moins de 1% de celle de la Terre et est principalement constituée de dioxyde de carbone. De plus, le temps peut être extrêmement venteux et poussiéreux sur de longues périodes. S’y ajoute le danger de l’exposition aux radiations, et sans un noyau en fusion comme celui de la Terre (ce qui signifie quasiment pas de champ magnétique), l’environnement de la planète devra être considérablement modifié pour penser y vivre un jour.

Néanmoins, cela ne signifie pas que la vie sur la planète rouge est impossible. Lorsque le Canada fêtera ses 300 ans, des centaines d’explorateurs de l’espace passeront des dizaines d’années à chercher de la vie sur Mars. Des dizaines d’années, car l’aller/retour prend 2.5 ans, donc le temps de séjour devra être assez long pour rentabiliser le voyage. Cela signifie l’installation d’habitations hermétiques, de centres de recherche et de fermes. C’est ainsi que des programmes d’environnement contrôlé se développeront.

Le Canada est parmi les chefs de file mondiaux dans la recherche et le développement technologique des systèmes de survie biologique. Quand il s’agit d’agriculture, les conditions extrêmes rencontrées dans l’espace sont similaires à celles au nord du pays. Essayer de faire pousser une tomate sur Mars est très similaire à essayer de faire pousser une tomate dans une congère : c’est impossible sans la création d’un environnement contrôlé.

A l’université de Guelph en Ontario, les chercheurs essaient de faire pousser des cultures dans l’espace grâce aux recherches faites sur les systèmes de contrôle d’environnement. Les travaux en cours dans ce domaine ont révélé que des plantes peuvent vivre sous certaines conditions environnementales inhabituelles, comme une pression atmosphérique très basse ou avec moins d’oxygène que sur Terre. Cela signifie qu’il n’y a pas besoin de structures hermétiques répliquant exactement l’atmosphère de la Terre pour que les plantes survivent sur Mars.

Dans 150 ans, il sera possible de faire pousser notre nourriture sur Mars dans des structures gonflables. A l’intérieur tout sera conçu pour assurer les rendements de culture les plus élevés. L’intensité de la lumière – et même sa couleur ou son spectre – sera adaptée pour chaque culture. L’aération et la pression, la température, les nutriments, les niveaux de dioxyde de carbone et l’humidité seront précisément contrôlés pour créer une atmosphère idéale dans laquelle les plantes pourront bien pousser.

Il poussera des variétés de cultures conventionnelles associées avec une alimentation équilibrée et un régime végétarien nutritif. La plupart des vitamines et des minéraux dont nous avons besoin seront disponibles dans les plantes, et les protéines seront dans le soja et d’autres cultures similaires.

Ces importantes variétés de plantes, ou « cultures candidates », seront soigneusement entassés ou superposées dans un petit espace – à l’opposé des larges prairies canadiennes. Ces cultures compactes seront produites en utilisant une quantité limitée d’eau et zéro déchet, car loin de la terre on ne peut se permettre de jeter. Il est nécessaire d’apprendre à tout recycler car cela sera une question de vie ou de mort – l’agriculture extrême est des plus difficiles.

Le travail réalisé à Guelph est conçu, non seulement pour l’espace, mais aussi pour les Canadiens et d’autres personnes à travers le monde qui pourront être amenés à vivre dans des endroits où la sécurité alimentaire est un problème que seule l’agriculture extrême peut résoudre.

Aujourd’hui, nous dépensons des millions de dollars à transporter des denrées périssables au nord du Canada, comme des fraises du Mexique vendues à Yellowknife.

Maintenir la présence humaine au Nord dépend de notre production de nourriture de la même façon que pour maintenir notre présence sur Mars. En créant ces systèmes, il sera possible d’habiter les parties les plus extrêmes du Canada, comme le Nord, et d’autres parties du globe, comme les déserts du Moyen Orient.

L’exploration spatiale génère d’inestimables technologies dans de nombreux domaines. Pour la production alimentaire, l’exploration spatiale permettra d’apprendre comment faire pousser des cultures presque partout avec aussi peu d’impact que possible sur l’environnement.

D’ici les 300 ans du Canada, le challenge de vivre sur Mars aura été résolu, et les avancées considérables réalisées serviront à la fois l’espace mais aussi notre propre survie sur Terre.

Source :
Nouvelles de l’Université de Guelph– 10 août 2017

Rédacteur :
Morgane SEITÉ – Chargée de Mission pour la Science et la Technologie à Toronto

Japon : une voile solaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le transport maritime

Aquarius MRE est une technologie développée par l’entreprise japonaise Eco Marine Power Co. Ltd. incluant des voiles rigides, des panneaux solaires, des modules de stockage d’énergie et d’un système de commande informatisé adaptant l’orientation des panneaux aux conditions météorologiques. L’utilisation de ces énergies renouvelables permet de réduire la consommation de carburant des navires qui en sont équipés et donc de diminuer leurs émissions de dioxyde de carbone de façon économique. La technologie sera mise à l’essai offshore prochainement en collaboration avec l’armateur Hisafuku Kisen KK.

Les émissions de gaz à effets de serre dues au trafic maritime dépassent aujourd’hui celles de la France (elles représentent 3% des émissions mondiales) et pourraient augmenter de 250% d’ici à 2050. A l’heure où la plupart des pays se sont engagés par l’accord de Paris à réduire leurs émissions de gaz à effets de serre, des innovations telles que celle-ci pourraient permettre d’endiguer un autre facteur croissant de pollution atmosphérique et maritime.

Rédacteur :
Pierre FEUARDANT

Sources :
www.ecomarinepower.com/en/aquarius-wind-a-solar-power
techon.nikkeibp.co.jp/atclen/news_en/15mk/080501500/

www.diplomatie.gouv.fr/voile-solaire-pour-reduire-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre

Nouvelles avancées en information quantique photonique

Alors que les grandes entreprises investissent dans des infrastructures complexes et très coûteuses afin d’exploiter le potentiel des technologies quantiques, une équipe de recherche de l’Institut National de la Recherche Scientifique (INRS) dirigée par le professeur Roberto Morandotti a développé une puce photonique compacte, à faible coût de production, accessible et compatible avec les technologies classiques du domaine de l’électronique intégrée.

Dans son article publié dans la revue Nature , l’équipe démontre que les photons représentent une ressource quantique puissante et avantageuse lorsqu’ils sont générés sous la forme de quDits intriqués sur un spectre de couleurs. Ces résultats ont été obtenus grâce à des dispositifs optiques intégrés et à des composants commerciaux de télécommunications.

Cette nouvelle approche multidimensionnelle (multiple fréquences) de la manipulation des photons permettrait de diminuer les coûts d’exploitation des technologies quantiques, d’augmenter les performances et d’optimiser l’intégration à des systèmes électroniques de communication classique.

En savoir plus :
Article publié dans la revue Nature 546, 29 juin 2017
On-chip generation of high-dimensional entangled quantum states and their coherent control 
Doi:10.1038/nature22986

Sources :

Rédactrice :
Clémence Rampillon, chargée de mission Science et Technologie à Montréal, clemence.rampillon[a]diplomatie.gouv.fr

Menace sur la pollinisation : le côté obscur de la lumière artificielle

La majorité des espèces végétales est dépendante du monde animal – particulièrement de celui des insectes – pour se reproduire. Le déclin des insectes pollinisateurs à travers le monde impacte significativement la production des cultures et la reproduction des plantes sauvages. L’augmentation rapide de la lumière artificielle nocturne, ou pollution lumineuse, a récemment été proposée comme une nouvelle menace pour les écosystèmes terrestres. Pour la première fois, une équipe européenne, comprenant un chercheur du Centre d’écologie et des sciences de la conservation (CNRS/MNHN/UPMC), montre que la pollution lumineuse perturbe les pollinisateurs nocturnes avec des conséquences négatives pour la reproduction des plantes.

En étudiant 24 heures sur 24 des fleurs de prairies éclairées artificiellement, les chercheurs ont observé une diminution de 62 % des visites de pollinisateurs nocturnes comme les papillons de nuit ou certains coléoptères, par rapport à des prairies sans pollution lumineuse. Plus important encore, cela a entraîné une réduction de 13% de la production de fruits d’une espèce de plante locale, le Cirse maraîcher, malgré de nombreuses visites de pollinisateurs diurnes comme les bourdons, les abeilles ou les mouches.

Les chercheurs démontrent que les effets en cascade de la pollution lumineuse ne s’arrêtent pas aux plantes et à leur reproduction mais peuvent aussi se propager aux pollinisateurs de jour. La pollution lumineuse réduisant le succès reproducteur de plantes sur lesquelles des pollinisateurs diurnes viennent se nourrir, cela pourrait entrainer à terme une baisse des ressources alimentaires disponibles pour les pollinisateurs diurnes.

Ces résultats proposent de nouvelles perspectives sur le fonctionnement des communautés plantes-pollinisateurs et sur la complémentarité entre pollinisateurs diurnes et nocturnes. Dans tous les pays développés, ces insectes pollinisateurs sont en régression, notamment en milieu rural. Leur raréfaction pourrait bien avoir des impacts considérables sur tous les écosystèmes. Une cohabitation sérieusement menacée par les changements globaux, et, désormais, par la pollution lumineuse.

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© Eva Knop Schéma illustrant les effets en cascade de la lumière artificielle nocturne sur les communautés de plantes et pollinisateurs. Les flèches pleines indiquent des effets directs, les flèches pointillées les effets indirects. Le signe se réfère à la nature attendue de l’effet direct ou indirect. L’effet négatif direct de la pollution lumineuse sur les communautés de pollinisateurs nocturnes, se transmet aux plantes en diminuant leur succès de reproduction, ce qui se répercute sur les pollinisateurs diurnes en diminuant la quantité de ressources alimentaire à leur disposition.

 

Références :

Artificial light at night as a new threat to pollination, Eva Knop, Leana Zollera, Remo Rysera, Christopher Gerpea, Maurin Hörlera, Colin Fontaine, Nature, août 2017.

Source : cnrs

Apprendre et oublier pendant son sommeil : deux processus étroitement liés ?

Le cerveau humain possède une capacité surprenante d’apprentissage : il peut mémoriser un signal auditif dénué de sens dès lors que celui-ci est répété. Ainsi, le bruit blanc, comme le son produit par une radio lorsqu’elle ne reçoit pas de signal, peut être appris après seulement quelques présentations, sans même que l’on ait besoin d’y prêter attention.

Les chercheurs ont choisi cette stimulation auditive passive, particulièrement bien adaptée au sommeil, pour explorer le lien entre apprentissage et sommeil. Ils ont exposé des volontaires à des bruits intégrant des sons répétés pendant leur sommeil et suivi leur activité cérébrale par électroencéphalographie. Un son nouveau ou un son appris ne générant pas la même réaction cérébrale, l’analyse électroencéphalographique permet aux chercheurs de déterminer si un son entendu est mémorisé, même lorsque le sujet est endormi.

L’analyse de l’activité cérébrale pendant la nuit et des réponses comportementales au réveil ont montré que les sujets reconnaissent les bruits qu’ils ont entendus pendant leur sommeil paradoxal et leur sommeil lent léger. Ces observations révèlent la capacité de notre cerveau à apprendre durant ces deux phases de sommeil à la fois très différentes d’un point de vue de leur activité cérébrale mais durant lesquelles notre cerveau peut traiter une information complexe, qu’elle soit exogène ou endogène1. Alors que de précédents travaux réalisés chez l’Homme et l’animal avaient montré que certaines formes d’apprentissage, comme le conditionnement, sont possibles durant le sommeil2, cette nouvelle étude montre qu’il est possible de mémoriser de nouvelles représentations et de nouveaux objets (ici auditifs) durant le sommeil.

De plus, cette étude se distingue sur les résultats obtenus lors d’une autre phase du sommeil : le sommeil lent profond. Les chercheurs y ont découvert un phénomène complètement inverse : pendant ce sommeil profond, les sons appris précédemment, pendant la phase de sommeil lent léger, sont oubliés, « désappris  », comme effacés. Au réveil, ces sons se sont même révélés plus difficiles à apprendre que des sons nouveaux.

Ces résultats sont compatibles avec l’idée que le sommeil lent léger et le sommeil paradoxal sont des états favorables à la plasticité cérébrale et à la consolidation active de la mémoire, tandis que le sommeil lent profond permettrait une forme d’oubli nécessaire pour éviter l’accumulation de souvenirs jour après jour. Cette interprétation est innovante car elle permettrait de réconcilier deux modèles souvent jugés comme opposés sur le rôle du sommeil dans la mémoire : le sommeil permettrait bien de consolider les connaissances acquises dans la journée mais il joue aussi le rôle de filtre, qui effacerait du cerveau les informations qui ne sont plus nécessaires. Cette découverte amène désormais une autre question aux chercheurs : quels sont les mécanismes qui se cachent derrière l’ambivalence du lien entre sommeil et mémoire ?

Notes :
1 Pendant la phase de sommeil léger, le cerveau est capable de traiter des informations dites exogènes (venant de l’extérieur), alors que dans le cas du sommeil paradoxal et des rêves, le cerveau traite principalement des informations endogènes (venant de l’intérieur).
2 Des expériences récentes d’apprentissage par conditionnement ont montré que lorsque de mauvaises odeurs sont présentées juste après des sons à des sujets endormis, ceux-ci retiennent leur respiration. Un réflexe qui est conservé même lorsqu’ils n’entendent que les tonalités (alors qu’aucune odeur ne leur est présentée) dans le sommeil.

Références :
Formation and suppression of acoustic memories during human sleep. Andrillon, Thomas; Pressnitzer, Daniel; Léger, Damien & Kouider, Sid. Nature communications, le 8 août 2017. DOI : 10.1038/s41467-017-00071-z. Consulter le site web

Source : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/5149.htm

Une membrane ultraperméable contre les gaz à effet de serre

Développer de nouvelles membranes pour séparer le CO2 présent dans l’atmosphère est l’une des solutions les plus prometteuses pour résoudre le problème des gaz à effet de serre. Des chercheurs de l’Institut pour la technologie des membranes du Conseil national des recherches de Cosenza (Itm-Cnr), en collaboration avec les universités de Édimbourg, de la Pennsylvanie et de la Floride, y sont parvenus. Leur recherche a été publiée sur la revue Nature Materials.

