Des dendrimères qui permettent d’encapsuler des molécules

Créée en mars 2008, Colcom prévoit de réaliser un chiffre d’affaires de 120.000 euros en 2009, avec un effectif de trois salariés auquel il faut ajouter quatre chercheurs universitaires. Issue de l’incubateur LRI (Languedoc Roussillon incubation) et soutenue par Oseo, cette start-up exploite un brevet déposé en 2005 par des chercheurs universitaires de Montpellier (au sein d’une unité mixte CNRS / université de Montpellier 2).

Techniques de l’ingénieur : Colcom développe et produit des dendrimères greffés de la lysine (DGL), de quoi s’agit-il ?

Fabien Granier : Dendron signifie arbre en grec. Le dendrimère est donc un polymère qui se développe de manière arborescente. Une première molécule est utilisée comme amorceur pour la génération suivante. La première génération est une molécule linéaire sur laquelle on fait croître de nouveaux linéaires, tels des branches. A partir de huit sites d’accroche sur la première génération, on passe ainsi à 48 sites d’accroche pour la deuxième génération, et ainsi de suite de génération en génération. L’unité élémentaire est la lysine, un acide aminé essentiel, qui n’est pas produit par le corps mais fourni par l’alimentation et nécessaire à la vie. Il s’agit de nanomolécules de 2 à 12 nanomètres en fonction des générations. Notre brevet porte sur le procédé, la structure des molécules et sur certaines applications.

Quelles sont les applications possibles ?

Les applications sont nombreuses, notamment en sciences de la vie, comme la délivrance de médicaments par exemple. Etant donné que ces molécules présentent 80 % de volume libre, on peut travailler à encapsuler des molécules, des principes actifs ou des brins d’ADN.

A qui vendez-vous les DGL ?

Nous vendons les DGL à des laboratoires de recherche, surtout publics, aux Etats-Unis (NIH, MIT), en Europe ou encore en Chine. En France, nous travaillons de préférence sur des collaborations pour monter des projets ANR (Agence nationale de la recherche) sur des sujets amonts.

Développez-vous des applications en interne ?

Nous développons des applications dans le domaine de l’environnement, dabs la détection de bactéries dans l’eau, dans le traitement et la filtration des eaux. En partenariat avec notre distributeur GLBiocontrol, nous commercialisons par exemple Dendridiag, un kit rapide de détection ultra-sensible de bactéries dans les eaux. La plus forte valeur ajoutée de ce kit se situe sur les réseaux d’eaux ultra-pures dans les domaines de la microélectronique et de la pharmacie. Nous sommes les premiers à atteindre la sensibilité requise d’une bactérie par millilitre, couplée à une analyse en moins de cinq minutes sur site. Dans le secteur de la microélectronique par exemple, le monitoring de la qualité biologique de l’eau est un point fondamental du processus de production. Un wafer de silicium est rincé avec plusieurs milliers de litres d’eau ultra-pure lors de sa fabrication et il faut éviter tout dépôt bactérien. Or les méthodes classiques de culture en laboratoire ne sont pas toutes pertinentes aux vues des souches bactériennes incriminées et, surtout, nécessitent plusieurs jours d’attente. Nos développements ont pour but d’associer à notre premier succès de l’ultra-sensibilité celui de la spécificité, et ainsi de repousser les seuils de détection de cibles spécifiques (légionellose, staphylocoque, etc..). Nous venons d’ailleurs d’être retenu par l’ANR parmi les vingt projets nationaux qui seront financés dans le cadre de l’appel à projets Matetpro.

Et dans le domaine de la santé ?

Nous n’envisageons pas d’applications pour la santé développées en interne dans les trois prochaines années. Pour autant, les connaissances que nous développons actuellement sur le secteur de la biologie seront à la base de développements futurs pour le domaine de la santé. Et nous avons initié quelques coups de sonde avec des partenaires français ou étrangers sur certaines applications, mais il est encore bien trop tôt pour en parler.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des nanotechnologies ?

Il faudrait clarifier la définition des nanotechnologies et éviter les amalgames, notamment pour les problématiques liées à la santé et à la toxicité. Nous n’avons pas de problème avec nos clients, qui intègrent immédiatement notre spécificité. Les confusions viennent surtout du grand public et des institutions. Vivement la mode des femtotech ! Que les amalgames se déplacent sur un autre secteur…

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées dans la création de Colcom ?

L’une des principales difficultés que nous avons rencontrées a été de réduire le champ des possibles de notre technologie pour nous focaliser sur les secteurs les plus prometteurs en termes de rentabilité de marché. En effet, notre technologie est susceptible d’être positionnée sur des applications qui vont même au-delà des sciences de la vie. Et, dans ce dernier domaine, les applications sont déjà très nombreuses. Le risque était de nous disperser et de ne pas optimiser nos premiers moyens, qui pour une start-up restent en général limités. Les premiers résultats semblent montrer que nous avons opté pour les bons choix. Mais beaucoup reste encore à faire.Propos recueillis par Corentine Gasquet

Croissance du PIB et émissions de CO2 sont étroitement liés

Une étude récente s’est penchée sur les liens entre la prospérité économique et l’empreinte carbone. Elle compare les émissions moyennes par habitant dans 73 pays à différentes étapes de leur développement [1]. Au final, c’est la corrélation forte entre la hausse du PIB et celle des émissions de CO2 qui s’inscrit comme l’élément d’information principal de cette étude.
Cela signifie que la croissance économique aurait un lien de cause à effet avec les émissions de gaz à effet de serre [2]. Sans changements significatifs, la croissance des émissions de CO2 sera proportionnelle à la croissance continue de l’économie mondiale.
Pendant longtemps, les politiques ont considéré que la croissance économique n’était que partiellement liée aux émissions de CO2. On pensait, avec optimisme, qu’avec la croissance, la consommation d’énergie augmenterait beaucoup moins que le PIB. Les activités de service qui ne consomment pas beaucoup d’énergie devaient profiter le plus de la croissance, tandis que les activités très consommatrices d’énergie comme la fabrication et la construction devaient diminuer. Ce consensus est probablement encore en vogue dans beaucoup de milieux politiques.

La part due à la production alimentaire baisse


Cette nouvelle étude montre que cette hypothèse n’est, au mieux, qu’en partie vraie. Le seul changement bénéfique vraiment important est que la part des émissions dues à la production alimentaire tend à diminuer dans les émissions totales des économies riches. Typiquement, un pays avec des dépenses par habitant de 4.000 dollars par an produit 1 tonne de CO2 par habitant par an dans le secteur des services.
Cela peut aller jusqu’à 4 tonnes dans un pays très riche qui dépense 50.000 dollars par an et par habitant. Mais les émissions dues aux produits manufacturés sont neuf fois plus élevées dans les pays riches et les émissions dues au transport, huit fois plus élevées. La vérité est que la part de la fabrication et du transport dans les émissions des pays riches est plus importante. Pas moins.
L’étude prend également en compte une estimation de l’impact des biens importés. Les émissions du Royaume-Uni sont en partie tronquées par la production de gaz à effet de serre des usines chinoises qui fabriquent les objets en plastique, l’électronique et les meubles qui lui sont destinés. L’étude montre que les biens importés (une fois déduites les émissions produites par les exportations) relèvent de 11 % les émissions britanniques, un taux parmi les plus élevés au monde. Le Royaume-Uni a fait peu de progrès visibles pour « décarboniser » ses émissions.
Cela signifie qu’il existe une relation quasi mécanique entre le PIB et les émissions de CO2. Aucun pays n’a réussi à dissocier ses émissions de gaz à effet de serre de sa croissance. Une croissance de 10 % du PIB s’accompagne quasi invariablement d’une augmentation de 8 % des émissions de CO2.

Notes


[1] Edgar G. Hertwich and Glen P. Peters, Carbon Footprint of Nations : A Global, Trade-Linked Analysis, Environmental Science and Technology (2009).
[2] L’étude d’Hertwich et Peters est une étude transversale à un moment donné. Les pays riches émettent plus de CO2 que les pays pauvres. Cela ne signifie pas nécessairement qu’un pays pauvre qui s’enrichit grâce à la croissance économique émettra plus d’émissions de CO2. Cela le rend simplement très probable.
Lire les données détaillées dans l’article original
Par Chris Goodall, auteur, entre autres, de 10 Technologies pour sauver la planète. Il est également éditorialiste pour The Independant on Sunday et le Guardian.

Nano 2012 ne connaît pas la crise

STMicroelectronics, l’un des leaders mondiaux des semi-conducteurs, touché de plein fouet par la crise, avait annoncé en janvier la suppression de 4.500 emplois dans le monde. Mais cela ne remet pas en cause le programme de soutien aux nanotechnologies, dont le lancement a été célébré par Christine Lagarde vendredi 17 juillet. Citée par l’AFP, la ministre de l’Economie a salué « une démarche stratégique pour conserver sur le territoire français une fabrication fondée sur de l’investissement et de l’innovation à très forte dose ». Nano 2012 correspond à un investissement total de 2,3 milliards d’euros pour la R&D d’ici à 2012 sur le site de Crolles avec pour chef de file STMicroelectronics (ST) dont l’Etat détient 13,15 % du capital (rappelons que Crolles II avait mobilisé 1,5 milliard d’euros entre 2002 et 2007). La contribution de l’Etat et des collectivités territoriales s’élève à 457 millions d’euros. Le groupe franco-italien s’est engagé à créer 650 emplois directs dans le cadre de ce programme.

22 nanomètres en 2012

La recherche se fera en partenariat avec l’Inria, le CNRS, des universités, des PME et IBM, avec pour objectif de développer de nouvelles générations de semi-conducteurs au niveau nanoélectronique. Le pôle de Crolles travaille actuellement sur des gravures de circuits imprimés aussi fines que 32 nanomètres, et vise 22 nanomètres à l’horizon 2012. En juillet 2007, ST a rejoint l’Alliance de développement sur les semi-conducteurs, basée au centre de R&D en semi-conducteurs d’IBM à East Fishkill et Albany (Etat de New York), pour développer des technologies CMOS (Complementary metal oxide semiconductor) cœur et de basse consommation en traits de 32 à 22 nm, tandis qu’IBM rejoignait ST à Crolles pour développer des technologies CMOS dérivées pour applications spécifiques à valeur ajoutée.Les chercheurs s’intéressent à la technologie de radiofréquence dérivée en 45 nm pour les applications sans fil et à la technologie mémoire non-volatile dérivée en traits de 65 nm pour les cartes à puce et les applications automobiles. Selon ST, ces technologies permettront de créer des nouveaux produits qui consommeront moins d’énergie, fonctionneront plus longtemps sur batterie et seront plus rapides.C.G.

Photo : Usine de l’alliance entre STMicroelectronics, Freescale et Philips, à Crolles (Isère) – © DR, CEA-Léti

Un nouvel algorithme pour une meilleure assistance téléphonique

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/60029.htmIssu de la collaboration entre l’UT Dallas et le centre d’assistance téléphonique Working solutions, un nouvel algorithme a été conçu afin de détecter le mécontentement des clients en ligne. Le projet était pourtant ambitieux : la variabilité du langage humain induit un grand nombre de difficultés pour la conception d’un tel logiciel. A cela, ajoutez la mauvaise qualité de certains téléphones, le bruit environnant, le bourdonnement des lignes électriques, une mauvaise réception et le problème devient rapidement très complexe. Dirigée par Dr John Hansen [1], l’équipe a développé le projet au sein du Center for robust speech systems [3].Les voyelles sont les sons qui transmettent le mieux la colère. La façon dont les voyelles sont appuyées permet de renseigner sur l’état émotionnel de l’utilisateur, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, des paroles fortes n’expriment pas nécessairement un mécontentement. De plus le logiciel devait prendre en compte les bruits environnants et l’effet Lombard, un effet traduit par le changement inconscient de la voix et de l’articulation des paroles dans un environnement bruyant. Mais s’appuyant sur la supériorité mondiale dans ce domaine de l’UT Dallas, le leader mondial de la recherche sur les technologies basée sur l’effet Lombard, l’équipe est parvenue à élaborer un algorithme d’identification des paramètres clés relatifs à la colère.Ce nouvel outil pourrait se montrer très utile pour les grands centres d’assistance téléphonique qui sont le plus souvent dépassés par le nombre d’appels, comme le confirme George Platt, vice président de WS iNet[2] : « Dans les centres d’appel aujourd’hui nous avons seulement la possibilité d’identifier les clients mécontents, quelque jours ou quelques semaines après, lorsqu’il est alors trop tard. Quand nous avons su que le Center for robust speech systems travaillait sur ce projet, nous y avons vu une très bonne opportunité de collaboration ». Dans leur partenariat avec l’UT Dallas, Working solution fournit les appels et les données nécessaires à l’avancement du projet.En fournissant un logiciel capable en temps réel, de rediriger très rapidement les appels des personnes mécontentes vers un responsable, les grandes compagnies pourraient ainsi bénéficier d’un service d’une meilleure qualité. Plus que la satisfaction propre des clients, c’est aussi l’image de marque de l’entreprise qui pourrait en être améliorée.Selon Hansen, le projet est à l’heure actuelle en phase de validation, mais après certains ajustements nécessaires il devrait être commercialisé.Contacts :[1] Dr. John Hansen, Distinguished Chair in Telecommunications Engineering and Department Head of electrical engineering at the Erik Jonsson School of Engineering and Computer Science. S[2] George Platt, WS iNet executive vice president (WS iNet is an affiliate sister company of Working Solutions).[3] Site official du Center for Robust Speech Systems: http://crss.utdallas.edu/Source :Customer service software senses angry callers : 07/09/09 – http://www.utdallas.edu/news/2009/07/09-002.phpRédacteur : Arnaud Souillé Origine : BE Etats-Unis numéro 174 (17/07/2009) – Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/60029.htm

« Migrer vers la voix sur IP : oui mais avec vigilance »

Techniques de l’Ingénieur : Quels avantages confère la VoIP ?

Jérôme Pons : La voix sur IP possède plusieurs atouts par rapport à la voix sur circuit traditionnel. Elle repose d’une part sur l’interopérabilité des architectures, protocoles et codecs normalisés, afin d’en faciliter l’adoption par le monde de l’Internet, de l’informatique et des opérateurs télécoms. Par exemple, dans les réseaux fixes et mobiles (UMTS), les normes TISPAN et recommandations 3GPP mettent en œuvre le contrôle d’appel NGN et IMS basés sur les protocoles H.248 et SIP. D’autre part, la flexibilité apportée par les normes garantit l’évolutivité des équipements utilisateurs en particulier vers les téléphones IP et téléphones logiciels (« softphones » permettant de passer un appel téléphonique à partir d’un simple ordinateur) mais aussi des infrastructures réseau. Au cœur du réseau RTC, la suppression des commutateurs circuits de grande capacité devient possible en connectant les commutateurs de classe 5 (les plus proches des abonnés) à des passerelles média et commutateurs logiciels (« softswitches » ou « call servers ») qui assurent entre autres le pont entre le réseau d’accès circuit et le réseau IP pour le transport des flux audio. En outre, dans l’architecture IMS, les commutateurs logiciels (fonctions MGCF) sont reliés aux serveurs SIP (fonctions CSCF) puis aux serveurs applicatifs VoIP et permettent d’acheminer les appels vers d’autres abonnés des réseaux fixes et mobiles (voir l’article  » VoIP: état de l’art, enjeux et perspectives » des éditions Techniques de l’Ingénieur).

