Accepter ou non l’homme augmenté : et si le débat était ailleurs ?

Nicolas Ledévédec, sociologue (Université de Montréal et HEC Montréal) travaille depuis plusieurs années sur les questions que posent le concept actuel d’homme augmenté (Human Enhancement). Il est aussi une des rares voix qui s’élèvent pour replacer le débat dans une approche historique, sociale et politique. Humaine, quoi. Dépassant le simple et simpliste clivage « Pour ou Contre le transhumanisme ? ». A travers son ouvrage,  La Société de l’amélioration. La perfectibilité humaine des Lumières au transhumanisme (Ed. Liber – 2015) ou ses articles parus dans la revue SociologieS, il dénonce le renversement de paradigme de nos sociétés qui sont passées d’un idéal humaniste d’amélioration de l’homme dans et par la société à un idéal d’adaptation de l’homme à des contraintes normatives excluant généralement « la vie » et la collectivité.

Des extrémistes aux gestionnaires

Nicolas Ledévedec distingue trois groupes aux positions différentes face à la question de l’amélioration de l’Homme. Les « Pro » transhumanisme, comme ceux qui animent le mouvement officiel Humanity+, qui nient tout danger fondamental à l’augmentation technique de l’humain et y voient la suite logique de l’évolution de l’Homme. Les « contre », qu’il nomme « bioconservateurs », qui se construisent en opposition, refusant en bloc, les avancées techniques, quitte à nier celles déjà développées et utilisées. Dans ces deux groupes, l’approche est centrée sur la liberté individuelle, sortie de son contexte social. Le troisième groupe, les « bioéthiciens », qui veulent se placer dans une posture « responsable et pragmatique ». Ils avançent l’idée que l’amélioration de l’humain repose sur des avancées technologiques, qui ne sont que des outils dont il faut gérer les risques et les bénéfices possibles. Cette gestion doit, selon eux, se faire sur la base de concepts de liberté et d’autonomie, de santé et de sécurité et de justice et d’équité. Bien que leur position semble la plus raisonnable, souligne le sociologue, elle n’interroge en aucun cas le contexte culturel et social dans lequel naissent les techniques et les objets d’amélioration.

Un humain instrumentalisé, normé, compétitif

En partant de l’exemple des médicaments psychotropes, Nicolas Ledévédec, démontre comment l’amélioration des capacités cognitives par la prise de médicaments tels que le Ritalin n’est pas présenté dans notre société comme un « mieux que bien » mais en fait comme une béquille nécessaire « pour pallier notre condition fondamentalement déficiente ». Ces médicaments ne nous libéreraient pas de l’effort ou du travail, écrit-il, mais nous permettraient au contraire de nous y conformer. L’humain augmenté ne serait alors qu’un « humain biomédicalisé, adaptable aux exigences d’une société axée sur la performance et la concurrence ».

Un idéal opposé à celui des Lumières

Le sociologue rappelle que « l’humanisme, tel qu’il est proposé depuis le siècle des Lumières, se fonde sur l’émancipation de l’humain par l’amélioration des ses conditions de vie sociale et politique. » Et ces principes se retrouvent dans la plupart des textes fondateurs de nos sociétés. Prenons par exemple, le code du travail. L’article L4121-2 énonce les principes à la base de la santé-sécurité au travail (qui s’imposent à tous les employeurs en Europe) : adapter le travail à l’homme, donner la priorité aux mesures de protection collective… Le transhumanisme lui prône l’adaptation de l’homme et la gestion de la vie par l’individualisation. Mais à quoi ? Aux normes occidentales de l’homme idéal : toujours plus fort, plus beau, plus performant, efficace, vivant plus longtemps, sans faiblesse… Adieu donc, hasard, imperfection, sensibilités. Une déshumanisation liée à la technologie qui est aussi dénoncée par d’autres – comme Jaron Lanier et son manifeste pour remettre l’homme au centre de la technologie. Alors, quand on accepte « l’homme augmenté », la question à poser, c’est « l’homme augmenté » de quelle société ?

Par Sophie Hoguin

Transhumanisme : les théories sont-elles crédibles d’un point de vue scientifique ?

S’il y a un point sur lequel Jean Guilhem Xerri a insisté tout au long de la conférence, c’est bien de « regarder les choses avec son opinion, en essayant de croiser les réflexions ». Aussi, a-t-il été proposé différentes lectures de ce courant de pensée et surtout de nombreuses questions soulevées, sans qu’aucune réponse définitive n’ait été donnée ; seulement des observations pour nous aider à développer notre appréciation.

« L’affranchissement du corps », un idéal transhumaniste.

« Par essence le transhumanisme n’aime pas le corps humain, mortel, subissant sa propre biologie. Améliorer son corps grâce aux technologies, voire s’en affranchir, fait partie des espérances revendiquées. » La dynamique est d’ores et déjà lancée, d’une certaine manière, si l’on songe aux greffes d’organes, aux prothèses qui améliorent le quotidien de nombreuses personnes. « On se dirige vers une réalité artificielle, entendre non-biologique. Une nouvelle ère s’annonce, faites de greffes d’organes artificiels (reins, coeur, etc.), où les technologies s’intègreront davantage au corps humain (puces).» Les perspectives transhumanistes évoquent donc une hybridation homme/machine très forte dans un futur proche : l’homme ressemblerait à un cyborg.
Dans cette logique d’affranchissement, « s’attacher à son corps pourrait devenir archaïque. » Le conférencier fait ici référence à l’homme considéré comme le « pape des transhumanistes », Raymond Kurzweil qui défend le concept, qui paraît somme toute assez dingue, de téléchargement de la pensée pour atteindre « l’immortalité cybernétique ». Dans les grandes lignes, il s’agit de transférer la réalité biologique d’un individu, sa réalité cognitive, dans une réalité artificielle comme un environnement cybernétique.

« La vie avec les robots intelligents »

Ce n’est plus qu’une question de temps, au rythme où les technologies avancent, un jour, les robots ne seront plus seulement fonctionnels. Si l’on ne connaît pas encore tout à fait la direction que prendra leur évolution, il n’est pas exclu qu’ils aient bien d’autres usages. « On peut imaginer que des robots de compagnie disposeront de l’empathie nécessaire pour tenir une conversation ou que des robots instituteurs pourront répondre à toutes sortes de questions, plus rapidement et précisément que des humains, etc. » Des pays comme le Japon et la Corée, confrontés au vieillissement de leur population, seraient en avance sur ces problématiques et investiraient conséquemment dans cette recherche pour prendre en charge les seniors. À priori, ce ne serait donc qu’une question de temps, mais on y arrive. Tout comme nous nous approchons du jour où l’intelligence artificielle dépassera celle de l’homme.

Les perspectives transhumanistes sont-elles sérieuses ?

Faut-il y croire, ou plutôt, ces théories sont-elles crédibles, ne serait-ce que d’un point de vue scientifique ? Au travers de la conférence, Jean Guilhem Xerri a tenu à nous questionner sur les problématiques émergeant du transhumanisme, mais quid de la faisabilité ? Certaines choses pourraient nous faire dire que oui, selon lui, comme la qualification des acteurs se réclamant du transhumanisme (mathématiciens, philosophes, ingénieurs, Google) ou encore l’évolution fulgurante des technologies ces dernières décennies. « Qui aurait pu croire que l’on aurait pu faire tenir une bibliothèque dans un disque dur ou reprogrammer des cellules ? Dans un passé pas si lointain, cela relevait de la science-fiction ».
En contrepoint, le conférencier a rappelé que l’inverse était vrai aussi. Bon nombre d’acteurs de haute volée émettent des doutes. Des pointures telles que Elon Musk, Stephen Hawkins ou Bill Gates, pour ne citer qu’eux, s’en inquiètent, notamment de l’avancée de l’intelligence artificielle chez les robots. Qui plus est, le transhumanisme est fait de sensibilités et d’objectifs essentiels parfois très différents, ce qui peut compliquer la réussite du « défi du transhumanisme ».

« Le sujet du transhumanisme : la nature humaine »

La croyance en ces théories n’est pas importante, finalement, pour Jean Guilhem Xerri. Leur intérêt réside surtout dans le fait d’apporter de nouvelles questions sur la définition de l’humanité. Par exemple, « s’il n’y a plus de maladies, il n’y a plus de soins, très bien, mais qu’advient-il alors de l’attention à l’autre ? Si nous n’avons plus besoin les uns des autres, que l’on coupe court à l’interdépendance et que l’on tend vers une autonomie complète, cela n’aurait-il pas, à terme, un effet déshumanisant ? » Cela pose donc des questions sur ce qu’est la finalité réelle du transhumanisme.

À quel moment l’homme sort-il du cadre d’être humain ? Si le sujet de l’hybridation homme/machine a été abordé, comment doit-on ou peut-on le percevoir d’un point de vue philosophique : « un être humain transformé est-il toujours un être humain ? Ne sommes-nous qu’un amas de gènes mal foutus, de cellules que l’on peut améliorer ? Il me semble qu’il y a une réalité immatérielle chez l’homme que l’on pourrait définir par tout un ensemble de choses telles que la capacité à donner, l’imagination, la solidarité, les convictions, l’amour, le langage, ce que l’on appelle l’âme, quelque chose chez l’homme qui dépasse l’homme. » Jean Guilhem Xerri a évoqué aussi la vie intérieure et ce principe de liberté intérieure qu’il faut nourrir à chaque instant et que peut-être l’on ne pourra jamais créer ou remplacer.

Source : Conférence « Le défi du transhumanisme, de la réalité à la science-fiction »

Par Sébastien Tribot

Implants, prothèses, organes artificiels… jusqu’où réparer le corps ?

Les progrès de la science liés à la médecine font des bonds de géants. Dans le monde entier, des chercheurs tentent de “réparer“ ceux qui en ont besoin, parfois en les transformant en véritables cyborgs.

Aujourd’hui, grâce à la technologie bionique, le corps humain tend à devenir artificiel, fait de prothèses “intelligentes” (pouvant être contrôlées par la pensée), d’implants et d’organes imprimés 3D.

(KIKA) - LOS ANGELES - Ian Reis, 37enne pompiere scozzese, e' stata la prima persona al mondo a montare una protesi i-Limb Pulse. L'arto artificiale e' a tutti gli effetti un braccio bionico. I-Limb Pulse ha un software interno che sfrutta la connettivita' bluetooth per permettere all'utente di impostare, attraverso un programma per computer, i movimenti da far compiere all'arto a seconda dell'azione che intende effettuare. mh/CB2/ZOB/wenn©kikapress.com
(KIKA) – LOS ANGELES – Un pompier écossais qui a perdu sa main dans un accident, et sa main bionique “i-Limb Pulse”. (Credit: Touch Bionics)

Ce n’est pas de la science-fiction, et ce n’est pas non plus le simple fantasme des adeptes du courant transhumaniste – ces scientifiques et penseurs qui prédisent un futur où l’être humain pourra améliorer ses performances. Les exemples ne manquent pas, qui laissent entrevoir un avenir où (presque) tout pourra être réparé.

Un coeur artificiel

Aujourd’hui, un organe malade ou un membre amputé peuvent être remplacés, telles des pièces détachées. Le pacemaker était déjà une grande avancée, mais bientôt, les personnes souffrant de problèmes cardiaques devraient pouvoir se faire implanter un coeur totalement artificiel.

En France, la société Carmatsa a conçu le premier cœur artificiel bioprothétique. Cet organe “complet” est composé, comme un cœur naturel, de 4 valves, de 2 ventricules et d’un système de régulation. Techniquement, le coeur est au point. Reste à passer la phase des tests. Objectif, pour Carmat : produire en masse ce cœur artificiel “total”, une fois la “salle blanche” (de fabrication) prête.

Moins sophistiqué que la prothèse française, le cœur artificiel de l’américain Syncardia est alimentée par un système externe de 6 kilos. Il a déjà été posé chez plus de 1300 patients dans le monde (300 en France). Il est “provisoire”, car destiné aux malades en attente de greffe – mais des essais sont en cours aux Etats-Unis pour une implantation permanente.

D’autres organes sont susceptibles d’être remplacés par une version “artificielle”. Ainsi, au CHU de Montpellier, une équipe de scientifiques planche sur un système utilisant des cellules pancréatiques non humaines, implantées dans une poche en matériaux biocompatibles, et permettant de concevoir un pancréas bio-artificiel, qui “assurerait la sécrétion d’insuline” – un espoir pour les 10 millions de diabétiques à travers le monde.

Des prothèses intelligentes

Depuis plus de 20 ans, dans les pas des prothèses “intelligentes” conçues par l’armée américaine à destination de ses soldats blessés et amputés, les chercheurs en robotique rivalisent de projets. Finis, les bras en cire inertes. Désormais, les personnes amputées portent des membres “bioniques”, munis d’électrodes.

L’exemple le plus emblématique est celui de Jesse Sullivan. En 2005, cet Américain a perdu ses deux bras à la suite d’une électrocution. Aujourd’hui, il porte des prothèses de bras bioniques. Grâce à elles, il peut accomplir de nombreux gestes de la vie quotidienne – comme saisir un verre d’eau. Tout cela… par la pensée.

Pour parvenir à ce résultat, les ingénieurs en biomécanique de l’Université Northwestern et du Centre pour la médecine bionique de Chicago ont “relié” la prothèse au cerveau, grâce à des électrodes, qu’ils ont placés au niveau des terminaisons nerveuses du membre disparu. Depuis les nerfs, un “signal” est transmis à un micro-ordinateur, situé dans le bras bionique.

Les prothèses myoélectriques restent chères (environ 10 à 15 000 euros pour les modèles d’Otto Bock, de Touch Bionics et de RSLSteeper, leaders du marché). Mais les mains et les bras low cost se développent peu à peu – le plus souvent en open source.

Ainsi, la main bionique Handiii, mise à disposition des internautes par le japonais Exiii, est imprimable en 3D, pour un coût de 179 euros. Le système est moins sophistiqué que celui animant les bras de Jesse Sullivan : il s’agit d’un petit capteur, placé sur le bras, et qui s’active via un smartphone, lors de la contraction d’un muscle.

Lève-toi et marche

Plus fort encore : désormais, des exosquelettes, des prothèses et des implants permettent aux paraplégiques de remarcher. En 2012, Claire Lomas, paralysée suite à un accident de cheval, a parcouru plus de 40 km à pied lors du marathon de Londres, grâce à des jambes bioniques.

Conçu par le japonais Cyberdyne, l’exosquelette robotique HAL (Hybrid Assisted Limb) se porte comme une combinaison. Il utilise les signaux émis par le cerveau de son porteur (handicapé, le plus souvent paraplégique), afin de le faire marcher.