« Les membranes ont été synthétisées à partir de nouveaux matériaux polymères poreux présentant une structure bidimensionnelle particulière qui leur confère une microporosité élevée au niveau moléculaire », explique Alessio Fuoco (Itm-Cnr), co-autheur de la recherche, « qui peut être considérée comme un micro-labyrinthe permettant un passage plus rapide des petites molécules par rapport aux molécules plus grandes, ou des plus solubles par rapport aux moins solubles. La microporosité élevée, combinée à la rigidité, procure à ces matériaux des propriétés uniques de perméabilité et sélectivité qui dépassent les prestations des matériaux utilisés aujourd’hui dans les membranes commerciales ».

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De nombreux procédés industriels utilisent déjà des membranes, par exemple pour la production d’eau potable à partir d’eau salée ou d’oxygène pur à partir d’air, ou encore certains procédés médicaux comme la dialyse. « La science et l’ingénierie des membranes est un domaine en évolution constante et la principale difficulté est de trouver des matériaux qui garantissent une productivité élevée, c’est à dire une haute perméabilité, et qui soient en même temps très sélectifs et efficaces dans la séparation », ajoute John Jansen de l’Itm-Cnr, le responsable de l’équipe de recherche.
Cette recherche, financée par la Commission européenne dans le cadre du projet M4CO2, contribue au développement de procédés productifs à faible impact environnemental.

Plus d’informations : http://www.nature.com/nmat/journal/vaop/ncurrent/full/nmat4939.html

Rédacteurs  : Tiffany Ziller, tiffany.ziller[a]institutfrancais.it

Sources :

Episode # 6: Miss Marple

Ixelles, octobre 2086. Les étangs de Flagey, bicentenaires, s’étendent à l’est du capitole. Après quelques jours de froid, la douceur est de retour et la surface de l’eau renvoie les couleurs flamboyantes de l’automne.

Les ruches artificielles bourdonnent de milliards d’abeilles électroniques qui produisent le miel et pollinisent les plantes. Dire qu’il a pratiquement fallu attendre la disparition de la dernière abeille organique pour trouver comment produire les enzymes nécessaires à la fabrication du vrai miel et à la pollinisation des plantes.

Depuis, grâce à ces petites merveilles de technologie, les arbres fruitiers venus remplacer les tours d’immeubles détruites pendant la guerre de 2017, font le bonheur des habitants du district.

Les autres districts ne sont pas en reste. À Uccle, la vallonnée, les vignes produisent de délicieux raisins. Et à Laeken, dans les anciens jardins du Palais royal, les champs de pommes de terre et de blé fournissent largement de quoi nourrir les habitants.

Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Séraphine Perrin, jeune archiviste, s’en souvient. Enfin, elle s’en souviendrait si elle était consciente parce que pour le moment, elle est alitée dans l’unité de soins B12, – comme la vitamine -, et plongée dans une sorte de coma. Cela fait près de deux jours qu’elle est dans cet état. Depuis qu’on l’a retrouvée, effondrée sur son poste de travail à l’Institut de l’Histoire et du souvenir.

Séraphine Perrin est chargée d’encoder numériquement les documents du passé, tous domaines et tous supports confondus, afin de créer une base de données collective accessible à tous. Elle adore son travail, il lui permet de découvrir des choses dont elle n’avait jamais entendu parler jusqu’ici.

Il faut dire que depuis que les écoles n’existent plus, on apprend selon ses envies, pour soi-même ou parce qu’on a été désigné par le district pour exercer tel ou tel métier. Aujourd’hui, on accède à la connaissance en achetant à volonté des crédits via sa puce : 10 crédits en math, 20 crédits en chimie, 5 crédits en mycologie ou 30 en peinture à l’huile. Et quand je parle de district, il faut voir cela comme ce qu’on appelait avant une « commune » ou une « ville ».

Il n’y a plus d’états, plus de pays, plus de régions. Enfin, officiellement. Après les bombardements des missiles russes et ses millions de morts, la population mondiale a fortement diminué. Au début du siècle, l’ONU estimait qu’on serait environ dix milliards d’êtres humains sur Terre en 2090 mais nous sommes à peine plus de la moitié.

La mondialisation n’est plus qu’un vague concept. Et nous sommes pratiquement revenus à un système féodal. La technologie moderne ayant remplacé les gardes armés et le bourreau. L’économie locale, les petits commerces de proximité… nous y sommes. Un peu forcés par la crise mondiale du pétrole et autres combustibles polluants mais nous y sommes. Les gens peuvent encore se déplacer sur de longues distances, le carburant à base de déchets et d’algues fonctionne parfaitement mais ils n’ont plus envie de partir loin. Et s’il leur prenait quand même l’envie de fuir, un petit réglage de la puce et c’est arrangé.

Ah ! La fameuse puce justement. Parlons-en ! C’est quand même à cause d’elle que Séraphine est dans cet état…

Chaque être humain vit avec une puce multifonctions, une cfH « chip for Humans » en anglais dans le texte, implantée dès la naissance au niveau du poignet. Elle contrôle tout, contient toutes les informations médicales, administratives, judiciaires et financières d’une personne. Pour effectuer une transaction, plus besoin de portée wifi. Il suffit de poser sa main sur un appareil ou directement sur le poignet de quelqu’un d’autre pour faire un transfert d’argent ou de données.

Pour faire simple, disons que la puce est reliée dans chaque district à un super ordinateur qui reçoit des données sur le rythme cardiaque, l’activité neurologique, le sang, et les pensées de chaque personne. La cfH envoie des informations, mais sert aussi à en recevoir, ce qui veut dire qu’avec la puce sous votre peau, vous êtes à la merci des chefs de districts : ils peuvent vous rendre au choix euphoriques, excités, déprimés, suicidaires, sereins voire dangereux si besoin.

Vous vous sentez triste et cela nuit à votre productivité ? Hop ! Un peu d’endorphine injectée à distance dans le cerveau via la puce et tout va mieux. Vous êtes fatigués et ne rêvez que de votre lit douillet ? Hop ! Un peu d’adrénaline via la puce et vous voilà frais et dispos.

Fiévreuse et tremblante à la fois, Séraphine Perrin est au plus mal. Les médecins sont perplexes : de tels symptômes ont quasiment disparu à notre époque et ils s’interrogent sur ce qu’il convient de faire. Il semblerait que la jeune femme ait été victime d’une violente cyberattaque.

On raconte qu’un INI (individu non identifié) aurait trouvé le moyen de pirater à distance les puces pourtant ultra-sécurisées, de voler toutes les informations et crédits qu’elles contiennent et au final, de tuer les victimes en leur implantant un virus. Car si la puce soigne la plupart des maladies, elle peut aussi rendre malade voire tuer. Cela s’avère parfois pratique pour mettre de l’ordre dans les affaires des districts mais ici, au contraire, cela fait plutôt désordre… Surtout quand les victimes semblent être choisies de façon aléatoire.

Soudain, un bip aigu caractéristique se fait entendre à trois reprises. La patiente vient de se réveiller. C’est inattendu. Aucune des autres victimes ne s’en était sortie jusqu’alors. En fait, aucune n’a été retrouvée vivante avant Séraphine Perrin.

À son chevet, une policière la fixe en silence. Elle est arrivée dès que l’unité de soins B12 lui a signalé le réveil. Une victime vivante, c’est une chance inespérée de collecter des informations et de trouver le coupable.

– Que… Qu’est-ce que je fais ici ? Où suis-je ? demande Séraphine Perrin d’une voix pâteuse.

– Vous êtes à l’unité de soins B12. Je suis l’enquêtrice Miss Marple. Pouvez-vous décliner votre identité, s’il vous plaît, répond la policière.

– Mon identité ? Je ne comprends pas. Vous ne savez pas qui je suis ? Scannez ma puce ! s’étonne Séraphine.

– Vous avez été victime d’une cyberattaque. Votre puce a été gravement endommagée et les données ne sont plus lisibles. Nous allons devoir la retirer pour pouvoir procéder à une analyse complète, sans mettre votre santé en danger, annonce l’enquêtrice du ton le plus neutre possible.

– Retirer la puce ? C’est possible ? s’écrie-t-elle. Elle lance un regard inquiet vers le médecin. Celui-ci hoche la tête et lui sourit, comme pour lui signifier que tout ira bien. En fait, il n’en sait rien. Il n’a jamais pratiqué une ablation de cfH sur un être vivant. Le corps humain est tellement en symbiose avec la puce qu’en vérité, personne ne sait quelles conséquences cela pourrait avoir de la retirer. Il va falloir faire une anesthésie « extérieure », à l’ancienne et découper la chair. Heureusement, le robot chirurgien peut s’en occuper sans problème.

Rassurée par l’attitude encourageante du médecin, Séraphine accepte de collaborer à l’enquête. De toute façon, elle n’a pas vraiment le choix. Sans puce, elle est complètement démunie. Elle n’a plus d’argent, plus d’identité, plus rien.

– Je m’appelle Séraphine Perrin, n° 060.07.10.13864. Je travaille à l’Institut de l’Histoire et du souvenir. S’il vous plaît, aidez-moi à retrouver ma vie, implore Séraphine. Elle sent un drôle de picotement au niveau des yeux et de l’eau lui trouble la vue. Des larmes ? Oui, cela ressemble à ce qu’elle avait vu dans ce vieux film qu’elle a encodé dernièrement à l’Institut. Quelle étrange sensation…

On trouvera le coupable ! affirme avec assurance l’enquêtrice.

– Racontez-moi ce qui s’est passé en détail.

Séraphine se dit qu’elle a de la chance d’être tombée sur Miss Marple. Il paraît qu’elle traite bien les gens. Elle aurait pu tomber sur l’Inspecteur Harry ou sur Philip Marlowe qui se seraient montrés moins tendres avec elle.

Les inspecteurs de police ne sont plus ces humains aux tenues débraillés, mi-alcooliques, mi-colériques, intelligents mais brutaux. En fait, ils ne sont plus humains. Ce sont des robots capsuloïdes d’approximativement 1,5 m de haut, en métal blanc et blindés, bien sûr. On leur a donné les noms de détectives ou flics légendaires pour les rendre moins impressionnants pour le public. Leurs capacités sont sensiblement égales mais leurs caractères sont différents.

Ils ont deux bras articulés pour leur permettre de collecter et de manipuler les indices trouvés sur les lieux d’un crime. Ils ont un écran à hauteur du « visage » avec deux yeux et une bouche stylisés, de façon à être le plus multiculturel possible et ne froisser personne, c’est-à-dire qu’ils traitent tout le monde avec la même neutralité électronique. Cet écran sert aussi à montrer des images, prendre des photos, filmer les interrogatoires, une scène de crime ou à montrer les portraits de suspects aux victimes pour les rares lieux où il n’y a pas (encore) de caméras de surveillance ou en cas de panne de celles-ci.

Au niveau du « ventre », ils ont un mini-labo qui leur permet de faire des analyses et leur logiciel interne possède une base de données internationale qui peut mettre en relation des milliards de connexions. Si on trouve par exemple un poil de chien sur une scène de crime à New Paris, on peut aussitôt retrouver le chien et identifier son propriétaire dans la ville surpeuplée de Bakersfield en Californie. Enfin… On ne dit plus Bakersfield mais Second Chance depuis qu’ont échoué les survivants de Los Angeles et San Diego après l’horreur du Big One de la faille de San Andreas. On peut alors voir en direct des images du gars en train de manger une glace. Aussitôt, une alerte est transmise aux robots policiers locaux qui peuvent l’appréhender, si nécessaire.

Vingt-quatre heures plus tard, l’opération s’est bien passée et Séraphine est autorisée à sortir de l’unité B12. On ne peut pas encore lui remettre sa puce qui doit subir un examen poussé mais on lui donne une sorte de badge provisoire qu’elle pourra présenter pour prouver son identité et payer ses quelques dépenses quotidiennes. Le district lui accorde une petite prime, en récompense de sa collaboration à la capture du pirate.

Pour la première fois, Séraphine est envahie par ses propres pensées, ses propres émotions. Elle a peur. Avant, une pression sur la puce et elle se calmait. Elle a mal au ventre et elle ne peut rien faire d’autre que d’attendre que ça passe.

Pourtant, tout n’est pas négatif. Au travail, elle retrouve son collègue Antoine qu’elle côtoie pourtant chaque jour depuis des années mais quelque chose a changé. Elle ne le regarde plus : elle le voit. À son approche, elle ressent une bouffée de chaleur, des sensations bizarres dans l’estomac. Elle appuie par réflexe à l’endroit où se trouvait sa puce mais rien ne se passe.

Que faire ? Ses parents ne peuvent pas l’aider, ils ont toujours vécu avec la puce. Ils ne comprennent pas ce qu’elle veut dire.

Elle interroge alors sa vieille voisine, Manon est née juste avant la guerre, quand la puce n’était encore qu’un obscur projet. Elle lui explique comment c’était avant. Elle lui décrit ce sentiment étrange qui évolue tellement avec le temps mais qu’on ferait tout pour retrouver quand il disparaît. La plus forte des drogues.

Séraphine prend alors conscience d’un autre monde. Elle ne peut mettre des mots sur ce qui lui arrive mais déjà, elle est accro. Elle essaie d’en parler à Antoine mais il ne comprend rien. Des sentiments ? C’est quoi ? Comme dans ces vieilles histoires où les gens font des trucs bizarres ? À quoi ça sert ?

Alors, Séraphine Perrin a une idée folle : elle veut retrouver le pirate qui a pris le contrôle de sa puce. S’il a su faire cela, c’est qu’il a trouvé le moyen d’être hors de contrôle, de ne plus subir l’emprise du district et de se rendre anonyme. Lui seul pourra lui expliquer ces drôles de choses qu’elle sent dans son corps, dans sa tête à tout moment de la journée.

