Beaucoup d’approches systémiques utilisent des notions en « tion » pour décrire un système, caractériser son fonctionnement ainsi que la manière de le créer, le transformer ou le conserver. Explorons ensemble ces notions !
Les notions en « tion » sont des noms communs qui s’écrivent avec un suffixe contenant la syllabe « tion » (tion, ation…).
Nous allons en examiner quatre : la configuration, l’interaction, l’intervention et l’anticipation, puis, nous évoquerons d’autres concepts en « tion » pour compléter notre propos. Nous montrerons, à chaque fois, l’intérêt de ces notions pour mettre en œuvre les approches systémiques.
Les quatre premières notions renvoient à quatre livres blancs publiés gratuitement par les Editions Techniques de l’Ingénieur. Les quatre livres forment ensemble la collection « tion ». Ils ont fait suite aux quatre premières rencontres annuelles dites Inter-GTR (Groupe de Travail et de Réflexion) organisées par l’Institut pour la Maîtrise des Risques (IMdR) à partir de 2017. Les autres notions présentées renvoient aux rencontres qui ont suivi. Les deux premières thématiques étudiées présentaient un suffixe en « tion ». Nous avons alors décidé de continuer sur cette voie en étudiant une seule famille de concepts, celle des notions en « tion ».
La définition d’une approche systémique retenue dans cette tribune
Plutôt que d’énumérer différents types d’approches systémiques, nous proposons de nous concentrer sur une seule d’entre elles mais qui contient, dans sa définition, les caractéristiques de base de nombreuses approches systémiques, sinon peut-être de toutes. Ainsi, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA)[1] a défini, en 2016, une approche systémique comme étant « une approche qui considère le système comme un tout dans laquelle les interactions entre les facteurs techniques, humains et organisationnels sont dûment considérées ».
Les trois grandes dimensions systémiques dans cette définition
Il s’agit :
– du « tout »,
– des interactions. Deux aspects sont à prendre en compte : l’aspect statique qui porte en particulier sur les adaptations entre facteurs et l’aspect dynamique qui porte sur les échanges entre facteurs,
– du caractère « dûment » de la prise en compte des interactions entre ces facteurs. Le terme « interaction » de la définition est considéré ici dans un sens large c’est-à-dire renvoyant à une relation entre deux facteurs sans qu’il y ait forcément d’actions réciproques entre eux.
Des notions en « tion » pour mettre en œuvre les trois dimensions indiquées dans la définition
La première dimension : le « tout ».
La notion de configuration (au sens d’un ensemble de facteurs descriptifs d’une situation) permet de travailler sur la question du « tout » car elle s’intéresse à l’ensemble des facteurs à prendre en compte pour pouvoir expliquer l’apparition d’une émergence/performance d’un système (cf. le numéro 1 de la collection « tion » sur la configuration).
Par exemple, quel ensemble de facteurs faut-il prendre en compte pour préparer un déplacement en voiture ? Il est, par exemple, nécessaire qu’a minima la route, le véhicule, le conducteur, ses passagers, les conditions météorologiques et la durée prévue pour le déplacement soient pris en compte pour que l’on puisse ensuite étudier la qualité de la combinaison entre ces facteurs vis-à-vis de la performance attendue (assurer un déplacement en sécurité).
La deuxième dimension : les interactions
La notion d’interaction présente un aspect statique et un aspect dynamique (cf. le numéro 2 de la collection « tion » sur l’interaction).
La notion d’interaction statique, reliée aux adaptations entre facteurs, permet d’étudier la qualité de la combinaison entre les facteurs d’un système.
Par exemple, disposer d’une voiture standard permet de rouler sur une autoroute mais pas sur une route caillouteuse un long moment. Cela nécessite dans ce dernier cas une voiture tout terrain et un conducteur plus averti que la normale.
La notion d’interaction dynamique, reliée aux échanges entre facteurs, permet d’étudier la qualité du fonctionnement d’un système en considérant le contenant et le contenu des interactions dynamiques (respectivement la finalité et la nature de ces interactions). Leur contenant porte sur les demandes/commandes, livrables… délais de transmission, goulets d’étranglement… et leur contenu concerne les matières, énergies ou informations échangées dans ces demandes/commandes, livrables…
Par exemple, le conducteur agit manuellement sur des commandes : les pédales, les commandes au volant de sa voiture… et il reçoit des livrables d’informations visuelles et sonores du tableau de bord et de son environnement.
La troisième dimension : le caractère « dûment » de la prise en compte des interactions entre les facteurs techniques, humains et organisationnels (cf. les numéros 3 et 4 de la collection « tion » sur respectivement l’intervention et l’anticipation).
La notion d’intervention s’intéresse, en effet, aux actions menées sur un système par un acteur pour créer, transformer ou conserver les interactions au sein du système.
Par exemple, il est nécessaire d’aller régulièrement chez un garagiste afin que ce dernier puisse intervenir sur la voiture c’est-à-dire vérifier, et si nécessaire corriger, le fonctionnement de la voiture.
La notion d’anticipation s’intéresse, quant à elle, aux stratégies déployées par les acteurs pour satisfaire les besoins, prévenir les risques de dysfonctionnements… d’un système.
Par exemple, le conducteur anticipe-t-il l’usure de ses pneus afin d’éviter des problèmes de tenue de route de sa voiture ?
Enrichir le traitement des trois dimensions systémiques précédentes avec d’autres notions en « tion »
Ces notions ont été examinées lors d’autres rencontres Inter-GTR.
Concernant :
– le « tout », citons la dégradation ;
– les interactions, citons la simulation ;
– le caractère « dûment » de la prise en compte des interactions, citons l’intégration, l’évaluation, la formation.
Enfin, nous continuons d’étudier d’autres notions en « tion »… Si vous souhaitez vous inscrire aux futures rencontres annuelles gratuites.
Une courte conclusion…
Se centrer sur des notions uniquement en « tion », lors de ces rencontres Inter-GTR, est une contrainte. Mais elle s’avère productive car ces notions en « tion » concernent des thématiques intéressant toutes les disciplines scientifiques, liées en particulier à la maîtrise des risques. Elles permettent, ainsi, de faire dialoguer des domaines différents et d’étudier les ressemblances et les différences dans les manières de traiter ces notions. Avec ces rencontres, l’objectif est au final de stimuler notre capacité de raisonner et résonner à l’intérieur et entre des disciplines scientifiques ! Et cela marche…
Par Jean-François Vautier, Expert Facteurs Organisationnels et Humains (FOH) au CEA et animateur du groupe de travail de réflexion (GTR) « Facteurs Organisationnels et Humains (FOH), Systémique et Maîtrise des Risques » de l’Institut pour la Maîtrise des Risques (IMdR)
[1] AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) (2016). Direction et gestion pour la sûreté, GSR Part 2.






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