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La plupart des exosquelettes déjà disponibles sur le marché, comme HAL ou Ekso, nécessitent toutefois l’utilisation de béquilles pour se stabiliser. Pour remédier à ce problème, la startup française Wandercraft conçoit un exosquelette qui utilise l’équilibre dynamique de l’utilisateur afin de le stabiliser et de lui permettre de commander ses déplacements. Il permet ainsi aux paraplégiques ou aux myopathes de marcher à nouveau, sans béquilles. Sa commercialisation auprès des établissements de soin est prévue pour 2017.

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Imprime ton organe

Les prothèses de bras, de mains ou de jambes ne sont plus les seules “pièces” du corps humain susceptibles d’être conçues via une imprimante 3D. En février 2016, l’équipe du docteur Ralph Mobs a réalisé la greffe d’une vertèbre artificielle (en titane), imprimée en 3D.

En 2014, des chirurgiens néerlandais ont de leur côté utilisé une imprimante 3D… pour implanter un crâne artificiel, en polymère. “Pour fabriquer l’implant, il fallait d’abord créer un modèle en 3D du crâne de la patiente. Un scanner a été réalisé pour obtenir une image de sa forme optimale. Après l’impression d’une copie tridimensionnelle à partir du fichier numérique, l’opération a ensuite consisté à enlever le crâne malade et à le remplacer par l’artificiel”, explique Sciences et Avenir.

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UMC d’Utrecht

Enfin, last but not least, l’impression de vaisseaux sanguins. Grâce à une imprimante 3D, des chercheurs de l’Université de Sydney, de Harvard, de Stanford et du MIT, ont mis au point un “réseau vasculaire artificiel”. Il imite le système de circulation du sang dans le corps humain, et permet d’alimenter des cellules humaines en nutriments essentiels, ainsi qu’en sang. Une avancée technologique qui devrait permettre, un jour, d’aller plus loin que la fabrication de tissus imprimés simples, pour créer des structures vascularisées – et imprimer de véritables organes. Pourquoi pas un cœur artificiel, comme le prévoient depuis 2013 des scientifiques de l’université de Louisville ?

Par Fabien Soyez

Demain, vivrons-nous 1000 ans ?

Les transhumanistes espèrent et prévoient un avenir libéré des maladies. Dans cet idéal, l’homme vivrait plus longtemps puisque son corps ne serait plus entravé par le vieillissement de ses cellules et ses capacités physiques et cérébrales seraient bien plus poussées qu’aujourd’hui. Les spéculations vont bon train sur le sujet. Le transhumaniste Aubrey de Grey, dans une interview accordée à 01net, déclarait comme possible l’allongement de la vie à 1000 ans. D’autres ont estimé qu’il était plus probable que la durée de vie s’allonge de 20 à 30 d’ici quelques décennies. Tous, en tout cas, ont argué le fait que l’évolution de l’homme était continue, et que du fait des améliorations technologiques, elle irait sûrement de plus en plus vite. Après tout, la loi de Moore n’a toujours montré de signes de faiblesse, alors pourquoi pas ? Et puis, nous assistons à un bouleversement en médecine, grâce à l’émergence de nouvelles technologies. Selon Jean-Michel Besnier, philosophe à l’université Paris-Sorbonne, « nous sommes passés d’une médecine qui soigne à une médecine qui répare, la mort étant la panne ultime qui résiste. Dans le futur le docteur sera remplacé par une sorte d’ingénieur expert en données ».

La bio-impression 3D au service de la médecine régénérative
Le développement fulgurant de cette technologie ces dernières années offre de belles perspectives dans bien des domaines. Des objets en plastique, en métal, en bois, des textiles, et même des aliments sont déjà produits par des imprimantes 3D. L’innovation à présent se situe autour de l’impression de tissus et d’organes humains, ce que l’on appelle la bio-impression 3D. Là encore, les projets se multiplient. Une équipe de l’université de Harvard s’est par exemple servi de cellules vivantes pour élaborer des tissus cellulaires, allant même jusqu’à recréer un réseau de vaisseaux sanguins pour le transport de l’oxygène et des nutriments. L’Oréal, en partenariat avec la start-up américaine Organovo, projetterait la fabrication de peau humaine pour tester ses nouveaux produits. Toutefois, des limitations scientifiques demeurent encore. Il n’est pas, à ce jour, possible d’imprimer un organe entier à cause de sa complexité. Ce le sera peut-être dans une trentaine d’années, voir davantage, a avancé avec précaution Fabien Guillemot, fondateur de l’entreprise Poietis, spécialisée dans la bio-impression. En attendant, la recherche se concentre sur le développement des briques constituantes des organes, comme les tissus.

La médecine régénérative

La recherche dans le domaine des cellules souches – ces cellules qui ne se sont pas encore différenciées, et qui peuvent encore se transformer en n’importe quelle cellule – et de la médecine régénérative est pleine de promesses. Les cellules souches sont principalement connues pour être utilisées dans des thérapies visant à fournir des traitements pour des maladies cardiaques ou des maladies dégénératives (Parkinson, Alzheimer, etc.) mais elles sont aussi étudiées pour la culture d’organes fonctionnels et de différentes parties du corps. De nombreuses équipes scientifiques, partout dans le monde, basent leurs recherches sur ce point. Comme celle du Riken Center for Developmental Biology à Kobe, qui travaille à la création de glandes pituitaires, à partir de cellules souches embryonnaires humaines, dans l’idée de les transplanter un jour sur l’homme. Ou encore celle du chercheur japonais Shinya Yamanaka, dont les travaux sur les cellules souches pluripotentes induites (IPS), permettant de produite tout type cellulaire, ont été récompensés d’un prix Nobel de médecine en 2012. Beaucoup considèrent ce pan de la recherche scientifique biomédicale comme un moyen d’apporter des améliorations biologiques, qui pourraient un jour mettre fin au processus de vieillissement et, qui sait, à cette fatalité ultime : la mort.

Certains acteurs transhumanistes voient plus loin que la perspective médicinale, et s’imaginent un homme pourvu d’un attirail technologique qui décuplerait ses performances : un homme augmenté. Il serait doté de prothèses ou d’autres éléments, courrait plus vite que la moyenne, verrait la nuit, disposerait d’une force extraordinaire et pourrait effectuer des tâches humainement irréalisables. La technologie servirait à l’homme à surpasser sa condition. Si la nature de cette ambition reste à déterminer – doit-on la classer dans le domaine du fantasme, ou d’une réalité tangible ? – c’est aussi l’aspect éthique qu’il faut considérer. L’innovation au service d’un handicap n’est pas remise en cause. En revanche, si elle n’a plus finalité de guérir ou de réparer mais plutôt d’améliorer l’homme, et donc de le transformer, doit-on fixer des limites ?

Les prothèses

Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes pas encore là bien que des technologies existantes remplacent déjà certaines parties du corps. On recense à ce jour une quantité de plus en plus importante de prothèses bioniques, comme le bras myoélectrique Bebionic, qui permet à son détenteur d’effectuer les mêmes mouvements qu’un bras ordinaire ; à ceci près que le sens du toucher n’est pas encore intégré. Ou encore, la main bionique Handiii, développée par la société japonaise Exiii, fonctionnelle et sensible aux évolutions grâce à sa disponibilité en open source, est actuellement la plus abordable sur le marché. Les technologies bioniques ne cessent de se développer, et les prix, grâce aux efforts collaboratifs et la mise en open source de quelques projets, tendent à se réduire considérablement.

Quel effet l’allongement de la vie aurait dans notre société ? Les années de travail seraient-elles augmentées en conséquence ou les années de retraite peut-être ? Le nombre d’être humain dépasserait-il un seuil critique, en matière de gestion des ressources et des espaces ?

Au-delà des enjeux éthiques derrière l’émergence de ces technologies, d’autres questions sont soulevées. Concernant la crédibilité d’une part, peut-on estimer que « la vieillesse est-elle une maladie comme une autre ? » Est-ce qu’en combinant toutes ces innovations et celles à venir, l’homme pourra défier la mort ou vivre jusqu’à 1000 ans ? À priori, le temps nous le dira, ou le dira aux générations suivantes.

Par Sébastien Tribot

Odorat, vue, toucher… Peut-on réparer les 5 sens ?

La science permet non seulement aux paraplégiques de remarcher, ou aux personnes amputées de retrouver leur membre disparu, mais elle permet aussi à ceux qui ont perdu l’un de leurs sens, de le recouvrer.

Restaurer le sens du toucher

Les prothèses intelligentes sont “intelligentes” parce qu’elles peuvent être commandées par la pensée, mais aussi parce que, désormais, elles permettent de retrouver le sens du toucher. L’italien Pierpaolo Petruzziello et le danois Dennis Aabo Sørensen bénéficient ainsi d’une main robotique, conçue par une équipe de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne, qui leur permettent de ressentir ce qu’ils touchent.

Connectée au système nerveux par des fils et des électrodes implantés dans les nerfs, contrôlable par l’esprit, la prothèse, baptisée “LifeHand”, permet de saisir des objets, mais aussi de sentir les objets tenus. Concrètement, des capteurs sont reliés aux tendons de chaque doigt et aux nerfs du bras, où des électrodes ont été implantés. Des ordinateurs convertissent le signal des capteurs en une forme capable d’être détectée par les nerfs. Les électrodes envoient ainsi une sorte de “feedback sensoriel”, ou “feedback tactile”.

La DARPA, agence de recherche de l’armée américaine, veut aller plus loin en permettant aux personnes amputées de ressentir la position et le tonus de leurs membres artificiels. Cette forme de sensibilité profonde, la proprioception, nous permet notamment de savoir comment sont positionnés nos bras et nos jambes, même sans les voir.

Le programme Haptix (Hand Proprioception and Touch Interfaces) consiste à développer des interfaces permettant de mesurer et de décoder les signaux moteurs envoyés par les nerfs et les muscles. La prothèse conçue par la DARPA a été testé avec succès, procurant à son utilisateur (un patient paralysé depuis 10 ans suite à une blessure à la moelle épinière) des sensations tactiles.

“Au lieu d’appuyer sur un seul doigt, un membre de l’équipe a appuyé sur deux doigts sans le dire au patient. Ce dernier a répondu en plaisantant qu’on essayait de le piéger. Là, nous avons compris que les sensations qu’il percevait à travers la prothèse étaient proches des sensations naturelles”, indique Justin Sanchez, qui dirige les recherches à la DARPA.

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Autre sens, mais même principe, avec les “yeux bioniques”, qui permettent de donner, ou de redonner, la vue aux aveugles. Fruit de 20 ans de recherche, Argus II, conçu par le laboratoire Second Sight, est actuellement en cours de test. Cette rétine artificielle se compose d’une paire de lunettes qui enregistre l’image, et d’électrodes implantés sur la rétine, qui reçoivent l’information visuelle par impulsions électriques.

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L’oeil bionique de Second Sight a permis de redonner une vision, même partielle, à des aveugles ou à des personnes souffrant de maladies dégénératives. Des patients sont allés jusqu’à percevoir des mouvements, s’orienter et se déplacer, reconnaître des objets, et lire des caractères. Seul bémol : cet implant oculaire reste cher. Il faut ainsi débourser 115 000 euros pour un tel appareil.

Implants cochléaires et “nez électroniques”

Pour les sourds et malentendants, cela fait déjà vingt ans que l’implant cochléaire existe. Porté par plus de 200 000 personnes à travers le monde, cet implant est divisé en deux : un microphone placé derrière l’oreille, et des électrodes implantés sous la peau. Grâce à ce système, qui coûte environ 45 000 euros (couvert par la Sécurité sociale en France), un sourd, même de naissance, peut recouvrer l’ouïe.

En ce qui concerne l’odorat, sens très important pour l’être humain (notamment pour des questions de sécurité), les recherches n’en sont par contre, encore à leurs balbutiements. Mais des prototypes de “nez électroniques” sont en cours de conception. En France, la startup Aryballe Technologies, issue du CEA-CNRS, met ainsi au point un prototype, composé de nano-capteurs d’odeurs. Ceux-ci imitent les récepteurs olfactifs humains. Un espoir pour les patients qui souffrent d’anosmie (perte de l’odorat).

Pour l’instant, le prototype d’Aryballe Technologies, NeOse, ne capte qu’une trentaine d’odeurs, contre 10 000 pour le nez humain, mais la startup ne compte pas s’arrêter là. Son idée est de développer un véritable dispositif d’intelligence artificielle, basé sur les réseaux de neurones (le “deep learning” cher à Google et AlphaGo), capable de reconnaître les odeurs (les composés organiques volatils, ou COV) et d’apprendre de ses erreurs.

De l’homme réparé à l’homme augmenté

De la réparation à l’augmentation, il n’y a qu’un pas. Les dispositifs permettant de recouvrer nos sens, ne pourraient-ils pas aussi nous servir à les décupler ? Par exemple, en nous permettant de voir plus loin ? Ce sera l’objet de l’épisode suivant de ce dossier, consacré à l’homme augmenté.

Par Fabien Soyez

Homme augmenté : où en sont les recherches ?

Les NBIC ouvrent la voie à l’“human enhancement” dont rêvent les transhumanistes. Bientôt, l’Homme réussira-t-il à vaincre les maladies… jusqu’à devenir immortel ? Revue des pistes les plus futuristes.

Exosquelettes et génétique : les pistes les plus concrètes

Demain, tous des “Iron Man” ? Au MIT, des chercheurs conçoivent des exosquelettes qui apportent 2 membres robotisés à leurs utilisateurs, en plus de leurs bras réels. Ces “membres robotiques surnuméraires » “suppléent” leurs porteurs, notamment lors d’un travail pénible.

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Crédit : MIT d’Arbeloff Laboratory

De son côté, la DARPA conçoit une armure de combat futuriste, Talos. Cette “Iron Man Suit” résistera aux balles, aux chocs, au feu… et augmentera la force physique de son porteur.

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Crédit : DARPA

“Tuer la mort” grâce à l’ADN

Plus forts, plus longtemps ? L’allongement de la durée de vie mobilise des centaines de projets scientifiques. Dans son labo (Calico), Google effectue des recherches sur l’ADN, le vieillissement et les maladies, afin de “tuer la mort”. Des généticiens essaient notamment d’agir sur la télomérase, enzyme responsable de l’espérance de vie des cellules.

La biologie de synthèse permet de son côté de transformer des micro-organismes en “usines cellulaires” – produisant des molécules thérapeutiques. Certaines entreprises, comme Eligo Bioscience, conçoivent des “antibiotiques intelligents” et des virus synthétiques, qui détruisent des bactéries ou des tumeurs de façon localisée.