Aussi lorsque quelques jours plus tard, Miss Marple vient lui annoncer qu’elle pourra retrouver sa puce dans une semaine, Séraphine essaie de lui soutirer quelques informations sur l’identité du pirate, savoir si on a retrouvé sa trace.

Bien entendu, Miss Marple, adepte du mystère et surtout, incorruptible comme tous ses collègues, ne veut rien dire. Séraphine s’en doutait un peu mais il fallait qu’elle essaie. Sa décision est prise : elle va pirater le robot policier. Après avoir dépensé 10 crédits en robotique avancée, elle sait parfaitement comment neutraliser un robot policier de type Légende, comme Miss Marple. Appuyer sur une touche sensitive sur le côté droit suffit à désactiver la machine. Le seul hic, c’est que la touche garde en mémoire la trace de l’empreinte digitale. Dès son retour à l’atelier, le technicien de maintenance saura que Séraphine Perrin, n° 060.07.10.13864 a piraté Miss Marple. Tant pis, Séraphine prend le risque et la chance est avec elle.

Elle découvre ainsi l’identité du pirate. Il habite dans l’ancienne abbaye du district de Forest. Rare sont ceux qui osent s’aventurer dans ce quartier, mais Séraphine est déterminée.

À peine a-t-elle fait un pas dehors qu’elle aperçoit une sombre silhouette de l’autre côté de la rue. Le pirate est là ! Il a dû savoir qu’elle le cherchait et il l’a retrouvée, évidemment. Son cœur se met à battre plus fort, elle sent la sueur glacée lui descendre le long de l’échine et elle n’aime pas du tout cette nouvelle sensation.

Le pirate avance vers elle sans la quitter des yeux. Séraphine est pétrifiée. Elle attend tellement de cette rencontre. Quand enfin il est en face d’elle, un seul mot parvient à franchir ses lèvres : Pourquoi ?

L’homme lui explique avoir mené ces attaques pour faire pression sur les chefs de district. Il affirme vouloir retrouver l’humanité tel qu’elle existait auparavant et se sert de la technologie pour montrer les dangers de la modernité.

Choquée par les aveux de cet assassin assumé, Séraphine se précipite chez elle et active d’une voix tremblante le système d’alarme haut de gamme de son appartement.

Elle ne sait plus où elle en est.

Soudain, on sonne à la porte. C’est Miss Marple, en sa qualité d’agent assermenté qui vient lui implanter une puce toute neuve. Toutes ses informations ont été actualisées et son compte bancaire renfloué. Sa vie peut reprendre.

Vraiment ?

Véronique Goossens

Le cœur du Soleil tourne sur lui-même en une semaine

Remarquablement stable depuis 4,6 milliards d’années, le Soleil est maintenu ainsi par l’équilibre quasi parfait entre la gravitation, qui tend à le contracter, et la pression des réactions thermonucléaires en son cœur. L’instrument Golf, en orbite autour de notre étoile à bord de la sonde SOHO, mesure ainsi les oscillations solaires, porteuses des propriétés physiques de ses différentes couches. En orbite autour de notre étoile depuis plus de 20 ans, il enregistre toutes les 10 secondes un signal intégré des pulsations de la surface solaire. Différentes équipes auscultent ce flot de données pour identifier les nombreux motifs des vibrations qui agitent le Soleil. Des chercheurs du laboratoire Lagrange (CNRS/Observatoire de la Côte d’Azur/Université Nice Sophia Antipolis), de l’Institut d’astrophysique spatiale (CNRS/Université Paris-Sud), du laboratoire Astrophysique, interprétation, modélisation (CNRS/Université Paris Diderot/CEA), du Laboratoire d’astrophysique de Bordeaux (CNRS/Université de Bordeaux), de l’Institut d’astrophysique des Canaries et de l’université américaine Ucla sont ici parvenus à détecter les modes de gravité du Soleil. Ceux-ci sont comme des vagues dont la gravité est la force de rappel, comme nos vagues à la surface de la mer, mais qui dans le soleil ne peuvent exister que dans ses couches très profondes. Ces oscillations étant particulièrement difficiles à observer, les chercheurs ont utilisé les données de Golf d’une nouvelle manière : l’exploitation d’un paramètre différentiel des modes de vibration acoustiques, ceux qui sont visibles en surface. Ce paramètre mesure le   temps mis par les ondes acoustiques pour effectuer un aller-retour au travers du Soleil, en passant par son centre. Les chercheurs y ont décelé l’impact des modes de gravité, et ont donc prouvé leur existence.

Premier résultat issu de cette détection, le taux de rotation moyen du cœur thermonucléaire du Soleil, qui restait très mal connu, a pu être mesuré précisément. Il tourne sur lui-même en une semaine, soit 3,8 fois plus vite que les couches extérieures et intermédiaires. Ces travaux relancent de nombreuses études sur la physique du Soleil. De quoi affiner davantage les modèles sur sa naissance, son évolution, sa structure et sa composition chimique. Ces modes de gravité indiquent notamment la présence d’une zone où la vitesse varie énormément, à la frontière du cœur thermonucléaire, ce qui n’est pas prévu par son modèle standard. Cela relance également les discussions sur la nature d’un possible champ magnétique au centre de l’astre.

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© ESA/ATG medialab/SOHO (ESA/NASA) Vue d’artiste de la sonde SOHO de l’Esa et de la Nasa, en orbite autour du Soleil (photographie prise par l’instrument EIT (Extreme-ultraviolet imaging telescope) de SOHO, le 14 septembre 1999).

 

Source : cnrs

Le bitcoin passe au cash !

L’opposition grondait depuis quelque temps. Avec le développement du bitcoin, les transactions devenaient plus lentes et coûtaient de plus en plus chères. La communauté a adopté la mise à jour du protocole bitcoin, baptisée SegWit2X, pour répondre à ces désagréments. Mais il subsistait des frondeurs : ils ont décidé de développer leur propre version de la blockchain Bitcoin et de créer une nouvelle monnaie virtuelle, baptisée bitcoin cash. SegWit2X permettra de passer de 11 à 22 transactions par seconde. Mais les contestataires proposent de monter à 56 transactions par seconde avec bitcoin cash.

Si une personne disposait de 1 bitcoin, elle possède aujourd’hui 1 bitcoin et 1 bitcoin cash. Le portefeuille des propriétaires s’est donc rempli. Les contestataires ne représenteraient pourtant que 5 à 10 % de la communauté bitcoin. En théorie, si on retient la valeur d’un bitcoin autour de 2700 $ et que 10 % de la communauté adopte bitcoin cash, la nouvelle monnaie virtuelle vaudra 270 $ et l’ancienne 2430 $. Mais ce calcul ne prend pas en compte la volatilité sur le marché et les différentes spéculations.

En effet, ce qui se passe est bien différent. La valeur du bitcoin est très volatile. Son plus haut historique a été atteint le 12 juin à 2999,97 $, en hausse de 222 % depuis le début de l’année. Le bitcoin résiste bien à l’apparition du bitcoin cash : sa valeur frôlait encore les 2800 $ le 3 août à minuit. De son côté, le bitcoin cash a du mal à trouver sa stabilité : si 1 bitcoin cash valait plus de 700 $ le 2 août, il n’était plus qu’à 314 $ le 4 août à 9h35, selon Coinmarketcap. Mais au final, les propriétaires de bitcoin ont gagné de l’argent puisqu’ils ont plus de 3110 $ dans leur portefeuille virtuel.

Que va-t-il désormais arriver ?

Comme la valeur du bitcoin est très volatile, les membres de la communauté bitcoin envisagent deux scénarios probables. Soit le bitcoin cash connait un succès modéré, et les deux monnaies coexisteront alors en paix. Soit la communauté se désinteresse sur le moyen terme de la nouvelle monnaie et le bitcoin cash disparaîtra.

Le principe du bitcoin repose sur la blockchain, technologie qui utilise des blocs de transaction codés et authentifiés qui s’ajoutent les uns aux autres. Ces calculs sont opérés grâce à la puissance de calcul mise à disposition par des membres volontaires du réseau, appelés les mineurs. Reste à savoir comment va se répartir la puissance de calcul chez ces mineurs, entre blocs bitcoin et bitcoin cash.

Par Matthieu Combe

Seephar, la réalité augmentée au secours du sapeur-pompier

Parce qu’elle peut aider à analyser et à maîtriser un incendie, la réalité augmentée pourrait assister le sapeur-pompier du futur. Lui-même ancien sapeur-pompier volontaire et à la tête de la société Seephar, Jean-Paul Granier y travaille activement depuis 2015. «Il y a un besoin d’identifier les points les plus chauds dans l’environnement au travers des fumées les plus épaisses, explique-t-il. L’enjeu est d’anticiper le risque, afin d’éviter que le sapeur-pompier évolue dans les zones où les températures sont les plus élevées, et d’améliorer l’efficacité de l’intervention, afin de concentrer l’arrosage sur les points les plus chauds.»

Les caméras thermiques montrent leurs limites dans un tel contexte. «Elles sont utiles après l’incendie pour confirmer l’extinction totale et prévenir les nouveaux départs de feu, poursuit Jean-Paul Granier. Mais, pendant l’intervention, elles ne sont guère pratiques car elles obligent le sapeur-pompier à détourner son regard.» D’où l’intérêt de superposer ces informations pertinentes et le champ de vision.

Ces courbes isothermes ne dénaturent pas la vision réelle

«L’idée est née il y a 20 ans mais la technologie n’existait pas à l’époque, rappelle Jean-Paul Granier. J’ai fondé Seephar en 2015 pour développer ce projet. Architecte en système d’information, j’ai mis au point des algorithmes qui analysent les thermogrammes issus du capteur thermique et construisent des courbes isothermes, qui s’inspirent des courbes d’altitude en topographie ou des courbes isobares en météorologie. Cette représentation de l’échelle des températures a l’avantage de préserver tous les détails de l’observation réelle, comme la couleur des fumées.» Là est la principale innovation qui fait la différence par rapport aux solutions concurrentes d’Ektos et de Darix.

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L’Internet des objets est également envisagé pour des applications de supervision. «Les données de pression provenant d’un appareil respiratoire connecté pourraient ainsi être communiquées hors du site de l’intervention» imagine Jean-Paul Granier. Si les fondations technologiques ont été posées, Seephar n’a pas encore de réalité commerciale, loin s’en faut. «Je suis à la recherche de partenaires, dont des fabricants de casques de réalité augmentée, indique Jean-Paul Granier. Je me suis rapproché d’Optitec (pôle de compétitivité spécialisé en imagerie et en photonique, NDLR) et de Safe Cluster (autre pôle de compétitivité consacré à la sécurité et à l’aérospatiale, NDLR). Bâtir un consortium serait un moyen d’adresser ce marché de niche sur un plan national et international.» Outre les sapeurs-pompiers, publics ou privés, le CEA du centre de Gramat a manifesté de l’intérêt pour Seephar et l’expertise autour de l’analyse de thermogrammes.

Thermo

Par Frédéric Monflier

Le FD-SOI à la conquête de l’Internet des objets

L’Internet des objets prépare des lendemains qui chantent pour l’industrie de la microélectronique, dont les recettes sont déjà florissantes : un peu plus de 400 milliards de dollars cette année (contre 300 milliards en 2010) selon Gartner, les ventes mondiales de semi-conducteurs ayant progressé de 16,8%. Mais ces objets pour la plupart autonomes requièrent des micro-composants électroniques qui ne dévorent pas leur batterie avec gloutonnerie. Dans cette course à la sobriété énergétique, le procédé FD-SOI (Fully Depleted Silicon on Insulator), mis au point par la société iséroise Soitec (issue du CEA-LETI) avec le concours de STMicroelectronics, améliore l’architecture même du transistor, ce composant fondamental des puces et des circuits électroniques intégrés.

Le FD-SOI a pour objectif de réduire voire d’annuler les courants de fuite parasites, dont l’importance grandit à mesure que la miniaturisation des transistors progresse : des électrons se «perdent» en chemin entre la source et le drain du transistor. Or, ces courants de fuite dégradent le rendement et provoquent des comportements aléatoires. « Un transistor peut être comparé à un robinet à électrons qui, lorsqu’il est très petit, fuit en permanence et ne permet plus de distinguer un état ouvert d’un état fermé, explique Manuel Sellier, responsable marketing produits chez Soitec. Tant que la finesse de gravure ne descendait pas sous les 130 nanomètres, les phases de fabrication étaient assez simples à mettre en œuvre. En dessous et jusqu’à 28 nm, l’évolution n’a été envisageable qu’au prix de percées technologiques majeures, comme le remplacement de l’aluminium par le cuivre pour réaliser les interconnexions. A partir de 28 nm, l’architecture du transistor devait être modifiée. »

Un isolant confine les électrons

C’est la raison d’être du procédé FD-SOI, qui s’applique aux tranches de silicium (wafer) fournies par les fabricants de silicium, placés en amont de la filière. C’est un moyen de « raffiner » cette matière première et de la transformer en un substrat sur lequel les fondeurs graveront plus tard les transistors. La technique consiste à superposer, sur le matériau brut en silicium, une couche d’oxyde amorphe de 20-25 nm d’épaisseur puis une autre couche de silicium de 6 nm d’épaisseur, où sont implémentés les canaux du transistor. La couche d’oxyde agit comme un isolant et confine les électrons entre la source et le drain. « D’autre part, le remède classique contre les courants de fuite, qui impose toujours plus de dopants, n’est plus nécessaire » poursuit Manuel Sellier. Si le principe du silicium sur isolant n’est pas nouveau, l’uniformité des couches et la jonction entre les matériaux cristallins et amorphes ont été perfectionnées grâce à la méthode de fabrication Smart Cut du CEA-LETI, précise à l’atome près.

copyright STMicroelectronics
copyright STMicroelectronics

La technologie FinFET (Fin Field Effect Transistor) est une alternative qui limite également les courants de fuite. Elle intervient pendant la phase de gravure et permet de créer des transistors à ailette en 3D. Mais elle est moins compétitive, selon Manuel Sellier : « le FD-SOI reste une solution planaire, moins complexe à maîtriser pour nos clients, c’est-à-dire les fondeurs. » Du reste, les finalités ne sont pas tout à fait les mêmes. « La performance a été le premier critère de choix qui a guidé le développement du FinFET, observe Manuel Sellier. Les puces FinFET se destinent aux serveurs informatiques, aux PC… Avec le FD-SOI, nous avons cherché le meilleur compromis entre consommation énergétique, performance, densité et coût, afin d’adresser le marché de la basse consommation. »

STMicroelectronics, Samsung et GlobalFoundries sont les trois fonderies qui ont adopté le FD-SOI et proposent des circuits gravés en 28, 22 et bientôt 18 nm, avec le 12 nm en perspective. Le FinFET fait d’ores-et-déjà mieux (10 nm) mais la majorité du marché se concentre encore sur la production en 28 nm. Les premiers produits finaux bénéficiant de circuits FD-SOI font leur entrée sur le marché depuis deux ans environ. Une « smartwatch » de Sony démontre l’intérêt de cette technologie. « Le circuit GPS réalisé à partir d’un substrat FD-SOI consomme cinq fois moins et permet d’obtenir une autonomie de 35 heures, GPS activé » confie Manuel Sellier. L’automobile, en particulier les véhicules autonomes, et les radiocommunications sont d’autres  débouchés potentiels. Soitec a l’ambition de porter l’étendard du « made in France » au milieu des géants américains et asiatiques.

