Ingénieurs, informaticiens… ça recrute !

Dans un contexte plutôt optimiste (les intentions de recrutements progressent au global de 5,1%), l’industrie présente elle aussi de bonnes perspectives d’emploi : +2,6% de ses intentions d’embauche. Dans la continuité de 2014 et 2015 où la croissance des intentions d’embauche avait respectivement été de +6,% et 4,3%. Mais ce sont les industries agroalimentaires qui en représentent une bonne part : 36% des perspectives d’embauche industrielle, notamment via des contrats saisonniers.

L’industrie propose des emplois stables

De tous les secteurs, c’est l’industrie qui proposent, en proportion, le plus de perspectives d’emplois stables, soit suite à des départs définitifs (35,9% des intentions de recrutements) soit par la création de nouvelles activités (19,9% des intentions).

Ingénieurs très recherchés

Pour la première fois en 2016, les ingénieurs, les métiers de la R&D et de l’informatique font partie des 15 métiers les plus recherchés. Pour cet ensemble les projets de recrutements sont évalués à plus de 31500 emplois (dont seulement 1,7% d’emplois saisonniers). Cela représente une augmentation de plus de 5800 par rapport à 2015.

Pénurie d’ingénieurs

Les difficultés d’embauche pour les ingénieurs et informaticiens sont toujours à un niveau élevé. Pôle Emploi estime ainsi que 62,9% des intentions d’embauche auront du mal à être concrétisées en raison de la pénurie de main d’œuvre qualifiée. Une proportion en augmentation de 4,1% par rapport à 2015, mais qui reste légèrement inférieure à la moyenne sur 3 ans (2012-2015).

La formation pour pallier le problème ?

De manière globale, la formation de salariés en interne ou de candidats est une option de plus en plus envisagée par les employeurs pour faire face à des pénuries. « Dans l’industrie, plus de 8 établissements sur 10 se disent prêts à former leurs candidats ou salariés », précise Pôle Emploi dans son rapport.

L’informatique toujours porteuse

Parallèlement à l’enquête de Pôle Emploi, l’Apec a publié une étude sur le marché de l’emploi cadre dans les activités informatiques, nous vous en avions parlé en février dernier : L’informatique, un secteur toujours en tension

En 2016, les activités informatiques et télécoms seront encore le premier secteur recruteur de cadres. Les prévisions portent un chiffre d’embauche entre 38800 et 41800 alors que déjà en 2015 plus de 37000 embauches ont été réalisées. Et les places sont plutôt faites pour les jeunes : parce qu’il y a pénurie de profils avec beaucoup d’expérience et parce que les jeunes maîtrisent souvent mieux les dernières évolutions technologiques. Ainsi, en 2015, 64% des recrutements de cadres en informatique et télécommunications concernaient des débutants (moins d’un an d’expérience) ou des cadres peu expérimentés (moins de 5 ans d’expérience).

Par Sophie Hoguin

Peabody : Le géant du charbon en faillite

« C’était une décision difficile, mais c’était la bonne pour Peabody. Ce processus nous permettra de renforcer nos liquidités, de réduire notre dette, et de construire, sur nos réussites de ces dernières années, les fondations d’une stabilité et d’une réussite de long terme », a indiqué Glenn Kellow, le directeur exécutif dans un communiqué. Mais avant de retrouver d’éventuels lendemains qui chantent, le groupe américain va devoir faire face à une dette estimée à 50 milliards de dollars.

Echec australien

Les difficultés de Peabody s’expliquent en partie par la baisse continue des cours du charbon depuis deux ans. La tonne s’échange aujourd’hui autour de 40$ contre 60$ auparavant. Une baisse des cours qui s’explique notamment par une consommation asiatique, et notamment chinoise, moins élevée que prévue en raison de la crise économique de 2008, qui continue à faire sentir ses effets et aux mesures de lutte contre la pollution adoptées par Pékin.

Mais la baisse des cours (qui est loin d’être aussi violente que celle du baril du brut) n’est pas la seule responsable. Comme beaucoup d’autres, Peabody n’a pas anticipé la longueur de la crise et l’impact des politiques d’austérité sur l’activité économique mondiale. Pire, Peabody a consenti des investissements très lourds dans cette période incertaine. Ainsi, le groupe américain a acquis l’australien Macarthur en 2011 pour la bagatelle de 5,1 milliards de dollars, à travers un montage juridico-financier (LBO) s’appuyant essentiellement sur une émission de dette. Ces actifs devaient permettre à Peabody de se renforcer sur le marché du charbon de sidérurgie. Mais là encore, le ralentissement économique mondial a rendu cette opération très coûteuse. Sur la seule année dernière, la compagnie a passé pas moins de 700 millions $ de dépréciations sur ses actifs australiens.

