Une « découverte » médicale contre Parkinson et Alzheimer testée clandestinement sur des centaines de cobayes dans une abbaye: le tribunal correctionnel de Paris juge depuis jeudi, en l’absence des principaux prévenus, des essais cliniques sauvages réalisés entre 2017 et 2019 à Poitiers par un professeur controversé, Jean-Bernard Fourtillan.
Quatre personnes âgées de 76 à 82 ans, dont le Pr Fourtillan et sa femme Marianne, qui ne se sont pas présentés à l’audience et n’y ont pas envoyé d’avocat, comparaissent en lien avec cette recherche médicale sans autorisation sur des humains, destinée à tester des patchs censés améliorer le traitement des maladies de Parkinson et d’Alzheimer.
Le procès devait initialement se tenir en décembre mais avait dû être renvoyé en raison de l’internement forcé en psychiatrie du Pr Fourtillan, qui a depuis disparu dans la nature. Outre l’exercice illégal de la médecine, il est également poursuivi pour escroquerie et le détournement de près de 130.000 euros de fonds perçus par son association pour financer son projet scientifique.
Ce pharmacien et conférencier dit avoir découvert une hormone sécrétée par la glande pinéale du cerveau, qu’il dénomme la valentonine, et affirme pouvoir l’utiliser dans le traitement de maladies neurodégénératives en l’associant à une autre hormone, la 6-méthoxy-harmalan (6-MH). Un procédé rejeté par les autorités médicales.
« Mon collègue est allé dans le mur, l’impasse, d’une découverte pourtant intéressante », regrette à la barre le Pr Henri Joyeux, professeur retraité de chirurgie et cancérologie, soucieux de se distancier des accusations de complicité qui lui valent d’atterrir au tribunal.
« Si cela avait été fait légalement, nous ne serions pas là (…) et les malades certainement pourraient avoir des patchs », affirme-t-il. Selon lui, le « syndrome du découvreur » est « monté à la tête » du Pr Fourtillan, qui a voulu « sauter (par-dessus) tout le monde » et particulièrement les instances régulatrices.
Pour tester sa « découverte », le professeur Fourtillan et sa femme ont organisé, par contingents d’une trentaine de personnes, la venue de cobayes volontaires à l’abbaye Saint-Croix de Saint-Benoît (Vienne), en périphérie de Poitiers, où les religieuses accueillent habituellement des groupes en retraite.
– « Cynisme des professeurs » –
Selon l’enquête, les patchs transdermiques litigieux ont été testés sur 385 personnes, des malades et des personnes saines, à l’occasion de 19 sessions nocturnes organisées entre mai 2018 et août 2019.
Chaque essai suivait le même rituel. Après un repas collectif en début de soirée, M. Fourtillan donnait des informations sur le traitement puis un patch était apposé sur chaque participant avant le coucher. Entre 04H00 et 05H30 du matin, des infirmiers venaient faire un prélèvement sanguin sur chaque personne, qui était ensuite transmis à des laboratoires pour analyses.
« Le but était d’en faire un médicament. À terme, on aurait tout fait légalement », a assuré le professeur au cours de l’instruction, se prévalant de « résultats spectaculaires » – qui n’ont eu aucune suite dans la communauté scientifique.
Sur son site, son « fonds Josefa », en référence à une religieuse mystique espagnole, Josefa Menéndez, morte à Poitiers, annonçait à ses potentiels participants et donataires viser une mise en vente des patchs en pharmacie courant 2020. Le structure a encaissé 700.000 euros de dons à partir de 2015.
En réponse à d’énièmes questions de procédure soulevées par la défense du Pr Joyeux, Me Philippe Marion, l’un des avocats des rares personnes qui se sont constituées parties civiles au procès, dit celles-ci « épuisées des artifices procéduraux usées par la défense », les jugeant destinés à jouer la montre.
« Le temps qui passe fait que les personnes physiques ne peuvent plus se présenter devant vous. On a des personnes avec des maladies dégénératives, Parkinson, Alzheimer. Chaque mois qui passe réduit leur espérance de vie », lance-t-il à la barre en fustigeant le « cynisme de ces professeurs de pharmacie et de médecine ».
Deux laboratoires impliqués dans les essais cliniques sauvages ont accepté de plaider coupable avant le procès et ont été condamnés à des amendes allant jusqu’à 220.000 euros d’amende dont 40.000 avec sursis.
Le procès est prévu jusqu’au 9 juillet.
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