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Crédit : Adimab

Adimab conçoit des anticorps thérapeutiques, ou immunoglobulines. Ces molécules sont conçues par les globules blancs, mais la société les fabrique à partir de souches de levures et d’ADN. Ses spécialistes en biologie structurale créent des “systèmes immunitaires synthétiques”, qui stimulent les antigènes liés à des maladies infectieuses ou au cancer.

A noter que le monde génétique intéresse aussi les “body hackers”, ou “bio hackers”, qui tentent de modifier la couleur de leurs yeux ou leur formule sanguine par des traitements génétiques.

Nanotechnologies : l’aventure intérieure

Les nanotechnologies sont au coeur des espoirs transhumanistes – toujours pour “tuer la mort”. Grâce à l’infiniment petit, nous devrions pouvoir faire entrer dans notre corps des robots (“nanorobots”) et de petites capsules (“nanomédicaments”) capables de réaliser des opérations chirurgicales, dans des zones du corps difficiles d’accès, ou encore d’analyser notre état de santé.

A Zurich, des chercheurs conçoivent des robots microscopiques, qui se déplacent grâce à des électroaimants. La technologie n’est pas opérationnelle, mais des tests ont déjà été menés dans l’oeil d’un patient. Ces nanorobots devraient permettre de réparer les cornées des malvoyants.

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Crédit : Multi-Scale Robotics Lab (Zurich)

Côté nanomédicaments, des chercheurs du MIT conçoivent une “insuline intelligente”. Cette pilule délivrera aux diabétiques la bonne dose d’insuline, au bon moment. En France, le chercheur Patrick Couvreur a inventé des “nanocapsules”, contenant des médicaments, qui sont envoyées vers une “cible” précise, afin de lutter contre le cancer.

Cerveau : les rêves les plus fous des transhumanistes

Le “mind uploading” fait partie des projets les plus fous menés par des chercheurs transhumanistes. Un milliardaire russe, Dmitri Itskov, a réuni une trentaine de scientifiques, qui tentent de créer un “cerveau artificiel”. Il prévoit de réaliser, d’ici à 2045, un “robot-copie” de son corps. A la fin de sa vie, il espère pouvoir transférer sa conscience dans cet “avatar”, et accéder à l’immortalité. Son “corps”, robotique puis sous forme d’hologramme, serait indestructible.

Ce projet n’en est qu’à ces balbutiements. Mais nombre de scientifiques estiment que ce qui définit un humain (pensées, souvenirs) est inclus dans son « connectome » (la façon dont sont connectées entre elles les cellules du cerveau). Si nous parvenions à cartographier un connectome, rien n’exclut, pour les chercheurs, la possibilité de modéliser l’ensemble de ses informations en un ensemble numérique fonctionnel. Dès lors, il serait possible de “transférer” cet ensemble sur un support de stockage.

Et déjà, des neuroscientifiques tentent de décrypter et de “cartographier” le cerveau. Le “Human Brain Project” vise à modéliser un cerveau humain, afin de combattre les maladies neurologiques. Ce projet, basé en Suisse, a été choisi comme projet scientifique phare de l’UE.

Mémoire artificielle et superintelligence

La neurostimulation nous rendra-t-elle plus intelligents ? La Darpa planche sur un implant cérébral permettant aux victimes de lésions cérébrales de retrouver leur souvenirs… mais qui pourrait aussi être utilisé pour implanter de nouveaux souvenirs à des personnes valides, afin de leur procurer un “apprentissage accéléré”.

En Californie, des scientifiques du HRL Laboratories tentent de concevoir une technologie nous permettant de « charger » notre cerveau avec des informations. Grâce à la neurostimulation, il serait ainsi possible d’accélérer l’apprentissage et d’améliorer la mémoire.

Par Fabien Soyez

Génie génétique : les dérives possibles continuent de CRISPeR le débat

« CRISPR-Cas9 », à prononcer « crispeur casse 9 », a été élue innovation scientifique de l’année 2015 par le magazine Science. Évidemment. Depuis 2012, cet outil de génie génétique a ouvert la porte à des manipulations de l’ADN faciles, rapides, efficaces et peu coûteuses. Faisant entrer le génie génétique sur l’homme dans une ère pré-industrielle. Mais qu’importe les techniques, nos sociétés ne savent toujours pas comment affronter les espoirs transhumanistes que la manipulation du génome porte en elle. Et encore moins comment encadrer d’éventuelles dérives eugénistes.

Pourquoi CRISPR-Cas9 est-elle révolutionnaire ?

Sur le principe l’outil CRISPR-Cas9 n’a rien de réellement nouveau. Il s’agit ni plus, ni moins qu’une enzyme de restriction (enzyme découpeuse d’ADN) comme le génie génétique en utilisait déjà (telles que les nucléases à doigts de zinc -ZFN- ou les nucléases TALEN – Transcription activator-like effector nucleases). Ce qui est révolutionnaire, c’est la simplicité d’utilisation : là où il fallait fabriquer des protéines spécifiques pour chaque gène ciblé avec les autres nucléases, il faut avec Cas9, juste fabriquer de l’ARN (il est transporté sur la partie CRISPR). Et ça on sait le faire dans les labos du monde entier. Du coup, le temps de travail est divisé par 4 et les coûts divisés par 10.

Du génome des bactéries aux embryons humains

Avec autant d’avantages, la technique s’est disséminée à la vitesse de l’éclair. Dès le début 2013, plusieurs équipes ont réussi à supprimer des gènes choisis dans des cellules humaines. En outre, Cas9 a été amélioré pour pouvoir non seulement couper, mais aussi remplacer l’ADN coupé par un autre, ou encore booster son expression, voire l’inhiber. CRISPR-Cas9 est devenu le « couteau suisse de la génétique ». En trois ans, la technique est testée dans le monde entier sur des bactéries, des animaux, des végétaux. En 2014, elle est utilisée avec succès sur des souris atteintes de tyrosinémie (maladie génétique du foie) et sur des embryons de souris atteints de la myopathie de Duchenne. En 2015, plusieurs équipes balayent le tabou de la manipulation d’embryon humain. Notamment une équipe chinoise qui publie ses résultats en avril 2015. Relançant le débat éthique autour du génie génétique.

Sur l’homme, la technique balbutie !

En réalité, si CRISPR-Cas9 a permis de produire des vaches sans cornes ou des moustiques résistants au paludisme (non encore relâchés mais déjà au cœur d’un débat écologique et éthique de grande ampleur), en ce qui concerne l’homme, la technique ne semble pas faire beaucoup mieux que ses consœurs avec un taux  d’échecs encore très important. Notamment des effets « hors cibles » c’est-à-dire des changements induits sur d’autres parties que celles ciblées, avec des effets secondaires que l’on ne sait pas évaluer mais souvent délétères voire mortels. En effet, les thérapies géniques, qu’elles soient effectuées sur des cellules somatiques ou germinales sont encore balbutiantes du point de vue de la sécurité et de la fiabilité d’emploi : en Europe, un seul médicament a été autorisé en 2012 et dans le monde, un autre est utilisé en Chine depuis 2004. Avant de pouvoir proposer des traitements de masse, il reste beaucoup de chemin à parcourir.

Manipuler l’homme, faire évoluer l’espèce

En Europe, la recherche sur les embryons humains est strictement encadrée. Elle ne doit pas avoir pour finalité un traitement par exemple. Ces précautions louables sont cependant vaines face à notre monde globalisé : rien qu’au Japon, en Chine ou en Inde, cela n’est pas illégal. Et aux États-Unis seule la recherche sur fond public est limitée. Les scientifiques continueront de chercher et de trouver. Dans un premier temps, les barrières éthiques risquent de tomber facilement : qui dira non à la manipulation, y compris transmissible, quand il s’agira de prévenir des maladies graves comme la mucoviscidose ou les myopathies ? Dès lors, on pourra s’habituer au fait de changer notre génome, d’influer sur l’évolution de l’espèce. Et même si la complexité de notre génome fait que le fantasme transhumaniste du « bébé à la carte » est encore irréaliste, les manipulations déjà possibles aujourd’hui n’en questionnent pas moins notre humanité.

« Rester l’auteur de sa propre vie »

Pour le philosophe allemand Jürgen Habermas, il est essentiel de limiter les possibilités d’eugénisme des parents sur l’enfant à naître. Sous peine de créer des hommes qui, prenant connaissance des manipulations dont ils ont fait l’objet, se sentent limité dans leur liberté, dans le sentiment d’être l’auteur de leur propre vie. Ouvrant aussi par là la porte à des conflits familiaux prévisibles entre ce que les parents voulaient pour leur enfant, ce qu’ils ont prévu pour lui et ce qu’il voudra lui, dans le contexte imprévisible de son propre environnement et de sa propre biographie.

Les limites culturelles de l’eugénisme positif

Pour se défendre des dérives eugénistes des régimes fascistes du Xxe siècle, certains penseurs ont développé l’idée d’un eugénisme positif : une amélioration des hommes via la reproduction contrôlée mais en n’enlevant que les « traits négatifs », en encourageant ceux « souhaitables » et bien sûr en laissant le choix et la vie à ceux qui ne les possèdent pas. Mais sur quels critères définir ces caractéristiques « négatives ou souhaitables » ? Certains handicaps doivent-ils forcément être éliminés ? Il semblerait que les intéressés n’y soient eux-mêmes pas favorables, comme l’illustre un article de Nature qui donnent, pour une fois, la parole aux malades. Il s’agirait dès lors de réussir à faire évoluer les mentalités humaines vers plus d’acceptation de la différence, de la diversité. A la source même de la vie et de la créativité. Plutôt que d’essayer de tout normaliser, contrôler, maîtriser.

Par Sophie Hoguin

Urine, le nouvel or vert ?

Dans la plupart des pays développés pourvus de W.C, nous tirons la chasse d’eau et nos urines se diluent dans un ensemble pollué de rejets ménagers, qu’il faut ensuite retraiter (avec force produits chimiques et dépenses énergétiques) avant de rejeter tout cela dans les cours d’eau.

Aujourd’hui, des solutions sont envisagées pour limiter au maximum l’utilisation d’eau et d’énergie pour le traitements de ces déchets.

Source : Universcience.tv

Revue du web #89 : les vidéos les plus étonnantes de mars 2016

La roue du futur sera sphérique

 0190000008371636-photo-pneu-concept-goodyear-eagle-360Vous détestez effectuer des demi-tours ou des créneaux ? Le fabricant américain Goodyear a ce qu’il vous faut. Un pneu en forme de… boule.

Les roues Eagle-360 pourraient tourner dans tous les sens, ce qui faciliterait considérablement les manœuvres. Pour effectuer un demi-tour par exemple, une simple rotation de la roue serait nécessaire.

Si ce concept facilite de nombreuses manœuvres, il pourrait également avoir tendance à complexifier la conduite et serait donc réservé aux voitures autonomes et intelligentes.

Mieux dormir… grâce à un bandeau connecté

Dream, le bandeau connecté, passe du concept à la réalité. Il sera bientôt possible de l’acquérir pour la modique somme de 349 euros.

Sa promesse ? Vous faire mieux dormir. Ce bandeau souple doté d’électrodes se porte la nuit. Il surveille l’activité cérébrale afin de détecter les différentes phases de sommeil. Dès qu’il détecte une phase de sommeil profond, il l’accompagne en envoyant des sons via conduction osseuse. Des recherches ont montré que certains sons pouvaient prolonger cette phase particulièrement réparatrice.

Même si son efficacité reste à prouver, le projet a de quoi faire rêver.

Des circuits électroniques élastiques

 L’électronique rigide, c’est fini ! Vêtements connectés, peaux artificielles pour robots, capteurs épousant les mouvements… Les circuits électroniques souples mis au point par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne pourraient permettre de donner naissance à de nombreux objets connectés.

Capables d’être étirés jusqu’à quatre fois leur longueur sans perdre leurs propriétés, ces circuits électroniques souples ont un secret : le matériau employé, un film métallique en partie liquide à base d’or et de gallium.

Assister à une course de drones

La saison 2016 des championnats de courses de drones a déjà commencé, mais voici une chance de vous rattraper !

La DLR (Drones Racing League) organise une série de 6 courses en 2016. La prochaine course aura lieu à Los Angeles. La date n’a pas encore été arrêtée, donc pas d’inquiétude, vous avez le temps d’acheter votre billet d’avion.

Le principe ? Des obstacles, un espace en trois dimensions, une supervitesse et des machines volantes dotées de caméras.

Un robot très expressif

Tout le monde n’a eu d’yeux que pour elle au festival SXSW (South by Southwest), à Austin.

Sophia, un robot très réaliste, fascine autant qu’il dérange tant ses expressions faciales se rapprochent de l’être humain.

Impression 3D : une nouvelle résine prometteuse

Ultrarésistante, ultraflexible… Cette nouvelle résine mise au point par l’entreprise Formlabs pourrait bientôt rivaliser avec l’ABS.

Capable de résister à de fortes contraintes mécanique, la Tough Resin ouvre de nombreuses perspectives dans le domaine de l’impression 3D.

Insolite : une oeuvre d’art avec un peu de mathématiques et quelques graines de semoule

Steve Mould, présentateur pour la radio BBC4 et youtubeur scientifique, a eu l’idée d’expliquer les mathématiques à l’aide d’un peu de semoule et d’un archet.

Pour reproduire l’expérience, vous aurez besoin d’une plaque de métal carrée, de graines de semoule et bien sûr d’un archet. Si vous faites vibrer la plaque avec ce dernier, vous observerez que la semoule forme des figures, les figures de Chladni !

Par Iris. T

La numérisation du poste de travail pour lutter contre les TMS

Selon l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), les troubles musculosquelettiques (TMS) indemnisés ont entraîné en 2012 la perte de quelque 10 millions de journées de travail en France. C’est pour lutter contre ce phénomène que la société HRV a mis au point un simulateur ergonomique du poste de travail, ErgDesign.

realite-virtuelle-caveCe simulateur est constitué de 4 écrans de 2×2 mètres sur lesquels est projetée une maquette numérique à l’échelle 1:1 de l’usine. Muni d’un système de capture de mouvement et d’un casque de réalité virtuelle, l’opérateur interagit avec cette maquette numérique et reproduit les mêmes gestes qu’il accomplira en temps normal sur son poste de travail. Tous ces mouvements sont analysés et modélisés par un logiciel. «Les bonnes postures apparaissent en vert, les mauvaises en rouge» précise Arnaud Cosson, le PDG de HRV.

