Chaque année, l’Insee publie les « comptes de la Nation », qui sont, en quelque sorte, un bilan comptable de la France, à l’échelle macroéconomique. L’édition 2025 vient d’être publiée : quels sont les enseignements à en tirer concernant l’industrie ?
Après une croissance de 1,5 % en 2024, le PIB croît seulement de 0,8 % en volume, en 2025. La croissance se poursuit donc, mais à un rythme moindre, car on observe à la fois un ralentissement de la production (+ 0,9 % après + 1,2 % en 2024) et une accélération des consommations intermédiaires (+ 1 % après + 0,5 %). Ceci impacte donc négativement la création de richesse en 2025, puisque la valeur ajoutée[1] ralentit : + 0,8 % après le + 1,9 % observé en 2024.
La production industrielle repart à la hausse, mais la valeur ajoutée ralentit nettement
Après un ralentissement en 2024, la production industrielle est repartie à la hausse en 2025 (+ 1,1 %), grâce au rebond de la production manufacturière (+ 1,2 %) et notamment de la production en matériels de transport, qui s’accélère (+ 10,6 %), marquant une nette différence par rapport au repli observé en 2024.
En outre, l’Insee précise que cette hausse de production est portée par l’aéronautique, un secteur particulièrement dynamique. Ce fait est d’ailleurs confirmé par les chiffres publiés par le GIFAS concernant une filière aéronautique et spatiale avantagée par « la croissance du trafic aérien, la dynamique des exportations et la montée en cadence industrielle ».
Même la production automobile, pourtant malmenée depuis plusieurs années, se redresse légèrement en 2025 (+ 3,3 % après – 9,5 % en 2024), et ce, malgré la poursuite des fermetures d’usine, alors que la production d’« autres produits manufacturés » diminue, elle, de 1,3 % en 2025.
L’Insee constate cependant que la progression de la valeur ajoutée industrielle ralentit nettement (+ 0,6 % contre + 5,5 % en 2024), ce qui s’explique par une hausse des consommations intermédiaires. En clair, la production industrielle augmente, mais, comme les consommations augmentent plus vite, cela joue sur l’efficacité globale, sur le court terme.
L’investissement en légère hausse, mais seulement au niveau macroéconomique
D’après l’Insee, l’investissement global serait reparti à la hausse en 2025. Difficile, cependant, d’en tirer des conclusions concernant l’industrie, car ce chiffre cache de fortes disparités sectorielles.
En effet, si l’année 2025 a été marquée par des annonces d’investissement record dans le numérique, le contexte actuel est malheureusement défavorable à l’investissement industriel, avec des marges d’entreprise en diminution de 0,5 point et une hausse des consommations intermédiaires.
Ceci est d’ailleurs confirmé par plusieurs analyses[2], qui pointent toutes un environnement défavorable, marqué par l’incertitude, la hausse des intrants et les tensions sur la rentabilité.
La balance commerciale se dégrade, mais certains secteurs exportent
Selon les chiffres de l’Insee, la balance commerciale se dégrade légèrement et les échanges extérieurs pèsent sur la croissance en 2025 (- 0,2 point de PIB).
Cette légère dégradation serait liée au recul des exportations automobiles, mais surtout à la hausse des importations (chimie, pharmacie, équipements industriels). Néanmoins, la situation pourrait être pire, puisque la France peut compter sur des atouts forts en matière d’exportation, notamment l’aéronautique.
Le MEDEF rappelle d’ailleurs que « l’industrie représente 63 % des exportations de biens de la France en 2025 ». L’essentiel de nos exportations provient ainsi de filières fortes comme l’aéronautique, l’automobile, la chimie, les équipements mécaniques et électroniques, ainsi que l’agroalimentaire industriel.
Si elle veut améliorer sa balance commerciale, la France doit donc à tout prix renforcer l’ensemble de ses filières industrielles et prendre l’exemple de l’Allemagne qui produit la moitié des biens manufacturés qu’elle consomme, alors que la France en produit seulement 38 %.
[1] Valeur ajoutée = production – consommation intermédiaire
[2] L’industrie française : la Belle au Bois-Dormant ? (MEDEF 2025) ; EY France Attractiveness Survey 2025 ; Projections macroéconomiques – Juin 2025 (Banque de France)






Réagissez à cet article
Connectez-vous
Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.
Vous n'avez pas encore de compte ?
Inscrivez-vous !