Quels sont les principaux freins à l’adoption de cette technologie ? Comment lever ces freins ?

Il existe trois principales barrières à l’adoption de la voix sur IP. Premièrement, les réseaux supportant la voix sur IP doivent offrir un niveau de fiabilité au moins équivalent à celui de la téléphonie sur circuit. Dans cette optique, des dispositifs ont été mis en place, par exemple des équipements IP redondants, des alimentations de secours (en cas de coupure secteur) voire le maintien de quelques lignes téléphoniques connectées au réseau RTC. Deuxièmement, la qualité de service a été améliorée car les réseaux IP souffraient initialement d’une latence élevée pour le transport de la voix. Pour cela, des mécanismes (DiffServ), protocoles (pile RTP/UDP/IP pour le transport des trames vocales et H.323, MGCP, Megaco/H.248, SIP pour le contrôle d’appel) et codecs (à bande étroite de type G.729) ont été définis afin d’adapter la qualité de service au transport de la voix sur IP. Troisièmement, la sécurité a été renforcée car un routeur IP ou une plate-forme VoIP sont plus sensibles aux attaques externes qu’un commutateur du réseau RTC plus étanche. Ainsi, le chiffrement et l’intégrité permettent de sécuriser les communications et la signalisation d’appel et de nouveaux protocoles adressent dorénavant les problèmes de traversée des pare-feux et NAT. (voir l’article « VoIP : principales normes » des éditions Techniques de l’Ingénieur)

Compte tenu de ces forces et de ces faiblesses, où en est l’adoption de la voix sur IP dans les entreprises ?

L’entreprise a tenu compte des critères d’adoption de la voix sur IP (interopérabilité, flexibilité et évolutivité) mais aussi des principaux freins (fiabilité, qualité de service et sécurité) de sorte qu’elle puisse, dans certains cas, s’affranchir des réseaux traditionnels (RTC et/ou RNIS). Ainsi, les postes téléphoniques traditionnels (analogiques ou numériques) ont été remplacés par des équipements compatibles VoIP afin de ne conserver qu’un seul réseau de données tant sur le site de l’entreprise (LAN Ethernet) qu’entre les sites (WAN IP). Les équipements utilisateur sont alors pilotés par des PABX IP ou Centrex IP et la diversité des solutions permet à l’entreprise d’adopter l’offre couvrant au mieux ses besoins. On rencontre trois scénarios de migration en fonction du type d’entreprise et de l’architecture réseau déjà en place. Le scénario conservateur consiste, pour les moyennes et grandes entreprises, à compléter le PABX traditionnel par une passerelle VoIP le muant ainsi en PABX IP hybride afin de supporter la téléphonie sur IP notamment entre deux sites d’entreprise via un réseau WAN IP. En revanche, le PABX IP hybride maintient la connexion aux réseaux RTC et/ou RNIS et supporte les postes téléphoniques et fax traditionnels. Le scénario convergent utilise le même réseau local de l’entreprise (LAN Ethernet ou Intranet) afin d’écouler les communications téléphoniques et la transmission de données. Il autorise alors le déploiement de nouvelles applications (messagerie unifiée, ponts téléphoniques, transfert d’appel, routage d’appel automatique) qui augmentent par ailleurs la productivité dans les grandes entreprises. Cette convergence impose toutefois l’introduction de nouveaux postes téléphoniques (téléphones IP) et équipements tels que la passerelle VoIP (pour l’interconnexion entre un téléphone traditionnel et un téléphone IP) et le serveur VoIP (pour le contrôle d’appel) composant le PABX IP convergent. Enfin, le scénario « tout IP » consiste à remplacer tous les téléphones traditionnels par des téléphones IP ou téléphones logiciels. Les appels VoIP sont contrôlés par le serveur VoIP qui peut être présent dans les locaux de l’entreprise (PABX IP « administré ») ou hébergé par un tiers tel qu’un opérateur télécoms (PABX IP « hébergé »). Le PABX IP hébergé est dédié à l’entreprise contrairement aux offres Centrex IP partagées entre plusieurs entreprises, en particulier les très petites et petites entreprises, afin de centraliser tous leurs besoins en communications. (voir l’article  » Mise en oeuvre de la voie sur IP » des éditions Techniques de l’Ingénieur)

Comment mettre en œuvre cette technologie ? Quels sont les pièges à éviter ?

La mise en œuvre de la voix sur IP en entreprise suit plusieurs étapes. L’étude de faisabilité commence par analyser l’existant tels que les équipements informatiques et réseau (câblage, postes téléphoniques, PABX traditionnel, LAN, accès au WAN, RTC et/ou RNIS, VPN pour l’Extranet), les politiques de qualité de service et de sécurité. Ensuite, elle évalue les services téléphoniques utilisés (téléphonie en interne intra-site et intersites, en externe à l’entreprise, sélection directe à l’arrivée (SDA) pour les appels entrants, annuaire, messagerie vocale et services supplémentaires comme le renvoi d’appel et la conférence à trois). Elle se poursuit par une analyse d’impact de l’intégration de nouveaux équipements au réseau de l’entreprise afin d’adresser les problématiques de dimensionnement (charge pour les appels internes et externes), de configuration des serveurs (DHCP, DNS et annuaire LDAP) et de compatibilité des équipements (PABX IP et téléphones IP) avec les protocoles (contrôle d’appel SIP, H.323, chiffrement IPsec, auto-alimentation IEEE 802.3af des téléphones IP via le LAN etc) et codecs (par exemple G.711, G.729 et licences d’utilisation associées le cas échéant). La définition de la solution technique, conduite par l’équipe projet, dépend de la taille de l’entreprise (TPE, PME ou grande entreprise) en nombre d’utilisateurs de la téléphonie sur IP et en nombre de sites à interconnecter (cas d’une entreprise multi-sites), de l’analyse de l’existant ainsi que des nouveaux services souhaités outre la téléphonie sur IP : par exemple la messagerie vocale unifiée (MVU), la réservation de ponts téléphoniques, le fax sur IP, la réponse vocale interactive (IVR) ou la nécessité d’un centre d’appel. Toutefois, la migration vers la voix sur IP ne peut se faire sans risque pour l’entreprise et certaines problématiques devront être abordées avec vigilance à chaque étape : l’interopérabilité des équipements avec les serveurs déjà en place, la qualité de service (signal audio adapté, performances du WAN IP), la disponibilité du service (alimentation électrique), le plan de numérotation (gestion des tranches SDA locales souscrites), la sécurité (activation du chiffrement dans les téléphones IP et étanchéité des flux de téléphonie sur IP sur le LAN), la mise en place dans l’entreprise d’une équipe dédiée (car la téléphonie sur IP requière des compétences particulières) et la prise en compte, lors de la définition de la solution, des évolutions envisagées dans l’entreprise à moyen et long terme. La liste est bien entendu non exhaustive.

Quel est l’investissement de départ ? En combien de temps peut-on espérer rentabiliser l’installation ?

L’investissement initial dépend de la solution technique et de l’offre commerciale retenues par l’entreprise. Comparé à une solution analogique (PABX traditionnel couplé à la location de lignes téléphoniques), l’introduction de la voix sur IP impactera les charges de l’entreprise. En revanche, une augmentation non chiffrable de la productivité s’en ressentira de par la mise en place de services avancés tels que les ponts téléphoniques et la connectivité en situation de mobilité dans l’entreprise (via le WLAN) ou en télétravail (via l’Extranet). L’augmentation du CAPEX [ndlr : Capital Expenditure : dépenses d’équipement] est due à l’acquisition de la solution technique (équipements réseau et utilisateur tels que le PABX IP administré, téléphones IP et câblage), la modification de l’infrastructure réseau (LAN, serveurs) et le surcoût lié à l’apport de la fiabilité, la qualité de service et la sécurité. La réduction de l’OPEX [ndlr : Operating Expense : dépenses de fonctionnement] est principalement liée à la diminution des coûts de communication (en particulier pour une entreprise multi-sites étant donné le volume de d’appels régionaux, nationaux et internationaux) et de la maîtrise technique (exploitation, administration et supervision d’une infrastructure réseau convergente). En revanche, l’OPEX lié aux opérations de maintenance des équipements, de formation, du support aux utilisateurs et de gestion des comptes utilisateurs reste globalement inchangé. La période de rentabilité est largement dépendante du scénario de migration adopté par l’entreprise d’autant plus que ce dernier peut être intégré à une stratégie de migration IT plus globale. Pour conclure, dégageons quelques tendances. Les très petites entreprises cherchent à limiter l’investissement initial (CAPEX) et à simplifier la gestion des outils télécoms et plébiscitent les offres Centrex IP parfois groupées avec d’autres offres telles que l’accès xDSL. De même, les PME visent la simplicité mais favorisent toutefois les PABX IP administrés connectés au WAN IP via des faisceaux de connexions (ou « SIP trunks ») afin de réduire les coûts d’interconnexion au WAN IP comparé à la location de ligne RNIS. Enfin, les grandes entreprises adoptent des offres évolutives et personnalisées de PABX IP hébergé qui peuvent être groupées à d’autres offres comme les liaisons louées pour l’interconnexion de sites. Propos recueillis par Maud Buisine Pour aller plus loin Jérôme Pons est un ancien délégué à la normalisation 3GPP pour Orange, France Télécom. Aujourd’hui, il est responsable du programme IOT (Inter-Operability Testing) » pour l’opérateur historique. A ce titre, il coordonne les demandes de sessions d’interconnexion entre équipements avant leur validation pour introduction dans les réseaux de France Télécom. Ces équipements peuvent être aussi bien des téléphones mobiles, PABX IP, LiveBoxes, éléments de l’infrastructure fixe ou mobile, ou plate-formes de services telles que Centrex IP et IMS. Jérôme Pons est également l’auteur de trois articles consacrés à la voix sur IP publié aux éditions Techniques de l’Ingénieur. Voix sur IP : Etat de l’art, enjeux et perspective Voix sur IP : Les principales normes Voix sur IP : La mise en oeuvre

Portraits des six nouveaux membres de Minalogic

Minalogic vient d’accueillir six nouvelles entreprises. En trois ans, le pôle dédié aux micro et nanotechnologies et au logiciel embarqué est passé de 52 membres fondateurs à 142 adhérents, dont 80 % de PME. Portrait des six derniers entrants.

1. Pob technology

– HistoriqueCréée en août 2005 par Pierre Seguin, Pob technology conçoit des robots destinés au grand public. Les premiers marchés de Pob sont les écoles de tous niveaux et les passionnés. Cette PME emploie quatre salariés à plein temps. – Chiffre d’affairesL’exercice 2008 a été marqué par une progression de 63 % du chiffre d’affaires à 150.000 euros, les quatre premiers mois de l’exercice 2009 affichant une progression de 40 % par rapport à la même période en 2008. Pob devrait atteindre un CA de 300.000 euros en 2009.– Implantation : Villeurbanne (69)– RecherchePob participe au projet Graal, financé dans le cadre de l’appel à projet 6 du Fonds unique interministériel. L’objectif est de concevoir une boîte à outils d’intelligence artificielle permettant de reproduire les comportements humains, aux côtés de Probayes (plate-forme d’intelligence artificielle), AGE Studio (création d’un jeu de stratégie) et de l’équipe e-Motion de l’Inria Grenoble. – Projet industriel Créer un nouveau robot plus adapté aux besoins des écoles.– Pourquoi rejoindre Minalogic…« Pob a besoin de grandir dans un environnement dans lequel se mélangent créativité et haute technologie. Lyon possède le pôle de compétitivité loisirs numériques, Grenoble avec Minologic nous apporte l’aspect technologique. »– Site : pob-technology.com

2. Surgiqual institute

– HistoriqueCréée en janvier 2008, cette PME intervient dans le secteur du dispositif médical intelligent et plus particulièrement la chirurgie assistée par ordinateur. Elle emploie 16 salariés. – Implantation : La Tronche (38)– RechercheSurgiqual institute travaille sur la localisation en 3D pour la chirurgie assistée par ordinateur notamment la localisation magnétique. Elle est leader du projet Surgimag financé dans le cadre de l’appel à projet 3 du Fonds unique interministériel. Ce projet implique aussi le Leti-CEA et plusieurs PME régionales. Il vise notamment à développer un localisateur magnétique susceptible de révolutionner la navigation chirurgicale.- Pourquoi rejoindre Minalogic…« Cela permet un travail collaboratif avec des partenaires académiques et industriels sur des enjeux importants pour la société à moyen terme. »– Site : www.surgiqual-institute.com

(Crédit photo laboratoire TIMC-IMAG)

3. Antecim / AZ systemes

– HistoriqueFondée en 1994, AZ systemes conçoit et réalise des produits et des composants de positionnement pour la recherche et l’industrie. Implantée au niveau local, elle vend ses produits partout dans le monde. Elle compte actuellement une dizaine de salariés.– Chiffre d’affaires : 1 million d’euros environ– Implantation : Varces (38)- Pourquoi rejoindre Minalogic…« Intégrer Minalogic, c’est pouvoir côtoyer les grands donneurs d’ordre pour « leur faire savoir nos savoir-faire » et nous intégrer dans des projets collaboratifs pour y prendre toute notre place ; c’est faire partie d’un réseau, d’un tissu industriel et scientifique pour apporter nos solutions et mutualiser nos compétences. »– Sites : www.az-systemes.com, www.antecim.fr

4. Phi design

– Historique Agence de design industriel, Phi design a été créée en 1989 par Frank Rousselin, designer. Elle emploie huit salariés. – Chiffre d’affaires : 700.000 euros– Implantation : Voiron (38)– Recherche Phi design intervient sur les phases design, conception, innovation, étude technique jusqu’au suivi industriel.- Pourquoi rejoindre Minalogic…« Cela nous permet de faire connaître au pôle nos compétences en tant que centre de développement de produits. »– Site : www.phi-design.com

5. Visio technic

– Historique Lancée en 2006, Visio technic est une filiale de Saunier Plumaz, groupe spécialisé dans l’application de peinture industrielle. Avec un effectif de dix salariés, elle propose le transfert de décor numérique sur tout support avec traitement de surface. – Chiffre d’affaires : 464.000 euros en 2007, 898.000 euros en 2008, 1,25 million d’euros prévu en 2009– Implantation : Sassenage (38)– Recherche Visio technic intègre des nanomatériaux dans les revêtements pour améliorer les qualités de résistances aux UV et à l’abrasion ainsi que pour intégrer une fonction de lumière. La filiale de Saunier Plumaz participe à un programme de recherche dans le cadre d’un pôle de compétitivité (Luminosurf)– Rejoindre Minalogic…« Cela nous permet d’assurer une veille technologique, de développer notre réseau et de nous rapprocher d’entreprises ayant des programme de R&D parallèles ou complémentaires. »– Site : www.visio-technic.fr

6. Asygn

– Historique Asygn a été fondée en janvier 2008 par Nicolas Delorme du CEA-Leti avec Daniel Saias, Loïc Joët et Joël Monnier de STMicroelectronics. Elle développe des solutions pour la conception de systèmes analogiques (outils de conception assistée par ordinateur et services).– Implantation : Montbonnot (38) – Recherche Asygn est impliquée dans le projet Optymist2, labellisé dans le cadre de l’appel à projet 8 du Fonds unique interministériel. – Site : www.asygn.com C.G.