Ce logiciel réalise ensuite une cotation RULA (Rapid Upper Limb Assessment), dont les ergonomes se servent dans les milieux industriels et tertiaires pour identifier les risques de type TMS. Ce simulateur a donc un double intérêt : celui d’impliquer l’opérateur dans la conception de son futur poste de travail, et celui d’anticiper les possibles anomalies menant à l’apparition d’un TMS. «Grâce à ce système, on valide l’ergonomie du poste de travail avant même sa conception» explique Arnaud Cosson. ErgDesign a été testé chez UPSA de manière concluante, à en croire HRV.

Par Frédéric Monflier

La réalité virtuelle prête à l’emploi à l’assaut des PME

Les salles immersives, ou «caves», sont loin d’être généralisées car la réalité virtuelle et la réalité augmentée, bien qu’elles gagnent en notoriété, ont la réputation d’être des technologies contraignantes.
«La démocratisation est le principal enjeu, confirme Christophe Chartier, président d’Immersion, une PME bordelaise spécialisée dans ce secteur d’activité. Et c’est vrai tant pour les grands industriels qui nous font confiance depuis 20 ans, et qui souhaitent installer et utiliser ces solutions plus facilement, que pour les ETI et les PME.»

immersion1Ces clients potentiels expriment notamment le souhait de ne plus mobiliser une pièce complète pour la transformer en salle immersive. La réponse à cette problématique s’est concrétisée il y a un an par la commercialisation de la «VR in a case», que l’on pourrait qualifier de réalité virtuelle «on the go». «Case » est un terme approprié car il s’agit d’un caisson transportable contenant tout l’équipement nécessaire à la mise en œuvre de la réalité virtuelle. «Ce caisson contient un vidéoprojecteur à ultra-courte focale, des lunettes stéréoscopiques, un dispositif de suivi des mouvements de tête et un PC, qui sert de calculateur graphique 3D en temps réel, décrit Gabriel Soubies, directeur Intégration chez Immersion.
immersion3Les fichiers natifs de CAO de la PME, provenant de Catia, Solidworks, etc, sont convertis instantanément. Notre volonté, c’était de concevoir un produit qui peut être déployé en moins d’un quart d’heure. Tout est préconfiguré et précalibré.»

La même problématique est à l’origine du Cubtiiile Mobile, présenté pour la première fois au public. «C’est un petit système multitouch combiné à un vidéoprojecteur qui démarre en appuyant sur un seul bouton, explique Christophe Chartier. Il n’est pas question d’immersivité cette fois, mais de manipulation d’objets en 3D, qui intéresse davantage les designers et les départements marketing. immersion2C’est une phase de validation de matériaux, de couleurs, où il est nécessaire d’observer une image détaillée.» Point commun de ces deux produits : ils sont disponibles à l’achat, ce qui est classique, et en location évolutive, ce qui l’est moins. La prochaine étape sera peut être de proposer la réalité virtuelle «as a service», ce qui va dans le sens actuel des nouvelles technologies de l’information.

Par Frédéric Monflier

L’Idome veut impulser le divertissement et l’enseignement interactifs

Dressé dans les locaux d’Eon Reality, à Laval, l’Idome est une grande voile blanche qui emporte le spectateur vers des aventures immersives plus spectaculaires que la moyenne. Ceci même quand il n’est pas en service…

IdomepublicCet écran d’aspect toroïdal, fabriqué d’une seule pièce, mesure en effet 13,5 mètres de large sur 7 mètres de hauteur, pour une profondeur de 4,5 mètres. «L’angle de 140° qui en résulte correspond mieux à la vision utile de l’oeil humain, explique Yann Froger, président de Eon Reality France. L’effet stéréoscopique s’en trouve aussi amélioré.»

La vidéo enveloppante est produite par quatre vidéoprojecteurs de marque Barco, les images distinctes étant ensuite assemblées grâce à une technique de «edge blending». Les spectateurs sont alors amenés à porter des lunettes actives pour observer le relief 3D. Mais la vision n’est pas le seul sens sollicité. «La plateforme audio est complète et couvre tout le spectre à partir des infrasons » précise Yann Froger. Quant aux sièges, ils accompagnent subtilement le mouvement simulé à l’écran et renforcent les sensations.

Ce qui est toutefois unique au monde, ce sont les possibilités d’interaction à plusieurs. «Jusqu’à 24 spectateurs peuvent intervenir indépendamment et simultanément sur le déroulement de l’action à l’écran, ajoute Yann Froger. De cette manière, on peut former des équipes, challenger les utilisateurs à l’aide d’un divertissement interactif.» Ces spectateurs sont équipés d’une télécommande dont le repérage dans l’espace est assuré par infrarouge. Pour sauver les dauphins du méchant requin ou détruire les astéroïdes menaçants, ils appuient sur la gâchette.

Le contenu est le principal enjeu

Dragons-01Ce dispositif à vocation essentiellement ludique est une manière de promouvoir la réalité virtuelle et augmentée auprès d’un jeune public, des écoles de la région étant régulièrement invitées. Il permet aussi de tester des contenus de réalité virtuelle et, enfin, sert de support de formation à la VR and Innovation Academy, une école où des stagiaires de divers horizons apprennent les métiers de la réalité virtuelle. Il s’agit d’instaurer un cercle vertueux qui, notamment, fournira de la matière à des équipements tels que l’Idome.

Confondateur de Eon Reality, Dan Lejerskar ne dit pas autre chose : «l’enjeu, c’est le contenu. Nous recrutons même des game designers pour le créer.» Mais tout le monde ne pourra pas installer un Idome chez soi, c’est une évidence. «Tout ce qu’on voit sur cet écran, on doit pouvoir le voir sur celui de son smartphone» poursuit-il. C’est une phase de démocratisation qui requiert en parallèle de faciliter l’accès aux contenus RV/RA et leur création.

La plateforme de téléchargement Eon Experience répond à la première problématique et propose des applications toutes faites. Eon Creator AVR, pour sa part, permet de créer du contenu RV/RA à partir de bibliothèques de composants 3D et se destine particulièrement au marché de l’éducation. C’est peut-être l’occasion de rendre certains cours plus stimulants. Reste que la transition vers le numérique interactif en simple 2D, si l’on prend le cas des écoles françaises, n’est pas encore achevée, loin s’en faut.

Par Frédéric Monflier

Les compagnies pétrolières s’éloignent de l’Algérie

Cette attaque n’est pas la première. Déjà en 2013, le site gazier d’In Amenas avait été l’objet d’une prise d’otage de groupes terroristes venus de Libye qui a duré 3 jours et fait 37 morts. Les compagnies pétrolières avaient alors annoncé un renforcement drastique des mesures de sécurité, déjà importantes pour leur personnel expatrié.

Cette nouvelle agression a poussé les compagnies BP et Statoil à rapatrier leurs employés, considérant que la situation sécuritaire n’est plus acceptable. Une annonce qui ne va pas améliorer l’image du pays, qui éprouve toutes les difficultés du monde à attirer les investisseurs.

Sécurité

La sécurité de l’Algérie inquiète les compagnies qui projettent d’y investir en raison de l’instabilité qui règne dans la région, et notamment chez le voisin libyen dont la situation intérieure est un chaos depuis l’intervention militaire menée par la France pour écarter l’ancien dirigeant, Mouammar Kadhafi. L’armée algérienne n’a pas les moyens de contrôler les quelques 1 000 kilomètres de frontière entre les deux pays, et des groupes terroristes parviennent à passer pour perpétrer leurs actions sur les installations gazières algériennes, poumon économique du pays.

Dépendance

Attaquer le gaz, c’est viser la ressource fondamentale de l’économie algérienne. Les hydrocarbures pèsent 95% des exportations, 60% du budget national, et 25% du PIB algérien selon le Fonds Monétaire International (FMI). Avec la chute des cours, les revenus de l’export sont passés de 60,3 à 35,7 milliards de dollars en l’espace d’une seule année. De fait, le pays subit de plein fouet la crise pétrolière, d’autant plus que les investisseurs boudent le pays en raison de sa législation contraignante.

Dirigisme

Surfant sur un prix du baril qui atteignait des sommets, Alger a durci en 2006 sa loi réglementant les hydrocarbures. Il est ainsi institué que la compagnie nationale, la Sonatrach, détienne au moins 51% des parts dans tous les projets du pays. De fait, le groupe public algérien produit 80% du gaz algérien. Une taxe additionnelle sur les profits a également été introduite, ce qui a réduit l’attractivité du secteur pour certains investisseurs. D’autres problématiques liées à l’administration et au système bancaire ont fini de rendre le pays non-attractif. Un état de fait symbolisé par l’échec de l’appel d’offres de 2014, pour des concessions pétrolières et gazières. Seuls 4 des 31 blocs proposés ont trouvé acquéreur. Un autre appel d’offres, prévu lui fin 2015, a été annulé.

Pour contourner cette difficulté, la Sonatrach a confirmé entretenir des négociations bilatérales avec d’autres compagnies pour développer ces blocs. Une approche moins transparente, qui avait dans le passé conduit à des scandales de corruption.

Avenir incertain

Premier producteur africain de gaz, deuxième fournisseur européen derrière la Russie, l’Algérie tient un rôle important dans la région.

Avec 4 500 milliards de mètres cube de réserves, dont 2 400 mds m³ situés dans le méga champ de Hassi R’mel, l’Algérie détient la 11ème place mondiale en termes des réserves de gaz naturel conventionnel, et occupe aussi la 3ème place mondiale en termes des réserves du gaz de schiste techniquement récupérables qui avoisinent les 20 000 mds m³, selon l’EIA. Pour autant, le pays va devoir continuer à faire face à une situation de faible cours du pétrole, et ce, alors qu’il devra également relever deux défis majeurs : l’avènement de l’ère post-Bouteflika et la menace terroriste.

Romain Chicheportiche

Total lorgnerait les actifs E&P d’Engie

Si les intéressés n’ont pas souhaité faire de commentaires, Engie avait confirmé en février dernier, lors de ses résultats annuels, un grand plan de cession de 15 milliards d’euros avec notamment la mise sous revue de son activité E&P, détenue à 70% aux côtés d’un partenaire chinois : CIC.

Cette filiale compte 1 875 employés dans le monde, des réserves estimées à 758, 8 millions de barils (Mb) pour une production annuelle de 55,5 Mb. Le groupe, dirigé par Gérard Mestrallet, a mandaté Bank of America (BAML) pour vendre ses activités essentiellement situées en Mer du nord, en Afrique du nord et en Asie du sud-est. A noter en France, une participation de 40% dans le permis de recherche d’hydrocarbures « Pays de Saulnois » situé en Lorraine. La Major française aurait déposé deux offres, toutes deux refusées car jugées insuffisantes. Le groupe, dirigé par Patrick Pouyanné, cherche à profiter de la crise pour réaliser d’intéressantes opérations afin de préparer un futur plus favorable. « Fondamentalement, j’en suis persuadé, le prix du brut va remonter », affirme le pdg de Total.

Par Romain Chicheportiche

Les huîtres menacées par les micro-plastiques dans les océans

Les micro-plastiques (moins de 5 millimètres de diamètre) menacent les huîtres. Ils proviennent de morceaux de plastiques déversés dans les océans (sacs, bouteilles, mégots, emballages) qui sont fragmentés sous l’effet des courants et des UV. Les microplastiques sont également issus de rejets industriels du secteur cosmétique (exfoliants, dentifrices) et vestimentaire (fibres synthétiques) qui en utilisent en grande quantité.

« Pendant deux mois, dans des bassins expérimentaux, nous avons exposé des huîtres à des microparticules de polystyrène. Nous avons utilisé des micro-plastiques de la même taille que le plancton dont se nourrissent les huîtres habituellement » souligne Rossana Sussarellu, biologiste à l’Ifremer, membre du LEMAR pendant la réalisation de l’étude. « Après deux mois d’exposition à cette pollution, les huîtres produisaient moins d’ovules et ceux-ci étaient de plus petite taille. De même, leurs spermatozoïdes étaient nettement moins mobiles comparés à ceux des huîtres mises dans des bassins sans microplastique », explique Marc Suquet, biologiste au Laboratoire Physiologie des Invertébrés, Centre Ifremer Bretagne à Brest, membre du LEMAR.

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Gros plan sur l’huître creuse (à gauche) @ Ifremer/Jocelyne Oheix. Une huître pendant l’expérimentation, au site expérimental de l’Ifremer à Argenton (Finistère). @Ifremer / Rossana Sussarellu

« La fécondité était en forte baisse avec des conséquences sur la génération suivante », relève Arnaud Huvet, biologiste au Laboratoire Physiologie des Invertébrés, Centre Ifremer Bretagne à Brest, membre du LEMAR. « Le taux de fécondation par rapport à des huîtres non exposées était inférieur de 41%. Les larves produites accusaient un retard de croissance d’environ 20%. »

4 à 12 millions de tonnes de plastique se déversent chaque année dans l’océan. D’ici 2025, la production de plastique va être multipliée par dix. Les solutions proposées par les chercheurs ? « Il faut améliorer le recyclage du plastique » souligne Arnaud Huvet. Il est également essentiel que les consommateurs modifient leurs comportements en choisissant moins de produits plastiques jetables. Les normes de traitement de l’eau devraient également évoluer. L’interdiction des sacs plastiques est un premier pas dans la bonne direction. »

Source : cnrs

L’enceinte qui plonge l’ouïe dans la réalité augmentée

Il est très majoritairement question de vision dans les applications de réalité virtuelle ou augmentée. La start-up parisienne Akoustic Arts s’est pour sa part  intéressée à un autre des cinq sens recensés chez l’être humain : l’ouïe. Elle a conçu une enceinte, nommée sobrement «A», qui a la particularité de produire un faisceau sonore ultra-directif. Ainsi faut-il s’immobiliser à un endroit très précis pour entendre le signal sonore émis, que ce soit une voix, une musique ou tout autre information utile en fonction du contexte. Un pas de côté ? Le signal sonore disparaît.

salon-laval-virtual.la-vitrine-des-produits-high-tech_0Point de membrane souple ou autre bobine électrique ici, autrement dit les composants typiques d’un haut-parleur ordinaire. La surface de l’enceinte «A» est en effet constellée de 200 éléments miniatures – pour le modèle le plus grand – de nature piézoélectrique : excités par un courant électrique, ceux-ci émettent une onde ultra-sonique. «C’est en se propageant dans l’air que ces ultra-sons se démodulent et que le signal devient alors audible » explique Morgan Hett, responsable technique et commercial chez Akoustic Arts. Ce même principe avait déjà été exploité par Sennheiser notamment avec l’Audiobeam, haut-parleur qui n’est aujourd’hui plus commercialisé. Dans l’enceinte «A», c’est la manière dont le signal est envoyé aux transducteurs qui a fait l’objet d’un brevet. La bande passante annoncée se situe entre 20 Hz et 10 kHz. Le raccordement au système audio s’opère à l’aide d’une prise mini-jack standard.