L’affaire Peabody fait la Une des quotidiens économiques car l’envergure de cette faillite impressionne. Mais son histoire est finalement la même que ces dizaines de compagnies indépendantes qui ont mis la clé sous la porte. Selon les données de gouvernement américain, c’est 45% de la production de charbon de l’Oncle Sam qui se serait ainsi volatilisée en 2014.

Romain Chicheportiche

Scandale pétrolier en Italie

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Tempa Rossa

L’affaire est partie d’écoutes téléphoniques dans lesquelles Federica Guidi, ministre italienne de l’Industrie, confiait à son concubin, Gianluca Gemelli, qu’un amendement serait voté dans la prochaine loi budgétaire pour favoriser le projet Tempa Rossa mené par la Major française Total dans la région de Basilicata, (sud), et dans lequel ce dernier a des intérêts en tant que sous-traitant. Un contrat de 2,5 millions d’euros aurait été à la clé, selon El Economista. Face au soupçon de conflit d’intérêts, la ministre est poussée à la démission. Ce scandale ne pouvait pas plus mal tomber, alors que les Italiens sont appelés ce dimanche à un référendum sur les concessions pétrolières.

Pour ou contre ?

L’objet du scrutin porte sur une loi qui proroge automatiquement les concessions pétrolières jusqu’à épuisement des gisements. Une anomalie réglementaire au regard des pratiques internationales qui prévoit en général plutôt des concessions d’une quarantaine d’années avec diverses modalités de partage de la production. Le gouvernement misait sur une abstention suffisante (au moins 50%) pour rendre le referendum sans conséquence. Une hypothèse qui perd en crédibilité à mesure que de nouvelles informations sont révélées dans la presse. Ainsi, la compagnie pétrolière nationale, Eni, est soupçonnée d’avoir falsifié des données pour minimiser l’impact de la pollution d’un gisement situé dans la même région. Ces affaires ont mis un coup de projecteur sur le référendum qui pourrait être le début d’un parcours du combattant pour Matteo Renzi.

Reforme constitutionnelle

Ce scandale n’est pas le premier qui ternit l’image du fringant chef d’Etat italien. Fin 2015, le gouvernement a dû affronter une motion de censure suite à des soupçons, une nouvelle fois, de conflit d’intérêts après le sauvetage de quatre banques coopératives. Il s’est avéré que le vice-président de l’une d’entre elles n’était autre que le père de Maria Elena Boschi, la ministre italienne des Réformes… Matteo Renzi a dû monter au front pour sauver sa protégée expliquant : « Il n’y a aucun conflit d’intérêt dans cette affaire, mais la tentative de sauver des millions de comptes courants », s’est-il défendu. Et pour cause, cette dernière tient un rôle décisif dans le gouvernement italien : mener la réforme constitutionnelle prévue cet automne. Elle consiste notamment à réduire les pouvoirs du Sénat en l’orientant vers un modèle de Chambre des régions, et de simplifier le processus législatif. Une mutation du modèle politique italien qui n’est pas sans faire grincer des dents. Le Premier ministre a clairement annoncé qu’il recevrait le résultat de ce référendum comme un plébiscite pour ou contre son gouvernement. Un moyen de mettre la pression sur ce qu’il considère comme le fer de lance de son mandat. Affaire à suivre…

Par Romain Chicheportiche

Ariane 6 dans les starting-blocks

L’agence spatiale et les industries aéronautiques européennes ont lancé le programme Ariane 6 en décembre 2014. Objectif : garantir l’accès à l’espace pour l’Europe à un prix compétitif et sans que le secteur public ne supporte toute la facture. Il faut dire que la concurrence sur les lanceurs est devenue féroce : il faudra notamment pouvoir faire face à des acteurs comme l’américain Space X qui confirme la fiabilité de son lanceur Falcon 9 et voit son projet de lanceur réutilisable prendre forme (l’entreprise a réussit à poser le 8 avril dernier le premier étage sur une barge en mer). C’est pourquoi, c’est désormais les coûts de développement et d’exploitation qui guident les choix technologiques et organisationnels dans les projets de nouveaux lanceurs européens.

