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Des véhicules électriques pas si écolo ?

Posté le par Mattieu Combe dans Énergie

Selon une nouvelle étude parue dans Transportation Research Part D : Transport and Environment, ce n'est pas tant le prix et la faible autonomie des véhicules électriques qui freinent leur adoption. En réalité, les clients potentiels sont freinés par des performances environnementales qu'ils jugent trop faibles.

La voiture propre n’existe pas. Pour fabriquer une voiture, il faut toujours extraire des ressources et consommer de l’énergie. Ensuite, il faut pouvoir la faire rouler et la recycler en fin de vie. Alors, quand il est question de voiture électrique, quels sont les freins majoritaires? Il est souvent avancé que les principaux freins sont à chercher du côté d’un prix d’achat trop élevé, une trop faible autonomie et un réseau de bornes de recharge insuffisant.

Des chercheurs de l’Université de technologie de Queensland, en Australie, ont voulu prendre le problème différemment. Puisque les voitures électriques sont vendues comme des alternatives vertes, leurs performances environnementales doivent bien avoir un rôle important dans l’acte d’achat. Pour évaluer cet aspect, ils ont mené 40 entretiens auprès d’utilisateurs finaux de véhicules électriques. En parallèle, ils ont réalisé une enquête auprès de 167 participants à des tests de conduite avec un véhicule électrique à batterie. Et ils sont arrivés à une conclusion surprenante. En réalité, les performances environnementales permettent de mieux prédire si une personne est susceptible ou non d’acheter un véhicule électrique que son prix ou son autonomie.

Autrement dit, si peu de personnes achètent des véhicules électriques, c’est avant tout parce qu’elles ne les considèrent pas si écologiques que cela.

Lier développement des énergies renouvelables et des véhicules électriques

Pour comparer des véhicules entre eux, il faut s’intéresser aux émissions sur route liées au carburant utilisé, mais aussi les émissions du puits à la roue, incluant toutes les émissions liées à la production, au traitement, à la distribution et à l’utilisation du carburant. Le lien entre véhicules électriques et énergies renouvelables est capital, car ceux-ci sont vendus sur le principe de « zéro émission ».

« Par exemple, un véhicule à essence produit 119 g de CO2 équivalent par kilomètre [gCO2e/km], dont la plupart sont des émissions sur route, précise l’auteur principal de cette étude, Kenan Degirmenci. En comparaison, un véhicule électrique produit zéro émission sur route ». Évidemment, cela n’est pas si simple. Pour un véhicule électrique, les émissions dépendent directement du mix électrique du pays où il est rechargé.  « Si l’électricité pour charger un véhicule électrique est générée à partir de charbon, il émet 139 gCO2e/km du puits à la roues, contre seulement 9 gCO2e/km avec de l’électricité produite à partir de sources d’énergies renouvelables », complète-t-il. Pour constituer une véritable alternative, la majorité des participants à l’étude considèrent donc que l’électricité alimentant les voitures doit être produite grâce à des sources renouvelables.

Bannir les véhicules électriques en lien avec le charbon

L’agence internationale de l’énergie expliquait en 2014 que les véhicules électriques permettent une économie nette de CO2 uniquement si leur batterie est chargée avec de l’électricité dont l’intensité de carbone est inférieure à 700 gCO2e par kilowattheure. Ce qui n’est pas le cas des pays qui dépendent en grande partie du charbon pour leur production d’électricité.

Les experts le savent depuis longtemps : en 2008, l’AIE avait calculé qu’une voiture électrique émettait 112 gCO2e/km avec le mix électrique moyen européen, mais 255 gCO2e/km lorsque l’électricité était produite à partir de charbon. Avec un objectif européen de 95 gCO2e/km pour les véhicules thermiques neufs en 2020, une voiture électrique émettra donc plus de CO2 qu’une voiture thermique neuve à cet horizon. Ce qui confirme qu’en l’absence de déploiement massif d’énergies renouvelables à grande échelle, l’aspect écologique des véhicules électriques reste surévalué. Ce qui a changé est que les consommateurs en ont désormais aussi conscience. Désormais, plus les énergies renouvelables se développeront, plus les consommateurs accepteront facilement d’adopter ces véhicules.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

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Posté le par Mattieu Combe

Les derniers commentaires

  • Dans l’article on peut lire ceci: « En 2008, l’AIE avait calculé qu’une voiture électrique émettait 112 gCO2e/km avec le mix électrique moyen européen, mais 255 gCO2e/km lorsque l’électricité était produite à partir de charbon. Avec un objectif européen de 95 gCO2e/km pour les véhicules thermiques neufs en 2020, une voiture électrique émettra donc plus de CO2 qu’une voiture thermique neuve à cet horizon. »

    Cette partie de l’article a un contenu qui est manifestement erroné car le mix électrique européen moyen a fortement évolué depuis 2008. Nous sommes en 2017 et d’ici 3 ans l’électricité sera encore davantage décarbonée. En 2020 un véhicule électrique émettra moins de CO2 en Europe qu’un véhicule thermique.

    Par ailleurs ne focaliser que sur le CO2 est très réducteur. La voiture électrique n’a pas que des avantages au niveau du CO2 mais aussi des polluants atmosphériques dangereux pour la santé humaine et enfin sur le plan de la réduction de la pollution sonore.

    Sur le plan géopolitique il vaut mieux recourir à des combustibles fossiles locaux (dont le charbon) que d’importer des hydrocarbures.

    Le CO2-centrisme conduit à des approches biaisées.


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