L’annonce de la fermeture prochaine de la ligne d’assemblage de panneaux solaires par Reden Solar a envoyé un mauvais signal à l’ensemble des producteurs français de la filière. Plus largement, c’est toute la politique de réindustrialisation du pays qui se retrouve déstabilisée. La France, qui souhaite réduire ses importations de biens manufacturés, est-elle capable de faire émerger une industrie compétitive ? Peut-elle rivaliser avec la concurrence asiatique ?
Les producteurs de panneaux photovoltaïques ont du mal à se faire une place au soleil en France. Après l’abandon du projet Carbon, consistant en une immense usine de panneaux solaires à Fos-sur-Mer pour un montant d’1,5 milliard d’euros et la fermeture de l’usine de Photowatt en janvier 2025, c’est au tour de Reden Solar d’annoncer l’arrêt de son usine d’assemblage de panneaux photovoltaïques située en Lot-et-Garonne à Roquefort, près d’Agen. La nouvelle ligne, modernisée en 2023 grâce à un investissement de 4,5 millions d’euros, devait produire jusqu’à 300 000 modules par an. Inaugurée fin novembre 2024, cette nouvelle chaîne de production qui employait neuf salariés doit déjà mettre un terme à son activité jugée structurellement déficitaire.
Un manque de compétitivité
Fondée en 2008, Reden Solar n’a pas fait le poids face à la concurrence chinoise comme l’explique Florence Burhin, la responsable de la communication du groupe : « L’écart de prix entre un module photovoltaïque français et son concurrent chinois, c’est de l’ordre de 200 % ! ».
Tournée vers le développement de serres photovoltaïques, l’entreprise agenaise a pourtant bouclé au printemps dernier un refinancement de plus d’un milliard d’euros auprès d’une dizaine de banques visant à accélérer le développement de ses actifs en Europe. Signe que malgré cet échec, le groupe a les ressources pour poursuivre le développement de son activité qui exploite 486 sites répartis sur 9 pays.
Une filière française naissante
Ne demeure aujourd’hui que l’alsacien Voltec Solar dans le paysage des fabricants français de panneaux photovoltaïques. Soulignons également le projet HoloSolis qui prévoit la construction d’une usine en Moselle pouvant produire dix millions de panneaux solaires par an.
Indéniablement, les débuts sont difficiles et les conditions nécessaires à l’émergence d’une industrie solaire française ne semblent pas réunies. Le principal défi sera de réduire l’écart de coûts avec les producteurs asiatiques qui sont capables de produire à des prix extrêmement bas grâce à des surcapacités de production et un soutien étatique massif. La France peut se démarquer en misant sur l’innovation et la qualité.
Les mêmes problématiques se retrouvent dans la filière nationale de batteries électriques dans une moindre mesure. Plusieurs usines de production de batteries ont vu le jour en France comme ACC, AESC ou Verkor, toutes localisées dans la « Vallée de la batterie » située dans les Hauts de France. Ces usines doivent affronter des producteurs asiatiques qui possèdent une longueur d’avance et maîtrisent toute la chaîne de valeur. Une domination qui repose aussi sur un choix technique : le recours à des batteries LFP, là où ACC s’est positionné sur le segment du NMC (nickel-manganèse-cobalt) qui est plus coûteux.
Pour la filière française des panneaux photovoltaïques comme pour celle des batteries, le succès dépendra de la capacité à augmenter rapidement la cadence de production et les volumes, et à réduire les coûts pour rester compétitif. Des défis qui sont inhérents à toute industrie naissante ; les fabricants chinois admettent eux-mêmes que le début du parcours est difficile.
En outre, à l’échelle européenne, l’absence de préférence industrielle dans l’attribution des marchés constitue un frein important. Le Net Zero Industry Act (NZIA), adopté en 2024, pour favoriser la relocalisation est jugé insuffisant en raison d’un manque de financement.
Pour renforcer cette stratégie, l’Industrial Accelerator Act, qui a été présenté en mars dernier par la Commission européenne, pourrait représenter une évolution majeure pour garantir une stabilité réglementaire des instruments de défense commerciale.






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