Pas de révolution pour les propulseurs

ASL (Airbus Safran Launchers), maître d’oeuvre a dévoilé les options technologiques proposées qui seront fournies à l’ESA à la fin du mois d’avril pour validation définitive en septembre prochain. Ariane 6 est un lanceur qui répond aux attentes du marché des satellites de masse moyenne (jusqu’à 5 tonnes) et de masse lourde (jusqu’à 10,5 tonnes) en orbite géostationnaire. Il complète l’offre proposée par Vega, opérationnelle depuis 2015 et qui est destinée aux petites charges. Ariane aura 3 étages, le premier à propulsion solide modulaire : équipé de 2 ou 4 boosters P120 selon la charge à mettre en orbite. Ces boosters P120 sont communs avec ceux de Vega C, l’évolution de Vega actuellement en conception. Le deuxième étage utilisera une propulsion à ergols cryogéniques (hydrogène et oxygène) sur le moteur Vulcain 2 utilisé par Ariane 5 et un peu amélioré. Le troisième étage sera bâti sur celui d’Ariane 5 ME (Mid-Evolution), une version d’Ariane 5 évoluée qui fait la transition avec Ariane 6. Il utilisera le moteur Vinci à propulsion cryogénique en cours de développement (test prévu courant 2018). Un moteur qui peut redémarrer plusieurs fois, permettant des manœuvres orbitales complexes pour installer deux satellites à des orbites différentes par exemple.

Utiliser des composants du marché

Pour limiter les coûts, l’idée c’est de trouver sur les marchés de pointe comme l’aviation civile, la téléphonie ou l’automobile,  les composants utiles au lanceur sans avoir à les fabriquer spécifiquement. Et si la structure globale d’Ariane 6 est calquée sur Ariane 5 et Vega pour une fabrication en série, un gros travail d’innovation est fourni sur les matériaux et les techniques de fabrication de certaines pièces (bobinage de carbone à la place du métal sur les corps de propulseurs, soudure par friction-malaxage à la place de la soudure TIG / impression 3D etc.).

Le terrain industriel déjà préparé

Toute la recherche et l’industrialisation d’Ariane 6 pilotée par ASL se fait  via une organisation en mode coopératif et ouverte : les ingénieurs des différents partenaires (Cnes, Air Liquide ou encore Sabca ou Ruag) partagent un même plateau de travail aux Mureaux (78) et les modifications apportées par les uns et les autres apparaissent sur une maquette numérique commune. ASL a aussi déjà préparé la production industrielle en regroupant les fabrications de manière stratégique (pièces métalliques en Allemagne avec MT Aerospace, pièces composites en Espagne par Airbus). Le terrain de 20 000m2 où sera édifié le bâtiment d’assemblage est prêt. La première pierre est prévue fin 2016 et la livraison en 2017. Et cette fois, toute la chaîne de fabrication-montage est prévue à l’horizontale – ce qui évitera  le travail en hauteur comme sur Ariane 5. De son côté, le CNES a déjà entamé l’excavation pour le site de lancement et le nouveau pont de lancement est à l’étude afin que tout soit opérationnel en 2019 pour les premiers tests avant le vol inaugural prévu en 2020.

Incertitudes sur l’entité ASL

Si tout le tissu industriel est prêt, il reste encore à passer quelques difficultés administratives : d’une part la coentreprise ASL (qui comptera 8000 salariés) attend encore une réponse des services administratifs concernant certains transferts de capitaux et d’autre part la Commission européenne a ouvert une enquête sur le projet d’ASL d’acquérir 74% du capital d’Arianespace. Opération qui pourrait s’avérer contraire au règlement européen sur les concentrations. Réponse seulement mi-juillet 2016. Deux décisions qui empêche pour l’instant ASL d’aller plus avant dans certaines phases d’Ariane 6.

Sophie Hoguin

Le Venezuela au bord du gouffre électrique

Selon certains ingénieurs vénézuéliens, le pays serait à moins d’un mois d’un black-out généralisé. Le barrage hydroélectrique d’El Guri, du nom du lac éponyme, est la principale source de génération électrique du pays. D’une capacité de 10 235 MW (soit près de 6 EPR), il est la pierre angulaire du système électrique vénézuélien. Or, son niveau est affecté depuis des années par le renforcement du phénomène climatique El Niño, qui se traduit notamment par une baisse des précipitations. Or, l’énergie hydraulique apporte 62% des électrons sur le réseau.

A 3,56 mètres du gouffre

Niveau H2OSelon les dernières données recueillies, le niveau d’eau du barrage d’El Guri serait de 243,56 mètres, soit à peine 3,56 mètres au-dessus du niveau critique. En effet, à partir de 240 mètres, le niveau n’est plus suffisant et les turbines doivent être arrêtées. C’est pourquoi le gouvernement a demandé à la population de réduire drastiquement sa consommation, en vain. Des mesures plus coercitives ont ainsi été prises ces derniers jours comme la fermeture de toutes les administrations publiques le vendredi et le changement d’horaires des centres commerciaux qui, pourtant, disposent généralement de leurs propres groupes électrogènes.