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L’enceinte «A » existe en deux tailles (20×20 et 9×9 cm), qui coûtent respectivement 800 et 500 € HT. Pour la production à grande échelle, une campagne de financement a été initiée sur la plateforme Indiegogo. Plusieurs cas d’usage sont envisagés : à la maison, cette enceinte pourrait permettre de se réveiller au petit matin, sans déranger le conjoint, où d’écouter seul de la musique dans une pièce, sans qu’il soit nécessaire de se coiffer d’un casque. Dans un cadre professionnel cette fois, elle pourrait trouver des débouchés dans les magasins – diffusion d’information spécifique à un rayon, à un produit – et les musées, où un visiteur recevrait un message auditif approprié en face d’une œuvre d’art.

Par Frédéric Monflier

L’objet augmenté, autre facette de la réalité augmentée

Spectaculaire quand il est bien exécuté, le mapping vidéo est en vogue dans le spectacle événementiel, la muséographie et le commerce de luxe. Cette technique consiste à appliquer une image ou une vidéo sur un objet, voire la façade d’un monument, à l’aide d’un ou plusieurs vidéoprojecteurs. Elle fabrique donc une illusion et à ce titre, mérite de s’inscrire dans le périmètre de la réalité augmentée. Ou de l’objet augmenté, selon la définition de la jeune pousse SmartPixels, née en mai 2015.

L’expression définitive devrait même être «l’objet augmenté qui peut bouger». Car c’est le principal intérêt de la solution développée par cette start-up : l’objet, dans ce cas une chaussure de sport, peut être manipulé, réorienté et le mapping vidéo s’adapte dynamiquement et instantanément, maintenant l’illusion du raccord entre l’image projetée – motif, couleur… – et la surface de l’objet elle-même.

L’équipement comprend une caméra, un mini-projecteur LED de 1400 lumens et un mini-PC Intel NUC. La caméra détecte le mouvement de repères solidaires de l’objet ; ce mouvement est analysé par les algorithmes mis au point par SmartPixels ; et l’image recalculée est projetée en tenant compte de la nouvelle position de l’objet.

Les commerces seraient amateurs d’un tel procédé. «Notre solution enrichit l’expérience client et contribue à la digitalisation des points de vente, confie Samuel Burlac, en charge du développement des affaires. C’est une solution qui fait vivre l’emblème de la marque.» Une valorisation ludique qui pourrait attirer le chaland, et peut-être l’inciter à mettre la main au porte-monnaie. L’enseigne Bouton Noir, appartenant à Auchan et confectionnant des vêtements sur mesure, a déjà été séduite par les possibilités de personnalisation rapide d’un produit. Autre application : le prototypage rapide, dont s’est déjà servi l’Oréal. «L’idée est de limiter le nombre de maquettes et notre solution, qui permet de changer très vite de motif ou de couleur, répond à ce besoin» conclut Samuel Burlac.

Par Frédéric Monflier

Une table à dessin 3D pour stimuler les idées

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Nombre de grands artistes auraient probablement rêvé de plonger dans leurs œuvres pour mieux explorer les confins de leur imagination. C’est en quelque sorte la proposition faite par le 3DExperience Lab de Dassault Systèmes, un accélérateur de start-ups. L’utilisateur se coiffe d’un casque de réalité virtuelle, empoigne deux manettes et, une fois son avatar « photographié » et inséré dans la scène, le voici qui se met à peindre, à dessiner, à concevoir autour des objets, avec une palette de couleurs et un pinceau fictifs dans les mains.

«C’est un prototype qui permet à n’importe qui d’exprimer des idées, de la créativité » explique David Nahon, directeur du 3DExperience Lab. Et pas uniquement les designers et autres concepteurs 3D… c’est-à-dire les habitués. «On peut créer un concept à plusieurs, impliquer le client ou l’utilisateur final dans le projet, poursuit David Nahon. C’est une véritable pâte à modeler 3D.»

On connaissait les ébauches et les croquis jetés sur le papier. Peut-être qu’à l’avenir la démarche sera identique mais emploiera des outils plus sophistiqués.dassaut1

En l’occurrence, le dispositif matériel mis en œuvre par Dassault Systèmes est perfectionné, il est vrai, mais somme toute banal, sans vouloir être péjoratif. A deux extrémités de la scène de quelques mètres-carrés se trouvent ainsi deux systèmes Kinect de Microsoft, dédiés à la console Xbox 360, utilisés pour détecter et modéliser les mouvements. Quant au casque de réalité virtuelle et aux manettes, il s’agit du Vive de HTC, dont les pré-commandes sont ouvertes en France, les premières livraisons étant attendues en mai. Son prix ? 899 € TTC. Kinect est quant à lui vendu à 150 € TTC et le PC chargé de réaliser les calculs et l’affichage n’a rien d’un supercalculateur.

En résumé, l’objet de cette démonstration était aussi de prouver que la réalité virtuelle n’est plus inaccessible, que ce soit pour les particuliers ou les petites entreprises.

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Par Frédéric Monflier

Les écologistes demandent un moratoire sur les OGM

En janvier 2016, le CRIIGEN publie une étude présentant le maïs OGM Bt 176 comme « nocif pour l’alimentation animale ». Ce maïs n’est pas un inconnu puisqu’il est le premier à avoir reçu une autorisation de commercialisation de l’Union Européenne en 1997. L’autorisation n’a cependant pas été renouvelée en 2007 et aucune bête n’est nourrie de cette façon depuis cette date. En fait, cette étude est présentée par José Bové et Michèle Rivasi comme une preuve obligeant les institutions européennes à « mettre en œuvre un protocole d’évaluation de long terme pour les OGM ».

Cette étude est pourtant sujette à caution selon Bernard Salles, directeur de l’unité de recherche Toxalim de Toulouse. « Ce que publie le CRIIGEN ne montre pas que le problème vient des OGM » explique le chercheur de l’Inra.

Pour comprendre cette affirmation il faut se plonger dans la façon dont l’étude est réalisée. Pendant 4 ans, de 1998 à 2002, 40% de l’alimentation de 70 vaches laitières est composée de maïs OGM. « Cette valeur est élevée. Habituellement, ces bêtes sont nourries à base de fourrage » pointe Bernard Salles. Plus important, un seul groupe de vache est étudié : celui nourri aux OGM. « Apporter des résultats comparés à un groupe témoin nourri dans les mêmes conditions mais sans maïs transgénique aurait été la base d’une étude scientifique. »

Ne pas avoir de groupe témoin fausse particulièrement les résultats de cette étude. En effet, la conclusion rendue par Michèle Rivasi révèle que la quantité de bêtes saines est passée de 70% à 40%. Cette chute est incriminée aux seuls OGM mais le chercheur de l’Inra signale une forte incertitude : « Normalement, un cheptel de cette race affiche un taux de bonne santé proche de 95%. Ce sont des bêtes fragiles mais avoir autant de vaches malades au début de l’étude laisse à penser que l’élevage est réalisé dans de mauvaises conditions. »

L’expert en toxicologie ne s’arrête pas là et s’attaque à ce qui concerne le plus sa spécialité. « Ce papier ne contient pas de rapport anatomo-pathologique, l’équivalent d’une autopsie. Si les OGM étaient responsables de la mauvaise santé des vaches laitières, c’est à cause de la protéine qu’ils produisent pour se protéger des insectes. Mais cette protéine se dégrade lors de la digestion et de nombreuses études ont déjà affirmé qu’elle n’est pas létale. »

L’étude présentée par le CRIIGEN n’a tout simplement pas de valeur scientifique. « C’est dommage, tempère le chercheur de l’Inra. Les questions soulevées par le CRIIGEN ont le mérite d’être posées. La contamination de l’écosystème par les cultures OGM est un point qui mérite plus d’études. » On observe par exemple des mauvaises herbes qui copient les gènes résistants au fameux Roundup de Monsanto. Forçant ainsi les agriculteurs à augmenter les doses d’herbicide. Jusqu’à quand ?

L’homogénéisation des forêts diminue la diversité de leurs services écosystémiques

Au cours des dernières décennies, les activités humaines ont conduit à l’extinction de nombreuses espèces au niveau local et mondial. Parallèlement, ces activités, comme les plantations agricoles et forestières, ainsi que les introductions et l’expansion d’espèces exotiques, ont également généré une homogénéisation croissante des écosystèmes à l’échelle mondiale, du point de vue de leur composition en espèces végétales et animales.

Ce phénomène d’homogénéisation biotique est parfois qualifié d’« Effet MacDonald’s », par analogie avec les grands centres commerciaux dominés de manière croissante par un petit nombre d’enseignes franchisées, ce qui conduit à standardiser l’offre et à la réduire qualitativement. Dans les forêts européennes, le déclin de la diversité des arbres et l’homogénéisation biotique sont deux phénomènes très répandus. Cependant, alors que de nombreux travaux scientifiques ont étudié les conséquences de la disparition des espèces sur le bien- être humain, aucune recherche n’avait encore montré les conséquences de l’homogénéisation biotique sur la diversité des services écosystémiques, bénéfices générés pour les sociétés humaines par les écosystèmes.

Au travers d’un vaste projet collaboratif européen impliquant 29 équipes de recherche (FunDivEUROPE), les chercheurs ont combiné des données provenant de forêts de six pays (Allemagne, Espagne, Finlande, Italie, Pologne et Roumanie). Ils ont d’abord collecté une grande quantité de données sur différentes fonctions et différents services remplis par les écosystèmes forestiers. Ils ont ensuite utilisé des simulations informatiques pour tester les conséquences de l’homogénéisation biotique et du déclin de la diversité des arbres sur la capacité des écosystèmes forestiers à assurer seize fonctions essentielles telles que la production de bois d’œuvre, le stockage de carbone, la résistance aux bioagresseurs ou le maintien de la diversité des oiseaux.

L’étude montre que les effets du déclin des espèces d’arbres sont très variables alors que, dans presque tous les scénarios étudiés, l’homogénéisation biotique a un impact négatif sur la capacité des forêts à fournir des services écosystémiques multiples. Cela s’explique par le fait que toutes les espèces d’arbres ne fournissent pas les mêmes services avec la même intensité. Par exemple, dans les forêts polonaises, l’épicéa commun permet d’obtenir un bois d’œuvre de très bonne qualité, tandis que les forêts de charmes favorisent la présence d’une diversité de plantes favorable, par exemple, au développement d’un tourisme vert. Les paysages composés d’une diversité de forêts sont donc plus à même de fournir une gamme diversifiée de services écosystémiques que des paysages où les forêts sont dominées par les mêmes espèces d’arbres.

Ces résultats suggèrent que minimiser « l’Effet MacDonald’s », par exemple en prévenant l’invasion par des espèces exotiques ou en ayant recours à une plus grande diversité d’arbres pour les forêts de plantation, pourrait favoriser la multifonctionnalité des forêts, permettant ainsi de répondre à une triple exigence environnementale, économique, et sociale.

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A gauche : Un mélange de quatre essences en Italie ; à droite : inventaire d’insectes dans un mélange de pins et d’épicéas en Finlande

Référence : Van der Plas et al. (2016) Biotic homogenization can decrease landscape-scale forest multifunctionality, PNAS, 16 mars 2016, doi: 10.1073/pnas.1517903113

Le Projet FunDivEUROPE
FunDivEUROPE (Functional Significance of Forest Biodiversity in Europe) est un projet collaboratif européen qui vise à quantifier le rôle de la biodiversité forestière dans le fonctionnement des écosystèmes et la fourniture de biens et services dans les principaux types de forêts européennes. Le consortium a rassemblé 24 institutions partenaires de 15 pays sous la coordination de l’Université de Freiburg (Allemagne). Le projet initié en 2010 a été financé par le 7e programme-cadre de l’Union Européenne (FP7).

Source : cnrs

Israël joue la diplomatie du gaz

Potentiel à exploiter

Historiquement importateur net d’énergie, Israël a mené dès les années 90 ses premières campagnes d’exploration offshore pour confirmer ce que certains géologues pressentaient déjà. Selon certaines estimations, le potentiel gazier du pays pourrait s’élever à 1 500 milliards de mètres cubes (Gm³). En 1999, le premier gisement de gaz en mer, dénommé Noah, est exploité pour alimenter les centrales électriques du pays. Il est aujourd’hui épuisé mais d’autres ont pris le relai, notamment l’important gisement de Tamar qui atteint aujourd’hui une production de 7,6 milliards de m³ par an, un chiffre qui devrait doubler d’ici 2 ans.

Cette montée en puissance a été permise par une politique agressive des deux principales compagnies pétrolières du pays : Noble Energy et Avner Oil (Delek). Si le marché domestique est logiquement le premier débouché de ce gaz, la capacité de production du pays devrait se situer autour de 16 milliards de m³ par an en 2020.

Un chiffre théorique car l’utilisation de la manne gazière est sujette à débat au sein de la société israélienne.

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Stratégie gazière

S’il n’est jamais aisé pour une nation de faire bon usage des importants revenus issus de l’extraction de ses ressources, le cas israélien n’en reste pas moins particulier. Le pays est jeune (1948) mais a dû rapidement apprendre à composer avec un voisinage pour le moins hostile. De fait, la politique énergétique du pays est principalement dédiée à la sécurité de ses approvisionnements, et nombreux sont les Israéliens qui comptent sur ce gaz pour atteindre l’indépendance énergétique. Une position qui s’entend notamment au regard des divers embargos de pétrole et gaz subis par l’Etat hébreu lors de pics de tension dans la région (guerre de Kippour, 2010-2011). Pour autant, centrer la politique énergétique sur le gaz naturel peut s’avérer dangereux et contre-productif car ces installations deviendraient de facto des cibles de choix.

Un autre courant de pensée appelle également à l’usage massif du gaz, mais estime qu’il devrait avant tout bénéficier à la population au travers d’un tarif régulé qui soutiendrait le pouvoir d’achat des plus précaires et renforcerait la compétitivité de l’industrie nationale. Enfin, un troisième courant estime que le gaz devrait servir des ambitions plus grandes : la paix. Selon le principe que l’on fait moins volontiers la guerre à ses partenaires commerciaux, un certain nombre d’intellectuels issus du cercle de pensée de Shimon Perez estiment que l’intégration économique par le gaz (comme l’Europe l’a fait en son temps avec l’acier et le charbon) des pays riverains (Egypte, Jordanie, Liban, Territoires Palestiniens) pourrait conduire à un nouvel ordre régional. Si cette dernière stratégie semble être privilégiée, la montée en puissance au Parlement de groupes politiques hostiles à toute entente avec les pays de la région reste un obstacle. Signe de cette instabilité politique, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, élu en 2013, a dû dissoudre la Knesset deux ans plus tard pour reconstituer une coalition à la majorité très fragile. Dans ces conditions, il est compliqué pour le gouvernement d’affirmer un réel leadership sur ce sujet fondamental, avec le risque de dissuader les investisseurs.

