Face aux menaces russes croissantes depuis l’invasion de l’Ukraine, Berlin a inauguré mardi un centre de recherches technologiques spécialisé dans la sûreté des drones, sur un aéroport construit dans les années 1970 par les Soviétiques, dans l’est de l’Allemagne.
Moins de deux semaines après la découverte d’un aéronef explosif sur l’aéroport de Leipzig, un hub clé pour le transport de matériels civils et militaires de l’Ukraine et de l’Otan, le ministre allemand de l’Intérieur a participé à la cérémonie à Hecklingen, à quelque 200 kilomètres au sud de Berlin.
« Cette journée revêt une importance particulière : nous renforçons considérablement notre capacité de riposte face aux drones agresseurs, a affirmé Alexander Dobrindt, sur cet aéroport, toujours utilisé par des avions d’affaires mais abandonné par Ryanair en 2013.
Ce centre « constituera un élément central de l’architecture de sécurité face à la menace hybride que représentent les drones », a-t-il ajouté.
L’an passé, près de 1.000 drones suspects, selon la police judiciaire fédérale, ont survolé des infrastructures critiques en Allemagne, premier soutien de Kiev face à Moscou.
A Hecklingen, « seront testées de nouvelles applications et technologies, pour les entreprises, pour les administrations et de façon renforcée pour notre sécurité », a déclaré la ministre de la Recherche et de l’Espace, Dorothee Bär, lors de la cérémonie d’inauguration.
Dans un entretien à l’AFP, Anke Kaysser-Pyzalla, présidente de l’agence allemande de recherches dans l’aéronautique et le spatial, DLR, a expliqué qu’il s’agissait surtout à Hecklingen « de tester en grandeur nature des systèmes de défense antidrone ».
– 65 salariés permanents –
« Il s’agit aussi de tester la détection de drones et de les classifier », a-t-elle ajouté, soulignant qu’il fallait savoir, une fois le drone détecté, « s’il était équipé d’une caméra ou d’un explosif ».
Ce centre de recherche emploiera 65 salariés permanents. Ponctuellement, 250 personnes ont déjà été mobilisées sur cet aéroport, lors de tests grandeur nature, impliquant des officiers de la police nationale et régionale ainsi que de la Bundeswehr.
Il va travailler en collaboration avec le grand centre du DLR à Braunschweig, qui emploie 1.000 personnes et mène des recherches de toute sorte dans l’industrie aérospatiale et aéronautique.
Dans un communiqué publié mardi, le syndicat des salariés du transport aérien, Cockpit, a alerté sur les faiblesses de la détection de drones en Allemagne, particulièrement mises en lumière lors de l’incident de Leipzig. « Avant de prendre des mesures de défense, il y a des mesures de détection. Et actuellement, elles ne sont pas au rendez-vous », a alerté Daniel Niesler, membre de Cockpit.
Après la découverte du drone explosif à Leipzig il y a un peu moins de deux semaines, M. Dobrindt avait alerté « sur une nouvelle dimension de menace », évoquant un possible « scénario d’attaque hybride ».
Recouvrant une panoplie d’actions allant du sabotage à l’espionnage, en passant par la désinformation ou les cyberattaques, le terme de guerre hybride est utilisé par les Européens, et au premier rang par l’Allemagne, pour qualifier l’attitude hostile envers eux, imputée à la Russie.
Jusqu’ici, Berlin a refusé de spéculer sur les motivations des auteurs de l’incident de Leipzig ou leur identité, affirmant que ces questions relevaient désormais de l’enquête.
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