Entre l’absence de budget et les tensions internationales qui menacent le multilatéralisme, dire que 2026 a débuté sous le signe de l’incertitude relève du doux euphémisme. À quoi doit s’attendre l’industrie française pour 2026 ? Voici quelques éléments de réponse.
Le contexte international menace le multilatéralisme
Dans un article publié le 14 janvier sur son site, l’ONU alarme sur les risques causés par le contexte international actuel et ses conséquences désastreuses sur le multilatéralisme, un système qui « se désagrège pièce par pièce », selon les mots de la présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock.
Il est vrai que l’année a commencé très fort, avec la capture par Washington du président vénézuélien en exercice, et le retrait annoncé des États-Unis d’une trentaine d’entités onusiennes et de 66 organisations internationales. En outre, devant l’obstination de Donald Trump à vouloir s’emparer du Groenland, la montée des impérialismes chinois et russe, il faut reconnaître que le désordre international actuel a de quoi inquiéter.
S’il est malheureusement impossible de prévoir l’avenir, il est malheureusement certain que le retour d’une compétition débridée et la lente fragmentation du monde auront des conséquences à long terme sur le commerce mondial, l’économie et l’industrie. Dans ce contexte incertain, il est donc vital de construire des filières de fournisseurs à la fois résilientes et compétitives et de poursuivre les efforts de réindustrialisation.
Industrie de l’armement : fort soutien de l’État, mais toujours pas de budget !
Cette montée des tensions internationales est néanmoins favorable à l’industrie de la défense. Selon l’Insee, l’industrie française de défense, qui a vu son carnet de commandes fortement augmenter depuis l’invasion de l’Ukraine, se porte désormais mieux que le secteur de l’industrie manufacturière.

Néanmoins, tout n’est pas rose pour autant. Il y a d’une part la montée en cadence de la production, qui reste un défi pour l’industrie de la défense française. Celle-ci doit, en effet, passer d’une fabrication en flux tendu et en petites séries à un modèle d’« économie de guerre », avec une production massive, ce qu’elle affirme ne pas pouvoir faire sans commandes fermes.
Dans ses vœux aux armées, Emmanuel Macron a d’ailleurs rappelé à l’ordre les industriels de la défense, les enjoignant à prendre plus de risques sur l’appareil de production, à augmenter encore les cadences pour être prêt en cas de conflit et à faire de l’indépendance une obsession.
Mais l’État aussi devra faire sa part, la question du budget des armées restant toujours en suspens, pour des raisons purement politiques. Dans l’Usine Nouvelle, Olivier Andriès, président du Gifas, s’inquiète ainsi de l’absence de budget pour 2026, ce qui pourrait compromettre la bonne exécution de la loi de programmation militaire. Sans budget, que deviendra la hausse attendue de 6 milliards d’euros pour le budget des armées ?
Gigafactories de batteries : ouvertures et montées en puissance en 2026
Ces dernières années, plusieurs projets de gigafactories ont émergé et nombre d’entre eux vont monter en cadence ou ouvrir en 2026, notamment dans la vallée de la batterie (Hauts-de-France). C’est le cas, par exemple, de la gigafactory Verkor de Dunkerque, inaugurée le 11 décembre 2025 et dont les 16 GWh de capacité initiale sont réservés aux véhicules électriques du Groupe Renault.
De son côté, la gigafactory AESC de Lambres-lez-Douai devrait bientôt tourner à plein régime, alors que l’usine de Tiamat prévoit de sortir ses premières batteries en 2026. Pour ce qui est du projet du Taïwanais ProLogium, en revanche, il faudra attendre 2028 pour la mise en production, puisque la première pierre de l’usine devrait être posée en février prochain.
Les réglementations environnementales se renforcent en 2026
La taxe carbone aux frontières (Règlement (UE) 2023/956 du 10 mai 2023) est entrée en vigueur au 1er janvier 2026. Elle concerne les importateurs d’acier, d’aluminium, de ciment, d’engrais, d’électricité et d’hydrogène, qui devront payer pour les émissions liées à ces produits.
Depuis le 1er janvier, la loi « polluants éternels » impose également la détection de la présence des 20 principaux PFAS dans l’eau potable. En outre, elle signe également l’interdiction des PFAS dans les cosmétiques, les farts (revêtement sous les skis), ainsi que les vêtements, chaussures et leurs imperméabilisants, à l’exception des équipements de protection utilisés par certaines professions, comme les militaires ou encore les pompiers.
Fiscalité : ce qui attend les industriels en 2026
Enfin, concernant la fiscalité des entreprises, la suppression de la CVAE, initialement prévue pour 2024, puis repoussée à 2027 (loi de finances 2024) a encore été retardée, cette fois à 2030, pour des raisons budgétaires. En 2026, les entreprises restent donc redevables de la CVAE.
D’autres mesures fiscales affectent aussi l’industrie en 2026 : si le suramortissement de 40 % en faveur des équipements de décarbonation (loi Industrie verte 2023) reste actif en 2026, d’autres mesures exceptionnelles vont pénaliser les bénéfices des entreprises, notamment les plus grosses.
Citons, par exemple, la contribution exceptionnelle sur l’impôt sur les sociétés, une mesure qui touchera près de 400 entreprises dont le chiffre d’affaires consolidé est supérieur à 1 milliard d’euros et qui pèsera malheureusement sur les trésoreries tout au long de l’année.









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