« Avec Hadopi, le droit au filtrage se transforme en obligation »

Techniques de l’ingénieur : Pour l’employeur, quels sont les risques liés à l’utilisation d’Internet par les salariés ?
Eric Barbry : Il existe plusieurs formes de risques : technique, comme la vulnérabilité ou la surconsommation de bande passante, économique, comme la baisse de productivité ou la fuite d’information, et aussi et surtout juridique. L’employeur peut se retrouver condamné avec, ou pire, à la place de son employé. En effet, sur un plan juridique, l’employeur peut être responsable avec son salarié comme en témoignent plusieurs cas de jurisprudence mais pire, il peut être responsable à la place de son salarié s’il n’est pas en mesure de l’identifier avec certitude. La responsabilité de l’employeur sera la plupart du temps recherchée pour « négligence fautive » ; c’est-à-dire pour ne pas avoir pris les mesures de son côté pour éviter le problème ou pour au moins le maîtriser.

A-t-il le droit ou même l’obligation de mettre en place un filtrage des sites ?
Le droit oui, c’est certain puisque l’employeur dispose d’un « droit de contrôle » de ses employés dans le cadre de leur activité professionnelle. Le filtrage fait aujourd’hui partie de la panoplie technique de contrôle de l’employeur. Encore faut-il que l’outil soit déployé dans des conditions respectueuses du cadre légal. Ce droit est en train de se transformer en obligation comme en témoigne le texte de la loi dite Hadopi qui impose à un « abonné » de mettre en place des mesures de lutte contre la contrefaçon sur Internet. Or dans l’entreprise « l’abonné » c’est l’employeur, c’est lui qui juridiquement signe le contrat avec un fournisseur d’accès. D’une manière générale, en application du bien célèbre principe de précaution, il vaut mieux filtrer que laisser faire n’importe quoi.

Quelles contraintes doit-il respecter dans le déploiement de solutions de filtrage ?
Le déploiement d’une solution de filtrage doit s’inscrire dans le strict respect des lois : celles du droit du travail, celles imposées par la loi informatique et libertés et enfin celles qui s’imposent en matière de preuve sous forme électronique. Car n’oublions pas que si ces outils sont faits pour éviter les dérives ils sont aussi là, une fois les dérives identifiées, pour permettre de poursuivre leurs auteurs. La cour de cassation a déjà admis des licenciements sur cette base.Propos recueillis par C.G.ParcoursAvocat à la Cour d’appel de Paris, Eric Barbry est directeur du pôle communications électroniques et droit du cabinet Alain Bensoussan. Il est l’auteur d’un livre blanc pour Olfeo Filtrage et Internet au bureau : Enjeux et cadre juridique (pdf).

« Notre objectif est de construire des machines capables de s’autoévaluer »

Techniques de l’ingénieur : Les robots sont-ils capables d’apprendre ?
Pierre-Yves Oudeyer : Ils sont capables d’apprendre depuis longtemps, mais pour des tâches et des savoir-faire limités. Apprendre, cela signifie changer son comportement dans le futur en fonction de mesures faites sur l’environnement autour de soi. Aujourd’hui, il faut qu’un ingénieur spécifie aux robots les tâches qu’il aura à faire assez précisément et à l’avance. Quand le robot a appris un savoir-faire, comme marcher ou attraper un objet, il s’arrête là. Avec mon équipe, nous travaillons sur comment apprendre une variété de tâches potentiellement recombinables et non précisées à l’avance. Pour cela, on peut s’appuyer sur la curiosité ou sur l’interaction sociale avec un humain non-ingénieur.

Comment peut-on rendre les robots curieux ?
Nous nous inspirons des théories en psychologie concernant le développement et l’exploration spontanée chez les enfants. L’idée générale consiste à construire des machines capables de s’autoévaluer lorsqu’elles font des prédictions sur les conséquences de leurs actions. On peut ainsi mesurer la nouveauté ou la surprise d’un événement, et faire en sorte que le robot s’intéresse aux éléments nouveaux. Pour l’instant, nous n’arrivons pas à passer à un certain niveau de complexité.

Est-ce que cela a un sens de dire qu’un robot a le même âge mental qu’un enfant de 6 mois, 1 an ou 18 mois ?
Cela n’a pas de sens. Sur certaines capacités précises, nous pouvons dire que le robot maîtrise une action qu’un enfant sait faire à tel ou tel âge. Nous pouvons envisager qu’un jour un robot puisse disposer des mêmes capacités qu’un enfant à un âge donné, mais nous sommes à des années lumières de cela !

Quels sont aujourd’hui les grands sujets de recherche ?
Un thème important porte sur la capacité d’une machine à comprendre un contexte physique et social dans lequel elle se trouve. Par exemple, est-elle capable de comprendre les activités des humains ? Sont-ils en train de travailler devant un ordinateur ? De regarder la télévision sur un canapé ? Cela pose un problème de perception et aussi de compréhension des intentions d’une personne. C’est nécessaire pour que les robots nous rendent véritablement service. Si je demande à mon robot d’aller chercher mes clés, il faut qu’il comprenne en fonction du contexte s’il s’agit des clés de la maison, de la voiture ou d’une armoire par exemple. Un autre défi concerne les interfaces. Avant même de se poser la question des intentions, il faut que le robot comprenne les mots et les gestes. Cela nous semble facile mais c’est très difficile pour un robot. Il faut aussi qu’il soit capable de sentir dans quel état émotionnel nous sommes. Il serait intéressant que les machines s’adaptent à l’humain, et pas l’inverse.

Existe-t-il des freins psychologiques et sociétaux forts ?
Il existe en effet des défis psychologiques et sociétaux très importants. En occident, une grande partie de la population voit d’un œil dubitatif l’arrivée des robots, avec parfois beaucoup d’hostilité. Comment peut-on concevoir l’arrivée des robots de manière à ce qu’elle soit acceptée socialement ? Ce ne sont pas uniquement les ingénieurs ou chercheurs roboticiens qui doivent répondre à cette question. Il est important que la société civile, les sociologues ou encore les philosophes s’intéressent à la place des robots dans notre quotidien. Il n’existe aujourd’hui aucune réflexion sociétale en Europe. Les personnes qui devraient s’y intéresser ne s’y intéressent pas. Les médias abordent le sujet soit d’un point de vue purement technologique, soit avec catastrophisme.

Et vous, comment voyez-vous l’avenir ?
On peut voir les robots de plusieurs manières. Certains les voient comme pouvant servir à nous remplacer dans les tâches ménagères pénibles. D’après moi, il est plus intéressant de leur donner le rôle de nous accompagner dans l’éducation, dans les loisirs ou l’aide à la personne. Par exemple, un robot peut aider une personne âgée qui a des troubles de la mémoire en lui rappelant des faits de la journée. Des chercheurs s’intéressent par exemple au rôle que les robots pourraient jouer avec les enfants autistes : alors qu’ils sont en retrait des interactions sociales avec les autres humains et se focalisent souvent sur des comportements stéréotypés avec des objets inanimés, les robots sont des objets intermédiaires, plus prédictibles que les humains mais en même temps capables de les amener vers des interactions sociales, ce qui peut mener au final à plus d’interactions avec d’autres humains. Il ne faut pas chercher à remplacer l’humain mais à créer un objet nouveau pour nous enrichir. Dans le film Wall-E, l’homme a construit des machines pour le remplacer dans toutes les tâches physiques : il finit dans un état mental et physique pas très enviable !

Les robots pourront-ils garder des enfants ?
C’est délirant d’un point de vue technologique ! Encore une fois, je pense qu’il ne faut pas chercher à remplacer l’activité humaine mais à enrichir notre environnement au quotidien avec de nouveaux types d’interactions.

Quand les robots feront-ils vraiment partie de notre quotidien ?
Ils sont déjà très présents. La machine à laver qui s’adapte en fonction de la saleté est un robot. De même, les avions fonctionnent presque uniquement en mode automatique. Dans les magasins, on trouve des rayons entiers de robots ludiques et personnels. Le développement va se faire de manière très progressive, ce qui nous donne le temps de structurer le débat d’un point de vue sociétal.ParcoursPierre-Yves Oudeyer est chercheur à l’Inria Bordeaux. Il est responsable de l’équipe Flowers (Interactions, exploration et apprentissage en robotique développementale et sociale). Diplômé de l’Ecole normale supérieure de Lyon et titulaire d’un doctorat en intelligence artificielle à Paris VI, il a travaillé comme chercheur au sein du Sony computer science laboratory à Paris pendant huit ans. Pour en savoir plus : http://www.pyoudeyer.com 

Grenelle de la Mer : le développement des énergies marines fait consensus

Les tables-rondes qui se sont tenues lors du Grenelle de la Mer ont permis d’avancer et d’esquisser une stratégie d’ensemble en ce qui concerne les énergies marines de demain. « Il y a un consensus sur la nécessité de développer les énergies marine, marémotrice, hydrolienne flottante, éolienne en mer… » a ainsi précisé à l’AFP Denez Lhostis, représentant de la fédération France nature environnement (FNE). « On va mettre en place un certain nombre de démonstrateurs outre-mer et sur les côtes françaises », a-t-il ajouté, avant de conclure : « On a proposé que les énergies marines représentent 3 % des énergies renouvelables d’ici 2020 ».

Vendredi soir, à la sortie de la dernière réunion, le ministre Jean-Louis Borloo précisait lui aussi à l’AFP : « On a fini sur les énergies bleues, on a fait des progrès considérables, notamment sur l’outre-mer, avec des démonstrateurs ». En plus de ces déclarations, le site du Grenelle de la Mer mettait hier soir en ligne le communiqué suivant :

« Le Grenelle de la Mer prend acte de l’urgence et décide d’engager un plan Energies Bleues. La programmation des investissements prévoit 6.000 MW d’énergies marines en 2020. Ce plan va permettre de définir une stratégie de développement des énergies marines et un cadre cohérent d’actions au sein de la politique maritime intégrée. Participeront à la définition de cette stratégie toutes les parties prenantes. Elle prendra en considération les trois composantes du développement durable : la cohésion sociale, l’environnement et l’économie. Le Grenelle de la Mer acte un soutien fort à des pilotes pré-industriels pour identifier les technologies du futur dont la France veut se doter, en concertation avec les acteurs et en s’assurant que ces technologies soient compatibles avec le respect de l’environnement (dont une majorité en outre-mer). Ont donc été décidées les mises en place de :

  • 3 sites pour les hydrauliennes (on notera l’orthographe inédite adoptée par le Grenelle pour « Hydrolienne »… qui ne nous empêchera pas de nous demander où sont ces sites et quels types d’hydroliennes sont concernées !) ;
  • Un pilote Energie thermique des mers (Il semblerait qu’il s’agisse de celui de DCNS à l’Ile de la Réunion) ;
  • Un pilote d’éoliennes flottantes (Où ? Qui ? Quand ?) ;
  • Un dispositif de pompe à chaleur/froid par territoire d’outre-mer dont la climatisation de l’Hôpital de Tahiti dans les 2 ans ;
  • Le soutien à 2 projets houlomoteurs (énergie des vagues donc mais reste à savoir lesquels et où ? Searev de l’Ecole Centrale de Nantes ?).

Un appel à projets sera lancé avant fin 2009 pour créer un centre d’essai de rang mondial sur les énergies marines. L’outre-mer sera la vitrine technologique et le territoire d’expérimentation de la France en matière d’énergies marines renouvelables ».

C’est sur cette phrase de conclusion enthousiasmante pour l’outre-mer (et pour l’emploi en outre-mer) que s’achève ce communiqué du Grenelle de la Mer en ce qui concerne les énergies renouvelables de la mer, car d’autres tables rondes concernaient, entre autres, la gestion de la ressource halieutique.

Le premier commentaire qu’il suscite de ma part est que de grands progrès viennent effectivement d’être réalisés en peu de temps vers une reconnaissance de « la nécessité du développement en France des énergies marines ». Ce n’était pas du tout le cas il y a encore un an seulement. Cela ne signifie pas non plus que la France rattrapera du jour au lendemain le formidable retard qui s’est creusé dans ce domaine avec le Danemark, l’Angleterre, l’Allemagne ou l’Espagne. Cela signifie simplement que la France ne refuse plus de s’inscrire dans une logique européenne de développement des énergies renouvelables de la mer, rebaptisées « Energies Bleues » par Jean-Louis Borloo, refus soufflé jusque-là par le sacro-saint choix prioritaire du nucléaire.

Si cela devait se confirmer par des actes, au-delà des annonces, cela constituerait un pas important voir historique en direction d’une intégration dans une logique européenne (et mondiale d’ailleurs) de développement énergétique marin et de création de nouveaux emplois dans ce secteur. Bleu, verte ou jaune (et à propos de jaune d’ailleurs on remarquera qu’il n’est pas question de biocarburant algal dans ce communiqué), ces énergies renouvelables de la mer ont enfin acquis droit de cité.

 

Par Francis Rousseau, rédacteur en chef de plusieurs blogs portant sur l’environnement et les énergies renouvelables pour 3B Conseils, cabinet conseil en communication scientifique et technique et bureau d’études. Il anime notamment Les énergies de la mer, blog spécialisé dans les énergies marines.

Le transfert de technologies face au changement climatique : qui est responsable ?

Dans la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC), le mécanisme pour un développement propre (CDM) a été conçu pour aider au transfert des technologies dites propres aux pays en développement. Cependant, les projets mis en application dans ce cadre ne sont pas assez ambitieux pour lutter efficacement contre les émissions de gaz à effet de serre. Je pense que l’heure est venue de réexaminer les mécanismes traditionnels de commerce et d’investissement qui ont guidé pendant des siècles le transfert de technologies.Le rapport Stern suggère que la réduction des barrières tarifaires et non tarifaires pour les biens et les services à faibles émissions de CO2 pourraient fournir de nouvelles opportunités pour accélérer la diffusion de technologies clés.Toutefois, les pays sont en général réticents à lier les politiques commerciale et climatique de peur que l’une ne prenne le pas sur l’autre. Les pays en développement craignent que la législation sur le commerce soit utilisée pour promouvoir la politique environnementale et climatique des pays riches, au détriment de leurs intérêts. Pourtant, la prise de conscience du changement climatique et le débat autour des énergies propres offrent une incroyable opportunité économique pour les pays en développement de produire et d’exporter ces technologies.

La diffusion des technologies spécifiques est limitée
D’après le dernier rapport de l’UNEP [Les tendances mondiales pour l’investissement dans l’énergie durable en 2009], 155 milliards de dollars ont été investis dans le monde en 2008 dans des entreprises et des projets relatifs aux énergies propres, dont 117 milliards sont allés à des projets sur les énergies renouvelables.Bien que les investissements directs étrangers puissent être un vecteur important de transfert de technologies, la faiblesse des législations sur la propriété intellectuelle et de nombreuses autres barrières empêchent la diffusion de technologies spécifiques au-delà d’un certain cercle. Ces barrières concernent à la fois la législation environnementale, la fiscalité, les politiques financière et de crédit, les réformes économiques et la viabilité des technologies dans les conditions locales (dont la présence de savoir-faire et d’une main d’œuvre locale qualifiée). Les législations sur la propriété intellectuelle doivent être accompagnées des infrastructures appropriées ainsi que d’un système de gouvernance et de concurrence pour assurer un transfert et une diffusion efficaces des technologies.

