Un luxueux séjour au ski, la rénovation de sa maison… La « belle vie » de David D., supposément financée par la revente de cigarettes destinées aux détenus, connaît dans la nuit de lundi un coup d’arrêt, avec trois ans de prison ferme requis contre ce surveillant pénitentiaire de Fleury-Mérogis.
Le cinquantenaire a reconnu lors de l’audience avoir tiré un bénéfice de 232.000 euros de son trafic, organisé depuis son poste au magasin central du centre pénitentiaire de l’Essonne.
« Ces atteintes à la probité jettent un discrédit énorme sur tous les fonctionnaires », a tancé l’un des procureurs.
David D. comparaît pour détournement de biens et blanchiment aux côtés de sa soeur, directrice des affaires financières de l’établissement – soupçonnée de négligence et de recel de détournement -, et de sa femme, infirmière – jugée pour blanchiment.
La soeur du principal prévenu aurait dû « exiger, dans des délais plus précis, des états des stocks », « un tableur aurait suffi », a lancé l’autre représentante du ministère public.
Des amendes (jusqu’à 20.000 euros pour le surveillant) ont également été requises.
Le parquet a requis un an de sursis pour la cadre, quatorze mois de prison dont deux ferme pour l’épouse du prévenu principal.
« Le dossier qui va nous occuper est un dossier avec des mots atypiques », dans un univers professionnel « rarement examiné de près comme nous allons le faire toute la journée », entame la présidente, en préambule de l’audience.
Au cours d’une audience qui s’est étirée sur plus de quatorze heures, les trois magistrates ont « disséqu(é) des mécanismes assez compliqués de liens entre des directions » et des employés, comme David D. et sa soeur, Audrey R.
D’abord « le décor », « le centre pénitentiaire de Fleury, un des plus gros centres d’Europe, 5.000 détenus, cinq bâtiments, cinq divisions, une hiérarchie très étoffée » que les magistrates tenteront de démêler, au gré des déclarations parfois imprécises de David D.
David D. a reconnu avoir soustrait des cartouches destinées aux détenues pour les revendre via un intermédiaire à l’extérieur de la prison, précédemment condamné.
– Mystérieux maître-chanteur –
Selon l’accusation, ce trafic a duré entre janvier 2021 et début 2026, occasionnant pour l’administration pénitentiaire un préjudice estimé à plus d’un million d’euros.
Lors de l’audience, David D. a reconnu avoir rempli « 104 cartons » d’à peu près 25 cartouches chacun – mais sur une période plus courte, et sous la contrainte d’un mystérieux « homme originaire de l’Est » qui menaçait sa famille, a-t-il décrit.
« Il n’y a aucune trace » des téléphones prépayés qu’il dit avoir utilisé pour échanger avec son maître-chanteur, s’emporte la procureure, présente lors de la perquisition.
Enfin, assure-t-il, les importantes sommes en espèce trouvées chez lui – 181.000 euros retrouvés dans un coffre-fort – proviennent de chantiers réalisés au noir.
« Je veux bien assumer ce que j’ai détourné mais je ne veux pas assumer les manquements de l’administration pénitentiaire et de sa gestion des détenus », a-t-il expliqué à la présidence.
L’audience a aussi tourné autour de la question du contrôle des stocks et du calcul du préjudice de l’Etat, et mis en lumière la comptabilité fluctuante et complexe du tabac distribué en détention.
Plusieurs témoins cités par l’agent judiciaire de l’Etat, partie civile, ont souligné des manquements attribués à David D. mais aussi à Audrey R., alors directrice financière.
Celle-ci nie vigoureusement toute négligence et toute connaissance de ce trafic, assurant qu’elle n’était pas en charge de la gestion de la cantine et qu’il existait de toute façon une « impossibilité matérielle d’estimer le volume (de tabac) commandé par les détenus et donc le stock ».
L’épouse du surveillant est elle soupçonnée d’avoir profité en connaissance de cause du liquide de son mari.
« (J’avais) la tête dans le guidon, je ne m’en suis pas aperçue », s’est-elle défendue, très émue lorsque les questions abordent sa vie de famille et ses enfants.
La décision sera mise au délibéré.
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