Frédéric Monflier

Planter des sacs pour faire pousser son potager !

La question était simple : comment limiter la pollution due aux sacs en plastique à usage unique qui emballent les fruits et légumes dans les supermarchés? Si la loi de transition énergétique les a remplacé par des sacs biosourcé depuis début janvier en France, ce n’est pas encore le cas de l’Allemagne. Et l’enseigne Edeka a décidé d’agir sans attendre.

Pour répondre à ce défi, Edeka a donc développé, en collaboration avec le fabriquant Naku et l’agence publicitaire Cheil, le FEEDitBAG. Un sac constitué de 100% de biopolymères, biodégradable en seulement 10 semaines. Surtout, la première version renferme un petit sachet de graines de tomate, poire ou aubergine et un mode d’emploi pour faire ses plantations.

« Planter » un sac pour faire pousser

Après usage, les clients n’ont plus qu’à remplir leur FEEDitBAG de biodéchets (épluchures, restes de repas, etc.) et à le planter. Il fera alors pousser un pied de tomate, d’aubergine ou un poirier selon le sac choisi.

Edeka a lancé cette opération originale dans un centre commercial de Francfort en Allemagne. Pour l’occasion, le magasin en a distribué 150.000, soit l’équivalent d’un mois de sacs. À terme, l’enseigne souhaite étendre l’opération à l’ensemble de ses magasins pour remplacer tous ses sacs plastiques traditionnels. D’autres pays comme la Suisse ont également montré leur intérêt. Sur le site Internet dédié, un vote est ouvert pour choisir les prochaines graines qui équiperont ses sacs : poivron, piment, romarin, courgette, ail, ou fraise?

 

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Episode # 5: Le colis

En cette chaude matinée d’août 2186, Anton Nielsen franchit les colossales portes de verre de l’édifice principal de l’Institut de recherche aéronautique et aérospatiale quelques secondes seulement avant le début de l’averse. Les allées du complexe industriel allaient être martelées par la pluie pour le cinquantième jour consécutif, ce qui commençait doucement à lui affecter le moral. Il entendit la voix d’Ava, l’intelligence artificielle qui contrôlait le bâtiment — certains la qualifiaient même d’âme — lui souhaiter la bienvenue dès son passage par le sas. Comme à son habitude, elle trouva automatiquement l’intonation qui mettrait Anton de bonne humeur et lui permettrait de débuter sa journée de travail dans les meilleures conditions possibles.

Il traversa le hall spacieux mais désert. S’installant derrière le comptoir, il se mit comme souvent à réfléchir à la chance qu’il avait eue, presque deux mois auparavant, d’obtenir le poste de réceptionniste d’un tel organisme. Seuls quelques établissements réputés conservaient,, pour le prestige, du personnel d’accueil. Qu’une suite de zéros et de uns ait pu décider qu’il était, parmi plusieurs douzaines de candidats, le meilleur pour cet emploi le surprenait encore. L’écran du terminal s’alluma instantanément, se mettant simultanément en communication avec les pico-contrôleurs qui circulaient dans le corps d’Anton et vérifiaient en permanence son état de santé. Sur le moniteur apparurent notamment sa température, sa pression artérielle et sa fréquence cardiaque. Ava, qui pouvait se faire entendre là où elle voulait et seulement par qui elle voulait, le gratifia d’un « 37,5 °C, tout va bien très cher Anton ! »

Les heures à venir s’annonçaient inhabituellement calmes. La journée de maintenance et de vérification semestrielles des systèmes de transfert entre les bâtiments, qui assuraient le transport du matériel et des personnes par des veines souterraines, avait conduit la plupart des centaines de chercheurs et assistants à travailler depuis chez eux. Le traditionnel ballet des représentants, chefs de projets et ingénieurs commerciaux n’aurait pas lieu.

Deux heures ennuyeuses s’écoulèrent, au cours desquelles seules quatre personnes, toutes employées de l’institut, s’étaient manifestées. Trois d’entre elles n’avaient fait que le saluer avant d’emprunter l’un des couloirs qui donnaient sur le  hall d’accueil. Sur les coups de onze heures, alors que, comme indiqué sur le terminal, la faim commençait à se faire sentir, se présentèrent deux livreurs qu’il identifia au logo de leur société, un homme et une femme. Cette dernière portait un paquet cubique d’une quarantaine de centimètres de côtés. Elle le déposa sur le comptoir tandis que son collègue se fendit d’un « prenez en soin ». Anton les dévisagea, haussa un sourcil et indiqua calmement :

« La réception des matières premières ne se fait pas ici, vous devez vous adresser au service concerné derrière le bâtiment Tognini, à cinq minutes.

— Il ne s’agit pas de matières premières, mais d’un article que l’une de vos collègues a acheté », lui répliqua la femme.

Depuis sa prise de poste, jamais personne ne s’était  fait expédier quelque produit fini que ce soit à l’adresse de l’institut. L’établissement était totalement indépendant sur ce point. Des cargaisons de matériaux divers arrivaient hebdomadairement avant d’être transformées par les imprimantes tridimensionnelles installées au sous-sol de certains des édifices de l’organisme. Le système de distribution se chargeait ensuite de transférer les produits finis, qu’ils soient combinaisons de travail, composants électroniques ou instruments de mesure complexes, au service ou au chercheur qui en avait passé commande.

Que le paquet ne soit pas arrivé par drone ou véhicule autonome l’étonna également. La coursière dut s’apercevoir de sa surprise, puisqu’elle déclara :

– Pour un contenu aussi onéreux, notre société se doit d’assurer une protection particulière.

Ils tournèrent les talons avant même qu’Anton ne déchiffre le nom de l’expéditeur, comme s’ils soupçonnaient qu’il allait avoir une multitude de questions à leur poser. L’enveloppe de bioplastique rigide qui protégeait le colis mentionnait qu’il provenait  de Fangmatan, une usine située à Tianshui dans la province chinoise de Gansu. Il s’attarda ensuite sur la destinataire.

« Ava ? Dans quelle unité travaille Élise Mermin ?

— Division moteurs pour les véhicules de tourisme, aile B de notre bâtiment, répondit illico l’intelligence artificielle.

— Tu peux me dire si…

— Elle est là aujourd’hui, mais je n’arrive pas à la contacter. Je pense que l’expérience cruciale qu’elle pilote l’empêche de répondre. »

Anton hésita. Il soupesa le colis. Dix, douze kilogrammes peut-être. L’arrêt du système de distribution le contraignait à transporter l’encombrant paquet lui-même. Qu’il quitte son comptoir quelques minutes ce matin-là ne gênerait sûrement pas grand monde et, si le contenu était aussi précieux que l’avaient prétendu les deux livreurs, il était préférable de s’en délester aussi tôt que possible. Il laissa Ava le guider dans le labyrinthe de couloirs.

L’aile B était la plus éloignée du hall principal, au point que ceux qui y travaillaient pénétraient habituellement dans le bâtiment par une autre porte. Anton n’avait certainement jamais croisé la plupart d’entre eux, au nombre desquels Élise Mermin. Sur les écrans ornant les couloirs s’affichaient des données sur son état de santé au fur et à mesure qu’il avançait . Il grimpa une série de marches, en descendit deux autres. Pressant le pas dans un corridor qu’il reconnut, il put lire sur un moniteur « fréquence cardiaque : 125 battements par minutes. Température corporelle :  37,6 °C ». Ava l’avertit :

– Ces données sont on ne peut plus normales, Anton. Je crois cependant que 36 secondes supplémentaires d’exercice par jour ne te feraient pas de mal.

Il arriva à destination plus vite qu’il ne l’aurait cru. Selon Ava, il était inutile de frapper à la porte puisqu’Élise Mermin était occupée. Lorsqu’il entra, la chercheuse lui tournait le dos. Elle observait à travers une vitre le déroulement d’une expérience en cours dans la salle blanche voisine. Un casque audio lui permettait de percevoir distinctement le moindre son généré par ses machines. N’osant perturber sa concentration, Anton s’approcha du bureau qui trônait au centre de la pièce et se délesta du paquet. Élise Mermin dut sentir sa présence puisqu’elle pivota et hocha la tête en guise de remerciement.. Son visage étonna Anton. Elle semblait âgée, certes, mais d’une manière différente de celle des septuagénaires d’aujourd’hui. Elle ressemblait aux actrices maquillées des films en costumes d’époque ou aux vieilles photographies du début du siècle, comme si elle avait refusé de bénéficier des progrès de la recherche sur le corps humain.

Anton la dévisagea quelques secondes de plus qu’il ne l’aurait dû puisque, se découvrant les oreilles, elle l’interrogea :

– Je peux faire quelque chose pour toi?

— Je suis Anton, le réceptionniste. On ne se connait pas, et mon indiscrétion te semblera peut-être déplacée, mais je suis curieux de savoir ce que contient le colis que je viens d’apporter.

Un grand sourire barra le visage d’Élise Mermin :

— Tu ne lui as pas dit, Ava ?

— Je préférais qu’il te le demande lui-même, énonça cette dernière d’un ton dans lequel Anton perçu une pointe de sarcasme.

La chercheuse reprit :

— Nous avons tous nos petites manies, certains les attribuent à de la nostalgie mais ce  sont en réalité des habitudes dont nous n’avons soit pas l’envie, soit pas le besoin, soit pas la possibilité de nous départir. Certains écoutent de la musique sur des supports obsolètes depuis des décennies parce qu’ils en aiment le timbre particulier. D’autres encore empruntent toujours la même route pour se rendre dans un lieu qu’ils ont l’habitude de visiter même si on leur suggère un trajet plus rapide ou plus court.

Elle s’interrompit, commençant à arracher la pellicule qui recouvrait le contenu de son paquet.

– La plupart des villes, des grandes entreprises et des centres de recherche comme le nôtre ne s’approvisionnent plus qu’en matériaux et matières premières, se chargeant d’imprimer localement tout ce dont nous avons besoin. Si tu as envie d’un  produit , il  suffit d’en faire la commande et d’attendre quelques minutes, au plus quelques  heures avant de le recevoir.  Il est une matière que ces outils ne savent plus produire parce qu’on ne les a pas conçus pour. Une matière qui a étendu son empire pendant plus de deux millénaires au point de se rendre totalement indispensable dans notre vie quotidienne — quand je suis née, il y a soixante-dix ans de cela, nous en étions totalement dépendants. Aujourd’hui, et c’est là l’ironie, cette matière n’est plus produite que là où elle a été inventée, et ce dans deux usines seulement. C’est ce qui la rend rare et chère. C’est comme si, après avoir conquis le monde puis avoir été presque abandonnée, elle avait décidé de se réfugier là où elle était née.

Du paquet désormais ouvert, elle commença à faire apparaître quelque chose  qu’Anton n’avait jamais vu autrement que sous la forme de vieux journaux que conservaient encore ses arrière-grands-parents, au point qu’il se refusa d’abord à y croire. Du papier. Par rames entières, sous forme de cahiers ou de blocs, le colis en contenait des milliers de feuilles, toutes vierges. Le sourire toujours plus large, Élise Mermin ajouta :

– Le cinéma est pudique sur ce point, mais crois-moi, on s’en servait même aux toilettes !

Anton ne l’ignorait pas et s’en amusa à son tour.

– Et je suppose que vous en avez besoin pour vos expériences ?

— Absolument pas. Quand nous avons une idée ou lorsque nous voulons dérouler un raisonnement, nous utilisons tous nos écrans tactiles ou décrivons nos projets à nos ordinateurs. Même si les modèles actuels sont encore rudimentaires, ces petits capteurs que l’on s’accole à la tempe et qui perçoivent certaines de nos pensées se popularisent rapidement. Moi, j’ai gardé une vieille habitude que mes parents m’ont transmise, une habitude dans laquelle tu pourrais voir de la nostalgie, même s’il n’en est rien. J’aime poser sur le papier mes idées, griffonner des équations, décrire des concepts ou encore esquisser des schémas. Cela m’aide à la fois à structurer mes pensées et à m’en souvenir.

Anton comprenait où elle voulait en venir. Il la remercia pour ses explications et s’apprêta à prendre congé, lorsque Élise Mermin plongea la main dans le colis et lui tendit un petit paquet allongé, lui faisant promettre de l’ouvrir quand il serait de retour dans le hall d’accueil. C’était un cadeau que l’usine offrait à  chaque commande.

Il parcourut les corridors en sens inverse, se hâtant au point qu’Ava lui reproche de  transpirer plus qu’il ne le devrait, s’installa derrière le comptoir puis déchira impatiemment la fine enveloppe de bioplastique. Le cœur battant, il se saisit du petit objet allongé qu’elle contenait et qu’il n’avait jamais vu que sur des vieilles photographies — ou peut-être était-ce dans un musée folklorique. Son regard s’illumina, fier et heureux de posséder désormais un petit morceau de passé. Il caressa doucement de l’index la carapace de bois du petit ustensile désuet. Il mit quelques secondes avant d’en retrouver le nom. Ce qu’il tenait entre ses doigts, c’était un crayon à papier.