Un manque de clarté en matière d’investissements dans les technologies propres
Plusieurs mesures ont été proposées depuis longtemps pour surmonter les barrières de la législation sur la propriété intellectuelle : le rachat de brevets, une baisse des tarifs douaniers sur les ventes de technologies, un fond capital-risque mondial sur les énergies propres, le transfert des technologies dans le domaine public, des droits de propriété intellectuelle abaissés dans le temps, des mécanismes flexibles de transfert de technologies… Pourtant, aucune de ces mesures n’a fait l’objet d’un débat dans les forums internationaux.Sur le plan international, il n’existe pas de politique claire en matière d’investissements dans les technologies propres. Faute d’un accord multilatéral concernant les investissements directs étrangers, on trouve plus de 2.000 traités bilatéraux, tous très évasifs sur le chapitre des technologies propres.Enfin, un marché du CO2 est déterminant pour le développement et la diffusion de technologies sur les énergies propres dans la mesure où il peut inciter les acteurs privés à agir.La technologie est le pilier d’une action rapide et durable pour le climat. La politique de transfert de technologies sous l’égide de l’UNFCCC doit être étendue pour fournir des solutions concrètes au sein du cadre d’allocation des ressources élargi qui pourrait émerger à Copenhague. Dans le même temps, l’importance d’un régime sur le climat pour les investissements nationaux ne peut pas être surestimée. Par Muthukumara Mani, économiste de la Banque Mondiale dans le Département Développement Durable basé à Delhi. Il participe au blog Development in a Changing Climate et est un des auteurs du rapport 2010 à venir de la Banque Mondiale, « Développement et Changement Climatique ».

10 parcs éoliens offshore dans le monde… et tous en Europe

Le dernier congrès de l »EWEA (European wind energy association) a permis d’en savoir plus sur la situation des parcs éoliens offshore, au niveau mondial. Ainsi, les dix parcs existant sont tous en Europe. Le vieux continent est du même coup leader mondial des énergies renouvelables marines.Le premier mérite de ce rapport est de poser clairement la différence entre les effets d’annonces (qui sont nombreux dans le domaine de l’éolien offshore) et la réalité en termes de mégawatts produits et d’occupation des territoires maritimes. Ainsi peut-on constater que le total produit dans le monde est de 587 MW par 316 turbines installées en mer. Il ressort aussi que le plus grand parc éolien est toujours celui de Horns Rev, récemment achevé au Danemark et que le Danemark, d’ailleurs, reste toujours le premier pays producteur d’électricité éolienne en mer. Alors qu’en 1999, les premiers parcs étaient plutôt développés à petite échelle et en eaux peu profondes, le projet britannique de Blyth Offshore en mer du Nord a inauguré, en 2000, une nouvelle ère et peut être considéré comme le tout premier parc éolien réellement offshore au monde.

Le savoir faire des Danois
Dans l’ordre chronologique, la liste des parcs éoliens produisant de l’électricité renouvelable s’établit comme suit :
  • depuis 1991 : Vindeby au Danemark produisant 4.95 MW avec 11 turbines Bonus de 450 kW ;
  • depuis 1994 : Lely (Ijsselmeer) aux Pays-Bas produisant 2.0 MW avec 4 turbines NedWind de 500 kW ;
  • depuis 1995 : Tunø Knob au Danemark produisant 5.0 MW avec 10 turbines Vestas de 500 kW ;
  • depuis 1996 : Dronten (Ijsselmeer) eaux Pays-Bas produisant 11.4 MW avec 19 turbines Nordtank de 600 kW ;
  • depuis 1997 : Gotland (Bockstigen) en Suède produisant 2.5 MW avec 5 turbines Wind World de 500 kW ;
  • depuis 2000 : Blyth Offshore au Royaume-Uni produisant 3.8 MW avec 2 turbines Vestas de 2 MW ;
  • depuis 2001 : Middelgrunden, (Copenhagen) au Danemark produisant 40 MW avec 20 turbines Bonus de 2 MW ;
  • depuis 2001 : Uttgrunden, (Kalmar Sound) en Suède produisant 10.5 MW avec 7 turbines GE Wind de 1.5 MW ;
  • depuis 2001 : Yttre Stengrund en Suède produisant 10 MW avec 5 turbines NEG Micon NM72 ;
  • depuis 2002 : Horns Rev au Danemark produisant 160 MW avec 80 turbines Vestas de 2 MW ;
  • depuis 2003 : Frederikshaven au Danemark produisant 10.6 MW avec 2 turbines Vestas de 3MW, avec 1 turbine Bonus de 2.3 MW et 1 turbine Nordex de 2.3 MW ;
  • depuis 2003 : Samsø au Danemark produisant 23 MW avec 10 turbines Bonus de 2.3 MW ;
  • depuis 2003 : North Hoyle au Royaume-Uni produisant 60MW avec 30 turbines Vestas de 2 MW ;
  • depuis 2004 : au Danemark produisant 158 MW avec 72 turbines Bonus de 2.3 MW ;
  • depuis 2004 : Arklow Bank en Irlande produisant 25.2 MW avec 7 turbines GE de 3.6 MW ;
  • depuis 2004 : Scroby Sands au Royaume-Uni produisant 60 MW avec 30 turbines Vestas de 2 MW.
Le rapport fait aussi remarquer que de nombreux autres pays européens et non-européens ont exprimé leur désir de tirer parti de la ressource éolienne en mer. Ailleurs qu’en Europe, les Etats-Unis, le Canada, la Chine et l’Inde sont parmi les plus actifs à développer d’importants projets, mais pour l’instant encore au stade de la planification.

Des projets pharaoniques aux Etats-Unis
Les plus avancés qui ont été répertoriés par l’EWEA sont pour l’instant :
  • Au Danemark : Horns Rev II qui produira 200 MW venant s’ajouter au 160 actuellement produits par Horns Rev I ;
  • Au Pays-Bas : Mouth of the Western Scheldt River et Ijmuiden avec une production de 100 MW chacun ;
  • En Suède : le méga-projet de Barsebank avec 750 MW et les projets plus modestes mais importants de Uttgrunden II avec 72 MW et Lillgrund Bankavec 48 MW ;
  • En Irlande: le méga-projet d’Arklow II avec 500 MW et celui de Kish Bank avec 250 MW ;
  • Aux Etats-Unis : le méga-projet de Cape Wind avec 420 MW ;
  • En Espagne : le méga-projet de Cape Trafalgar avec 500 MW ;
  • En Belgique : le projet de Thornton Bank avec 200 MW ;
  • En France : un méga-projet de 500 MW en cours d’examen ;
  • En Allemagne : plusieurs-méga projets à divers stades de développement.
En conclusion de son rapport, l’EWEA a estimé que 5 GW des 60 GW d’énergies renouvelables recommandés en 2010 proviendront du secteur des énergies renouvelables de la mer. Dans le domaine de l’éolien en mer, l’avenir se dessine plutôt en faveur de parcs utilisant des turbines produisant plus de mégawatts (6 MW et plus) pour être capable d’alimenter de façon encore plus régulière et autonome le réseau grâce à la constance de la ressource éolienne en mer.Par Francis Rousseau, auteur du blog Les énergies de la mer

De la chaux dans les océans : la solution miracle pour absorber le CO2 atmosphérique ?

Tim Kruger est un ancien conseiller en management. Lors d’une conférence sur le changement climatique organisée à Manchester, il a remis sur la table une idée qui n’est pas tout à fait neuve : mettre de la chaux dans les océans pour arrêter, voire inverser l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère. Chimiquement, le procédé est basique : la chaux (CaO) réagirait avec le CO2 présent dans l’eau de mer. Ceci aurait pour effet de rendre l’océan moins acide, entraînant une plus grande absorption du CO2 atmosphérique par les océans. On sait aujourd’hui que l’acidité des océans joue un rôle fondamental sur l’évolution des concentrations de CO2 atmosphériques.En effet, les océans sont un élément clé du cycle naturel du carbone, et du dioxyde de carbone, qui est distribué entre les terres, les mers et l’atmosphère. Environ la moitié des émissions de CO2 rejetées dans l’air par l’homme chaque année sont absorbées par les océans. Cela permet de ralentir le rythme du réchauffement de la planète, tout en augmentant parallèlement l’acidité des océans. Cela constitue donc une menace potentiellement catastrophique pour les écosystèmes marins, mais aussi pour le climat de la terre.

Le besoin de réunir les volontés juridiques et éthiques
Le projet porté par Kruger, baptisé Cquestrate, vise en fait à renforcer la capacité des océans à absorber le CO2, mais d’une manière qui contribue à réduire leur acidité plutôt qu’à l’augmenter. Ce résultat est obtenu par la transformation du calcaire en chaux, dans un processus semblable à ceux utilisés dans l’industrie du ciment, et en ajoutant de la chaux à l’eau de mer. La chaux réagit avec le CO2 dissous dans l’eau, le convertit en ions bicarbonate, ce qui diminue l’acidité de l’eau des océans et permet d’absorber plus de CO2 atmosphérique, afin de réduire le réchauffement de la planète. « C’est une idée qui peut non seulement arrêter l’horloge sur le dioxyde de carbone, mais elle peut également l’inverser. Il est essentiel que nous réduisions nos émissions, mais cela ne suffit pas. Nous avons besoin d’un plan B pour diminuer la quantité de CO2 dans l’atmosphère. Nous avons besoin des concepts modélisés par la recherche, mais aussi désormais des volontés juridiques, éthiques et de gouvernance, qui seront indispensables à la mise en route concrète d’un tel projet », précise Tim Kruger au journal anglais Guardian. En effet, le projet Cquestrate se heurte pour l’instant à des écueils de taille.
« Approfondir les recherches sur la faisabilité »
Ainsi, déverser de grandes quantités de chaux dans la mer est à l’heure actuelle totalement illégal. Ensuite, les quantités de chaux en question sont pour le moins importantes : on parle de 10 km³ par an pour stopper l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’air atmosphérique. Or, créer de la chaux est un procédé énergivore, même si le gain au niveau de l’absorption du CO2 compenserait ensuite très largement le coût énergétique de fabrication. Le coût de fabrication reste aussi un problème qui n’a pas encore trouvé de solution.Il est donc envisagé de capturer et d’enterrer le CO2 indispensable à la fabrication de la chaux à la source, afin de donner une réelle pertinence au projet.Quoi qu’il en soit, le lancement du projet Cquestrate permettra aux ingénieurs, chimistes et biologistes du monde entier, via le site internet dédié, d’apporter leurs idées et leurs savoir-faire, pour rendre ce projet réalisable. Le projet, précédemment jugé comme utopique, réunit d’ailleurs aujourd’hui autour de lui de vrais soutiens, dont celui de Chris Goodall, un des experts présent à Manchester pour évaluer les projets présentés. « Le concept de base semble bon, mais il faut approfondir les recherches sur la faisabilité pour avancer concrètement », a-t-il déclaré.P.T

Christian Ngô : « Il n’y aura plus de pétrole et de gaz dans cent ans »

Christian Ngô est agrégé de l’Université et Docteur es sciences. Il a fait de la recherche fondamentale en physique nucléaire pendant presque 20 ans à l’Université d’Orsay et au CEA/Saclay. A travers son ouvrage « Demain l’énergie, moteur de l’humanité » (Ed Dunod), l’auteur dresse un bilan des ressources existantes, et des perspectives futures en termes d’énergie, qui devront être pensées et validées en fonction des problématiques environnementales.

Techniques de l’Ingénieur : Quelles sont les pistes aujourd’hui, pour satisfaire une demande en énergie croissante ?
Christian Ngô : Tout d’abord, il faut faire état des contraintes qui sont les nôtres. Aujourd’hui, 80 % de l’énergie que nous utilisons provient du pétrole, du charbon et du gaz. Mais ces combustibles fossiles existent en quantités finies. Ils s’épuiseront un jour. En ce qui concerne le pétrole et le gaz, on estime que l’on en trouvera plus dans un siècle. Pour le charbon, cela pourrait aller jusqu’à deux siècles, grand maximum. Mais au-delà de la taille des réserves en combustibles fossiles, une autre problématique s’est imposée au coeur des débats : celle de l’impact environnemental. Aujourd’hui nous savons que consommer du pétrole ou du charbon sans se soucier des conséquences pour le climat serait dramatique. A partir de ce constat, deux possibilités existent qui peuvent cohabiter. Soit nous réduisons notre consommation d’énergie, soit nous utilisons autant que possible les énergies renouvelables.

Au niveau des énergies renouvelables, pensez-vous que suffisamment d’efforts sont faits pour généraliser leur utilisation ?
Il faut tout de même se rendre compte que nous consommons beaucoup plus d’énergies renouvelables que nos ancêtres. Aujourd’hui, nous produisons 1 milliard de tonnes équivalent pétrole avec la biomasse. Il y a cent ans, ce chiffre était cinq fois inférieur. Des progrès sont nécessaires, c’est certain. Seulement à l’heure actuelle, le remplacement total des combustibles fossiles par les énergies renouvelables n’est pas envisageable, simplement car il n’est pas possible. Il faut donc continuer à développer les énergies alternatives renouvelables, pour les rendre plus efficaces et plus compétitives.

Quelles sont aujourd’hui les pistes les plus sérieuses pour préparer l’épuisement des combustibles fossiles et diminuer les émissions de gaz à effet de serre ?
Quand on émet du CO2 dans l’atmosphère aujourd’hui, il y reste cent ans. L’urgence du problème est donc réelle. Il faut savoir qu’aujourd’hui, les pays émergents émettent plus de CO2 que les pays de l’OCDE. Un pays comme la Chine construit une centrale à charbon tous les quatre jours ! Il est donc urgent de rendre les énergies renouvelables compétitives. Pour l’instant deux pistes se dégagent. La première est bien sur l’énergie solaire, qui est la plus prometteuse des énergies renouvelables. Cependant, la technologie pour récupérer cette énergie reste beaucoup trop chère. Ensuite, le nucléaire est une technologie maîtrisée et dont l’efficacité n’est plus à démontrer. Enfin, la fusion thermonucléaire, à l’étude, est une piste qui possède un potentiel énorme. Nous devons continuer les recherches en ce sens.Propos recueillis par Pierre ThouverezEn savoir plusComment satisfaire la demande croissante en énergie ? Comment développer et rendre plus accessibles les énergies renouvelables ? Peut-on se passer du nucléaire ? Quelles sont les meilleures pistes pour éviter une crise énergétique ? Comment réduire notre consommation et éviter les gaspillages ?C’est à toutes ces questions que Christian Nghô se propose de répondre à travers son ouvrage, « Demain l’énergie, moteur de l’humanité », paru aux éditions Dunod.Egalement auteur pour les éditions Techniques de l’Ingénieur, Christian Ngô collabore aux rubriques Energies, Chimie/Agroalimentaire et Biotechnologies. Voir

Les Etats-Unis champions du monde des supercalculateurs

Le Top 500 des supercalculateurs publié fin juin met une fois de plus en avant la domination américaine. En tête du classement, les supercalculateurs Roadrunner et Jaguar, propriété de laboratoires américains, demeurent indétrônables. Ils n’ont cependant pas progressé en puissances (1.105 et 1.059 Tflp/s de performance maximale au test Linpack). Une particularité qui ne reflète pas la tendance actuelle puisque, au niveau global, les puissances ont fortement augmenté, atteignant un total cumulé de 22,6 Pflop/s, contre 19,95 Pflop/s il y a six mois et 11,7 il y a un an. Les Etats-Unis dominent très largement l’ensemble du classement, avec 58 % des 500 supercalculateurs les plus puissants du monde et huit supercalculateurs parmi les dix premiers.Face à cette suprématie, l’Allemagne a réussi à se hisser sur la troisième marche du podium avec Jugene. Notons que ce supercalculateur est utilisé par le laboratoire Forschungszentrum Jülich, qui héberge également Juropa placé en 10e position. L’Asie est en progression avec notamment un centre à Shanghai en 15e position, devant le premier français situé en 20e position. Huit centres français se trouvent parmi les 100 premiers.Du côté des constructeurs, Hewlett-Packard peut se targuer de 212 systèmes présents dans le Top 500, devant IBM (188), Gray et SGI (20 chacun). 80 % des systèmes utilisent des processeurs Intel, un chiffre en hausse de 4 points. IBM arrive en seconde position pour les processeurs (11 %). Les processeurs multi cœurs deviennent la norme, avec des microprocesseurs à quatre cœurs (quad-core) dans 383 systèmes et des doubles cœurs (dual-core) dans 202 systèmes. Symbole de la tendance green IT, les organisateurs (*) du classement ont ajouté des données sur l’efficacité énergétique. La consommation du top 10 n’a pas bougé, à 2,45 mégawatts. Cependant, la puissance ayant augmenté, l’efficacité est passée de 228 en novembre 2008 à 280 Mflp/s/watt en juin 2009. C.G.(*) Liste compilée par Hans Meuer de l’université de Mannheim en Allemagne, Eric Strohmaier et Hosrt Simon de NERSC/ Lawrence Berkeley national laboratory et Jack Dongarra de l’université du TennesseeConsulter la liste du top 100 : http://www.top500.org/list/2009/06/100

Energie durable versus énergie renouvelable

La définition de l’énergie durable varie selon les personnes. Même Wikipedia renvoie principalement aux critères des énergies renouvelables. Trop souvent cependant, ces définitions mettent l’accent sur la consommation d’énergies fossiles et les émissions de CO2 qui en découlent, au détriment de l’utilisation d’autres ressources rares comme l’eau, notamment.