Ce n’est pas la première fois que le pays fait face à des difficultés d’approvisionnement électrique. Les années précédentes avaient également montré la faiblesse du réseau. Un niveau aussi bas n’avait pourtant pas été atteint depuis 2003. A cette époque, le pays traversait également une forte sécheresse, mais aucune mesure de rationnement n’avait été imposée. Il faut dire que depuis, la situation électrique du pays s’est considérablement dégradée.

Parc thermique inutilisable

Contrairement à ce que le président Maduro affirme, le phénomène El Niño n’est pas le seul responsable de la situation. Certes, il y participe, mais les pays de la région le subissent également, sans pour autant tomber dans une telle configuration critique.

« C’est un problème structurel de disponibilité du parc thermoélectrique. Les pluies n’y changeront rien ! », s’indigne le président de la Commission électricité du Collège des ingénieurs du Venezuela (CIV), Winston Cabas. Sur les quelques 19 000 MW installés, seuls 6 000 MW seraient opérationnels, soit à peine le tiers. Cette indisponibilité est due au manque endémique de maintenance des équipements. « Il y a plus de 6 mois que ces opérations de maintenance auraient dû être réalisées », explique Winston Cabas.

Le pouvoir chaviste pâtit depuis des mois de la chute des cours du baril, qui ne lui permet plus de financer les nombreux programmes mis en place par la révolution bolivarienne, à une époque où le brut tournait autour des 100$. Une époque révolue, au moins à court terme.

Par Romain Chicheportiche

Pénibilité : RiskEV, le nouveau logiciel de gestion des risques professionnels

Le décret du 30 décembre 2015 relatif au compte pénibilité prévoit que les six derniers facteurs de pénibilité s’appliquent à partir du 1er juillet 2016 : les manutentions manuelles de charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques, le bruit, les températures extrêmes et les agents chimiques dangereux.

Les entreprises doivent donc évaluer différents facteurs de risques. Mais une fois qu’ils sont répertoriés, comment gérer les risques identifiés ? Que faire des mesures prises ? Comment en assurer un suivi ? Comment les intégrer au Document Unique ?

RiskEV, le nouveau logiciel de Techniques de l’Ingénieur apporte les réponses. Grâce à un seul outil, il est possible de :

  • Évaluer les risques et gérer les 10 facteurs de pénibilité
  • Gérer vos plans d’action
  • Répertorier tous les produits chimiques de votre structure et évaluer les risques associés
  • Éditer le Document Unique d’évaluation des risques et son Annexe pénibilité
  • Effectuer la traçabilité individuelle et collective des expositions avec édition des documents

En cas de doute, une « Assistance Expert » est mise à disposition. Il s’agit d’une messagerie dédiée pour interroger les experts risque chimique et pénibilité.

RiskEV intègre également des outils pour faciliter le quotidien du responsable HSE :

  • HSESOFT- Fds et Etiq : outils d’édition de fiches de sécurité et d’étiquettes de vos produits chimiques
  • DILETIQ : Estimation du classement des critères santé des produits en dilution aqueuse
  • VLEP, CLP, REGISTRE DES DÉCHETS SORTANTS

Travailler avec RiskEV, c’est également faire le choix :

  • d’une solution simple et intuitive
  • d’un logiciel mis à jour des dernières évolutions réglementaires attendues

Important : le logiciel RiskEV n’est plus commercialisé
par Techniques de l’Ingénieur.

Pluton, le surprenant royaume de l’azote

Depuis son survol par la sonde New Horizon en juillet 2015, Pluton ne cesse d’étonner. De fil en aiguille, les données révèlent un astre étonnamment vivant du point de vue géologique et chimique et dont les découvertes balayent la conception qu’on en avait jusqu’alors.

Le système Pluton : plus complexe que prévu

Ce n’est que depuis 2012 que nous savons que Pluton possède 5 satellites, le dernier découvert étant Styx. Grâce à New Horizon, une meilleure caractérisation de l’ensemble du système et de ces satellites a été possible. Autour du système binaire formé par Charon et Pluton, gravitent donc, sur des orbites à peu près circulaires quatre petites lunes (Nyx, Hydra, Styx et Kerberos) qui sont de formes plutôt allongées et dont le diamètre (équivalent sphérique) est de l’ordre de 40 km pour les deux premières et 10 km pour les deux secondes. Toutes quatre ont un albedo élevé (50-90%) suggérant la présence de glace d’eau à leur surface. La densité des cratères d’impact suggèrent un âge de l’ordre de 4,5 milliards d’années. L’orientation de leurs pôles, le fait qu’elles soient non synchronisés laisse à penser qu’elles ont été formées juste après la collision qui a créé le couple Charon-Pluton. Les données concernant la composition chimique de ces lunes ne sont pas encore parvenue à la Terre.