Le cas Woodside

Initialement très incitatif, surtout dans l’exploration, le cadre réglementaire israélien s’est peu à peu rapproché des standards mondiaux en termes de réglementation et de taxes. Une évolution que n’ont guère appréciée les investisseurs qui s’intéressaient au potentiel du pays malgré les importantes incertitudes géopolitiques. C’était notamment le cas de la compagnie australienne Woodside, qui avait prévu de prendre 30% de Léviathan, le plus important gisement gazier offshore actuellement découvert en Israël, pour 2,7 milliards de dollars, avant de jeter l’éponge en raison de nouvelles contraintes (quotas d’exportation revus à 40%, taxes sur les profits) et de tensions politiques. « Le retrait de Woodside a eu un impact négatif sur le climat d’investissement et a orienté le consortium vers des options d’exportations régionales, tributaires de garanties souveraines et plus sensibles au contexte géopolitique régional », explique Maïté de Boncourt, chercheuse à l’IFRI, dans une étude intitulée « Risque politiques et géopolitiques : la gouvernance du gaz en Israël ». Les grandes compagnies internationales sont par ailleurs très réticentes à investir dans le pays en raison des importants contrats qu’ils ont signés avec les grandes nations pétrolières arabes.

Approche régionale

Le cas de Woodside n’est pas seulement lié au cadre réglementaire israélien. La chute vertigineuse des cours du brut, et avec lui du gaz naturel, a mis du plomb dans l’aile aux projets de terminaux de liquéfaction qui devaient permettre d’acheminer le gaz vers des marchés attractifs comme l’Asie. Las, ces investissements ne sont plus du tout rentables aux prix de marché actuels. De fait, le modèle d’exportation régionale par gazoduc devient le plus indiqué. Trois grands marchés s’offrent à Israël : l’Union européenne, l’Egypte et la Turquie. Le premier est favorable mais reste à construire les infrastructures de transport, ou à relier les gisements israéliens à d’autres tubes existants. Pour Israël, l’Egypte est redevenu un partenaire acceptable depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Al-Sissi. Malgré des tensions persistantes, le marché égyptien est prometteur : une consommation de 50 Gm³, en hausse de 12% depuis 2007. Mais les retards dans l’exploitation des champs israéliens pourraient bénéficier au Caire qui compte également développer ses propres ressources, notamment le champs offshore de Zohr, découvert en août 2015 par la compagnie italienne Eni, et qui recèlerait l’équivalent du gaz de Tamar et Leviathan réunis. Si l’Egypte met en œuvre ses ambitions, il s’agira d’un changement de paradigme majeur car le pays paraissait logiquement être le premier débouché du gaz israélien.

La Turquie aussi est un marché très attractif. Sa consommation de gaz naturel pourrait passer de 48 Gm³ aujourd’hui, à 80 Gm³ en 2030. Mais la situation géopolitique dans la région empêche pour l’instant d’imaginer toute avancée sur ce dossier. Israël négocie par ailleurs des accords gaziers avec Chypre, le Liban, l’autorité palestinienne, ou la Jordanie. Si leur envergure est moindre, ils pourraient en revanche être l’esquisse d’une potentielle intégration régionale. Mais force est de constater que les résultats de ces négociations sont pour l’instant décevants, la situation syrienne, la levée progressive des sanctions iraniennes et les cours du pétrole ne poussant guère à l’optimisme.

Romain Chicheportiche

L’AN interdit les néonicotinoïdes en septembre 2018

En première lecture, l’Assemblée nationale avait voté un moratoire sur les néonicotinoïdes à partir du 1er janvier 2016. L’amendement avait été rejeté par la Commission du développement durable du Sénat en juillet 2015, et n’avait pas été réintroduit  lors de la première lecture en séance au Sénat en janvier 2016.

La Commission développement durable de l’Assemblée nationale avait réintroduit l’interdiction au 1er janvier 2017 dans le texte. Finalement, le texte final adopté en deuxième lecture prévoit que « l’utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes, y compris les semences traitées avec ces produits, est interdite à partir du 1er septembre 2018 ». Le texte ne prévoit pas de dérogations.

Un projet d’interdiction diversement apprécié

Stéphane Le Foll, foncièrement opposé à cette interdiction, avait fait pression pour tenter d’éviter une interdiction des pesticides « tueurs d’abeilles ». Il avait notamment adressé un courrier aux députés socialistes pour les inviter à rejeter cette interdiction. Malgré cet acharnement et après deux heures de débats, les élus ont acté l’interdiction par 30 voix contre 28. Stéphane Le Foll a tenu à saluer « le rejet par l’Assemblée nationale de l’interdiction brutale au 1er janvier 2017 de l’ensemble des insecticides néonicotinoïdes », dans un communiqué et son report à septembre 2018. Lorsque le projet de loi sera définitivement adopté, la France saisira la Commission européenne afin que « les restrictions éventuelles puissent s’appliquer dans l’ensemble de l’Union européenne», fait savoir le ministre. « Cette décision va préparer l’avenir et protéger les abeilles et les services qu’elles nous rendent », se félicite de son côté Ségolène Royal dans un communiqué. « La recherche et la fabrication des produits de substitution doit s’accélérer et notamment les travaux de l’INRA », insiste-t-elle.

L’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) fait savoir sa satisfaction, malgré un « délai de deux ans pour la mise en application de l’interdiction ». Le texte a été transmis au Sénat le 18 mars 2016 pour une deuxième lecture. Il reviendra ensuite à l’Assemblée pour une adoption définitive prévue avant l’été. L’interdiction n’est donc pas encore gravée dans le marbre. « D’ici la fin des discussions sur la loi biodiversité, l’UNAF, comme les nombreuses associations apicoles et environnementales qui soutiennent ce combat, mettra tout en œuvre pour poursuivre la mobilisation afin d’obtenir le retrait définitif de ces produits », soutient Gilles Lanio, président de l’UNAF.

Aller plus loin : Les néonicotinoïdes toujours sur la sellette

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Tour du monde des futures usines du futur

C’est sans conteste l’Allemagne qui a lancé le concept d’Usine du futur, ou Industrie 4.0. Son plan national voit le jour dès 2011 et nombre de pays s’en sont ensuite inspirés. En adaptant à la culture socio-économique locale et au niveau de développement de leur industrie, les trois piliers de l’industrie du futur :

  • développement d’une offre technologique liée à l’industrie (centre de recherche, mise en réseaux des acteurs, normalisation),
  • modernisation des outils (soutien à la robotisation, accompagnement de la transition numérique)
  • et formation (réflexion prospective, cursus spécifiques).

L’Allemagne veut préserver ses points forts

Comme le souligne la synthèse de la Fabrique de l’Industrie, le gouvernement allemand s’est placé « dans un rôle de facilitateur plutôt que de stratège ». Ce sont donc les différentes parties prenantes du monde académique et économique qui ont définit les grandes lignes du plan « Industries 4.0 ». Objectif : préserver l’avance de l’Allemagne en matière de robotique industrielle, d’automatisation, de mise en réseau en s’appuyant sur le savoir-faire du pays : la production de machines et d’équipements industriels haut de gamme.

Corée du Sud : des ambitions chiffrées

Faire passer le nombre d’usines « intelligentes » de 500 à 10 000 d’ici 2020, accompagner 100 000 PME dans leur transformation numérique… Le « Manufacturing Industry Innovation 3.0 Strategy » coréen est précis et ambitieux. La Corée du Sud ne voudrait pas se faire doubler par la Chine et entend bien diffuser son savoir-faire à tout son tissu industriel. Il faut dire qu’elle a des atouts : le meilleur taux de robotisation du monde (437 robots pour 10 000 employés – contre 323 au Japon ou 282 en Allemagne), des leaders du  numérique tels que Samsung et LG, et un très bon niveau de qualification de la main d’oeuvre. Elle met le paquet sur la recherche, notamment  vers l’internet de objets et le big data.

Chine : le pays où tout est possible

A peine un an que la Chine a officialisé son entrée en lice dans la course à l’usine du futur avec le plan « Made in China 2025 », lancé en juin 2015. Objectif à long terme : faire du pays le leader de l’industrie mondiale. Première étape : moderniser et robotiser pour « améliorer la compétitivité sur des activités plus haut de gamme ; contourner le problème de la hausse des salaires des ouvriers chinois ; répondre au futur déficit de main-d’oeuvre » explique Thibaud Bidert-Mayer, l’auteur de la synthèse. Un investissement massif pour, par exemple, fabriquer elle-même les robots dont elle a besoin et inventer ses propres standards de communication inter-machines. Reste que le secteur public, toujours à la manœuvre, et le contrôle d’internet induisent une rigidité assez peu propice à l’essor d’une industrie numérique et réactive.

Nouveau Monde et Vieille Europe : renaissance ?

Leur point commun : leur industrie a décliné ses dernières décennies.

Leurs solutions principales : soutenir l’investissement pour l’Europe continentale, promouvoir et structurer la recherche pour les anglo-saxons et favoriser l’interface recherche/industrie (National Network for manufacturing innovation – USA ; plan Catapult – GB).

L’auteur de l’étude note aussi que l’adaptation des compétences reste la plupart du temps le pilier le plus faible des plans nationaux. A l’exception notable du Royaume-Uni et dans une moindre mesure des Etats-Unis, qui, s’appuyant sur un développement par la recherche académique réfléchissent à des cursus et des dispositifs de formation adaptés.

Sophie Hoguin

« Responsabilité climatique » : une nouvelle méthodologie appliquée à la Chine

La « responsabilité » de ce pays pourrait cependant croître rapidement dans les années à venir, assez paradoxalement en raison de futures politiques visant à améliorer la qualité de l’air dans le pays. Les chercheurs tirent ces résultats d‘une nouvelle méthodologie mise au point pour déterminer les impacts, sur le climat d’un pays, de ses émissions de gaz à effet de serre, d’aérosols et de composés chimiquement actifs dans l’atmosphère. Ces travaux sont publiés dans Nature le 17 mars 2016.

Les chercheurs ont quantifié la contribution actuelle de la Chine au « forçage radiatif » planétaire (le déséquilibre d’origine humaine du bilan de rayonnement de notre planète), en en distinguant les contributions des gaz à effet de serre à longue durée de vie, de l’ozone et de ses précurseurs, et des aérosols. Pour cela, ils ont établi un modèle couplant :

  • les grands cycles biogéochimiques de la Terre (cycle du carbone, chimie atmosphérique des gaz à effet de serre) ;
  • une reconstitution 3D du transport et de la chimie des particules dans l’atmosphère ;
  • des reconstructions d’albédo provenant de données satellitaires.

Ils ont ainsi estimé que la Chine contribue à hauteur de 10 % en moyenne, au forçage radiatif global actuel. Sa contribution au forçage réchauffant (induit par les gaz à effet de serre, l’ozone troposphérique et le « carbone suie » 3 ) est de 12 % en moyenne. Sa contribution au forçage refroidissant (induit par les aérosols dispersant le rayonnement solaire, tels que les sulfates ou les nitrates) est de 15 % en moyenne.

Cette « responsabilité climatique » de la Chine, premier consommateur d’énergie dans le monde, est moindre que ne le laissaient présager sa consommation énergétique et ses émissions de CO2, pour deux raisons. La première est le fort effet masquant (refroidissant) des aérosols émis par la Chine – aérosols également à l’origine de la mauvaise qualité de l’air dans le pays. La seconde est que la méthode développée intègre les effets de toutes les émissions depuis 1750 (le début de l’ère industrielle), prenant ainsi en compte le fait que la Chine est un pollueur relativement récent.

Les contributions principales de la Chine démontrées dans l’étude sont :

  • 0,16 Wm-2 (watt par mètre carré) en moyenne pour le CO2 issu des énergies fossiles ;
  • 0,13 Wm-2 en moyenne pour le méthane (CH4) ;
  • – 0,11 Wm-2 en moyenne pour les aérosols sulfatés ;
  • 0,09 Wm -2 en moyenne pour les aérosols de « carbone suie », produits par les combustions incomplètes de combustibles fossiles et de la biomasse.

Le but, affiché par la Chine, d’améliorer la qualité de l’air dans les années à venir modifierait ce forçage radiatif, avec l’effet – assez contre-intuitif – d’augmenter la contribution chinoise au réchauffement. En effet, réduire les émissions de précurseurs de particules polluantes (telles que le dioxyde de soufre) diminuerait l’effet masquant des aérosols chinois, et accélérerait le réchauffement, à moins que cet effet ne soit compensé par ailleurs, par exemple en réduisant significativement les émissions de gaz à effet de serre de longue durée de vie et du « carbone suie ». Cette nouvelle méthodologie pourrait donc constituer un outil intéressant pour réévaluer l’impact climatique des pays.

Références : “The contribution of China’s emissions to global climate forcing”, Bengang Li et. al., Nature, DOI: 10.1038/nature17165.

Source : cnrs

Voie Lactée : une source accélère des rayons cosmiques galactiques à des énergies inégalées

Le trou noir supermassif situé en son centre. H.E.S.S, auquel contribuent le CNRS et le CEA, détecte indirectement le rayonnement cosmique depuis plus de dix ans et a dressé une cartographie, en rayons gamma de très haute énergie, des régions centrales de notre Galaxie. L’identification de cette source hors du commun est publiée ce 16 mars 2016 dans Nature.

Des particules du rayonnement cosmique jusqu’à des énergies d’environ 100 téraélectronvolts (TeV) sont produites dans notre Galaxie par des objets comme les vestiges de supernova et les nébuleuses à vent de pulsar. Divers arguments théoriques, couplés aux observations directes des rayons cosmiques atteignant la Terre, indiquent que les « usines » galactiques de rayons cosmiques devraient être capables de produire des particules jusqu’à des énergies d’au moins un pétaélectronvolt (PeV), énergies 100 fois plus élevées que celles jamais atteintes par l’Homme. Alors que ces dernières années ont vu la découverte de nombreux accélérateurs au TeV et à quelques dizaines de TeV, les sources de plus haute énergie restaient inconnues.