Ainsi, l’éthanol de maïs consomme de grandes quantités d’eau alors que ce carburant est communément considéré comme indéfiniment renouvelable et donc bien plus durable que le pétrole auquel il doit se substituer. De façon ironique, la production et le raffinage de pétrole consomment en moyenne beaucoup moins d’eau par gallon ou BTU (British thermal unit) de carburant que la plupart des biocarburants. L’écart est moins flagrant si on prend en compte la production de biocarburant d’origine non alimentaire qui demande peu ou pas d’irrigation.

Les biocarburants ne sont pas les seuls composants de notre mix énergétique à consommer beaucoup d’eau. La production d’électricité en utilise également en grande quantité, bien que la majeure partie retourne en aval sans dégradation. La plupart des centrales thermiques consomment de l’eau pour le refroidissement et la production de vapeur. Cela comprend à la fois les centrales fossiles et nucléaires.

L’eau n’est pas la seule donnée à prendre en compte

Certaines sources d’énergie renouvelables sont également soumises à cette contrainte dont l’énergie thermique solaire, comme l’a souligné un article récent dans le Washington Post. La géothermie profonde, qui a un fort potentiel en tant que source d’énergie à faibles émissions de CO2, requière d’injecter de grands volumes d’eau sous terre afin de créer des réservoirs hydrothermaux artificiels, ainsi que pour transférer la chaleur à la surface comme source d’énergie. En réalité, au moins 80% de la production d’électricité aux Etats-Unis l’an dernier a nécessité des quantités d’eau plus ou moins importantes, une dépendance qui a soulevé des critiques lors de la sécheresse de 2007 dans le sud-est du pays.

L’eau n’est pas la seule donnée à prendre en compte dès lors que nous élargissons notre vision de l’énergie durable. La consommation de terres et de métaux rares dans la production de panneaux solaires fins, de batteries évoluées ou encore de générateurs d’éoliennes, ainsi que d’autres aspects de l’économie verte en plein boom, commencent à inquiéter certains experts. Sans avoir creusé la question, je serais surpris que ces facteurs se révèlent une limite à court terme.

Le gaz et le charbon ne sont pas les seules substances à se trouver en quantité limitée dans la croûte terrestre

Après tout, nous parlons de technologies qui n’ont pas plus de quelques années et il n’y a pas eu beaucoup de temps pour développer la production de ces composants exotiques afin d’adapter l’offre à la demande croissante. La question de l’échelle est toutefois à double tranchant. Par exemple, si la part de l’énergie solaire passait de moins de 1% des énergies renouvelables aux Etats-Unis aujourd’hui à 10%, il faudrait des dizaines de milliers de tonnes d’un composant utilisé à hauteur de 100 grammes par KW. Dans le cas du Tellurium, utilisé dans les cellules solaires à Cadmium telluride, la production devrait être multipliée par au moins 10 en l’espace d’une ou deux décennies. Cela peut se révéler impossible, du moins d’un point de vue économique.

Il ne s’agit pas de nous lamenter sur une dynamique déprimante où des conséquences inattendues se présenteraient chaque fois que nous cherchons une alternative aux énergies conventionnelles. Au lieu de cela, il faut garder en mémoire que le pétrole, le gaz et le charbon ne sont pas les seules substances à se trouver en quantité limitée dans la croûte terrestre. Nous devons considérer toutes les options énergétiques en termes de compromis, sans nous en tenir à l’aspect esthétique des éoliennes ou des panneaux solaires dans notre cour. Les choix que nous faisons imposent une analyse de leur cycle de vie. Ce ne sera pas facile, encore moins pour les secteurs qui ont tiré bénéfice jusqu’ici d’une vision étroite de la question.

Par Geoffrey Styles, gérant de GSW Strategy Group, LLC, une firme de consultants sur l’énergie et les stratégies environnementales. Il a également un blog : Energy Outlook.

« REACH offre l’opportunité d’un nouveau type de collaboration »

L’adoption de REACH en décembre 2006 vise à responsabiliser les producteurs, et les importateurs de produits chimiques. Cette avancée a également des conséquences au niveau de la médecine du travail. Ulrick Bronner, médecin du travail chez Alcan Aérospace, nous explique les conséquences de la mise en place de REACH, et l’opportunité que cette petite révolution représente.

 Techniques de l’ingénieur : une réforme comme REACH était elle selon vous nécessaire ?
Ulrick Bronner : Cette réforme était nécessaire, cela ne fait aucun doute, mais elle n’est pas pour autant suffisante ! L’adoption de REACH en décembre 2006 constitue une avancée conceptuelle réelle en tant que cadre réglementaire qui se veut responsabilisant et harmonisé tant pour les producteurs que pour les importateurs de produits chimiques, avec comme finalité louable une amélioration sensible du niveau de protection des populations et de notre habitat. On attend malgré tout des réponses aux insuffisances présentes dans cette règlementation et connues de tous (principe de « maîtrise valable » des substances extrêmement préoccupantes, sécurité des consommateurs vis-à-vis des produits de consommation comme les médicaments, cosmétiques, produits labellisés, pesticides… issus des autres grands marchés mondiaux.)

REACH est-il la réponse que vous attendiez aux problèmes de santé au travail ?
Non, dans la mesure où la santé au travail déborde largement la seule problématique « produits chimiques » qui n’est qu’un des défis actuels (TMS, pénibilité, risques psycho-sociaux, addictions…) du monde du travail, face auxquels les médecins du travail, disposant d’une expertise transversale unique dans l’entreprise, doivent faire valoir leur compétence. Toutefois REACH offre une opportunité réelle de plus large collaboration (devenue incontournable au niveau européen et toujours contractualisée au niveau national) entre les industriels et les médecins du travail, sur la thématique gestion du risque chimique, de l’origine (R&D et risques bruts) au consommateur ultime (bioaccumulation) qui n’a souvent plus aucun lien direct avec l’entreprise utilisatrice du produit.

Comment REACH va-t-il changer vos missions auprès des entreprises ?
En amenant davantage le médecin à mieux collaborer avec les entreprises et réciproquement. Dans une entreprise idéale où le médecin du travail aurait les moyens matériels, humains (collaborateurs) et organisationnels de mener à bien l’ensemble de ses missions de tiers-temps (situation envisageable pour certains services autonomes et quasi inatteignable pour la majorité des services inter-entreprises), REACH devrait lui permettre de crédibiliser sa présence dans l’entreprise par son association incontournable à une gestion responsable des produits chimiques (homologation, substitution, veille réglementaire, stratégie R&D, élaboration du plan Hygiène Industrielle site, validation des FDSS, avis en terme de protection et de métrologie d’ambiance, délivrance des attestations d’exposition…).

REACH marque-t-il le début d’un nouveau type de rapports entre les médecins du travail et les entreprises ?
Je le souhaite, afin qu’on passe d’une relation où parfois la méfiance est de mise vers un partenariat dans lequel toutes les parties prenantes collaborent dans un esprit de pluridisciplinarité pour une gestion intégrée de la santé, de la sécurité et de l’environnement au travail.Propos recueillis par Pierre Thouverez 

« Les nanotechnologies devraient soulever des débats plus spécifiques et spécialisés »

Techniques de l’ingénieur : Dans votre livre (cf. encadré), vous soulevez le problème de la définition des nanotechnologies, avec une approche basée sur la dimension et une autre basée sur les propriétés. D’après vous, quelle est la bonne approche ?

Dominique Vinck : La bonne réponse est celle qui finira par s’imposer dans les milieux industriels, scientifiques ou institutionnels. L’industrie utilise une entrée plutôt classique dans la lignée de la microélectronique. Les physiciens ont une approche ascendante. Il existe des divergences et des enjeux très forts, avec au-delà des connotations du type conservateurs versus farfelus. Certains se battent pour stabiliser des définitions au sein d’instances normatives.

Le débat sur la définition est-il le même dans tous les pays ?

Cela dépend du poids relatif des disciplines dans les différents pays. Au niveau européen, la physique prédomine. A Grenoble, c’est surtout la microélectronique. Aux Pays-Bas, c’est la chimie, aux Etats-Unis les sciences du vivant, en Asie les matériaux.

Les nanotechnologies ne sont-elles pas à la croisée des sciences ?

Lorsque l’on étudie les revues scientifiques sur les nanotechnologies, on se rend compte qu’il existe généralement une discipline dominante, généralement en physique ou en chimie. Aucune revue ne propose un équilibre entre les disciplines. Il y a eu un grand discours sur la convergence des disciplines mais, dans la pratique, cette convergence s’avère moins évidente. Aujourd’hui, on a plutôt tendance à redécouper par disciplines. Le nombre moyen de cosignataires d’articles tend à baisser. On observe moins de mélanges d’une discipline à l’autre qu’en 2001 – 2004. Mais un retournement de situation peut très bien arriver en trois ou quatre ans.

Dans votre livre, vous évoquez le progrès incrémental et la vision révolutionnaire. Laquelle vous semble la plus plausible ?

La plus proche de ce qui se passe aujourd’hui est la vision incrémentale, c’est-à-dire l’intégration d’innovations dans l’existant. Les ruptures radicales s’avèrent le plus souvent des échecs. On constate parfois des phénomènes d’accélération des nouveautés qui font basculer collectivement les choses. Ce sera peut-être le cas, mais pas pour l’instant. Toutes les grandes industries multinationales, quel que soit le secteur, font aujourd’hui de la recherche dans les nanotechnologies.

Quel est le grand défi pour la recherche dans le domaine des nanotechnologies ?

D’après ce que j’observe, le grand défi actuel concerne l’intégration de plusieurs fonctions sur le matériau et au niveau le plus élémentaire. Pour prendre une comparaison, les ailettes autour du moteur d’une voiture servent à la fois à structurer le cylindre et à refroidir, et c’est le même élément qui remplit les deux fonctions.

Existe-t-il un débat public autour des nanotechnologies ?

Un débat a émergé en 2003, cela s’est calmé depuis un ou deux ans. On a mélangé toutes les technologies dans une grande confusion. On devrait aller vers des débats plus spécifiques et spécialisés en fonction de tel ou tel développement.

Quels débats vous semblent-ils les plus importants ?

Dans le domaine des nanofoods, nous sommes à la limite de ce que l’on connaît en matière de toxicité. D’autre part, la production et les usages de données par les objets communicants me semblent très importants, avec des inconnus juridiques, économiques et politiques. Cela peut changer des rapports de force dans la société. Par exemple, si des mouchards permettent de savoir si un objet a reçu un choc, cette fonction sera au service du vendeur qui doit ou non appliquer la garantie. C’est à la société de dire si c’est bien ou pas.

Quelle discipline doit-elle s’attaquer au sujet ?

C’est potentiellement un chantier pour les sciences sociales. Mais très peu de chercheurs rentrent dans les contenus scientifiques et technologiques. La plupart regardent les débats depuis la rue, sans rentrer dans les laboratoires.

Les nanotechnologies font-elles peur ?

Globalement les gens n’ont pas peur. Ils font confiance aux scientifiques, mais ils se méfient de plus en plus des institutions.

Faut-il avoir peur des nanomatériaux ?

D’un point de vue théorique, les risques sont potentiellement énormes mais, d’un point de vue empirique, on ne sait pas répondre à cette interrogation. Il existe très peu de financements sur ces sujets, et même s’ils existaient, la question est de savoir quels laboratoires compétents et indépendants pourraient mener les recherches. Propos recueillis par Corentine Gasquet

ParcoursDominique Vinck est professeur à l’université Pierre Mendès-France (sciences sociales) et à l’Institut national polytechnique de Grenoble. Son livre Les nanotechnologies est paru en février 2009 dans la collection Idées reçues du Cavalier bleu. La bio de Dominique Vinck sur Wikipedia

 

WolframAlpha, le premier moteur de recherche « intelligent » ?

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59857.htmLe marché de la recherche sur Internet est depuis le début du 21 ème siècle largement dominé par le géant de Palo Alto, Google. Mais 2009 va-t-il marquer un tournant dans l’histoire du secteur ? Microsoft a annoncé le lancement imminent de Bing, son nouveau moteur de recherche qui était jusque-là connu sous le nom de Kumo. C’est également dans le courant du mois de mai que Stephen Wolfram, génie britannique et entrepreneur à la tête de Wolfram Research, a décidé de lancer son moteur de recherche : WolframAlpha.Il s’agit du premier moteur de recherche « intelligent » dans la mesure ou il fonctionne différemment des moteurs de recherche traditionnels : WolframAlpha ne se contente pas de parcourir les pages qu’il a indexé à la recherche de mots clés, mais « comprend » les requêtes saisies par ses utilisateurs et en « calcule » les réponses.C’est à la croisée de deux projets de Stephen Wolfram qu’est né WolframAlpha :– NKS (A new kind of science), le livre de Stephen Wolfram, publié en 2002, est une étude systémique et empirique des systèmes de calcul ;– Mathematica, le logiciel de calcul formel de Wolfram Research.Il l’explique ainsi sur son blog : « J’avais deux éléments cruciaux (pour entreprendre son projet de moteur de recherche intelligent, ndlr) : Mathematica et NKS. Grâce à Mathematica, je disposais d’un langage symbolique pour tout représenter – ainsi que la puissance algorithmique pour faire tout type de calcul. Et grâce à NKS, j’avais un paradigme pour comprendre comment toutes sortes de difficultés peuvent émerger de règles simples. »Le moteur de recherche a déjà traité plus de 100 millions de requêtes depuis son ouverture au public. Stephen Wolfram se réjouit de ce succès qui lui permettra d’améliorer le moteur. Il estime que trois requêtes sur quatre sont traitées avec succès par son moteur ce qui donne environ 25 millions de requêtes à étudier pour comprendre comment améliorer le traitement des requêtes des internautes.
Copie d’écran du moteur de recherche WolframAlpha
 Sources :– WolframAlpha, www.wolframalpha.com– Wolfram Research Blog, blog.wolfram.com– ABC news, 31/05/2009, www.abc.net.auRédacteur : Vincent GomelOrigine : BE Royaume-Uni numéro 97 (7/07/2009) – Ambassade de France au Royaume-Uni / ADIT – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59857.htm

Des bulles de savon pour organiser des nanoparticules

Les bulles de savon sont des objets « fragiles », apparemment simples, et qui nous sont familiers. Beaucoup de processus industriels nécessitent pourtant une connaissance approfondie de ces objets bien plus organisés qu’ils n’y paraissent. Après le drainage de l’eau, les parois des bulles ont des structures très ordonnées dont on peut utiliser le fort potentiel d’auto-organisation pour confiner des nanoparticules de diverses natures, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles applications. Trois questions à Jean-Jacques Benattar, chercheur au service de physique de l’état condensé du CEA de Saclay.