Vincent Marcant

 

Un séjour dans l’espace modifie le cerveau !

Voyager ou séjourner dans l’espace ne fait pas forcément du bien au cerveau. Pour s’en rendre compte, l’étude a comparé les scans IRM des cerveaux de 27 astronautes avant et après leur mission. Précisément, 13 astronautes avaient mené une mission spatiale d’environ deux semaines et 14 avaient vécu 6 mois au bord de la station spatiale internationale. Les données ont été obtenues auprès du système de surveillance de la santé des astronautes de la NASA.

De la matière grise qui prend plus ou moins de volume

Les chercheurs ont constaté une diminution considérable du volume de matière grise dans le cerveau de ces astronautes. Notamment dans de grandes zones couvrant les lobes temporal et frontal et autour des orbites. À l’opposé, ils ont découvert une augmentation de la quantité de matière grise dans des zones plus localisées, notamment celles contrôlant le mouvement des membres inférieurs. Une augmentation ou une baisse de la matière grise dans différentes parties du cerveau a été relevée chez l’ensemble des astronautes. Plus ceux-ci avaient séjourné longtemps dans l’espace, plus les modifications étaient importantes.

cerveau-espace
En bleu : les zones où la matière grise diminue,. En orange : zones où la matière grise augmente, dans les régions contrôlant le mouvement des jambes. C’est la première image de la façon dont les vols spatiaux modifient la structure du cerveau humain!

La baisse de volume de matière grise pourrait être liée à la redistribution du liquide céphalo-rachidien dans l’espace, avancent les chercheurs. « La gravité n’est pas disponible pour extraire les liquides vers le bas dans le corps, ce qui se traduit par un visage dit gonflé dans l’espace. Cela peut entraîner un décalage de la position ou de la compression du cerveau», explique Rachael Seidler, auteur principale de l’étude et professeur de Kinésiologie et psychologie à l’Université du Michigan. En revanche, l’augmentation du volume de matière grise reflète probablement la plasticité cérébrale associée au fait d’apprendre à se déplacer en microgravité 24 heures sur 24. Une preuve supplémentaire que notre cerveau s’adapte à beaucoup de choses.

Diverses études récentes ont identifié des risques pour le cerveau dans l’espace. Troubles cognitifs, de l’apprentissage, modifications du nerf optique… pourraient se multiplier dans l’espace. En cause? Une augmentation de la pression intracrânienne en conditions de microgravité. N’en déplaise aux fans de science-fiction, l’évolution semble avoir conditionné l’Homme pour vivre sur Terre, et non pas dans des vaisseaux.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Eolien offshore : où en est-on à l’été 2017 ?

Dans un communiqué, le collectif estime que tous ces projets sont « en contradiction avec les politiques de protection de l’environnement marin ». Les éoliennes mèneraient inexorablement à la « destruction des habitats et espèces protégées ». «Des centaines d’éoliennes vont constituer une barrière aux oiseaux migrateurs et industrialiser un littoral dont l’économie est basée sur la pêche et le tourisme », ajoutent-ils. Selon eux, ces éoliennes menaceraient aussi « des dizaines de milliers […] dans la pêche maritime côtière et l’activité touristique littorale ».

Cette destruction a pourtant un prix élevé. Le collectif dénonce des prix « exorbitants » : de 220 € à 227 €/MWh hors raccordement, nécessitant la construction de centrales à gaz pour contrer leur intermittence.  A cela s’ajouterait une « parodie de concertation démocratique ».

La plainte vise l’ensemble des 9 projets sur la façade Manche-Atlantique. Si aucun chantier n’a encore commencé, quatre appels d’offres lancé par le Gouvernement Hollande ont déjà permis de lancer la planification de 8 parcs éoliens offshore, pour une puissance totale de plus de 3.000 MW. Le dernier projet résulte d’un appel à projets lancé par l’ADEME.

Quatre parcs pour le premier appel d’offre en 2012

En 2012, le consortium Eolien Maritime France porté par EDF Energies Nouvelles a remporté trois champs : les 480 MW du banc de Guérande de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), les 450 MW de Courseulles-sur-Mer (Calvados) et les 498 MW du Fécamp (Seine-Maritime). Pour l’occasion, EDF Energies Nouvelles s’est associé à Enbridge et WPD Offshore pour installer l’éolienne de 6 MW de General Electric (ex-Alstom). Ces  parcs entreront progressivement en service entre 2021 et 2023.

« Les autorisations obtenues pour nos parcs éoliens en mer français au titre de la Loi sur l’eau font actuellement l’objet de recours qui retardent le démarrage des travaux. Pour chaque projet, le calendrier de réalisation sera réactualisé en fonction de la date du jugement de ces recours » fait savoir EDF Energies Nouvelles. Bonnes nouvelles pour l’énergéticien: le dernier recours lancé par les associations de défense de l’environnement contre le parc du de Fécamp a été rejeté le 21 juin par la cour administrative d’appel de Nantes. Le 28 juillet, le même tribunal a rejeté le dernier recours contre le parc de Saint-Nazaire. Reste un ultime recours contre le parc de Courseulles-sur-Mer sur lequel la cour devrait prochainement se prononcer.

Le premier appel d’offres a aussi attribué le champs de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) au consortium Ailes Marines SAS, porté par l’énergéticien espagnol Iberdrola et son allié Areva. L’installation de 100 éoliennes de 5 MW devrait commencer en 2018, jusqu’en 2020.

EDF Energies nouvelles et GE avancent !

En attendant la fin des recours, EDF Energies Nouvelles se prépare. « Nous sommes aujourd’hui en phase de négociation avancée avec les industriels en compétition qui ont remis leurs offres pour les principaux appels d’offres : sous-stations électriques en mer, installation en mer, câbles et fondations », fait savoir l’entreprise.

Aussi, la première pierre de l’usine de fabrication de pales d’éoliennes de LM Wind Power / General Electric a été posée le 23 mars 2017 sur le port de Cherbourg. Elle permettra de produire à partir de 2018 les mats des éoliennes et les plus grandes pales du monde, jusqu’à 88,4 mètres. 550 emplois sont prévus à la clé. Au-delà des trois projets français dont GE est partenaire, l’usine de Cherbourg souhaite tirer parti de sa position géographique afin de fournir les projets éoliens en mer actuellement en développement au Royaume-Uni et en Europe du Nord.

Dans le même temps, les deux usines d’assemblage de nacelles et d’alternateurs de GE à Saint-Nazaire produisent déjà. Dans ces deux usines, GE fabriquera les alternateurs et les nacelles des éoliennes des trois parcs. En attendant le début des travaux en mer, les usines fabriquent actuellement les 66 éoliennes qui seront installées sur le parc éolien en mer de Merkur en Allemagne.

Deux parcs pour le deuxième appel d’offre en 2014

En mai 2014, c’est le consortium réunissant Engie (ex GDF-Suez) et Areva qui a remporté les deux champs éoliens présents dans le deuxième appel d’offre du Gouvernement. Le premier, de 496 MW, est prévu au large du Tréport (Seine-Maritime). Le second, de 496 MW, se dressera en Atlantique, entre l’île d’Yeu et Noirmoutier. La construction de ces deux parcs comprenant chacun 62 éoliennes de 8 MW devraient s’échelonner de 2019 à 2021 pour le premier et de 2021 à 2023 pour le second.

Des  demandes d’autorisations administratives ont été déposées cette année par les sociétés. L’enquête publique à venir sera certainement rythmée par plusieurs nouveaux recours.

Trois autres projets lancés en 2016

En avril 2016, Ségolène Royal a lancé un troisième appel d’offres pour l’implantation d’éoliennes en mer au large de Dunkerque. Pas de calendrier précis, pas de puissance définie pour le moment : les lauréats devraient être annoncés début 2018. En novembre 2016, un autre appel d’offres a été lancé pour l’île d’Oléron (Charente-Maritime) pour une mise en service d’ici 2023. Les lauréats ne sont pas non plus connus.

Enfin, au large de l’île de Groix (Morbihan) est mené un projet de ferme pilote d’éoliennes flottantes. Il est porté par CGN Europe Energy et des partenaires industriels français, en réponse à un appel à projets lancé en août 2015 par l’ADEME. La ferme pilote sera composée de quatre éoliennes de 6 MW, ancrées à 15km de la côte la plus proche. Celles-ci devraient être installées en 2019 pour une mise en service en 2020.

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), feuille de route de la transition énergétique française prévoit 3.000 MW d’éolien en mer posé d’ici 2023. Entre 500 MW et 6.000 MW supplémentaires pourraient être prévus en fonction des concertations sur les zones propices, du retour d’expérience de la mise en oeuvre des premiers projets et sous condition de prix.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les jeunes informaticiens restent en Europe

Un quart des jeunes Français rêvent d’aller faire carrière à l’étranger. Pourtant, dans leur majorité, les étudiants des Grandes écoles restent en France. Seuls 15,2 % décident de franchir les frontières selon la vingt-cinquième édition de l’enquête sur l’insertion des jeunes diplômés des Grandes écoles réalisée par l’École nationale de la statistique et de l’analyse de l’information (Ensai), en collaboration avec la Conférence des grandes écoles (CGE), soit près de 175 grandes écoles.

Néanmoins, les nouveaux diplômés sont attirés par l’étranger et en particulier le Royaume Uni. 13 % des ingénieurs ayant répondu à cette enquête ont en effet indiqué ce pays en premier, suivi par l’Allemagne (10,4 %) et la Suisse (9,7 %). « Globalement, un expatrié sur deux choisit l’Union européenne », peut-on lire dans le rapport. En dehors de l’Union européenne, la Chine (8,2 %), comprenant Macao et Hong Kong, est la première destination devant la Suisse (7,5 %) et les États-Unis (6,3 %).

Pour revenir à l’hexagone, cette enquête fait apparaître un contraste. La plupart des ingénieurs ont débuté leur carrière en province alors que près de 59 % des managers ont commencé leur activité professionnelle en Île-de-France. Autre différence : la rémunération. « Les ingénieurs, pris dans leur ensemble, gagnent moins que les managers. Et pourtant, si l’on croise le sexe et la localisation de l’emploi, les ingénieurs perçoivent les meilleures rémunérations : à sexe et lieu de travail donnés, les ingénieurs ont l’avantage des rémunérations, cela à l’exception des hommes à l’étranger. »

Mais, quels que soient leur profit et métier, ces étudiants ne rencontrent pas de difficultés pour trouver un emploi. « Sur la promotion 2016, le taux net d’emploi des jeunes diplômés progresse à 86,5 %. L’entrée dans la vie active est rapide puisque plus de 60 % de nos étudiants ont trouvé un emploi avant même leur sortie d’école, et ce taux s’élève à 81, 4 % moins de deux mois après la sortie » révèle cette étude.

Philippe Richard

La sécurité des objets connectés : une menace supplémentaire pour les entreprises

Coup de chaud en perspective pour certains secteurs industriels. Lors de la conférence DEFCON 2016, la grand-messe des hackers, des experts de Pen Test Partners ont pris le contrôle à distance d’un thermostat intelligent. On passera sur les détails techniques de cette infiltration. Le plus inquiétant est sa conséquence :  après avoir pris le contrôle de ce dispositif ils ont contacté la victime en lui indiquant qu’elle devait payer une rançon sinon ils augmenteraient des fortement la température de la salle en question…

Heureusement, il s’agissait d’un captif fictif visant à démontrer les lacunes en termes de sécurité de la majorité des capteurs et autres objets connectés.

Pour les entreprises, la multiplication de ce type de démonstration complique leurs problématiques de sécurité. Mal protégé, voire pas du tout conçu pour résister à, la moindre infiltration logicielle ou physique, un objet connecté peut se transformer en point d’accès au réseau informatique de l’entreprise. Il est aisé d’imaginer la suite…

Pour mémoire, Target (l’équivalent de Carrefour aux États-Unis) a été victime d’un important piratage de carets bancaires de ses millions de clients. Pour arriver à leurs fins, les pirates ont étudié minutieusement la cartographie du réseau informatique de cette de magasins. Ils ont fait une surprise étonnante : le système de ventilation et de climatisation était relié aux… caisses enregistreuses, celles là même où étaient stockées des données bancaires.

Former les salariés

Il est donc urgent de se préoccuper de la sécurité de l’IoT (Internet of Things), car en 2020, 20,8 milliards d’objets connectés devraient être répartis dans le monde. Quatre fois plus qu’en 2016 ! « Le problème, c’est que le marché des objets connectés est concurrentiel, et que les entreprises veulent aller vite. Dès qu’ils sentent qu’un produit peut faire un carton, le marketing devient la priorité et la sécurité des systèmes passe au second plan. Et malheureusement, les industriels attendent souvent de subir des cyberattaques pour se pencher sur le problème », explique Vincent Roquet, qui travaille dans la branche cybersécurité d’EY, un cabinet spécialisé en audits et conseils.

De son côté, Évelyne Raby, à la tête de la start-up française CybelAngel, précise : « avec l’augmentation du nombre d’objets connectés et leur diversité, se mettre à la page est très compliqué pour des entrepreneurs déjà perdus. Cette complexité retarde l’ensemble de la prise de conscience et le moment où l’on se penche dessus. »

A contrario, si demain une entreprise devient le Microsoft de l’IoT ce sera aussi pain bénit pour les pirates ; ils ne devront focaliser leur attention que sur une cible.

« L’erreur est humaine et les humains sont souvent le point faible de la sécurité informatique, explique Évelyne Raby. Il faut apporter une attention particulière aux prestataires extérieurs. Ils sont les plus à même de compromettre la sécurité des objets connectés de par leur manque d’encadrement par l’entreprise. »

Philippe Richard

Mâcher un chewing-gum pour produire de l’électricité

Faire de chaque mastiqueur une petite centrale électrique, telle était l’idée un peu excentrique d’Aidin Delnavaz et Jérémie Voix, chercheurs canadiens. Pour cela, ils ont exploité le phénomène de piézoélectricité, la propriété que possèdent certains corps de se polariser électriquement sous l’action d’une contrainte mécanique, en l’espèce le mouvement de la mâchoire.

