Pour des raisons de sécurité nationale, le gouvernement américain a décidé de bloquer l’accès à Fable et à Mythos d’Anthropic. Même les Américains ne peuvent pas s’y connecter… Plus de doute possible : la guerre technologique mondiale est désormais ouverte. Ce n’est plus "America First", mais "America Only".
Une dizaine de jours après que Washington a contraint Anthropic à désactiver ses deux LLM (Large Language Model) les plus puissants, la raison probable de cette décision se précise. Selon certaines informations, le sénateur Mark Warner a déclaré lors d’une audition que le chef de la NSA et du Cyber Command avait indiqué que le modèle Mythos de l’entreprise avait pénétré la quasi-totalité des systèmes classifiés de l’agence en quelques heures lors de tests autorisés.
« D’après ce que nous comprenons, un moyen potentiel de contournement a été communiqué au gouvernement. Nous avons examiné un rapport qui, selon nous, sert de base à la directive du gouvernement et avons vérifié que le niveau de capacité qui y est présenté est largement disponible sur d’autres modèles (y compris GPT-5.5 d’OpenAI) et est utilisé quotidiennement par les défenseurs qui assurent la sécurité des systèmes », explique Anthropic, dans un billet de blog.
En Europe, où l’adoption de l’IA générative explose, notamment dans les secteurs de la recherche, de la finance et de l’industrie, cette coupure a mis en lumière la dépendance croissante des entreprises et institutions aux outils américains. C’est comme si demain, nos principaux fournisseurs de pétrole décidaient de ne plus nous approvisionner. Nous avons déjà eu un début de réponse il y a quelques semaines avec la coupure du détroit d’Ormuz…
Autonomie technologique
N’y allons pas par quatre chemins : les États-Unis priorisent leurs intérêts nationaux, même au détriment de leurs alliés. En interdisant l’accès à Fable et Mythos, Washington prouve clairement et de façon brutale que l’Europe se retrouve dépourvue d’outils critiques, alors que ces modèles sont capables de découvrir des failles de cybersécurité inconnues ou d’automatiser des attaques.
Sans accès à ces technologies, les États européens sont exposés à des risques majeurs : espionnage, sabotage de leurs infrastructures, ou même perte de souveraineté numérique.
Pire encore, cette décision montre que l’écart technologique se creuse. Avec l’auto-récursivité (où une IA peut améliorer ses propres successeurs), un retard de quelques mois peut se transformer en décennies de dépendance. L’Europe, déjà en retard sur les États-Unis et la Chine, risque de devenir un simple spectateur !
Tout n’est pas négatif. Loin de là. L’Europe compte sur des acteurs comme Mistral AI pour réduire sa dépendance. Pourtant, malgré des ressources comparables (Mistral dispose de 44 MW de puissance de calcul, contre 70 MW pour le modèle chinois GLM-5.2), l’Europe accuse un retard en agentique (capacité des IA à agir de manière autonome) et en qualité des données.
Sans talents spécialisés, sans accès à des données stratégiques (santé, cybersécurité, administration), et sans boucles de feed-back en conditions réelles, les modèles européens peinent à rivaliser.
L’écart n’est pas insurmontable. La Chine prouve qu’avec des investissements ciblés (recrutement de talents, accès à des données anonymisées, adoption forcée par les administrations locales), on peut combler le retard rapidement. Mais, pour cela, l’Europe doit agir maintenant et non dans 25 ans, comme ce fut le cas pour les GAFAM.
Si l’Europe ne réagit pas rapidement et collectivement, elle risque de perdre son autonomie technologique.






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