Marché secondaire, fonds de placement, autres actions du secteur, voire même sites de pronostics, ils sont nombreux à chercher une manière de profiter financièrement de la fièvre préalable à l’introduction en Bourse de SpaceX.
Quelque « 14 milliards de dollars ont été placés dans des fonds liés à SpaceX depuis que Musk a confirmé l’entrée en Bourse », relève, sur X, le compte GagolaValueCapital, tenu par deux frères boursicotteurs britanniques. « On n’a jamais vu ça. »
Les actions du groupe aérospatial ne seront pas disponibles au commun des mortels avant le 12 juin, date attendue de la première cotation du groupe de Starbase (Texas).
Pour l’heure, seuls peuvent acheter directement des titres les investisseurs institutionnels, essentiellement des fonds ou des investisseurs dits qualifiés, c’est-à-dire ayant un patrimoine d’au moins un million de dollars ou des revenus annuels de 200.000 dollars au minimum.
Il leur faut passer par le marché dit secondaire, sur lequel des salariés ou des investisseurs anciens peuvent se défaire de leurs actions en fixant eux-mêmes leur prix (gré à gré) avec les acheteurs.
Les autres se tournent vers des fonds indiciels, appelés ETF, cotés en Bourse et que n’importe quel petit porteur peut acheter ou vendre à tout moment.
Ces ETF ne détiennent pas eux-mêmes de participation mais investissent dans des véhicules ad hoc, des SPV (special purpose vehicle), détenteurs, eux, du précieux sésame, un montage financier qui en dissuade certains.
« Nos actifs sous gestion ont été multipliés par cinq en un mois et demi », raconte Joel Shulman, fondateur d’ERShares, au sujet du fonds ETF XVOR, exposé à 15% environ à SpaceX.
Il a investi dans la plupart des grandes entreprises technologiques ces vingt dernières années, mais « c’est, de loin, l’entrée en Bourse la plus excitante qu’on ait jamais vue ».
Il voit SpaceX comme « la plus prometteuse » des capitalisations technologiques géantes et n’entend pas vendre de titres après l’entrée en Bourse.
Rien n’empêche, en revanche, les détenteurs de parts de son ETF de les céder quand bon leur semble.
– « Privilège » –
« Ce qui est inhabituel avec SpaceX, ce n’est pas tant l’enthousiasme lui-même que son ampleur et le fait qu’une entreprise si grande et influente soit restée non cotée si longtemps », relève Ludovic Phalippou, professeur à l’université d’Oxford.
« Beaucoup d’investisseurs semblent prêts à payer une prime juste pour le privilège d’y avoir accès » à SpaceX.
Pour l’universitaire, cette déferlante, qui fait exploser les prix, pose la question de la valorisation du groupe dirigé par Elon Musk, estimée à 1.750 milliards de dollars.
« Une belle entreprise ne signifie pas forcément un bel investissement », abonde Jay Ritter, spécialiste des entrées en Bourse à l’université de Floride. « Si la valorisation est trop élevée, elle va retomber sur terre. Et c’est ce qui m’inquiète avec SpaceX. »
Sans prendre ce risque, certains parviennent tout de même à s’inscrire dans l’orbite de la maison mère de Starlink, notamment en acquérant des titres d’autres sociétés du secteur aérospatial.
Le lanceur Rocket Lab a ainsi vu sa capitalisation quasiment tripler en deux mois (+162%), tandis que le spécialiste de l’internet satellitaire AST SpaceMobile a pris 78% en deux semaines.
D’autres parient sur Virgin Galactic, dont le modèle économique de tourisme spatial fait question mais qui a pour elle d’avoir un symbole boursier (ticker) très proche (SPCE) de celui de SpaceX (SPCX).
Des boursicoteurs comptent sur une méprise de certains investisseurs entre les deux entreprises, qui bénéficiera à Virgin Galactic.
Dernière porte d’entrée, la plus petite, celle des plateformes de prédiction, via lesquelles on peut placer de l’argent sur une hypothèse.
La plus importante, Kalshi, indique à l’AFP que 29 millions de dollars ont été consacrés à des questions relatives à SpaceX, de la fortune d’Elon Musk fin 2026 à la possibilité d’un atterrissage sur Mars avant 2030.
tu/els/kal
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