Techniques de l’ingénieur : Comment peut-on fabriquer des films de nanoparticules organisés par des bulles de savon ?
Jean-Jacques Benattar : Les bulles après le drainage de l’eau deviennent très mince, atteignant quelques nanomètres. Elles sont constituées de deux parois de molécules de savons qui confinent et organisent des nanoparticules qui sont originalement dans la solution.

Quels sont les obstacles que vous avez dû lever pour atteindre ce résultat ?
Il a fallu contrôler les solutions en maîtrisant les concentrations des différents composants, savons, nanoparticules et sels, assurer le drainage complet d’une bulle sans qu’elle éclate, enfin trouver les conditions de dépôt de cette bulle en préservant l’organisation à l’échelle nanométrique.

A quoi les films de nanoparticules peuvent-ils servir ? Quelles sont les perspectives ?
Les films de nanoparticules ont des caractéristiques très intéressantes pour des applications en nanophotonique, films magnétiques bidimensionnels etc. Actuellement, nous avons réussi à ligner et à concentrer fortement des nanotubes de carbones qui présentent, par exemple, des propriétés extrêmement importantes pour la réalisation de transistors. La méthode que nous développons est d’un coût extrêmement faible. Elle a des caractéristiques très originales qui permettent de déposer des grandes surfaces de nanoparticules sur des substrats divers du silicium aux supports flexibles transparents.ParcoursDocteur d’Etat en physique, Jean-Jacques Benattar est chercheur au service de physique de l’état condensé, à l’Iramis (Institut rayonnement matière de Saclay) du CEA Saclay. Il est expérimentateur spécialiste de la physique des films minces et des systèmes auto-organisés ainsi que des techniques de rayons X. Il a récemment publié un article dans la base documentaire des éditions Techniques de l’ingénieur : Films de nanoparticules organisés par des bulles de savon.  

Irena : l’Institut des énergies renouvelables au pays du pétrole

L’Irena (Institut international pour les énergies renouvelables), qui tenait dernièrement sa deuxième réunion préparatoire, est un succès. Il a aussi fait naître la polémique. Le succès, c’est le nombre de pays qui ont rejoint cette initiative d’origine allemande : 136 Etats ont déjà adhéré à l’Institut, dont tout récemment les Etats-Unis et le Japon. Une preuve évidente de leur intérêt pour les énergies renouvelables.La polémique, c’est le choix du siège de l’organisation : alors que l’Allemagne portait la candidature de Bonn, c’est finalement l’émirat d’Abou Dhabi qui a été retenu. Un curieux choix pour certains que celui d’un Etat dont la prospérité repose sur l’exploitation du pétrole et qui détient même le record de la plus forte empreinte carbone du monde par habitant, selon le WWF.Mais Abou Dhabi a réussi une belle campagne de lobbying, s’assurant du soutien d’Etats importants au premier rang desquels les Etats-Unis, mais aussi la Grande-Bretagne ou l’Australie. L’émirat a promis des engagements financiers importants : 135 millions de dollars sur cinq ans et 50 millions de dollars supplémentaires par an pour les projets soutenus par l’Irena.

La directrice de l’Irena sera française

L’émirat a aussi fait valoir une carte : il compte installer le siège de l’Irena dans sa future ville propre de Masdar, une ville de 50.000 habitants à zéro émission de CO2 dont la construction devrait être achevée en 2016.« Ce choix témoigne de l’engagement d’un pays dont l’économie est aujourd’hui fortement tournée vers les énergies propres, estime Alexis Gazzo, consultant au cabinet Ernst & Young. Et puis, c’est aussi un beau symbole de l’évolution de la planète : c’est la première fois qu’un pays du Moyen-Orient est retenu pour accueillir le siège d’une organisation internationale. »Les négociations ont été ardues, mais Bonn et Vienne ont finalement retiré leurs candidatures. La ville allemande a obtenu un lot de consolation : elle hébergera le centre des technologies et de l’innovation de l’Irena, alors que Vienne récupère un bureau de liaison pour la coopération avec les autres organisations traitant des énergies renouvelables. Reste à trouver un mode d’organisation efficace entre ces trois sites…

Une plate-forme de partage des connaissances

 Ce sera l’un des chantiers prioritaires de la nouvelle directrice générale de l’Irena, la française Hélène Pelosse, une spécialiste des négociations internationales sur le climat et l’énergie qui était jusqu’à présent directrice adjointe du cabinet de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie.Dans un premier temps, l’Irena devrait surtout être une plate-forme de partage des connaissances et des transfert de technologies sur les énergies renouvelables, notamment entre les pays industrialisés et les pays émergents. « C’est un beau signal donné de l’importance accordée par les Etats du monde entier aux énergies vertes, observe Alexis Gazzo. Surtout que l’Institut devrait compter une centaine de collaborateurs dans deux ans, ce qui permettra un travail important. »La nouvelle agence devra cependant se faire une place aux côtés d’autres organisations comme l’Agence internationale de l’énergie qui traite déjà, en partie, des énergies renouvelables.

Source:

Green Univers

Tour du monde de la robotique de service

14 milliards de dollars. C’est ce que devrait peser le marché de la robotique pour la période 2008 – 2011. D’après le rapport 2008 de l’IFR (International federation of robotics), les robots de service pour usage professionnel vont représenter un marché de 9 milliards de dollars sur cette période. Les robots de service pour usage personnel vont générer un chiffre d’affaires de 3,3 milliards, auxquels il faut ajouter 1,8 milliard pour les robots destinés à l’éducation et la formation. Le marché pour l’assistance aux handicapés, encore restreint, devrait doubler. D’après la Japan robotics association, la robotique dédiée aux services à la personne devrait atteindre 35 milliards en 2025. De quoi susciter l’intérêt de nombreux pays.  

 Le Japon, le leader avant l’heure
Principal producteur et utilisateur de robots industriels, le Japon fait preuve d’une avancée importante en robotique de service. Cela répond notamment à des besoins de la société liés au vieillissement de la population et au manque de main d’œuvre peu qualifiée. Très technophiles, les Japonais ne connaissent pas les réticences de certains Européens face aux robots humanoïdes. La recherche dans ce domaine se fait sous l’impulsion du Meti (ministère japonais de l’économie, du commerce et de l’industrie), qui a notamment financé le projet le robot humanoïde HPRP-2 destiné aux chercheurs, fabriqué par Kawada. L’industrie constitue un moteur de la robotique, avec des entreprises comme Toyota (Mechadroid C3), Honda (Asimo), NEC (Papero, Partner personal robot), Mitsubishi (Wakamaru loué comme hôtesse d’accueil) ou encore Sony (Aibo dont la production a été arrêtée, Qrio qui n’est pas encore commercialisé).  

 Les Etats-Unis, secret défense
Aux Etats-Unis, la recherche est soutenue par l’armée pour des robots tout terrain roulant à grande vitesse ou des systèmes d’aide aux fantassins. Des ingénieurs de l’université de Duke viennent par exemple de développer un prototype de robot capable de localiser des petits morceaux de métal dans la chair, puis de guider une aiguille à leur emplacement exact. Les chercheurs espèrent pouvoir soigner des blessures sur un champ de bataille, et plus généralement réaliser des opérations chirurgicales très complexes. Les Etats-Unis sont également en pointe dans la robotique domestique avec notamment les recherches du MIT (Massachussetts institute of technology) qui vient de présenter son dernier né, le robot humanoïde Domo, destiné aux tâches ménagères. Microsoft s’est positionné dans le domaine du développement d’applications robotiques, avec Microsoft robotics studio, une plate-forme utilisable gratuitement pour une activité non commerciale. 

La Corée du Sud dans les starting-blocks
La Corée veut devenir leader en robotique de service et domestique, comme le montre la feuille de route finalisée en avril par le National science and technology council. Le gouvernement va investir dans un parc d’attraction Robot land, dans la recherche sur l’intelligence artificielle et dans la formation. La Corée s’est fixer comme objectif de détenir 20% de parts de marché. Le pays compte développer 200 entreprises de robotique qui emploieront 13.800 personnes dans les cinq prochaines années. La Corée a donné le jour au robot humanoïde Albert Hubo, doté du visage d’Einstein. En septembre 2008, une entreprise spécialisée dans les cours de langues (Hwakin english) a lancé une méthode d’apprentissage de l’anglais avec des robots. Elle est en test dans huit écoles pilotes. Cette solution vise notamment à palier à un manque de professeurs natifs anglophones en province.  

La Chine au stade du robot domestique
L’agence Chine Nouvelle vient d’annoncer la prochaine mise sur le marché du premier robot domestique chinois par le fabricant Xinsong automation, affilié à l’académie des sciences de Chine. Lancé en 2007, il avait été classé projet national clé. Il reste à réduire les coûts pour que le robot puisse être commercialisé dans une fourchette de 3.500 à 5.500 euros. Il s’agit d’un robot de compagnie pour les personnes âgées seules. Il est capable de donner de la nourriture ou des médicaments, de déclencher des alarmes en cas de fuite d’eau ou de gaz, d’envoyer des textes ou des vidéos, de chanter une chanson ou de jouer aux échecs. L’énorme potentiel de son marché pourrait servir de tremplin à la Chine.  

La France dans la cour des grands
« En termes de publications, la France représente 3 à 4 % de l’effort mondial tous sujets confondus, contre 7 à 8 % pour la robotique, après les Etats-Unis et le Japon. Nous sommes les premiers si l’on ramène ce chiffre au nombre d’habitants », nous expliquait Bruno Maisonnier (président fondateur d’Aldebaran Robotics et président de Cap robotique) dans une interview. Le programme Robea du CNRS en faveur de la robotique a débuté en 2001, avec en parallèle la création du département Stic (département Sciences et technologies de l’information et de la communication). En 2003, le CNRS a initié un programme en partenariat avec le National institue of advanced industrial science and technology, créant deux centres de recherche (l’un au Japon l’autre à Toulouse). Cette coopération a permis des progrès dans la maîtrise de la planification du mouvement 3D (le robot transporte des objets encombrant en évitant les obstacles en marchant). Le dynamisme du secteur en France repose également sur les PME qui viennent de se regrouper au sein de Cap robotique. Nao, le robot humanoïde d’Aldebaran Robotics (en photo ci-dessus) est l’un des plus sophistiqués au monde, il a été choisi pour la ligue standard de la coupe du monde de football des robots. Le projet Romeo, mené par différents partenaires de Cap robotique, devrait permettre à la France de développer son secteur robotique. 

 L’Allemagne et l’intelligence artificielle
L’Institut de cognition et de robotique (CoR-Lab) a été inauguré en octobre 2007 à l’université de Bielefeld. Cet institut travaille en coopération avec le groupe Honda, qui a mis à sa disposition Asimo, plus particulièrement dans le domaine « cognition et robots intelligents ». Dans la catégorie des robots domestiques, l’Allemagne a notamment développé Morpha, qui aidera à la réalisation de tâches ménagères. Dans les robots de loisirs, l’Allemagne se distingue avec Robocoaster de Kuka. 

L’Italie, berceau d’Icub
L’Italie participe activement au projet européen Robotcub initié en 2004. Coordonné par l’université de Gênes, il réunit 16 partenaires pour un budget de 8,5 millions d’euros sur cinq ans. Il a donné vie à Icub, un robot humanoïde destiné aux chercheurs, parmi lesquels les chercheurs en robotique et en intelligence artificielle de l’université Claude Bernard de Lyon et de l’Inserm. Corentine Gasquet

Les informaticiens s’en sortent plutôt bien

L’Apec vient de revoir à la baisse ses prévisions, avec un total de 145.000 recrutements de cadres (tous secteurs confondus), soit un repli de 27 % par rapport à 2008. Cependant, comme nous le signalait dans une interview Pierre Lamblin, le directeur des études de l’Apec, le marché de l’emploi résiste mieux pour les ingénieurs. C’est encore plus vrai en informatique.

Globalement, la fonction informatique n’est pas épargnée par la tendance générale. Entre janvier et mai, on constate une baisse de 37,4 % du volume des offres en informatique, soit une réduction pire qu’en 2002 et 2003 (-19,5 % pour les mêmes mois). Notons cependant que ce chiffre a fortement augmenté de 2004 et 2008, avec une hausse de 31,7 % en moyenne sur les mêmes mois. Le nombre d’offres reste donc élevé en volume, avec un total de 76.132 offres sur un an, ce qui représente 29 % des offres Apec. Par ailleurs, l’association met en avant la raréfaction des candidats, surtout pour les profils pointus.

L’enquête du CNISF (Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France) qui vient de paraître laisse entrevoir la même tendance : l’informatique résiste mieux. Ainsi, 19 % des ingénieurs interrogés dans le secteur des SSII et des éditeurs de logiciels pensent que le secteur ne recrutera pas de cadres techniques en 2009, contre une moyenne de 33 % pour l’ensemble des ingénieurs. Dans l’automobile, ils sont 69 % à estimer que leur secteur ne recrutera pas. Lorsqu’on leur demande s’ils craignent de perdre leur emploi en 2009, seuls 12 % des ingénieurs du secteur SSII et éditeurs de logiciels répondent oui. Dans le domaine du matériel électrique, de l’électronique et de l’informatiques ils sont 20 % à répondre par l’affirmative.

17 % des ingénieurs débutent dans une SSII ou chez un éditeur

A l’issue de la formation des ingénieurs, STIC (électronique, télécommunications, informatique, génie logiciel, maths appliquées) arrive en tête des spécialités, loin devant les autres (23,5 % du total). Pour les ingénieurs en poste, la fonction système d’informations (21 %) est la deuxième après études, recherche et conception (46 %). Les SSII et éditeurs de logiciels emploient 17,3 % des débutants, devant tous les autres secteurs d’activité.