Artwork of an active galactic nucleus, or AGN. Many, perhaps most large galaxies, are thought to harbour supermassive black holes in their central regions. These enormous gravitational powerhouses can weigh anything from a few hundred thousand to several billion times the mass of a normal star. In some galaxies, such as our own Milky Way, these black holes may be dormant. But in active galaxies such as quasars and Seyfert galaxies, those with unusually bright central regions, the black hole is probably feeding off a vast accretion disc - a donut-shaped gas cloud. The gas in the disc spirals around and is heated to extremely high temperatures by friction, before falling into the hole. In some cases, magnetic fields thread the disc, and lead to the formation of beams of charged particles, which are expelled at great velocities, approaching light speed, along the rotation axis.

CdvW6QXWoAADQV-L’analyse détaillée de la région du centre galactique observée pendant près de dix ans par le réseau de télescopes H.E.S.S. (High Energy Stereoscopic System), en Namibie, auquel contribuent le CNRS et le CEA., est publiée aujourd’hui dans la revue Nature. Lors de ses trois premières années d’observation, H.E.S.S a permis de découvrir une source ponctuelle et très puissante de rayons gamma au centre galactique, ainsi qu’une émission diffuse provenant des nuages moléculaires géants qui l’entourent dans une région d’environ 500 années-lumière de large. Ces nuages moléculaires, lorsqu’ils sont bombardés par des protons de très haute énergie, émettent des rayons gamma produits lors de l’interaction des protons avec la matière des nuages. La correspondance spatiale entre l’émission diffuse observée et la quantité de matière dans les nuages (déduite d’autres observations) indiquait la présence d’un ou plusieurs accélérateurs de rayons cosmiques (en particulier de protons) tapis quelque part dans cette région, mais cette source restait inconnue.

Les observations plus approfondies, obtenues par H.E.S.S. entre 2004 et 2013, apportent un nouvel éclairage sur cette question. Le volume record de données récoltées ainsi que les progrès effectués dans les méthodes d’analyse permettent de mesurer la répartition spatiale des protons et leur énergie et de localiser l’origine de ces rayons cosmiques. Il s’agit d’une source cosmique située au centre exact de la Voie Lactée, capable d’accélérer des protons jusqu’à des énergies voisines du pétaélectronvolt. Les chercheurs pensent qu’elle émet sans interruption depuis au moins mille ans. Elle constituerait ainsi le premier « Pévatron » jamais observé.

Le centre de notre Galaxie abrite de nombreux objets susceptibles de produire des rayons cosmiques de très haute énergie, dont en particulier un reste de supernova, une nébuleuse à vent de pulsars mais aussi un amas compact d’étoiles massives. Cependant, le trou noir supermassif localisé au centre de la Galaxie, Sagittarius A*, est de loin le candidat le plus vraisemblable. Plusieurs régions d’accélération sont envisageables : soit le voisinage immédiat du trou noir soit une région plus éloignée, où une fraction de la matière tombant sur le trou noir est réinjectée dans l’environnement et peut initier de l’accélération de particules.

L’observation des rayons gamma permet de mesurer indirectement le spectre en énergie des protons accélérés par le trou noir central. Ce spectre indique que Sagittarius A* accélèrerait encore maintenant des protons jusqu’au PeV. L’activité actuelle de la source ne permet pas d’expliquer à elle seule l’intensité du rayonnement cosmique observé sur Terre. Mais si le trou noir central avait été encore plus actif dans le passé, il a pu produire à lui seul la quasi-totalité du rayonnement cosmique galactique observé à ces énergies. Un argument décisif au débat centenaire sur l’origine des rayons cosmiques galactiques !

La détection des rayons cosmiques par H.E.S.S

La Terre est bombardée en permanence par des particules de haute énergie (protons, électrons et noyaux atomiques) en provenance du cosmos, particules qui constituent ce que l’on appelle le « rayonnement cosmique ». Ces particules étant chargées électriquement, elles sont déviées par les champs magnétiques du milieu interstellaire de la Galaxie et il est impossible d’identifier directement les sources astrophysiques responsables de leur production. Ainsi, depuis plus d’un siècle, l’identification de l’origine du rayonnement cosmique reste l’un des plus grands défis de la science.
Heureusement, les particules cosmiques interagissent avec la lumière et le gaz au voisinage de leur source et produisent alors des rayons gamma qui, eux, se déplacent en ligne droite, permettant ainsi de remonter à leur origine. Ceux d’entre eux qui atteignent la Terre, au contact de la haute atmosphère, produisent une gerbe de particules secondaires émettant une lumière très brève et ténue. De nombreuses sources du rayonnement cosmique ont donc pu être identifiées ces dernières décennies en détectant cette lumière à l’aide de grands télescopes munis de caméras à haute définition temporelle comme le réseau de télescopes H.E.S.S. .Ce réseau, le plus performant au monde dans son domaine, est géré par une collaboration de 12 pays regroupant des scientifiques de 42 organismes.

Source : cnrs

Les bonobos se souviennent de leurs anciens compagnons

Une équipe internationale impliquant Florence Levréro, Sumir Keenan et Nicolas Mathevon, trois chercheurs de l’Institut des neurosciences Paris-Saclay (CNRS/Université Paris-Sud), basée à l’Université de Saint-Etienne, a mis en évidence la reconnaissance à long terme des voix familières chez les bonobos. Un point commun entre les grands singes et nous qui vient de faire l’objet d’une récente publication dans Scientific Reports.

Chez de nombreux primates, la vie sociale est caractérisée par des associations de longue durée entre les individus. Ces associations nécessitent une reconnaissance entre les membres du groupe, qui passe préférentiellement par l’identification du visage et de la voix. Nous, humains, sommes des experts lorsqu’il s’agit de reconnaître la voix de nos proches — tout un chacun en a fait l’expérience au téléphone. Cette mémoire vocale persiste même après une longue séparation, et nous pouvons reconnaître une voix qui fut familière — celle d’un acteur de cinéma par exemple — sans l’avoir entendue depuis plusieurs années. Cette expertise à identifier vocalement nos congénères est d’une grande aide pour naviguer dans nos réseaux sociaux complexes. Qu’en est-il chez nos plus proches cousins les grands singes ?

L’ancêtre commun aux bonobos, chimpanzés et humains vivait il y a 6 à 8 millions d’années, et les deux grands singes partagent avec nous de nombreuses caractéristiques, tant du point de vue de leurs gènes que de leurs comportements. En milieu naturel, les bonobos vivent dans la forêt équatoriale du centre de l’Afrique. Les individus forment de vastes communautés où chacun se connaît, interagit, s’associe, se reproduit ou entre en compétition avec les autres. Les membres d’une communauté se séparent régulièrement en petits groupes, pendant des heures, des jours ou des semaines. De plus, les jeunes –surtout les femelles- quittent leur communauté d’origine mais continuent à interagir avec d’anciens compagnons au cours de rencontres ultérieures entre les communautés. Ainsi, une navigation sociale efficace dépend de la capacité à reconnaître les partenaires sociaux présents et passés. Pour voir si les bonobos mémorisent la voix de leurs congénères, Sumir Keenan — doctorante à l’Université Jean Monnet, Saint-Etienne — et ses collaborateurs ont étudié ces animaux en passant de longues heures à les observer, les enregistrer, et faire des expériences de repasse de signaux acoustiques — lesquelles consistent à faire écouter des vocalisations précédemment enregistrés et à observer les réactions des animaux (“playback”). Les résultats montrent que des bonobos séparés depuis plusieurs années réagissent fortement lorsqu’ils entendent leurs anciens compagnons. Ces grands singes se souviennent donc pendant longtemps de voix qui leur ont été familières.

Pour tester la reconnaissance vocale à long terme chez les bonobos, les scientifiques ont d’abord enregistré la voix de nombreux bonobos présents dans différents parcs zoologiques européens. Profitant du fait que certains bonobos ont connu plusieurs parcs — et donc formé des liens présents et passés avec des congénères dans différents endroits — les scientifiques ont ensuite mis en œuvre des expériences de playback pour observer la réaction comportementale des singes à des voix familières ou inconnues. Les bonobos comprenant aisément les leurres, il a fallu mettre en place une minutieuse mise en scène mimant tous les évènements caractérisant l’arrivée d’un nouveau bonobo, en cachant le haut-parleur avec soin.

Les résultats des expériences sont clairs : lorsque les cris émis par le haut-parleur étaient ceux d’un individu familier, le bonobo testé s’approchait, et parfois criait en retour, visiblement fort excité par la perspective de revoir un ancien camarade. Au contraire, aucune réaction particulière n’était notée en réponse à une voix inconnue.

Les bonobos sont donc capables de reconnaître la voix d’un congénère, même après plus de cinq années de séparation. La vie sociale complexe des bonobos exige de grandes capacités d’interaction avec autrui. Se souvenir de “qui est qui” est important, parfois même vital. Nous, humains, le savons bien, ainsi cette reconnaissance sur le long terme des voix familières vient constituer une autre caractéristique partagée avec nos si proches cousins.

Références :
Enduring voice recognition in bonobos, S. Keenan, N. Mathevon, JMG Stevens, JP Guéry, K Zuberbühler, F.Levréro, Scientific Reports, 24 Février 2016.
L’article scientifique peut être téléchargé gratuitement ici.

La fin de l’hégémonie américaine sur le système des adresses Internet

C’est chose faite. Dirigé depuis mai 2015 par le Suédois Göran Marby (qui dirige actuellement le régulateur des postes et des télécoms de son pays), l’Icann a adopté une nouvelle charte après deux ans de négociations (et 600 réunions) qui le dote d’une direction pluripartite non gouvernementale. Le conseil d’administration de cette société installée en Californie sera rééquilibré avec une sorte d’assemblée générale qui représentera la diversité des acteurs, où toutes les parties prenantes seront présentes, société civile, associations, chercheurs, professionnels et gouvernements. Le financement de l’organisation continuera de venir de contrats signés avec les propriétaires de noms de domaine et d’annuaires électroniques.

« Le principal changement qui en résulte est le renforcement du principe de l’État de droit. Auparavant les décisions étaient prises par le gouvernement américain, désormais le conseil d’administration devra rendre des comptes. Il y aura une Cour d’appel qui pourra siéger en cas de litiges sur ses décisions et l’AG aura la possibilité de démettre le conseil si ce dernier s’éloigne trop des statuts de l’Icann, comme cela a pu se produire par le passé », explique Mathieu Weill, Directeur général de l’Afnic qui gère les domaines français comme le .fr.

Avant d’entrer en vigueur, cette nouvelle organisation devra être acceptée par les autorités américaines. Leur réponse pourrait intervenir que dans trois mois, le temps pour elles d’étudier cette nouvelle structure. Si cette étude prend trop de temps avec par exemple des auditions du Congrès américain, les élections américaines et le changement d’administration pourraient reporter cette décision…

Depuis 1998, les États-Unis assuraient en effet l’administration des fonctions de l’IANA (Internet Assigned Numbers Authority). Vitales pour Internet, ces fonctions étaient autrefois assurées par l’Université de Californie du Sud et auparavant par le Département de la Défense. Mais en 2014, l’administration de Barack Obama avait annoncé qu’elle allait laisser l’Icann superviser ces fonctions.

Deux grands axes essentiels de réforme ont également été adoptés lors de ce congrès au Maroc. Premièrement, les décisions prises par le Conseil d’administration de l’Icann (telles que l’octroi d’un nouveau nom de domaine de premier niveau comme le .vin) pourront faire l’objet d’un recours par toute personne intéressée devant une instance d’appel, composée de sept juges. L’avis de cette « cour d’appel » s’imposera au Conseil d’administration, alors que celui-ci est jusqu’à présent souverain. Deuxièmement, les organismes qui représentent les différentes parties prenantes au sein de l’Icann (gouvernements, utilisateurs, NIC, gTLD,…) pourront imposer leur veto aux décisions du Conseil d’administration, par un vote majoritaire.

Mais pour Fadi Chehadé, ancien président de l’Icann, cet accord ne résout pas tout. « Il ne faut pas un régulateur unique, mais des régulateurs par sujets. L’Icann s’occupe des noms de domaine. Il faudra créer d’autres Icann sur des sujets qui vont au-delà de ce dont nous nous occupons. Par exemple, il faut un autre régulateur pour la protection des enfants sur Internet, et d’autres sur la fiscalité et la taxation du numérique entre les États ».

Philippe Richard

L’informatique quantique et le casse du siècle

Après la mise en demeure d’Apple par un tribunal fédéral américain (après une plainte du FBI) de débloquer l’iPhone 5C, c’est au tour des équipes du MIT (Massachusetts Institute of Technology) et de l’Université autrichienne d’Innsbruck de partir à l’assaut des clés de chiffrement. Cette fois, il ne s’agit pas d’utiliser l’arme judiciaire, mais la puissance d’une machine quantique afin de factoriser très efficacement les nombres entiers (en un temps proportionnel à la longueur de la clé).

Si ces scientifiques arrivent à relever ce défi, ils pourraient accéder aux chiffrements employés pour protéger les cartes bancaires et toutes les transactions sensibles qui transitent sur les réseaux comme l’Internet notamment. De quoi ébranler tout le système bancaire ! Un casse du siècle réussi par une machine.

Comme Google, les chercheurs du MIT et d’Innsbruck affirment avoir développé une technique pour augmenter la stabilité des « qubits », ces particules élémentaires qui sont à la base du calcul quantique. Jusqu’à présent, le nombre 15 pouvait être, en informatique quantique, décomposé à partir de 12 qubits. Grâce à un laser capable de maintenir des atomes de calcium de manière stable, ils seraient parvenus à atteindre les 5 qbits avec « un niveau de confiance supérieur à 99 % ».

Ce n’est pas la première fois que ce genre d’annonce est faite. Début 2014, la National Security Agency (NSA) avait décidé de financer (à hauteur de 80 millions de dollars) des travaux menés à l’Université du Maryland. Appelés « Penetrating Hard Targets », ils visent à mettre au point un ordinateur quantique.

Mais la résistance s’organise afin que les algorithmes de chiffrement asymétrique (le plus connu étant le RSA en référence aux initiales de ses trois inventeurs, Ron Rivest, Adi Shamir et Len Adleman) soient plus robustes lorsque les ordinateurs quantiques deviendront une réalité. C’est l’objet du partenariat signé en 2015 entre Microsoft Research, le fabricant de semi-conducteurs NXP et l’Université de technologie du Queensland (en Australie). Leurs recherches visent à renforcer le protocole de sécurisation des échanges sur Internet TLS (Transport Layer Security).

Autre initiative, celle de deux mathématiciens de la Washington State University, Nathan Hamlin et William Webb. En mars 2005, ils ont présenté une nouvelle manière de faire du chiffrement asymétrique, en modifiant un vieil algorithme des années 70 (« Knapsack »).