Modélisation simplifiée du système de Pluton

Crédit : NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute/Mark Showalter

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Les satellites de Pluton classés de gauche à droit du plus proche de Pluton au plus éloigné. La présence de Charon en bas, donne une idée des différentes proportions. Crédit : NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute

Une prison pour l’azote

Les observations de l’atmosphère de Pluton ont réservé bien des surprises aux scientifiques : une atmosphère composée de couches successives comme on le pensait mais avec une couche supérieure très froide et plus compacte que prévue. Conséquences : un échappement atmosphérique bien moindre que modélisé et qui concernerait surtout le méthane et non l’azote. Il semblerait que la couche supérieure contiennent des composés agissant comme des réfrigérants qui absorbent les radiations solaires et empêchent l’azote de se réchauffer et de s’échapper. Pluton se comporterait comme une véritable prison pour l’azote. Celui-ci semble piégé dans les basses couches de l’atmosphère dont il est l’élément essentiel (99%). Cependant, on ne sait pas encore si cette observation est représentative de l’atmosphère de Pluton sur les temps astronomiques car Pluton présente par ailleurs des changements climatiques majeurs.

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On peut voir quelques 20 couches atmosphériques autour de Pluton. Cependant, ces couches ne sont pas strictement parallèles à la surface de la planète. Ainsi, les flèches montre une couche à quelques 5 km d’altitude à gauche et qui redescend jusqu’à la surface à droite. Credit: NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute/AAAS/Science

New Horizon et les vents solaires

Les conclusions concernant l’échappement atmosphérique ont notamment été faites à partir des mesures de vitesses des vents solaires autour de Pluton par un instrument baptisé SWAP. Les données relevées par SWAP (seul instrument à n’avoir pas hiberné) depuis son passage par Jupiter ont permis de découvrir que les vents solaires devenaient plus uniformes au fur et à mesure que l’on s’éloignait du Soleil. Les événements particuliers tels que les éruptions solaires donnent des structures moins détaillées, qui peuvent fusionner ou être gommées avec avec l’éloignement. C’est ce qui ressort d’une publication du 6 avril dernier dans Astrophysical Journal Supplement.

Climat : Pluton la désaxée

Comme la Terre, Pluton a un axe de rotation incliné par rapport à son orbite. Il y existe donc des saisons. Très longues puisque Pluton fait le tour du Soleil en 247,7 ans. Mais l’inclinaison est bien plus importante que sur notre planète (120° actuellement contre 23° chez nous). Si bien que la zone tropicale peut être aussi une zone arctique selon les saisons. En outre, l’axe de rotation de Pluton varie beaucoup, pas seulement de 1° comme sur Terre mais de près de 25°, passant de 13 à 127° en quelques millions d’années. Un changement qui bouleverse le climat périodiquement en influant par exemple sur les propriétés de l’atmosphère comme la pression atmosphérique. Aujourd’hui mesurée à 10 microbars, elle a certainement atteint 1000 à 10 000 fois plus. Ce qui implique, avec une température moyenne de l’ordre de 40°K (-223°C) : l’existence possible d’un cycle de l’azote avec de l’azote liquide qui s’écoulerait à sa surface. Ce qui expliquerait un certain nombre de formes géologiques révélées par New Horizon.

pluton variation axe climat
Ce schéma illustre la variation de l’axe de rotation de Pluton et son influence sur le climat en raison des changements majeurs d’ensoleillement que cela implique pour la plupart des régions. Crédit : NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute

Géologie : une planète encore active

On a longtemps pensé que les astres de la ceinture de Kuiper avaient peu changé depuis leur formation. Pluton nous prouve le contraire. La planète naine semble avoir été géologiquement active tout au long de ses 4,5 milliards d’années. L’activité géologique la plus récente semble centrée sur un grand bassin, baptisé Spoutnik, et recouvert d’une épaisse couche de glace d’azote, de méthane et de monoxyde de carbone dont la formation est estimée à il y a 10 millions d’années. Les terrains qui le bordent dévoilent des traces d’écoulement, de transport de blocs de glaces d’eau, que les scientifiques attribuent à de l’érosion par sublimation ou par effondrements. Ailleurs, le relief est plus mouvementé avec des crêtes, des montagnes de glaces et ce qui semble être des cryovolcans qui auraient été actifs récemment (à une échelle de temps géologique). De vastes zones sont aussi recouvertes de glaces de méthane. Sur l’autre face de la planète, on trouve une zone, ancienne de 4 milliards d’années, fortement érodée et parsemée de cratères et de failles et recouverte de tholines (substance de couleur rouge/brun qui se formerait par l’action du rayonnement ultraviolet sur des composés organiques comme les hydrocarbures en présence d’azote ou d’eau). De son côté Charon, étonnamment riche en glace d’eau et NH3 ne semble plus être aussi active. Ce qui semble sûr c’est que la surface des deux astres a été largement remaniée depuis leur formation car le nombre de cratères d’impact n’est pas du tout en accord avec l’activité de collisions supposée dans la ceinture de Kuiper.