Energía-mascando-chicle

Nanofibre de céramique

Sur un substrat élastique, les chercheurs ont déployé une couche nanofibre de céramique en pointillé avec des électrodes en cuivre le tout revêtus de matériau isolant. La mentonnière est attachée à un casque audio. Un ingénieur s’est prêté à l’expérience, en mâchant pendant 60 secondes, suffisante pour s’assurer que le dispositif fonctionne avec une production de l’ordre du microwatt. « Pour l’instant, le niveau de puissance que nous avons obtenu ne suffit pas à alimenter des appareils électroniques » admet Aidin Delnavaz. Mais il explique à nos confrères de Materia qu’il est possible « de multiplier la puissance de sortie en ajoutant plusieurs couches sur la mentonnière. Par exemple 20 couches d’une épaisseur totale de 6 mm, seraient capables d’alimenter un dispositif auditif intelligent d’une puissance de 200 milliwatt (mW) », estime-t-il.

La publication scientifique des chercheurs peut-être téléchargée ci-dessous :

Delnavaz_2014_Smart_Mater._Struct._23_105020

Par Romain Chicheportiche

Les écrans OLED s’affichent sur les smartphones

Les écrans OLED (Organic Light Emitting Diode -Diodes Electroluminescentes Organiques) se font désirer ! En 1987, des travaux menés par deux chercheurs d’Eastman-Kodak démontrent qu’on peut obtenir une émission intense de lumière sous une faible tension. Trois ans plus tard, en 1990, des chercheurs de l’Université de Cambridge mettent en évidence le phénomène d’électroluminescence en étudiant un polymère spécifique (le polyparaphénylène vinylène).

Mais aujourd’hui, ils se font encore assez rares dans les appareils grand public. L’un des tout premiers écrans OLED (2,2 pouces) sur le marché a été produit par Kodak pour l’un de ses appareils photo numériques. Philips, Motorola, LG et Samsung ont chacun sorti un téléphone mobile équipé de ce genre d’écran. Apple pourrait néanmoins donner un coup d’accélérateur à ce type d’affichage. La marque aurait décidé d’équiper en OLED l’un des modèles de son futur iPhone. D’autres constructeurs devraient lui emboîter le pas. Selon Digitimes Research, plus d’un smartphone sur deux écoulé en 2020 dans le monde arborera ce type d’écran.

Les écrans OLED présentent en effet des atouts impressionnants : haute résolution (chaque pixel peut être activé indépendamment), angle de vision jusqu’à 165°, faible consommation électrique (entre 2 et 10 V), temps de réponse très court, épaisseur réduite à celle d’une carte de crédit, légèreté, etc. Ses différents avantages reposent sur une triple rupture technologique. Premièrement, l’écran n’est plus constitué d’une plaque de verre, mais d’un substrat. Deuxièmement, il repose sur des composants qui s’éclairent lorsqu’on les soumet à un courant électrique. À la différence des écrans rétro éclairés (LCD notamment), c’est l’écran lui-même (plus précisément les molécules qui le composent) qui « crée » la lumière. Il s’agit de matériaux organiques spécifiques. Leur électroluminescence est étudiée depuis une quarantaine d’années, mais il y a eu deux étapes décisives.

Dernière rupture majeure : le procédé de fabrication. Les usines d’OLED pourraient ressembler à des imprimeries ! Après avoir dévoilé il y a quelques mois un prototype d’écran OLED de 40 pouces, le japonais Seiko Epson a présenté à la presse européenne, il y a quelques années, un procédé de fabrication basé sur la technique d’impression par jet d’encre.

Toutes les fantaisies ou innovations pourraient être réalisées avec les OLED. En mai dernier, Samsung a annoncé être en train de mettre au point un écran OLED étirable de 9,1 pouces. Il pourrait aussi être utilisé dans de nombreux secteurs, comme l’automobile, les vêtements ou encore l’Internet des objets.

De son côté, LG Display a présenté il y a quelques semaines un écran OLED 4K doté d’une diagonale de 77 pouces (près de 195 centimètres). Avec une telle diagonale d’écran, la marque vise en priorité le marché professionnel et plus précisément les commerces et la publicité.

Par Philippe Richard

Taiwan veut renforcer son secteur aérospatial

Le premier ministre Lin Chuan a récemment visité l’Agence Spatiale Taïwanaise (NSPO) à Hsinchu, afin de s’informer sur la préparation du lancement de Formosat-5, premier satellite entièrement conçu à Taïwan. Formosat-5 représente une étape significative dans l’industrie aérospatiale Taïwanaise. Le prochain objectif sera de renforcer la capacité du pays à développer des technologies spatiales et à améliorer sa compétitivité internationale.
Le développement de l’industrie satellitaire ne peut pas uniquement dépendre du Laboratoire Nationale de Recherche Appliquée et de l’Organisation Nationale de l’Espace (NAR Labs – National Applied Research Laboratories) et du NSPO. Il ne reste qu’à espérer que les entreprises du secteur privé se joindront à ces efforts. Formosat-5 devrait être lancé depuis la base militaire Vandenberg en Californie le 25 août. Développé sous la houlette de l’Organisation Nationale de l’Espace, il aura fallu près de six ans et un investissement de 5,7 million de dollars taiwanais (163 million d’euros) pour développer ce satellite optique de 450 kg, équipé d’un instrument de télédétection, qui assurera le relai de Formosat-2.

Source  : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique/veille-scientifique-et-technologique/taiwan/article/taiwan-veut-renforcer-son-secteur-aerospatial

Les Rendez-Vous CARNOT 2017

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Episode # 4: Marc Bristow

Janvier 2086 — Terre

Depuis quelques jours, le jeune Marc Bristow tentait de venir à bout de sa besogne. Ingénieur de formation et colonel de l’armée, il devait, avec l’aide de confrères, mener à son terme l’un des derniers chantiers de l’humanité : le village lunaire et sa station de décollage interplanétaire. Cela faisait déjà quelques décennies que les humains songeaient à retourner sur leur petit, mais pas si anodin, satellite. Force était de constater que le projet pour Mars était également extrêmement récent. On n’avait simplement pas pu ignorer la Terre bien longtemps, et l’explosion démographique avait conduit à faire réagir la haute sphère en revoyant les priorités humaines. L’implémentation d’une économie circulaire partielle dans l’alimentation notamment, avait permis de réaménager les zones agricoles. Les pays avaient ainsi créé de véritables régions urbaines futuristes sur une bonne moitié d’entre elles en moyenne, tandis que la nature avait repris ses droits sur les hectares restants. Ces mesures instaurèrent un équilibre certes imparfait, mais relativement efficace dans cette ère anthropocène.

Dans deux mois, M. Bristow devait se rendre sur la lune, d’où décollerait la première navette qui ferait un arrêt sur Mars, avant de partir en expédition. Parmi les différents cadres scientifiques de l’agence mondiale de l’exploration spatiale, issue de la fusion de plusieurs entités gouvernementales spécialisées dans ce domaine, c’est lui qui avait été choisi. D’un premier abord, c’était un honneur d’être l’ambassadeur de ce moment aussi important que la mission Apollo 11 ou aussi marquant que les voyages de Christophe Colomb. Il aurait droit à sa page dans l’Histoire… oui, mais c’était la théorie. Marc savait que les livres oubliaient les parties parfois bien moins trépidantes de la vie de ces figures. Il lui fallait certes décoller avec ce bijou de technologies qu’était le Leif Erikson ; hommage aux Vikings qui furent les premiers Européens à fouler le sol américain ; mais aussi participer à la conférence.

Pour ce jour particulier, les organisateurs avaient décidé de retracer l’histoire de l’homme et plus particulièrement des technologies. Depuis que la science-fiction existait et que l’être humain cultivait une fascination pour l’avenir, c’était devenu un exercice commun. L’un des plus notables remontant à la comparaison de l’année 2016 avec le très célèbre « Retour vers le futur ». La fédération choisit ainsi non pas un film, mais un événement particulier datant de 2016. Cette année-là, des éditions scientifiques avaient décidé pour leur anniversaire de réaliser un concours. Le thème ? Imaginer le monde de 2086 et son façonnage par les sciences et techniques. Marc Bristow devait analyser les textes lauréats ainsi que les illustrations qui ne manquèrent pas de l’amuser pour certaines. Il se souviendrait longtemps de l’image d’un univers futuriste, ou se mêlait des formes design avec des navettes dans chaque recoin, un monde de verdure et de glace… pourtant en regardant sa fenêtre il ne se trouvait toujours pas dans une scène du « Cinquième Élément », mais la végétation était bien là.

Mars 2086 – Terre

Il restait un peu plus d’une semaine pour parfaire son discours. Marc allait bientôt devoir quitter son appartement terrien pour son logement lunaire. Le dépaysement n’était pas si grand, les locaux ressemblaient tous à ceux sur Terre. Seules quelques différences en matière d’alimentation étaient notables. Sur Terre, l’autosuffisance énergétique et alimentaire était aujourd’hui un acquis pour tout un chacun. Marc se leva ainsi comme à son habitude, réveillé par son alarme, tandis que la baie vitrée qui occupait la façade extérieure changeait d’apparence. La vitre connectée générait une partie de l’électricité de la maison par le biais des cellules photovoltaïques transparentes recouvrant la quasi-totalité des surfaces électriques.

Cet écran géant qui permettait d’obtenir l’ambiance de son choix modula petit à petit son opacité pour laisser entrevoir les rayons lumineux ainsi que les zones d’affichage standards et personnalisables. Marc accéda ainsi rapidement à la météo du jour, ses rendez-vous et son planning qui lui rappelèrent bien vite qu’il n’avait pas le loisir de rêvasser, il partait dans une semaine, et devait finir son étude de textes pour la cérémonie. Ses dernières journées avaient été tellement occupées par la vérification des calculs pour les réacteurs à fusion de la fusée qu’il n’avait pas eu le temps de beaucoup avancer. Il mit ses lentilles bioniques, venues remplacer les lunettes de réalité augmentée. L’optique et le génie des matériaux biocompatibles couplés aux systèmes d’affichage avaient fait des miracles. Arrivé dans son salon, les détecteurs activèrent son rituel matinal ; bien que cette automatisation ne soit pas sa préférence en temps normal. Il était de ceux qui aimaient encore se procurer leurs denrées eux-mêmes. Plusieurs appareils étaient en place dans son logement, devenu abordable pour tout : systèmes d’aquaponie connectés, bioréacteurs personnels de spiruline, d’insecte… Lorsqu’il n’avait vraiment pas le cœur à cuisiner, mais souhaitait garder la main sur son menu, il lui restait toujours son imprimante alimentaire. Chaque aliment, qu’il soit cueilli ou bien fabriqué, était disposé sur un plateau électronique qui les scannait et lui permettait de conserver un régime équilibré, comme tout bon sportif et militaire en activité. Depuis quelques semaines, alors que les heures supplémentaires étaient de mise, il ne se refusait pas la chance d’utiliser ses robots ménagers. Ce qui lui donnait la possibilité de programmer son petit-déjeuner. Le gain de temps n’était pas un ennemi à la diversité. Il pouvait modifier son menu à tout moment en étant connecté par le biais de ses lentilles et autres dispositifs portables. Mais ça restait loin de son goût pour la cuisine qu’il pratiquait lorsqu’il en avait le temps.

Il s’installa dans la salle à manger devant son petit-déjeuner, tout en faisant apparaître les textes sur la surface de la table, fragmentant la zone en affichant une partie pour la prise de notes à reconnaissance vocale.

Sirotant tranquillement son café, il parcourut les quelques pages d’une nouvelle tout droit sortie de la publication des Éditions Techniques de l’Ingénieur 2016.

– Alors, comme ça les gens prévoyaient déjà que les surfaces tactiles et souples révolutionneraient le monde… l’imagination est bien la source du savoir.

Il continua sa lecture et découvrit beaucoup de petits détails qui le firent sourire. Les technologies qui forgèrent son enfance et sa vie d’adulte trouvaient leur origine dans bon nombre de projets du début du siècle. Il constata que la domotique avait maintenant sa place dans chaque foyer. Qui n’avait pas de robots d’assistance personnelle ? Certes, les travers de l’intelligence artificielle étaient contenus en ne donnant pas plus d’importance à ces automates qu’à un balai, mais ils étaient bien utiles ! C’en était fini des travaux pénibles tels que : l’usine, le ménage… les androïdes s’en chargeaient. Mais il restait bien sûr des emplois pour les concevoir !

Le second point qui attira son attention fut lorsqu’il arriva sur les créations graphiques et illustrations. Elles étaient toutes indéniablement magnifiques. Les lauréats n’avaient pas volé leur place. Ce fut le contenu, plus que la forme, qui l’interpella. Si certaines, utopies, le firent rêver avec des stations de téléportation, d’autres étaient criantes de réalisme. L’une d’elles dépeignait l’ancêtre de la médecine de son époque. Sur l’image, un système de production en temps réel d’organes était représenté aux côtés de prosthétiques bioniques. Ce n’était pas si loin de la vérité. Les parties humaines étaient remplacées et les personnes pouvaient avoir accès à des augmentations bio électroniques. Ces dernières restaient peu démocratisées du fait de leur prix. Toutefois, l’armée en était friande grâce aux interfaces neuronales issues des découvertes réalisées à l’aide de technologies telles que les memristors. Enfin, lorsque les troupes humaines étaient encore de mise entre les machines en tout genre qui peuplaient les fronts. De ce côté, Marc lui-même avait déjà remplacé un rein défectueux et subit une greffe neuronale pour son bras, perdu en servant la patrie. Le bénéfice majeur de cette évolution médicale était la fin des listes d’organes. Se remémorant ces détails qui lui paraissaient acquis, il réalisa sa chance en comparant sa vie avec celle du début du millénaire. Pensif, il sortit une fiche électronique translucide de sa poche. Il posa ce petit système sur l’image de la table avec les prothèses. Objet qui lui avait permis de profiter si facilement d’une autogreffe lors de son opération des reins.