Mais pour l’instant, seul le chiffrement quantique peut résister à l’ordinateur quantique ! « C’est une technologie qui tourne très bien au quotidien et qui commence à être déployée massivement par des sociétés commerciales. Mais c’est très contraignant : la distance est limitée à 100 km et cela ne fonctionne que de point à point. Pour le Web, ce n’est donc pas envisageable », explique Renaud Lifchitz, chercheur à l’Université de Duisburg-Essen. En février 2002, entre Genève et Lausanne (deux villes situées sur la rive suisse du lac Léman et distantes de 67 kilomètres), un message avait été échangé par un canal de communication sécurisé à 100 %. Ce sont des photons (de petits grains de lumière) qui ont permis à Nicolas Gisin et à ses collègues du groupe de physique appliquée de l’Université de Genève de réaliser ce tour de force.

De son côté, Mazyar Mirrahimi, qui dirige Quantic (une équipe commune à 5 écoles ou instituts de recherche) estime que « d’autres applications verront le jour avant l’apparition d’un tel calculateur universel, c’est-à-dire capable de résoudre des problèmes non accessibles à des ordinateurs classiques. Pour l’instant, l’enthousiasme actuel s’explique par les perspectives touchant au développement d’ordinateurs universels quantiques, comme la factorisation de grands nombres utilisée par les algorithmes de cryptage. »

Philippe Richard

Route solaire Wattway : le temps de retour énergétique est « un réel défi pour les ingénieurs » (CNRS)

« Je peux voir deux problèmes avec la route solaire. Le premier vient du réchauffement des panneaux solaires car quand la température augmente, l’efficacité décroit et le processus de vieillissement est accéléré » explique Hervé Pabiou, chercheur du CETHIL, Centre d’Energétique et de Thermique de l’INSA Lyon, en conclusion du documentaire de National Geographic.

« Un autre paramètre intéressant est le temps de retour énergétique (energy payback time) qui est le temps nécessaire pour produire la même quantité d’énergie qui a été utilisée pour fabriquer les panneaux. C’est un réel défi pour les ingénieurs » ajoute le scientifique. Cette honnêteté intellectuelle est vraiment remarquable.

Le documentaire a été réalisé par Claire Jeantet et Fabrice Caterini de l’Agence INEDIZ basée à Lyon. L’angle est particulièrement pertinent car il illustre vraiment bien qu’il s’agit d’un projet de R&D qui n’en est qu’à ses balbutiements, avec encore beaucoup d’inconnues, y compris au niveau de la viabilité même de l’approche sur le plan énergétique, et par ricochet sur le plan économique. Ceci en fort contraste avec la façon dont ce sujet avait été traité dans les médias auparavant.

rendement aerovoltaique

« Discuter la route solaire »

Une semaine avant la diffusion du documentaire de National Geographic, c’est une intéressante piste pédagogique qu’a proposé ENGAGE sur cette page :

« Avec le projet français « Wattway« , on retrouve également plusieurs actualités qui abordent le sujet de manière très générale : L’Esprit sorcierL’ExpressLe Monde, par exemple. Mais, on retrouve des retours critiques : Le blogueur EELV créé une nouvelle vidéo (avec sous-titres français) pour critiquer le projet de routes solaires françaises (le 12 février 2016 ndlr), le journaliste Olivier Danielo publie cet article (le 1er février 2016 ndlr) qui regroupe des sources qui remettent en cause l’efficacité et l’utilité du projet de route solaire. »

ENGAGE mentionne la presse généraliste, mais plusieurs médias français spécialisés en vulgarisation scientifique ont traité de sujet de la même manière. Dans un article intitulé « Route solaire, rupture technologique ? », le magazine Sciences et Avenir estime par exemple que « simple et robuste, la technologie pourrait accélérer le développement des énergies renouvelables ». Non sans emphase le magazine ajoute : « et si on tenait là l’une de ces innovations de rupture apte à faire changer d’ère l’humanité toute entière ? ». Pas un mot dans l’article sur le bilan environnemental et énergétique de cette innovation, ni sur son coût. Du côté des médias écolos, pas mieux.

Un second article publié sur Techniques de l’ingénieur est mentionné dans le dossier d’ENGAGE, article portant sur une innovation très prometteuse: « Très récemment, un autre projet, créé par l’architecte suédois Måns Tham, revient dans l’actualité : le Solar Serpent. Il a été dévoilé en 2010 à Berkeley en Californie et consiste non pas en une route mais en un tunnel de cellules photovoltaïques qui recouvrirait une route existante et aurait également des fonctions de dépollution de l’eau et de l’air ».

Financé par le septième programme-cadre pour la Recherche et le Développement de la Commission Européenne, « le projet ENGAGE réunit 14 partenaires de 12 pays différents ayant une vaste expérience de l’enseignement des sciences basé sur la démarche d’investigation et de la recherche et de l’innovation responsables (RIR), en particulier dans la formation des enseignants et la conception des programmes. » Les spécialistes de la pédagogie et auteurs du dossier invitent les enseignants à muscler leur esprit critique, fondement de l’esprit scientifique, ainsi que celui des élèves:

« En conclusion, on peut se poser les questions suivantes et pourquoi pas les aborder en classe avec vos élèves:

  • Selon vous, les médias se sont-ils emparés du sujet (les routes solaires ndlr) de manière critique, constructive et en étudiant le sujet sur le fond ?
  • Que pensez-vous de l’efficacité réelle ainsi que des avantages et des inconvénients de cette nouvelles technologie ? Avons-nous à l’heure actuelle assez d’informations pour trancher ces questions ?
  • Pensez-vous que les routes solaires soient la solution/une solution ou pas une solution pour le futur énergétique en France et dans le monde ?
  • Avez-vous trouvé d’autres sources intéressantes sur le sujet des routes solaires que vous souhaiteriez partager ? N’hésitez pas à nous donner votre avis ou faire des commentaires sur cet article ! »

« Madame Ségolène Royal, avez-vous les bons conseillers? »

D’autres questions peuvent être posées:

La France a-t-elle un problème avec le solaire photovoltaïque ? Comment est-ce possible qu’une Ministre de l’écologie puisse annoncer (annonce réitérée à de nombreuses reprises) le lancement de 1000 km de route solaire alors que le coût annoncé est de 6€/W, soit 6 à 7 fois plus que le coût du grand solaire au sol aujourd’hui ? Sans parler des coûts de fonctionnement.

Les ONG environnementales ont-elles informé correctement les éco-citoyens, notamment sur les réseaux sociaux ? Certes, le solaire peut être aveuglant, mais ont-elles pris soin d’appliquer le principe de précaution ?

Comment est-il possible que Colas, la filiale de Bouygues, ait pu recevoir un « trophée solutions climat » lors de la COP21 alors que l’EROI n’a pas été estimé ? Et qu’il n’est donc pas possible à ce stade d’affirmer s’il s’agit d’une solution pour le climat ou au contraire d’un gouffre énergétique pervers sur le plan climatique si l’EROI s’avérait inférieur à 1:1.

« Lors des trophées solutions climat (dans le cadre de la COP21 ndlr) des experts ADEME étaient associés à la présélection » a rappelé Hervé Le Treut, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace et qui présidait le jury, joint par téléphone. Ce physicien membre de l’Académie des sciences renvoie-t-il la patate chaude vers cette agence de l’état ? Le 25 février 2016 Pierre-Henri Guignard, secrétaire général de la COP21, précise sur Twitter que « la route solaire était présente au Bourget, à la COP21, dans le cadre d’un accord de mécénat. » Ces justifications laissent pour le moins à désirer.

Benjamin Vadant, chef de pôle chez ERDF et créateur de l’application Info-Travaux visant à éviter les rues barrées lors de travaux sur les routes, a écrit à la Ministre le 16 février : « Madame Ségolène Royal, avez-vous les bons conseillers? Mettre des panneaux solaires sur les routes n’est pas une bonne idée : http://www.eevblog.com/forum/blog/eevblog-850-french-wattway-solar-roadways-bullshit/  ». Une conseillère du Ministère de l’écologie a réagit de la manière suivante à ce message: « A mon avis cela n’est pas la bonne question, ça serait plutôt « écoutez-vous vos conseillers, parfois ? » »

Techniques de l’ingénieur a contacté Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe 1 du GIEC, le panel intergouvernemental des experts du climat, pour lui demander sa réaction face à cette réalité: de l’aveu même de l’ADEME, aucune ACV, aucun calcul d’EROI n’ont été réalisés concernant la technologie de route solaire Wattway de Bouygues-Colas. Qui a pourtant obtenu un trophée solutions climat et par conséquent un très large écho médiatique dépassant les frontières hexagonales. Dans son message de réponse (avec Hervé Le Treut en copie) cette scientifique du LSCE, le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement dirigé par Jean Jouzel, médaille d’or du CNRS, déclare: « Il me semble que l’analyse intégrée en cycle de vie soit une grille de lecture pertinente pour tout projet d’atténuation ».

Les thématiques liées au développement durable, et en particulier le solaire PV qui sera au cœur du système énergétique de demain, méritent en effet d’être traitées de façon sérieuse. Surtout dans le cadre d’une COP qui implique le monde entier.

De la publicité à la communication responsable

Fabrice Bonnifet, directeur Développement Durable & QSE (Qualité Sécurité Environnement) du groupe Bouygues et directeur du Collège des Directeurs du Développement Durable a partagé le 24 février 2016 l’article « De l’art périlleux de « parler vrai » » publié dans Les Echos Business deux jours avant et signé Ariane Gaudefroy.

L’un des paragraphes de l’article s’intitule « Fournir des preuves » et un autre « Rester humble ».  « Pour se mettre en valeur, il faut savoir parler de ses faiblesses » souligne dans ce remarquable article Yonnel Poivre-Le Lohé, consultant en communication responsable chez MIK Partners et auteur du livre « De la publicité à la communication responsable ». « Exposer ses défauts d’emblée permet de faire baisser le niveau d’attente des consommateurs » souligne l’expert.

« Il faut absolument attendre des avancées concrètes avant de communiquer », ajoute Florence Touzé, professeur à Audencia Group, cotitulaire de la chaire RSE. « Aujourd’hui, les consommateurs ont affûté leur esprit critique et toute déclaration non prouvée expose à des accusations de « greenwashing ».

Grâce au documentaire éco-responsable diffusé par le biais de National Geographic, l’équipe Wattway ne pourra pas être accusée de la sorte. Vive l’innovation française. Et vive la Démocratie énergétique participative.

Olivier Daniélo

Les néonicotinoïdes toujours sur la sellette

Les néonicotinoïdes, ces insecticides qui agissent sur les systèmes nerveux des abeilles, n’ont pas fini de faire parler d’eux. En mars 2015, l’Assemblée nationale avait voté deux amendements dans le projet de loi Biodiversité pour restreindre l’utilisation de cette famille d’insecticides, contre l’avis du gouvernement. Retirés en juillet 2015 par la Commission du Développement durable du Sénat, ils n’ont pas été réintroduits en séance lors de l’examen du texte en janvier 2016 par le Sénat. Les sénateurs ont également rejeté un amendement visant à étendre le moratoire européen existant sur 3 néonicotinoïdes à l’enrobage des semences des céréales d’hiver, conformément à l’avis de l’Anses du 7 janvier 2016.

Les sénateurs ont néanmoins adopté un amendement qui renvoie à un arrêté du ministre de l’Agriculture le soin de déterminer les conditions d’utilisation des néonicotinoïdes prenant en compte l’avis de l’Anses. Il s’agira de mieux encadrer les « usages en traitement de semences pour les céréales d’hiver et des usages en pulvérisation après la floraison sur vergers et vignes ». Ce texte devra être « pris dans les trois mois après la promulgation de la loi ». Un sous-amendement a également été adopté afin que le ministre prenne aussi en compte les « conséquences sur la production agricole au regard des alternatives de protection des cultures disponibles ».

Mais rien n’y fait. 62 députés reviennent à la charge et ont signé un nouvel amendement qui stipule que « l’utilisation des produits contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes, y compris les semences traitées avec ces produits, est interdite à partir du 1er janvier 2017 ».

Il semble néanmoins peu probable que cette interdiction puisse être décidée au niveau français. « Les décisions d’interdiction ne peuvent pas se prendre de cette manière, sur un amendement présenté au Parlement Français », relativise Maître Bernard Fau, Avocat à la Cour de Paris et Avocat de l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF). « Seule l’administration compétente en charge de ces questions selon les procédures mises en place par le réglement européen peut en décider », prévient-il. En revanche, le droit européen permet bien d’encadrer davantage les usages de ces produits en France.

Néonicotinoïdes : l’Europe schizophrène?

Sept substances néonicotinoïdes sont désormais autorisées dans l’Union Européenne. Depuis 2013, le règlement 485/2013 restreint l’usage de 3 néonicotoninoïdes (imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame) à l’enrobage de semences des céréales d’hiver uniquement et à la pulvérisation après la floraison des cultures attractives pour les abeilles. Mais ni les céréales à paille semées en hiver, ni les betteraves, ni les traitements en forêts ne sont concernés par cette interdiction. Par ailleurs, cette interdiction ne couvre que les usages précédant et pendant la floraison.  « Ces produits présentent pourtant une très grande persistance dans le sol, les rendant ainsi capables de contaminer les cultures suivantes ou les plantes adventices », prévient l’UNAF. La contamination des abeilles se poursuit donc.

En parallèle de ce moratoire, l’Europe a récemment autorisé deux nouvelles substances néonicotinoïdes. En juillet 2015, la Commission européenne autorisait le Sulfoxaflor de Dow Agrosciences, malgré les mises en garde de l’Efsa : « un haut risque pour les abeilles n’est pas à exclure pour les utilisations en champs ». L’EFSA a pointé l’absence de données sur le couvain, les abeilles sauvages et la mortalité des colonies. Des données absentes, similaires à ce qui avait entraîné le moratoire sur les 3 néonicotinoïdes en 2013… Tout en autorisant ce produit, la Commission demande des informations supplémentaires sur la toxicité à long-terme pour les abeilles. En Octobre 2015, la Commission autorisait la Flupyradifurone de Bayer CropScience, malgré l’absence d’une évaluation appropriée de sa toxicité chronique et sublétale pour les abeilles.

Francesco Panella, président de Bee Life, critique la schizophrénie des institutions européennes, qui restreignent l’usage de certaines molécules pour leurs risques pour les abeilles et les lacunes dans les évaluations des risques, tout en autorisant des molécules similaires, présentant les mêmes risques et lacunes.

Le feuilleton des néonicotinoïdes n’est pas prêt de s’achever.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique