Les démissions surprises du ministre britannique de la Défense et de son secrétaire d’Etat, qui ont déploré le manque de moyens prévus pour les forces armées, ont mis en lumière la difficulté du Royaume-Uni à adapter ses capacités militaires aux nouvelles menaces.
Le Premier ministre travailliste Keir Starmer a nommé jeudi soir Dan Jarvis, un ancien militaire, pour prendre les rênes de la Défense.
Ces départs du gouvernement sont liés à un désaccord budgétaire sur le plan d’investissement dans la défense, initialement attendu pour l’automne dernier mais pas encore publié.
Quelles sont les critiques faites à ce plan, que le chef du gouvernement a promis de dévoiler avant le sommet de l’Otan début juillet?
– Manque de financements
Selon les médias britanniques, cela fait des mois que des hauts responsables de l’armée alertent sur le fait qu’il manque 28 milliards de livres (32,5 milliards d’euros) dans le budget des armées d’ici 2030.
Dans sa lettre de démission jeudi, le désormais ex-ministre John Healey a accusé Keir Starmer et sa ministre des Finances Rachel Reeves de ne pas être prêts à mobiliser les ressources nécessaires « pour défendre le pays en ces temps de menaces croissantes ».
Les arbitrages sont difficiles dans le contexte économique actuel, car ils impliquent des coupes dans d’autres départements.
John Healey a notamment déploré que la majorité des fonds supplémentaires qui seraient finalement consentis – estimés entre 13 et 18 milliards de livres sur quatre ans selon les médias – soient « concentrés sur la fin de la période » couverte par le plan d’investissement, malgré les enjeux pressants.
C’est « une tendance » contre laquelle le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte a mis en garde, souligne auprès de l’AFP Fenella McGerty de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS).
Le président américain Donald Trump a exhorté à de nombreuses reprises ses alliés à dépenser plus.
Le gouvernement travailliste s’est engagé à porter ses dépenses militaires à 2,5% du PIB en 2027 (contre 2,4% en 2025), puis à 3% après 2029, et 3,5% en 2035.
Malgré cette ambition, le Royaume-Uni va devoir « faire des choix importants » sur ses priorités, en raison d’années de manque d’investissements et de retards industriels, souligne Nick Reynolds, du cercle de réflexion spécialisé dans la défense Rusi.
Saluée par les militaires, la Revue de défense stratégique – publiée en 2025 et qui sert de base au plan d’investissement à venir – a érigé en priorité le développement de capacités pour mettre les forces arméess « prêtes au combat ».
L’armée de terre et la Royal Navy ont besoin d’être remises à niveau, avant même de parler de leur modernisation, souligne Nick Reynolds.
Le Royaume-Uni n’a ainsi été capable de mobiliser qu’un navire de guerre en Méditerranée lorsque la guerre en Iran a éclaté.
Cela est notamment dû « à la tendance ancienne (qui a consisté à) avoir moins de moyens mais de plus en plus sophistiqués », plus longs et chers à produire, explique Jamie Gaskarth, du cercle de réflexion Chatham House.
– Modernisation trop lente –
Vendredi, le désormais ex-secrétaire d’Etat aux Forces armées Al Carns, lui-même ancien militaire, a regretté sur la BBC que le futur plan d’investissement se focalise trop sur « comment mener une guerre du passé, plutôt que la prochaine guerre ».
Il a notamment déploré le manque de financement sur les systèmes autonomes (drones, etc.), alors que la Revue de défense stratégique en avait fait une priorité pour « tirer les leçons » de la guerre en Ukraine.
Selon un responsable de l’armée cité par le Times, le plan d’investissement se focalise encore trop sur les capacités traditionnelles: navires, chars, avions de combat.
Les drones sont « un système d’artillerie de haute précision et peu cher », souligne Nick Reynolds.
Selon le ministère de la Défense, la Revue de défense stratégique prévoit de doubler d’ici 2029 les moyens alloués aux systèmes autonomes à 4 milliards de livres. Depuis juillet 2024, 450 millions de livres ont été investis.
Le Royaume-Uni investit « mais il n’y a pas de basculement complet », note Jamie Gaskarth.
Pourtant, le gouvernement ne cesse d’alerter sur la réalité de la menace. La semaine dernière Keir Starmer a estimé que la Russie pourrait attaquer l’Otan « dès 2030 ».
Londres dénonce aussi régulièrement le danger de guerre hybride – impliquant des actions non militaires (cyber, désinformation, etc.) – venu aussi bien de Moscou que de Pékin.
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