– L’être humain sait faire des merveilles en fin de compte, s’avoua le jeune officier.

En effet, depuis longtemps le génome humain était maîtrisé : chacun possédait cette carte cryptée ainsi qu’un matricule pour, entre autres, les banques génomiques et de cellules-souches. Ce système de santé permettait d’utiliser les informations du patient dans les outils d’impression des hôpitaux. Matériel indispensable qui serait embarqué sur la navette spatiale pour mars.

En se levant pour se rendre dans son bureau, il fit tomber sa tasse.

– Non… pas encore… se plaignit-il voyant sa tasse, vide, brisée sur le sol.

Un des robots se dirigea immédiatement sur la zone sinistrée pour ramasser les débris.

– Souhaitez-vous remplacer la tasse ?

– Oui, fit Marc las d’acheter des matières premières faute d’attention.

Les hologrammes qui utilisaient la technologie de réalité augmentée de sa lentille couplée à des capteurs environnementaux s’activèrent. Plusieurs objets grandeur nature ou avec zoom étaient visibles, dont celui qui venait d’être cassé, proposé par défaut. Le colonel fit défiler les modèles avant de se rabattre sur un design original, d’une nouvelle couleur et en céramique, soulagé de constater sur l’affichage que la quantité de matière en stock était suffisante. Après validation du prototype, la tasse imprimée en 3d fit son entrée dans les placards vitrés de la cuisine. Rangements qui n’accueillaient que le strict minimum. S’assurant cette fois que tout était parfait il rejoignit son bureau pour rédiger son discours en parcourant les quelques récits et illustrations restants.

Mars 2086 – Village Lunaire

Après un voyage entre la Terre et la Lune, Marc était enfin arrivé dans ses quartiers. Il avait pris place dans la base militarisée, à quelques mètres de la zone où il donnerait son discours, avant le décollage.

Après une vérification, qui dura plusieurs jours, des différentes équipes qui partiraient à bord du Leif Erikson, le colonel prit le temps de se poser. Le jour de son allocution était proche. Plus que 24 heures avant de déclamer, aux yeux du monde, son analyse des technologies du 21e siècle… lui qui n’était ni écrivain ni historien.

Le jour J. le colonel Marc Bristow se dirigea solennellement vers son dressing numérique. Il choisit un uniforme de circonstance parmi les hologrammes affichés. Une fois sélectionnés, les vêtements, pliés et immaculés, étaient acheminés par une trappe. La numérisation intégrée à ce dressing avait permis de fournir un uniforme adapté à sa physionomie parmi les stocks de la station, même si la fabrication en temps réel sur mesure était également possible. Ces options étaient bien utiles dans la vie de tous les jours, d’autant que, depuis son dernier séjour sur la lune, le colonel avait augmenté sa stature grâce à ses entraînements. Tout en se préparant il fit défiler ses messages et le planning de sa journée en connectant sa montre d’un simple contact avec le mur.

Tout était en ordre.

Il enfila une paire de chaussures, mit ses lentilles et se rendit dans la salle de cérémonie. En entrant dans l’arrière-salle, le colonel jeta un œil à son discours en activant ses lentilles. L’avantage certain de ces verres de contact était de ne plus avoir l’air de lire bêtement des notes… personne ne les voyait, maintenant.

Tout était prêt. Un présentateur lui fit signe de monter sur l’estrade. Les télévisions présentes retransmettaient en direct sur Terre. Ce n’était pas tous les jours qu’on lançait la première mission humaine d’une telle ampleur. L’avancée technologique et l’endiguement des effets anthropiques néfastes sur le climat n’y étaient pas pour rien. Il remercia la foule : entre dirigeants, militaires, civils sélectionnés pour Mars, communautés scientifiques… l’audience était variée.

– Bonjour à tous, aujourd’hui… il s’arrêta brusquement l’air affolé.

Il scruta les personnes présentes, personne ne semblait entendre la sirène stridente qui s’était soudainement mise à résonner. C’était l’alarme d’urgence. Il tenta de se ressaisir. Il était le seul à paniquer.

Le bruit continua de plus belle. Aucun doute possible : leur vie était en jeu.

– Évacuez sur le champ ! s’écria-t-il face à des spectateurs interloqués.

Sa tête fit non pas un, mais deux tours… il saisit ses oreilles. Ce bruit lui était insupportable et rien ne semblait en expliquer la cause. Il devait y mettre un terme… Seul, il ferma les yeux, désespéré.

Le noir complet l’enveloppa. L’alarme résonnait encore dans la pénombre. Telle une sirène qui cherchait à réveiller les morts. Tout devint noir.

Dans une chambre, quelque part sur Terre en 2016, un jeune garçon se réveilla en trombe et éteignit son alarme d’un coup sec. Il était 7 h 30. Le son aigu qui avait marqué la fin de son escapade imaginaire dans le futur s’arrêta enfin. Les yeux à peine ouverts, il n’avait pas encore perdu le fil de ses pensées, mais elles se dissipèrent peu à peu…

– Ah… où j’ai mis mon crayon ? se lamenta-t-il, à peine réveillé.

L’auteur amateur venait une fois de plus de rêver son récit. Le sommeil : véritable muse et fléau pour tant d’artistes qui peinaient à retranscrire sur le papier ces péripéties et pépites qui se perdaient dans leur esprit embrumé du matin.

L’écrivain, ayant trouvé son stylo, s’empressa de noter sur une feuille son songe durant lequel il avait incarné le rôle d’un jeune ingénieur, ambassadeur des humains lors du premier voyage par-delà Mars.

Le temps jouait contre lui s’il souhaitait soumettre son texte au concours de nouvelles, afin de partager le regard qu’il portait sur le monde de 2086.

C. M. Lewden

La reconnaissance faciale cherche le bon profil

Le procédé mis au point par Hitachi Kokusai Electric pourrait intéresser de nombreux pays dans leur lutte contre le terrorisme. À partir d’une photo ou d’images prises par une caméra de vidéosurveillance, il serait capable d’identifier en temps réel une personne parmi 36 millions !

Le constructeur n’a pas dévoilé ses secrets. Il a par contre confirmé que son système n’était pas encore optimisé. Pour obtenir une bonne détection il faut que les visages mesurent 40 x 40 pixels et qu’ils se présentent sous un angle maximal de 30° verticalement et horizontalement par rapport à la caméra (seules des images en 3D permettent de contourner cet obstacle). Sans parler bien sûr de l’exposition du visage à la luminosité. Selon son intensité, la détection est plus ou moins pertinente.

Malgré tout, Hitachi Kokusai Electric annonce sa commercialisation d’ici un an. Il vise en priorité les domaines des chemins de fer, des centrales électronucléaires et des grandes surfaces. Utilisée principalement pour l’identification (contrôle aux frontières) et la délivrance de documents d’identité, la biométrie faciale a connu un essor suite aux événements du 11 septembre 2001.

La plus grande expérience a eu lieu en janvier 2001… au Raymond James Stadium de Tampa en Floride. À l’occasion du Super Bowl, la police de la ville a filmé, à leur insu, le visage de plusieurs dizaines de milliers de personnes qui entraient dans le stade. Un système de reconnaissance de la forme du visage a ensuite comparé tous ces portraits aux images contenues dans des bases de données. Objectif : identifier des terroristes et des criminels dans la foule. Mais aucune arrestation n’a été menée.

À ce jour, aucun traitement informatique n’a réussi à égaler le couple œil humain + mémoire. Les premiers travaux ont été réalisés par le professeur Teuvo Kohonen en 1989, chercheur en réseaux neuronaux de l’Université d’Helsinki, et ceux de Kirby et Sirovich (1989) de l’Université Brown du Rhode Island. Celui-ci avait mis au point au Massachusetts Institute of Technology of Boston (MIT) un système de reconnaissance du visage nommé eigenface.

La reconnaissance faciale consiste notamment à extraire des caractéristiques du visage qui sont conservées dans une base de données. Par exemple, le eigenface décompose l’image bidimensionnelle capturée en une série d’images teintées avec des nuances de gris différentes. Quant au feature analysis, son dérivé, il est un peu plus souple puisqu’il permet de mieux prendre en compte les déformations du visage, l’éclairage et les angles horizontaux et verticaux.

Début 2014, des chercheurs de l’université de Hong Kong avaient présenté leur algorithme nommé GaussianFace. Il était capable de gérer différentes composantes parfois mal analysées par certains systèmes : un mauvais éclairage ou des changements physiques (maquillage, coupe de cheveux) ne seraient pas un problème pour ce super-système.

Mais la théorie ne correspond pas à la réalité. Et c’est sur ce point que bute cette solution. Sa performance est liée à plusieurs paramètres essentiels et en particulier la qualité de l’image. Elle dépend en grande partie du contexte dans lequel la biométrie faciale est captée. « Il faut bien distinguer les usages qui relèvent de l’authentification en situation dite “coopérative”, c’est-à-dire lorsque la personne se prête volontairement à la captation de son visage (et suit les consignes qui lui sont données) et ceux pour lesquels la captation s’effectue de façon “non coopérative” à des fins d’identification », avait précisé Claude Bauzou, chef de produit chez Morpho (groupe Safran, leader mondial des technologies de reconnaissance biométrique) au site securiteoff.com.

Par ailleurs, la fiabilité de la reconnaissance faciale dépend de l’étendue et de la qualité des bases de données accessibles.

Philippe Richard

Episode #3: Energie

Ce fut dans la plus grande intimité que l’inauguration de la première rame de métro fonctionnant à la chaleur humaine eut lieu. Après un discours du Ministre des Nouvelles technologies, on procéda au premier lancement de la rame. Grâce au dur labeur d’une équipe d’ingénieurs, ce procédé élaboré à une plus petite échelle au tout début des années deux mille, put enfin voir le jour. C’est avant tout dans un but écologique et économique qu’il fut mis au point. Chaque wagon de la rame est équipé, du sol au plafond, de matériaux récepteurs de chaleur dont la fonction est de capturer la chaleur humaine émise par les passagers puis de la transformer en énergie. Des générateurs placés dans des coffres au plafond, permettent de stocker l’énergie recueillie. En cas de panne, des batteries de secours prennent le relais.

«Mouais» se dit Anton à la lecture de l’article.  «Manquait plus que ça. Se faire du pognon sur notre dos, en plus de l’abonnement mensuel aux Transports Urbains. Encore si c’était gratuit 
Il déposa le journal sur la pile des autres quotidiens et continua son chemin.

Le mec du kiosque le héla : «Si tu lis, tu paies ! Ce n’est pas la bibliothèque ici !»

Anton ne daigna même pas se retourner, et continuant sa marche, il pointa son majeur en l’air.

L’apostrophe du commerçant, l’ayant quelque peu agacé, eut pour conséquence l’émergence d’une foule de pensées s’enchâssant les unes dans les autres : pourquoi voulait-on qu’il paie une information que l’on trouvait gratuitement partout ? De nos jours, les actualités, les publicités, tout était diffusé en boucle sur les écrans géants qui inondaient la ville, au cas où on aurait loupé un truc. La fameuse ère du numérique, Les grandes marques, avaient envahi les écrans, défilant les unes après les autres, invitant chacun de nous à leur soumettre leurs idées. Ils appelaient ça «La boîte à idées» suivie de l’argument «aider nous à nous améliorer» délester les clients de leurs inspirations, devenait beaucoup moins cher que de payer des collaborateurs pour leur créativité. Le beurre et l’argent du beurre. Un peu dans la même veine que ce qu’il venait de lire à l’instant. Et il n’y avait pas à chercher bien loin pour en connaître leur source d’inspiration. C’était là sous leurs yeux.

Les générations passées ne s’étaient souciées que d’elles-mêmes. L’individualisme régnait, s’élargissant au maximum à la sphère familiale, ce qui au final revenait au même puisqu’en dehors de ce cercle les autres n’existaient pas. Tous voulaient profiter, assouvir leurs envies. Comment leur en vouloir, lorsque, à chaque coin de rue, les panneaux publicitaires vous invitaient de manière provocante à profiter de la vie, de l’unique vie qui s’offrait à vous ? La population ne voulait pas s’éduquer à économiser les ressources ! Et ce, malgré les efforts des organisations nationales dont les campagnes d’information et de prévention avaient eu très peu d’impact, la majeure partie étant dépourvue de conscience écologique.

Et maintenant il fallait faire preuve d’un monstre d’ingéniosité pour produire de l’énergie. Durant des décennies, l’état dépensa des sommes folles pour acheminer l’énergie nécessaire à l’ensemble des activités : éclairage public, transports, chauffage. Le territoire étant peu fourni en énergie fossile, il lui fallait tout importer : uranium, pétrole, gaz naturel et la seule matière dont il disposait à profusion avait été frappée d’interdiction d’exploitation en raison de sa forte nocivité et de la mauvaise gestion de ses déchets radioactifs. Puis les réserves en énergie fossiles des pays exportateurs s’étaient épuisées d’années en années, à une vitesse fulgurante. Les estimations concernant ces réserves s’avéraient erronées, elles avaient fondu comme neige au soleil. Ajouté à cela, des hivers de plus en plus rigoureux qui en avaient accéléré la consommation : de cent ans prévu, on était passé à une cinquantaine d’années. Sans compter que la population avait quadruplé en cinquante ans et que les progrès en médecine entravaient l’autorégulation de la population terrestre : ceux qui devaient mourir, ne mourraient plus…

D’autres mesures avaient été mises en place au début du millénaire avec la loi Réduction énergétique : tout bâtiment public ou privé, tout véhicule terrestre ou maritime, sur le sol national, devait se doter de panneaux photovoltaïques. Les rayons solaires ainsi captés étaient transformés par la suite en courant électrique ce qui permettait de réduire considérablement les dépenses de l’état en électricité tout en produisant l’intégralité des besoins énergétiques d’un foyer et cela gracieusement, grâce au soleil. D’une pierre deux coups, la face des bâtiments qui recevait le moins de soleil devait être recouverte de végétaux. La pluie qui battait les bâtiments était récupérée par la végétation, filtrée, puis stockée dans les sous-sols en attendant d’être puisée à des fins sanitaires.