Le salaire médian des informaticiens (source CNISF)

Secteur des SSII et éditeurs de logiciels

Moins de 30 ans

30 – 44 ans

45 – 64 ans

Ensemble

36.000 euros

50.150 euros
 

69.000 euros

44.500 euros

Fonction systèmes d’informations

Moins de 30 ans

30 – 44 ans

45 – 64 ans

Ensemble

37.063 euros

53.448 euros
 

70.000 euros

50.000 euros

L’enquête du CNISF comporte également tout un volet rémunération. Le salaire médian dans les systèmes d’information atteint 50.000 euros. Sans surprise, le sous-segment direction, administration, gestion des SI rapporte le plus, jusqu’à 96.500 euros de salaire médian pour les 45 – 64 ans

C.G.

L’enquête du CNISF
L’édition 2009 de l’Observatoire de l’emploi des ingénieurs diplômés vient de paraître. Cette enquête annuelle très détaillée rapporte la situation au 31 décembre 2008, recueillie dans le courant des mois de mars et avril 2009 auprès de 47.000 ingénieurs.
En savoir plus sur cette étude : enquete.cnisf.org 

&l

Une société de télécommunications propose de chauffer un quartier de Londres gratuitement

Lorsqu’il ouvrira en 2010, le bâtiment de 9 étages, d’un coût de 80 millions de livres, du centre de données Telehouse West dans le quartier de Docklands à Londres pourra fournir jusqu’à 9 MW de « chaleur gratuite ». De quoi alimenter 450 maisons du voisinage en chauffage et en eau chaude.Telehouse prévoit d’installer un échangeur de chaleur pour pomper l’eau, chauffée par le système de refroidissement du centre de données, à la périphérie du site, d’où un promoteur pourra la transporter dans des tuyaux jusqu’à son propre site et utiliser un échangeur de chaleur pour chauffer ou climatiser un bâtiment.Le projet n’a pas encore démarré en raison de difficultés financières. Mais Telehouse a bon espoir, persuadée que son offre est intéressante sur le long terme. La société n’a pas l’intention de faire payer l’eau chaude mais espère une contribution pour un échangeur de chaleur de bonne taille sur son propre site. « Ils vont avoir de l’énergie gratuite à vie, ce n’est pas une offre insignifiante », déclare un des responsables du projet.Si la chaleur perdue est intégralement utilisée, l’économie annuelle réalisée devrait être de 1.110 tonnes de CO2.Par Lain Aitch et Hannah Bullock, journaliste et rédactrice de Green Futures, un magazine indépendant publié par Forum for the future.

Les énergies renouvelables sont-elles crédibles ?

Le 20 juin dernier se tenait au collège de France, dans le cadre du Forun Sciences, Recherche et Société, un débat sur le thème des énergies renouvelables : comment les domestiquer de façon industrielle et rentable ? En d’autres termes, sont-elles crédibles ?C’est à Jean-Louis Bal, directeur des énergies renouvelables à l’Ademe, qu’est revenu de faire le premier constat. Celui-ci a signalé que les seules énergies renouvelables qui nous viennent du ciel (le solaire, l’éolien…) représentaient 800 fois les besoins totaux de l’humanité. Cette donnée ne prend en compte ni l’autre grande famille des énergies renouvelables, celles qui nous viennent du sol, ni même l’énergie due à la variation de la gravitation (les marées), ce qui donne la pleine mesure du potentiel des énergies renouvelables.Néanmoins à court-terme, explique Patrick Faisques, responsable des relations institutionnelles avec la recherche pour Véolia Environnement, la France va devoir « passer à l’échelle industrielle » pour atteindre l’objectif de 23 % d’énergies renouvelables en 2020 qu’elle s’est fixée. Pour Jean-Louis Bal, l’avenir passera par un réseau de distribution intelligent qui pilote à la fois l’offre et la demande. Mais si on s’en tient au Grenelle de l’environnement, la priorité est pour l’instant clairement donnée à la baisse de la consommation (35 millions de tonnes équivalent pétrole, tandis que le Grenelle estime les capacités des énergies renouvelables à 20 millions de tonnes équivalent pétrole).Jean-Louis Butré, Président de la Fédération Environnement Durable, s’est quant à lui attaqué vivement à la filière éolienne, coûteuse et peu rentable, sans oublier les problèmes de voisinage et un impact paysager non négligeable. Il y a aujourd’hui en France entre 2.000 et 2.200 éoliennes produisant 3.500 MW, soit 1 % de notre production d’électricité. Pour atteindre les objectifs du Grenelle, il va falloir multiplier ce nombre par 7 et atteindre ainsi les 12.000 à 15.000 éoliennes pour un coût de 2,5 milliards d’euros par an (soit à titre de comparaison le budget du CNRS). Si les énergies renouvelables sont l’avenir, « il ne faut pas que tout devienne une grande lessive verte », précise-t-il.

« Tout déséquilibre dans la nature crée de l’énergie »
Le photovoltaïque et les énergies marines ont davantage fait le consensus. La voie vers les énergies renouvelables devrait donc passer, à court terme, par le photovoltaïque et, à long terme, par les énergies marines dont la France est particulièrement bien dotée. Pour Jean-Louis Bal, la France dispose de 10.000 km² de surface construite : si on met du photovoltaïque partout, on double la production actuelle d’électricité, avec une emprise au sol de zéro. 30 mètres carrés de panneaux suffisent ainsi à couvrir notre consommation personnelle annuelle.Après avoir rappelé que « tout déséquilibre dans la nature crée de l’énergie », Frédéric Jouve, directeur de la recherche sur les énergies renouvelables du Groupe EDF, a répertorié les énergies marines les plus prometteuses : le marémoteur, d’abord, qui doit néanmoins résoudre le problème de son impact environnemental, le houlomoteur ensuite (les courants marins), qui a la capacité de couvrir la consommation électrique européenne. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de technologie avérée capable de résister à la houle. Enfin, le thermique des mers.Le débat ne s’est pas attardé sur les biocarburants. Jacques Faisques a néanmoins eu le temps de rappeler que, grâce à une analyse de cycle de vie, Véolia n’avait pas fait l’erreur de se positionner sur les biocarburants de première génération, ce en quoi l’histoire lui a donné raison. Toutefois, aujourd’hui, elle s’est lancée dans la transformation des huiles de friture usagées (notamment des McDo) en biomasse.

Oui, les énergies renouvelables sont crédibles
Pour finir, notons une question intéressante sur le pourquoi du peu de place faite à la géothermie en France. Pour Jean-Louis Butré, ce sont les pétroliers, à savoir les prospecteurs, qui pourraient s’intéresser à la géothermie, mais cela n’arrivera pas tant que les réserves de pétrole ne seront pas épuisées. Jean-Louis Bal a quant à lui cité l’exemple de la première centrale géothermique en Alsace qui exploite la chaleur des roches profondes sèches. Un principe novateur, car il exploite la géothermie même dans les endroits où il n’y a pas de nappes aquifères à haute température (ce qui est le cas général en France hormis pour l’outre-mer).D’autre part, en Ile de France, un nouveau forage dans une nappe à 80 °C situé à 1.500 m de profondeur va alimenter 4.000 foyers près de la Villette. Enfin, plusieurs dizaines de milliers de ménages s’équipent chaque année de pompes à chaleur. Mais, pour Jacques Fraisques, le problème de la géothermie est celui de la distribution de la chaleur. La géothermie implique d’avoir un réseau de chaleur, donc un chauffage collectif, alors qu’en France, le chauffage individuel prime. Si le chaud et le froid ont été successivement jetés sur l’une ou l’autre filière des énergies renouvelables (l’éolien, pour ne pas le citer, mais aussi la biomasse), la réponse à la question initiale laisse peu de place au doute : oui, les énergies renouvelables sont crédibles. Pour autant que toute proposition énergétique soit complète, comme l’a rappelé un auditeur de Sauvons le climat : « Il faut faire un scénario complet : évaluer les économies d’énergies possibles tout en faisant une proposition globale pour fournir le reste ». Faute de quoi, on fausse le débat.Par Clémentine Fullias

Une centrale britannique capture les émissions de CO2

Le groupe énergétique Scottish Power a développé une technologie de récupération des émissions de CO2. C’est la centrale de Longannet, au Royaume-Uni, qui va bénéficier de cette innovation. Elle capture donc une partie de ses émissions de CO2. Ce projet permet d’en savoir plus la technologie de récupération du CO2, cruciale pour l’avenir du charbon et du climat.Une réplique à petite échelle d’une centrale de capture du CO2 (mesurant tout de même 12 mètres de long et pèsant 30 tonnes) récupèrera durant 7 mois le CO2 des fumées de combustion. L’objectif est de tester les différentes solutions d’amines qui absorbent le CO2, la quantité d’énergie nécessaire pour chauffer la solution saturée en gaz pour expulser et capturer le CO2, et le nombre de fois où les amines peuvent être recyclées dans le processus. Les 1 MW (sur les 2,3 MW de la capacité totale de Longannet) qui sont traités représentent 1.000 mètres cubes de gaz de combustion par heure.Même si le CO2 est capturé, il ne s’agit pas réellement du procédé tant vanté de capture et de stockage du CO2 (CCS) puisqu’aucun stockage à long-terme n’est prévu ici. Mais Scottish Power espère atteindre une capacité de 300 MW et relier la centrale aux sites de stockage potentiels de la mer du Nord, s’il remporte l’an prochain le concours du gouvernement d’une centrales CCS commercialisable.

Le CCS n’est encore qu’une promesse
Depuis qu’il est en charge du ministère de l’énergie et du changement climatique, Ed Miliband a misé sur le CCS au Royaume-Uni, tant pour conserver le charbon (qui compte encore pour près d’1/3 de l’électricité délivrée au réseau national) dans le mix énergétique que pour développer une nouvelle industrie verte avec un énorme potentiel à l’exportation.Il a également proposé de fixer une date pour rendre le CCS obligatoire s’il s’avère être une réussite. Les projets de nouvelles centrales à charbon (les deux unités de 800 MW si controversées que E.ON a l’intention de construire à Kingsnorth) ne seraient autorisés qu’à cette condition. Dès lors que la technologie aura été jugée techniquement et commercialement viable, les centrales auront cinq ans pour l’appliquer à l’ensemble de leurs capacités, et 300 MW dès le premier jour.Une dernière proposition suggère de fixer des normes d’émissions pour améliorer les performances énergétiques de toutes les centrales à charbon (y compris celles qui existent déjà).

Un enjeu social et financier
Une consultation est en cours jusqu’en septembre sur toutes ces propositions et la possibilité de les étendre aux centrales à charbon existantes. Des critiques, dont Greenpeace, craignent que tout cela n’aboutisse à un feu vert pour le charbon dans l’avenir alors que le CCS n’est encore qu’une promesse.Un rapport récent de l’AEA Group (Accounting, economics & appraisal Group, il s’agit d’un cabinet anglais de consulting environnementl), publié en parallèle des propositions du gouvernement, avance un gain de 2 à 4 milliards de livres par an d’ici à 2030 pour l’industrie britannique grâce aux technologies de réduction des émissions de CO2 des centrales à charbon. D’après le rapport, un rôle de leader dans le secteur permettrait la création de 30.000 à 60.000 emplois. Au vu de l’enjeu, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, l’Allemagne, la Norvège et d’autres pays pourraient également entrer dans la course. Roger East est rédacteur conseil pour Green Futures, un magazine indépendant publié par Forum for the future.

Le Green IT, plus qu’une mode ?

(Cette tribune a été publiée en deux parties dans le blog GreenIT.fr)

1ère partie
Selon une étude du Gartner Group, le green IT fait partie des 10 technologies stratégiques pour 2009. L’étude du baromètre green IT 2008 menée par IDC pour Dell confirme cette tendance.Pour les grands comptes français interrogés, l’avancement du green IT est illustré de la manière suivante :
  • 46 % sont sensibilisés aux enjeux énergétiques et environnementaux du système d’information ;
  • 34 % ont déjà mis en place certaines initiatives ;
  • 12 % ont planifié le développement d’une politique informatique de préservation de l’environnement pour les prochains mois et les prochaines années.
Comment mettre en place une politique green IT ? Elle s’articule autour de trois grands axes :
  • La réconciliation des responsabilités économiques et sociétales ;
  • L’adoption et la promotion de règles ” vertes“ ;
  • La réduction de la consommation d’énergie.
Les deux premières actions nécessitent un engagement de la direction et une harmonisation avec la stratégie de l’entreprise. La réduction de la consommation d’énergie est plus simple à mettre en œuvre.

La réduction de la consommation d’énergie
Il y a deux façons d’aborder la réduction de la consommation d’énergie : l’optimisation et/ou la virtualisation du parc. Lors de la mise en place de telles actions, il ne faut pas perdre de vue l’objectif initial qui est de réduire l’impact sur l’environnement. Il est en effet louable de vouloir optimiser son parc, mais les bienfaits d’une consommation moindre sont vite annulés par des changements d’équipements trop fréquents.L’analyse du cycle de vie des appareils permet d’identifier les impacts sur l’environnement, “du berceau à la tombe” (cradle to the grave) :
  • Acquisition des matières premières ;
  • Transport ;
  • Fabrication ;
  • Utilisation (et réutilisation) ;
  • Elimination
Au regard du cycle de vie, deux conclusions s’imposent.– Le long terme doit être privilégié. Il faut bien considérer la finalité et le taux d’utilisation des machines. Ainsi, la très grande majorité des utilisateurs métier n’utilisent que l’ERP et des applications bureautiques, il n’est pour cela pas nécessaire d’avoir un équipement à la pointe des évolutions techniques.– L’optimisation du parc implique de retirer du parc actif de nombreux équipements qui doivent être ensuite traités. Le traitement peut être réalisé de différentes manières : réutilisation des matériels, dé-pollution et recyclage des composants et/ou matières, valorisation énergétique.J’aborderai prochainement la prise en compte du cycle de vie des DEEE et leur gestion.

 
2e partie
Dans la première partie, nous avons vu que travailler uniquement sur les économies d’énergie n’a pas de sens. Il faut aussi prendre en compte le cycle de vie des matériels (DEEE) et gérer correctement leur fin de vie.

La réglementation DEEE
Les filières de traitement des matériels informatiques sont intégrées dans le cadre plus large des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE ou D3E). Afin de limiter les atteintes à la santé et à l’environnement provoquées par les DEEE, l’Union européenne a décidé de mettre en place en 2003 une réglementation visant à assurer une récupération et un traitement adéquat de ces produits.Ces derniers peuvent en effet contenir des produits polluants ou dangereux pour la santé comme le cadmium, le plomb, le mercure, etc. Selon le décret du 20 juillet 2005, la responsabilité des producteurs s’applique uniquement pour la fin de vie des appareils mis sur le marché à partir du 13 août 2005.Pour les autres DEEE dits ”historiques“, la responsabilité d’élimination revient au détenteur. De plus, il importe que les conditions de la fin de vie soient précisées dans le contrat de vente de nouveaux équipements professionnels.