Cette vidéo montre un échantillon de la richesse géomorphologique de Pluton en simulant le survol d’une bande de terre de 80 km de large et 800 km de long. Depuis les montagnes Al-Idrisi jusqu’aux glaces de la plaine de Spoutnik en passant par ses rives.

Crédit : NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute

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Image en fausse couleurs montrant l’abondance de glaces d’eau à la surface de Pluton. Une distribution bien plus importante que prévue. Ailleurs, les scientifiques supposent que les glaces d’eau pourraient être aussi présentes mais de manière souterraine. Credit: NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute

 Par Sophie Hoguin

Poma : des remontées mécaniques à l’éolien

das-tourisme-patternSi vous avez déjà fait du ski, il est probable que vous ayez utilisé leurs câbles. Poma est une marque reconnue dans le monde des sports de montagne. La compagnie française s’est forgée une solide réputation dans la construction des télécabines qui transportent les skieurs en quête de poudreuse. Aujourd’hui, l’entreprise a pour ambition de devenir un leader français de l’éolien. Un grand écart industriel qui peut sembler surprenant, mais il n’en n’est rien. « Il y a bon nombre de synergies entre l’activité du transport par câbles et l’éolien, notamment concernant la motorisation, les aimants permanents et l’entraînement direct », explique David Saint-André, responsable Industrie éolienne de Poma.

Eolien made in France

bandeau_eolien_1903x559-1600x470L’usine de Gilly-sur-Isère a nécessité un investissement de 16 millions d’euros. Opérationnelle au printemps 2017, elle emploiera une centaine de salariés pour une production comprise entre 10 et 20 nacelles par an. Le site a été choisi pour sa proximité géographique avec le reste des activités de Poma, mais aussi sa capacité d’extension qui permettra de suivre une potentielle hausse de l’activité. La technologie développée dans cette usine sera celle de Leitwind, la société sœur qui a déjà installé pas moins de 300 éoliennes (400 MW) dans le monde. A l’instar du parc éolien de Pellafol (Isère), racheté en 2015 par Poma, afin d’y réaliser des campagnes de formations de techniciens. Les synergies entre les deux activités de Poma sont suffisamment grandes pour que le site ne soit pas entièrement dédié à la production de nacelles et à l’assemblage des éoliennes. Les activités historiques du groupe y seront également menées.

Vers une chaîne de valeur française ?

POMAParmi le panel des énergies renouvelables, l’éolien ne fait pas l’unanimité. Ses détracteurs lui reprochent, entre autres, son impact visuel, la gêne qu’il induit pour les radars civils/ou militaires, et le peu de contenu local. Ce dernier argument agace au plus haut point les représentants de la filière. Certes, les grands constructeurs ne sont pas français : Vestas, GE, Nordex, Enercon, Gamesa sont toutes des compagnies étrangères qui voient d’ailleurs leur leadership être sérieusement menacé par la montée en puissance des acteurs chinois (Golwind est devenu en 2015 le 1er fabricant mondial). Par ailleurs, la France a perdu, avec le rachat d’Alstom par General Electric bouclé en 2015, un de ses fleurons industriels.

Mais le tissu industriel français n’est pas totalement absent du secteur et est constitué de PME sous-traitantes spécialisées, issues d’univers très divers. Poma souhaite agréger autour de lui, à travers des partenariats, différents acteurs français comme FrancEole pour les mâts ou Ferry-Capitain pour les pièces de fonderie. « Nous souhaitons devenir le fabricant français multi-Mégawatts de référence, et engager un effet d’entraînement sur toute la filière », assure David Saint-André. Les premières livraisons d’éoliennes sont attendues dès l’année prochaine.

Romain Chicheportiche

Les grands groupes, fers de lance des dépôts de brevets

Le palmarès 2015 des principaux déposants de brevet auprès de l’institut de la propriété industrielle (INPI) révèle une concentration toujours plus forte autour des 20 premiers déposants. Ainsi, en 2015, ils représentent à eux seuls 41,2% des demandes de brevets publiés contre 40,3% en 2014 et 25,2% en 2004. Pour l’INPI, c’est le signe d’une meilleure intégration de la propriété industrielle dans les stratégies de développement des grands groupes et des organismes de recherche français.