La fin du pétrole arrivait et la transition énergétique devenait urgente. L’état versait même une subvention à titre d’aide pour la pose des panneaux solaires et du matériel de filtrage. Il ne restait plus qu’à produire le reste. Et pour le reste, on comptait depuis fin 2020, sur l’ingéniosité des scientifiques. On parlait de révolution nucléaire. Ils étaient pressés comme des citrons pour mettre les bouchées doubles afin de mettre au point la centrale nucléaire dernière génération, celle qui permettrait d’exploiter l’uranium dans son intégralité, sans production de déchets, ce qui garantirait à l’humanité entière de l’énergie pour plusieurs siècles. Et pour ceux qui étaient insensibles au stress, la fin toute proche du pétrole et du gaz naturel avaient créé entre eux une sorte d’émulation.

En ce matin d’hiver, le froid régnait en souverain, gelant la moindre parcelle de chair découverte. Le visage mordu par le froid, Anton, tout à ses ruminations internes, était bien heureux de s’engouffrer dans le Souterrain, havre de chaleur éphémère. Il passa les portillons en apposant son empreinte digitale sur le lecteur. Celle-ci était désormais le seul et unique sésame. Garante de votre identité, l’usurpation en était impossible, quant aux pertes improbables. Chaque paiement, chaque réclamation, chaque contrôle se faisait par celle-ci.

Accroché à la barre métallique du métro, en mode autopilote, toute pensée constructive avait déserté son cerveau, seul régnait le vide, vide identique à celui qui l’entourait, malgré la présence des autres passagers. Tous arboraient un visage figé, tel un masque, regardant dans le vide comme si les autres n’existaient pas. Ils n’étaient que de passage, des passagers. La chaleur de la barre métallique dont il en savourait inconsciemment la chaleur le sortit de sa torpeur. Fallait y penser, quand même ! s’exclama-t-il. C’était une évidence, la barre métallique capturait la chaleur. Il vérifia la ligne, non ce n’était pas celle dont la rame venait d’être mise en service. Manquait plus que ça, qu’on lui pompe son énergie sans son consentement !

Durant la fin de son trajet, Anton se laissa submerger par le souvenir de la conversation qu’il avait eu avec son boss. Son travail de détective privé le missionnait pour les jours à venir dans un coin perdu du pays : «Voilà le topo, lui dit-il, on raconte que l’une des anciennes grande compagnie pétrolière mène des expériences un peu spéciales. Le PDG, non remis de la chute de son empire, a engagé des chercheurs afin de produire du pétrole de synthèse. Des rumeurs courent sur le PDG : on aurait vu ce dernier à plusieurs reprises se vanter à qui voudrait l’entendre sur le succès de ses recherches et que les affaires allaient bientôt reprendre. On a besoin de ses formules de synthèse, et tout ce que tu trouveras sur l’avancée de ses recherches. Son laboratoire est en pleine campagne, tu ne pourras pas le manquer il domine sur des lieux à la ronde perché sur un bloc rocheux au-dessus d’un ancien tunnel ferroviaire.» Puis lui remettant une enveloppe : «À l’intérieur, tes frais. Tu commences demain en tant que technicien de surface

Technicien de surface, pff ! Son boss lui trouvait toujours comme couverture le job le plus pourri de la hiérarchie, paraîtrait que ça éveille moins les soupçons !

La route jusqu’au bâtiment se déroula sans encombres et son immersion dans l’entreprise fut des plus simples : «Voilà vos outils de travail, lui dit l’homme qui l’accueillit en lui ouvrant le placard à balais, vous ferez en sorte que la propreté règne

Muni de ses balais, chiffons et serpillières, il mit deux jours pour se repérer dans ce labyrinthe. Une fois ses repères en place, pénétrer dans le laboratoire fut un jeu d’enfant. La première fois, il y resta à peine quelques minutes de peur de se faire surprendre : des pas résonnaient dans le couloir annonçant l’approche de leur propriétaire. Mais la deuxième fois, Bingo, les informations s’étalaient sous ses yeux sur un long tableau blanc. Le temps lui était compté. Il regarda les informations, se dit qu’il devait y avoir une erreur. Regarda de plus près. Non, pas d’erreur. C’était le projet d’un fou. Et que ce fou en question devait rapidement être interné. Il lui était impossible de se concentrer. Son cerveau était en ébullition. Sa découverte lui emplissait la tête de questions. C’était un brouhaha sans cesse dans son esprit, comme s’ils étaient plusieurs à prendre la parole en même temps, une véritable cacophonie. Comment pouvait-on en arriver là ? Qu’est-ce qui pouvait bien animer les hommes pour les conduire à de tels actes ? Anton respira profondément, tout en essayant de ramener le calme dans son esprit. «Expire, Inspire, Expire, Inspire» s’imposait-il à haute voix. OK. Bon. De son doigt, il fit une légère pression sur son tragus gauche activant ainsi sa puce cellulaire, articula le nom de son chef et fut mis en relation directe avec ce dernier : «Salut Bob, je vais faire vite, ne m’interromps pas. Ce mec est complètement taré ! La matière première qu’il utilise est plongée dans un bassin où sont cultivés des organismes qui la digèrent. Ce qu’il en reste, est mélangé à des matières minérales. Puis le tout est tassé par d’énormes pistons où s’amoncellent par-dessus de nouvelles matières premières qui sous l’effet du poids enfoncent les premières. Le processus de formation du pétrole est reproduit ici en accéléré, mais sans utiliser de matière organique d’origine marine ! Je ne sais comment, ils en obtiennent une roche dure qu’ils chauffent progressivement pour atteindre les températures géothermiques. De là se forme une substance qu’ils appellent «pétrole synthétique» . Je t’ai gardé le meilleur pour la fin : la matière première qu’ils utilisent est constituée de : cadavres !!! Ne me demande pas comment ils font pour l’obtenir, je ne sais pas. Faut que j’y aille

Anton sortit rapidement du laboratoire, cherchant une issue à l’enfer qui prenait forme sous ses yeux. Complètement troublé, il ne retrouvait pas l’entrée par laquelle il avait pénétré dans l’enceinte du laboratoire. Merde, se disait-il, comment je vais faire pour sortir d’ici ? Sous la panique, il franchit la première porte sur sa droite. Un escalier. Il le descendit à toute allure, cela lui parut interminable. Il finit par déboucher sur un long tunnel. Les paroles de son chef lui revinrent en mémoire : «le laboratoire est situé sur un bloc rocheux au-dessus d’un ancien tunnel ferroviaire…».

Soulagé, content d’avoir trouvé la sortie, il se dirigea vers la lumière. Mais plus il se rapprochait, et moins cela ressemblait à la lumière naturelle du soleil. Quelque chose était entreposée au milieu du tunnel, on aurait dit un véhicule. C’était bien ça. Un wagon. Un wagon gisait au milieu du tunnel abandonné ! Des lamentations en sortaient. Plus il s’en approchait, plus les voix étaient suppliantes. Que pouvait-il bien avoir à l’intérieur ? Pourquoi ces plaintes ? Son instinct lui disait que ça sentait le roussi, qu’il devait partir le plus vite possible s’il souhaitait rester en vie. Malgré ça, il ouvrit la porte du wagon.

Une énorme bouffée d’air chaud aux relents de transpiration, de rance, et d’odeurs corporelles s’immisça dans ses narines. Il eut un haut-le-cœur. Jamais, il n’avait senti odeur pareille. Les gémissements s’intensifièrent. De longues plaintes, dont toutes forces avaient abandonné depuis longtemps les voix, suffocantes, présageaient du pire. La curiosité l’emporta sur son dégoût. Il se hissa sur la marche à hauteur de la porte. Foudroyé par le spectacle qui s’offrait à ses yeux, il en fut pétrifié. Le wagon était rempli d’hommes et de femmes dénudés, à la peau rougie par la chaleur régnante, couverte de plaies ruisselantes de gouttes de sang, leurs cheveux suintant se collant à leur crâne, à leur peau. Tous étaient entassés, debout, les uns contre les autres, dégoulinant de sueur. Le wagon en lui-même avait été conçu exclusivement à cet effet. Des barres métalliques se dressaient tous les vingt centimètres, le sol et les parois du wagon étaient recouverts du même alliage que les barres, de sorte que toutes les parties du corps était ainsi en contact avec le métal : mains, pieds, dos, poitrines, fesses et cuisses. À chaque barre son corps. Les mains étaient insérées dans des menottes accrochées au plafond, de part et d’autre de la barre, celle-ci enlacée par un corps nu pour recueillir la moindre source de chaleur. Des hottes aspirantes avaient été installées pour recueillir le surplus de chaleur produit par le surnombre des corps.

Comme du bétail. Anton eut un flash : l’article du journal.

Il ne vit rien venir. Il encaissa un coup sur la tête qui le fit vaciller puis fut violemment poussé à l’intérieur du wagon. Son bourreau lui lacéra ses vêtements. Sur les visages se lisaient la terreur et le désespoir. Il allait devenir comme eux, voilà où le menait sa curiosité. Les gémissements lui devenaient insupportables, il aurait voulu leur crier de se taire, mais nulle force n’habitait sa voix. Il n’émit aucune objection, ne fit aucun mouvement de contestation. Il était à présent nu. Son corps vidé en apparence de toute vie, avait pris l’aspect d’une poupée de chiffon. On entrava ses mains aux menottes suspendues. Sa vie allait-elle se terminer ainsi, en servant de combustible ? Dans un ultime effort, il rassembla ce qu’il lui restait de force, il banda tous ses muscles et dans un cri digne d’un superhéros, essaya d’arracher les menottes du plafond. Les autres virent en ce mouvement une lueur d’espoir. Tous se joignirent à lui, tel des vers gesticulant, couinant.

« Vos gueules » aboya le bourreau. L’union fut vaine. En guise de récompense pour le courage qu’il eut, on l’électrocuta jusqu’à l’évanouissement.

Tout en regagnant la porte, le bourreau dicta à son collègue : « Éteins, s’te plaît, le Boss va pas être content si on gaspille de l’énergie ».

Nouara Bouchenna

Est-on prêts à se sevrer du pétrole ?

D’un point de vue technologique et organisationnel, de nombreuses études montrent qu’il devient réellement possible de se passer massivement des énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole) sans pour autant se passer du confort que leur emploi pour l’énergie ou les produits manufacturés a apporté. Depuis quelques années, les ONG environnementales appellent les autorités à opposer une réelle volonté politique et à mettre en place des actions fortes pour amener la France et l’Europe vers un sevrage des énergies fossiles. Le plan climat présenté par Nicolas Hulot et le plan national de bioéconomie sont-il les marquants d’un changement de paradigme ?

La facture des énergies fossiles

Selon les données du ministère la facture énergétique de la France s’élevait en 2016 à plus de 30 Md d’euros. Un chiffre encore élevé même s’il est à la moitié de son niveau de 2012/2013 où il a atteint entre 65 et 70 milliards d’euros. Ceci essentiellement grâce à une baisse du cours des produits pétroliers (-70%) plus que d’une baisse de la consommation (-2%). Les exportations d’électricité ne suffisent pas à compenser cette dépense puisque l’excédent est à peine d’1 Md euros pour 2015-2016. Réduire cette dépendance aux produits fossiles pourrait permettre de substantielles économies, une amélioration de la balance commerciale et un impact carbone moindre. En tout état de cause, ces motivations permettent de justifier la pression accrue vers une sortie de la dépendance aux énergies fossiles.

La bioéconomie, solution miracle ?

La bioéconomie, économie fondée sur l’exploitation optimale des ressources biologiques (principalement biomasse qu’elle soit agricole, forestière, maritime ou issue de co-produits et de déchets) est en plein essor. De nombreuses avancées permettent aujourd’hui la fabrication de produits et substances biosourcées rentables et innovantes (voir dossier du mois de juin). Officiellement lancée en janvier 2017, la stratégie nationale pour la bioéconomie a fait entrer la France dans le cercle des nombreux pays européens qui s’inscrivent dans une volonté politique forte de diminuer leur dépendance au pétrole via un appel massif à la biomasse. L’originalité d’une telle politique tient au fait qu’elle doit unifier et construire une politique en la matière avec toutes les parties prenantes : des producteurs de biomasse aux transformateurs et utilisateurs ainsi qu’à la société civile (ONG environnementales notamment) afin de construire une économie sans pétrole, durable et circulaire. Le plan concret issu de cette stratégie est actuellement en discussion et une version finale doit être présentée mi-septembre.

Cependant, la bioéconomie n’est pas sans risque notamment celui de surexploitation des ressources naturelles ou d’atteinte à la sécurité alimentaire. Comme le soulignait le CESE dans son évaluation présentée en mars 2017 : elle nécessite un contrôle des autorités publiques pour assurer une vision à long terme, des règles stables d’accès aux ressources et d’affectation des sols, l’établissement de critères d’évaluation de la durabilité (environnementale, économique et sociale) tant au niveau local que national.

Un plan climat complémentaire

Le plan climat présenté par Nicolas Hulot le 6 juillet dernier doit donner le ton de ce quinquennat : faire entrer la France dans une économie décarbonée et qui met fin à l’appel massif aux énergies fossiles en cohérence avec les objectifs de l’Accord de Paris. Parmi les axes marquants de ce plan on peut ainsi noter : la fin de la commercialisation des véhicules essences et diesel pour 2040 et une production d’électricité sans énergies fossiles poursuivant une réduction de la part du nucléaire et la mise en place d’outils de finance verte et un soutien accru à la recherche scientifique.

Ces différents éléments sont des signes forts d’une volonté politique d’entrer dans une transition écologique. Reste à transformer ces objectifs en actions concrètes. Avec les budgets qui vont avec. Sachant que les « pays du pétrole » et les multinationales de l’énergie sont des lobbyistes puissants qui feront tout pour freiner cette transition tant qu’ils ne seront pas prêts à y trouver leur compte.

Sophie Hoguin