Réutilisation, dépollution, recyclage et valorisation
Le traitement des matériels informatiques donne lieu à plusieurs possibilités : la dépollution, le recyclage, la valorisation, la réutilisation.
  • La dépollutionCette opération consiste à enlever les composants dangereux qu’on ne peut pas traiter avec le recyclage : piles, accumulateurs, condensateurs, etc. Ces déchets dangereux sont envoyés dans des usines de traitement dédiées. Ainsi, on neutralise le produit pour pouvoir le recycler. La mise en décharge n’est qu’une conséquence résiduelle qui ne concerne pas les déchets dangereux.
  • Le recyclageUne fois la dépollution effectuée, les DEEE seront broyés. On pourra alors récupérer la fraction de métaux ferreux, des métaux non ferreux et des plastiques qui peuvent être recyclés.
  • La valorisation (principalement énergétique lors de l’incinération)
  • La réutilisation (des appareils ou de leurs pièces)C’est une priorité de la directive européenne avant même le recyclage ou la valorisation énergétique. Une place est laissée au réemploi et à la réutilisation en France des appareils fonctionnant encore ou susceptibles d’être réparés. Dans ce cas, ce sont les collectivités, les éco-organismes ou les prestataires de traitement qui se mettent d’accord avec les associations d’insertion comme Envie ou Emmaüs déjà présentes sur ce secteur depuis de nombreuses années.Une autre possibilité est d’envoyer des matériels dans des pays en voie de développement dans un but coopératif. Il est alors dans ce cas primordial de considérer la dimension ”déchets” à l’arrière-plan. D’aucuns déguisent ainsi l’exportation de déchets dangereux à moindre coût, d’autant que le traitement sur place se fait dans des conditions plus que discutables pour les populations locales et pour l’environnement.
En guise conclusion
L’ensemble de ces enjeux doivent être pris en compte en amont, lors de l’établissement des règles green IT. Il apparaît alors que la manière de traiter le sujet déborde du cadre de la DSI et touche directement la politique de l’entreprise. Le green IT devrait donc s’intégrer dans une démarche de développement durable, qui déjà a largement dépassé l’effet de mode.Par Marie Daelman – Enora Consulting, tribune publiée en mars 2009 dans le blog GreenIT.fr

Des molécules-aimants qui conservent leur bistabilité

Des chercheurs viennent de réussir à assembler des molécules aimants sur des nanotubes de carbone. Ces nouveaux objets intéressent à la fois les physiciens et les chimistes. Ils permettent en effet de stocker dans chaque molécule de très petite taille (~2nm) une information binaire (état on ou off). Les nanoaimants moléculaires permettent aussi d’observer une accélération exceptionnelle du transfert électronique entre les électrodes et les polyoxométallates [1] laissant présager de nouvelles propriétés catalytiques. Les molécules-aimants sont des complexes de la chimie de coordination qui présentent une bistabilité, c’est-à-dire changent de propriétés magnétiques sous l’effet d’une perturbation extérieure (état on/off). Cette bistabilité a jusqu’à présent été mise en évidence à l’échelle des cristaux moléculaires contenant un très grand nombre de molécules. Une fois les molécules isolées les unes des autres, elles peuvent perdre cette propriété. Le défi consistait donc à conserver la bistabilité à l’échelle de molécules individuelles isolées, dans le but de réaliser des dispositifs modèles pour le stockage de l’information binaire (on/off) à l’échelle de la molécule unique.

Lecture et manipulation des moments magnétiques
Pour la première fois, des chercheurs de l’institut de chimie moléculaire et des matériaux d’Orsay [2] ont réussi à assembler des molécules aimants de Fe6-Polyoxométallate sur un nanotube de carbone, sans qu’elles soient chimiquement modifiées. Les molécules sont alors isolées les unes des autres. Les mesures magnétiques réalisées à l’aide d’un micro-squid [3] montrent qu’elles conservent leur propriété de bistabilité. De plus, la présence de nanotubes de carbone autour des molécules pourrait faciliter le passage des molécules d’un état magnétique à l’autre grâce à l’interaction entre les propriétés électroniques des nanotubes (semi-conducteur) et les propriétés magnétiques des molécules. On pourrait ainsi imaginer un dispositif permettant la lecture et la manipulation des moments magnétiques pour effectuer des opérations quantiques.

Molécule aimant (droite) assemblée à un nanotube de carbone (gauche), © Talal Mallah
Dans un tout autre domaine, des études électrochimiques ont montré que le greffage de cette molécule sur le nanotube de carbone s’accompagnait d’une accélération considérable du transfert électronique entre les électrodes et les polyoxométallates. La grande stabilité du système hybride nanotube/polyoxométallate et la présence du nanotube de carbone renforcent l’interaction entre l’électrode et la molécule, augmentant ainsi les transferts d’électrons entre les deux. Ce comportement ouvre des perspectives très encourageantes, notamment en électrocatalyse.

Notes
[1] Les polyoxométallates (POM) sont composés principalement de métaux (molybdène et tungstène) et d’oxygène.[2] En collaboration avec l’institut Lavoisier de Versailles (CNRS/université de Versailles Saint-Quentin), le laboratoire de chimie physique (CNRS/université Paris 11) et le laboratoire d’électronique moléculaire (CEA-Saclay) et l’institut Néel-Grenoble (CNRS/Université Joseph Fourier). [3] Un micro-squid (de l’anglais « superconducting quantum interference device ») est un magnétomètre de grande sensibilité utilisé pour mesurer des champs magnétiques très faibles dans des objets de très petites tailles. Les résultats ont fait l’objet d’un article dans l’édition du journal Angewandte Chemie du 2 juin.« Magnetic Bistability of Individual Single-Molecule Magnets Grafted on Single-Wall Carbon Nanotubes »www3.interscience.wiley.com

Les tarifs d’achat du solaire photovoltaïque doivent baisser… vite !

Au tarif d’achat actuel, la charge financière serait colossale : à chaque kWc (kilowatt-crête) installé correspond une somme engagée proche de 16.000€ €, somme qui va à peu près pour moitié au fournisseur/installateur des panneaux, et pour moitié au particulier /maître d’ouvrage qui investit dans cette énergie renouvelable [1].

Le financement est assuré pour moitié par les consommateurs d’électricité au travers de la contribution de service public de l’électricité (CSPE), et pour un peu moins du quart chacun par les contribuables (au travers de crédits d’impôt, de subventions directes, de prêts à taux zéro) et par les particuliers qui installent chez eux les panneaux PV.

Les parts d’EDF sont faibles, tant dans le financement (part de l’achat non remboursée par la CSPE) que dans les recettes (redevance annuelle) :

original

 

 

 

 

 

 

 

 

Si ces tarifs sont maintenus jusqu’en 2015, l’engagement total pour les 500 MW prévus dépassera 8 milliards d’euros. Leur maintien jusqu’en 2020 conduirait à un engagement supérieur à 80 milliards d’euros. Ce sont là des sommes colossales !

La plupart des technologies en développement ont besoin d’aides à la fois pour stimuler la recherche et pour faciliter l’industrialisation. De nombreuses études ont observé que les coûts diminuaient exponentiellement sous le double effet des progrès technologiques et de l’industrialisation. Dans le cas du solaire, une multiplication par 100 des quantités pourrait se traduire par une division par 3 du coût, qui passerait de 7000 à environ 2000 €/kWc. L’EPIA se dit encore plus optimiste [2].

Les tarifs d’achat doivent « coller » au plus près au coût réel des installations si on veut éviter l’apparition de bulles spéculatives et de phénomènes d’aubaines préjudiciables à l’ensemble du programme de lutte contre le changement climatique. On a déjà montré [1] que l’on pourrait ainsi diviser par 2 les sommes engagées. Passer de 80 à 40 milliards d’euros, ce n’est pas rien !

D’autres pays européens sont arrivés aux mêmes conclusions : l’Espagne, qui avait instauré des tarifs comparables aux tarifs français, a plafonné en 2008 les puissances installées parce que la facture devenait trop lourde ; l’Allemagne a adopté en octobre 2008 la loi dite EEG (entrée en vigueur le 1er janvier 2009) qui diminue de 9 % par an le tarif d’achat de l’électricité photovoltaïque (le point de départ étant voisin du tarif français actuel). Il est urgent que la France adopte des dispositions similaires.

Quarante milliards d’euros, c’est encore beaucoup, même étalés sur 20 ans, durée garantie d’achat de l’électricité. Mais si ces sommes permettent de placer l’industrie française en bonne position face à la concurrence mondiale, peut-être sont-elles justifiées. Souhaitons que les débats en cours aux niveaux français (autour des lois Grenelle) et européen (autour du paquet énergie climat) soient l’occasion d’une analyse approfondie.

 

[1] P. Bacher – « Loi Grenelle I et flux financiers » – Revue de l’Energie (à paraître)
[2] European Photovoltaic Industry Association Global PV outlook until 2013 (avril 2009)

 

Pierre Bacher, ancien élève de polytechnique, est l’auteur de « L’énergie en 21 questions » – édition Odile Jacob (2007), membre du conseil scientifique de Sauvons le Climat et éditorialiste à l’Espace Veille de Techniques de l’ingénieur.

« Le nucléaire pourrait tirer profit des recherches sur les nanocomposites »

Michael Demkowicz est maître de conférences au sein du Département des matériaux et d’ingénierie du Massachusetts Institute of Technology. Il nous explique comment des nanocomposites, capables de résister à un environnement extrême, pourraient trouver une application dans le domaine des énergies, et notamment dans le nucléaire en particulier.

Quelles sont les propriétés spécifiques des matériaux nanocomposites ?
Les propriétés principales que mes collaborateurs et moi-même essayons d’exploiter concernent le ratio surface/volume élevé des nanocomposites. Pour faire court, plus les composants d’un composite sont petits, plus ce ratio est élevé. Ce facteur est important car les interfaces sont les « sites actifs » d’un composite. A l’inverse de matériaux classiques, les composites possèdent beaucoup de sites actifs.

Comment peuvent-ils résister aux radiations ?
C’est justement au niveau des interfaces que peuvent êtres réparés les dommages causés par les radiations. Si un nanocomposite possède un grand nombre d’interfaces de la bonne sorte, il peut alors être plus résistant aux irradiations qu’un matériau conventionnel (Voir une vidéo sur le site du MIT).

Comment fabrique-t-on de nouveaux matériaux ?
Nous voulons être capables de sélectionner les matériaux entrant dans la fabrication des composites en déterminant les combinaisons qui seront les plus efficaces au niveau des interfaces pour réparer les défauts causés par les radiations. Comment faire le bon choix relève précisément de mon domaine de recherche.

Quelles sont les applications potentielles des nanocomposites dans les énergies ?
Les applications immédiates que nous visons concernent l’énergie nucléaire, fission et fusion confondues. Ce sont en effet celles qui ont le besoin le plus urgent de nouveaux matériaux capables de résister à un environnement « extrême ». D’autres domaines requièrent néanmoins également ce type de matériaux et nous espérons que les progrès que nous réalisons dans le nucléaire nous permettront de leur fournir de nouveaux matériaux ultra-résistants.

Dans quelle mesure pourraient-ils améliorer l’efficacité et la sécurité des centrales nucléaires ?
Les réacteurs nucléaires les plus perfectionnés – qui essaient de réduire au maximum le nombre de déchets nucléaires – sont limités par les capacités de résistance des matériaux aux températures extrêmes, aux irradiations, ainsi qu’aux environnements corrosifs. Les matériaux que mes collègues et moi-même espérons mettre au point pourraient rendre possible la construction de nouveaux réacteurs nucléaires remplissant ces critères.Propos recueillis par Clémentine FulliasMichael Demkowicz est maître de conférences dans le Département des matériaux et d’ingénierie du Massachusetts Institute of Technology. Il fait par ailleurs partie d’une équipe de chercheurs du Los Alamos National Laboratory qui a récemment reçu une bourse fédérale dans le cadre de ses travaux sur les matériaux nanocomposites. 

e-signature : ce qui change au niveau européen

La 9e édition de la conférence « European forum on electronic signature » qui s’est tenue en Pologne début juin a été l’occasion de faire le point sur les tendances, les retours d’expérience et les attentes en matière de signature électronique. Des annonces ont également été faites, notamment celle de la Commission européenne qui a demandé à ce que chaque Etat membre établisse une liste de confiance des autorités de certification d’ici au 28 décembre 2009. Par ailleurs, une étude a été lancée pour évaluer la faisabilité d’un système fédéré de validation des signatures. Dans la pratique, un nom à la fin d’un mail peut être considéré comme une signature. En cas de litige, ce serait ensuite au juge de décider de la validité de la signature en fonction du contexte. La forme la plus élaborée, surnommée la signature électronique qualifiée, remplit des exigences de sécurité précises et équivaut à une signature manuscrite. D’après la directive européenne qui date de 1999 (1999/93/EC), les critères de validité sont :

  • Toute modification du document doit être visible ;
  • Le moyen de signer doit rester sous seul contrôle de l’utilisateur ;
  • L’identification du signataire doit être non équivoque ;
  • Le certificat est délivré par une autorité de certification qualifiée.
La directive ne préconise aucune technologie en particulier. Mais dans la pratique, elle suppose l’utilisation d’une clé cryptographique intégrée à une carte à puce, remise en mains propres, avec un code personnel. Cependant, ce système requiert un lecteur sur son PC, ce qui rend le dispositif relativement coûteux. Il existe toutefois des versions plus accessibles avec une clé USB sécurisée (cf. encadré).

Une standardisation difficile
Résultat, le développement de la signature électronique est quelque peu freiné. Mais certains éléments devraient favoriser son déploiement. Ainsi, la directive service (art. 8) précise que les formalités d’enregistrement devront pouvoir se faire de manière électronique et à distance. Or cette procédure requiert souvent la signature d’un ou de plusieurs documents. Les marchés publics en ligne pourraient également contribuer à son développement (aucune date n’a pour l’instant été fixée par la Commission), tout comme la facturation électronique (dans certains Etats on doit signer les factures). Par ailleurs, de plus en plus de citoyens européens ont une carte d’identité électronique, ce qui facilitera la signature électronique. De fait, des prestataires vont probablement exiger la présence demain d’une signature, même s’ils s’en sont très bien passés jusqu’à présent. Autre frein de taille : les problèmes d’interopérabilité entre pays. Un écueil qui pourrait toutefois être résolu grâce à la fédération des autorités de certification nationales. Mais la normalisation de la signature reste très compliquée et la question du format reste entier. Toutefois, ce thème n’a pas encore été vraiment abordé par la Commission européenne. Aujourd’hui, les formats reconnus par l’Etsi (European telecommunications standards institute) sont le CAdES (CMS Advanced electronic signatures) et le XAdES (XML Advanced electronic signatures). Il existe aussi une norme ISO avec le format pdf. Des travaux sont en cours à l’Etsi en synergie avec l’ISO, pour combiner ces trois formats de signature. L’Etsi a récemment émis une recommandation pour changer l’algorithme de hachage, l’algorithme SHA-1 (Secure hash algorithm) ayant été cassé. Un concours public est d’ailleurs en cours aux Etats-Unis pour sélectionner un nouvel algorithme. Le hachage permet de réduire un long texte en un code significatif, un peu comme une clé RIB pour un compte en banque. Pour un document volumineux, cela permet de signer uniquement le hash et cela limite les problèmes de confidentialité lors d’une certification par un tiers.C.G.e-signature : ec.europa.eu  Une clé USB démocratise la signature électroniqueKeynectis a récemment lancé K.Sign for PDF, en partenariat avec Gemalto et Adobe. Cette solution offre une réponse simple et intuitive pour répondre aux besoins de signatures électroniques. Pour signer un document pdf, il suffit d’insérer sa clé USB cryptographique personnalisée K.Sign for PDF dans le port USB de son ordinateur. Une fenêtre s’ouvre pour demander un code PIN. L’utilisateur peut alors signer en quelques clics. Cette signature permet de garantir l’identité du signataire, l’intégrité du document (il n’a pas pu être modifié) et de l’horodater de façon sécurisée.