L’automobile domine toujours largement

Trois grands acteurs de l’automobile sont cette année dans les 5 premières places. PSA Peugeot Citroën continuant de parader en tête avec 1012 demandes de brevets devançant Safran (769). Valeo a continué sa progression atteignant la 3eme place du palmarès (avec 668 demandes – un chiffre qui a plus que doublé depuis 2011). Derrière l’automobile on retrouve les grands industriels des secteurs de pointe français : aéronautique, télécommunications, cosmétique, électronique, chimie, énergie.

Les organismes de recherches toujours bien placés

Les principaux organismes de recherche sont toujours bien placés : le CEA au 4éme rang (658 demandes publiées), le CNRS à la 6eme place (390 demandes) et IFP Énergies Nouvelles au 13eme rang (194 demandes). Plusieurs universités ne sont d’ailleurs pas en reste comme l’université Claude Bernard – Lyon 1 (32eme place).

La France n’est pas une priorité pour les grands groupes

Afin de mieux traduire l’activité des entreprises française en matière de brevets, l’observatoire de la propriété industrielle a aussi établi un palmarès tenant compte des demandes auprès des autres offices nationaux ou internationaux.

Il en ressort que :

  • la 1ere place reste occupée par PSA Peugeot Citroën (1186 demandes dont 89,3 % auprès de l’INPI)
  • on voit entrer dans le classement des absents du classement français comme Alcatel-Lucent (2eme place avec 1043 demandes dont 0,1% auprès de l’INPI) ou encore Dassault Systems (42e place, 44 brevet – 2,3% auprès de l’INPI)

On note ainsi que les principaux déposants français à l’étranger tendent à ne pas déposer à l’INPI : sur les 20 premiers en 2014 la moyenne des publications n’est que de 50,4%.

Par Sophie Hoguin

En savoir plus : Les palmarès de l’INPI – avril 2016

Mossack Fonseca : une cible facile pour les pirates

Dans la presse, ce cabinet joue les victimes. « Nous avons un rapport technique qui dit que nous avons été piratés depuis des serveurs étrangers », a déclaré à l’AFP Ramon Fonseca Mora, directeur et cofondateur du cabinet, en précisant avoir « déposé plainte auprès du parquet ». « Personne ne parle du piratage » dans la presse qui abonde depuis deux jours sur les révélations, s’offusque Ramon Fonseca, alors que « c’est le seul crime qui a été commis », selon lui.

En réalité, leur principale faute est de n’avoir mis en place aucune politique de sécurité ! Même le B-A-BA n’est pas appliqué. « Le niveau de sécurité  est pitoyable », affirme Olivier Laurelli, un expert en sécurité informatique et cofondateur du site Reflets.info. « Ils ont des applications grand public qui ne sont pas mises à jour depuis près de trois ans. À mon avis, il n’y a pas eu qu’une seule faille. » Bilan : 25 failles de sécurité connues pour son CMS (Content Management System) : Drupal. L’une de ces failles, appelée Drupalgeddon et repérée en octobre 2014, permet à des pirates dotés de bonnes connaissances techniques de récupérer des données.

Pas étonnant que leur « site est une porte d’entrée et leur infrastructure est très bavarde », constate Olivier Laurelli. Pas besoin d’être un as en intrusion pour récupérer des informations sensibles (même si aucun document confidentiel n’est immédiatement accessible en naviguant sur le site). Reflets.info a ainsi déniché les fichiers de sauvegarde d’une application interne et d’un jeu de données associé. Les fichiers de configuration donnant eux accès au login et mot de passe, affichés en clair, c’est-à-dire facilement récupérables.

Par contre, il suffit de s’appeler Google pour enregistrer à l’insu de ce cabinet de nombreuses informations sur les « Panama papers » ! Reflets.info a en effet découvert la présence d’un script Google Analytics. Il permet en effet au géant américain de stocker les adresses IP des personnes se connectant…

Comme d’autres sites et entreprises, ce cabinet ne craint pas d’affirmer que les « informations n’ont jamais été mieux protégées qu’avec le portail client sécurisé de Mossack Fonseca ». De nombreuses affaires de vol de données personnelles ou sensibles montrent au contraire que les entreprises ne se soucient guère de la confidentialité des informations. Fin 2015, le fabricant de jouets VTech a été victime d’une importante fuite de données de cinq millions d’adultes et de 200 000 enfants. En avril de la même année, France Télévisions avait laissé échapper 100 000 contacts. Enfin, l’été dernier, le site de rencontres extra-conjugales Ashley Madison avait fait la Une des médias après le piratage de 32 millions d’adresses email et de comptes d’utilisateurs.

Dernière preuve que Mossack Fonseca ne se souciait guère de la protection des données : les courriels envoyés et reçus par ses employés n’étaient pas chiffrés. Autre lacune, l’utilisation d’une version d’Outlook Web Access, le logiciel de Microsoft, datant de… 2009.

Un cas d’école pour tous les administrateurs de sites web et de serveurs, mais qui est loin d’être unique.

Philippe Richard

Les nouveaux OGM en débat !

L’avis du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) concernant les nouveaux OGM est au coeur des débats. L’objectif de ce travail est d’éclairer les pouvoirs publics sur l’inclusion, ou non, des NBT dans le champ d’application des directives européennes relatives à l’utilisation des OGM. Dans ce cadre, il convient de définir leur parenté avec la transgénèse, la méthode la plus connue et la plus utilisée jusqu’à présent pour produire des OGM.

Car ces nouvelles techniques et les plantes (fruits, légumes et céréales) qui en sont issues n’existaient pas lorsque les réglementations européennes et françaises ont été adoptées. Leur développement entre donc dans un « flou juridique ». S’il est décidé que la réglementation des OGM ne s’applique pas aux plantes obtenues par les NBT, alors il n’y aurait pas d’évaluation des risques avant autorisation, pas de traçabilité, pas d’étiquetage et pas de suivi post-autorisation. Elles pourraient néanmoins toujours être brevetées : l’enjeu est donc immense.

L’avis du HCB se fera en deux temps. Le 4 février 2016, le Haut Conseil a publié un premier ensemble de documents émanant de son Comité Scientifique (CS) et de son Comité Économique Éthique et Social (CEES), qui a été transmis au gouvernement français. Dans ce premier avis, le HCB propose d’encadrer certaines de ces techniques, en les étudiant au cas par cas, mais estime que la plupart de ces techniques n’aboutit pas à la création d’OGM. « Toute technique qui permet de produire une plante non distinguable d’une autre plante de même espèce et qui aurait pu être obtenue par « croisement conventionnel » ou par sélection de mutants (naturels ou induits) ne devrait pas faire l’objet d’une étude systématique calquée sur le modèle des OGM », estime le HCB. Ce serait notamment le cas pour la mutagénèse dirigée à l’aide d’oligonucléotides. Mais aussi pour les techniques exploitant les mécanismes épigénétiques qui modulent l’expression d’un gène sans en modifier la séquence.

Face à ce premier avis, des voix s’élèvent. Le HCB aurait fait fi de l’avis divergent d’un membre du CS, Yves Bertheau, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). En signe de protestation, ce membre a remis sa démission et huit organisations paysannes et de la société civile (*), membres du CEES du HCB, ont suspendu leur participation au HCB « tant que ces dysfonctionnements majeurs ne seront pas réglés ». Dans un mot publié sur le site Internet du HCB, Christine Noiville, Présidente du HCB se défend d’une quelconque censure. Selon elle, cet avis divergent n’était pas recevable « sur la forme, au regard du règlement intérieur du HCB ». « Ces divergences doivent être discutées en séance » et être « argumentées et débattues de façon collégiale », précise-t-elle. Si une partie des points soulevés avait bien été abordée et débattue en séance, l’autre partie des points listés dans la demande de position divergente serait nouvelle et n’aurait jamais été abordée ni débattue en séance.

Pour apaiser le feu, la Présidente assure que les différentes questions posées dans cette demande seront abordées dans les prochaines séances du CS et par le CEES. Par ailleurs, elle a mandaté un travail, dont les résultats seront formulés en mai, pour revoir notamment « les conditions exactes dans lesquelles les divergences peuvent/doivent être annoncées et débattues ».

Malgré tout, les huit organisations paysannes et de la société civile considèrent que l’ensemble de ces techniques consistent à provoquer des modifications génétiques et doivent entrer de fait dans le champ réglementaire des OGM. Pour affirmer leur désaccord, les associations ont manifesté mercredi 6 avril, à l’occasion de l’Assemblée plénière du Haut Conseil des Biotechnologies, devant les locaux d’AgroParisTech à Paris. « Notre position est claire et unanime : tout comme la transgénèse, ces nouvelles techniques produisent des OGM, présentent des risques sanitaires, environnementaux et socio-économiques et posent de nouveaux problèmes éthiques, insistent-elles. Elles doivent donc tomber sous le coup de la réglementation européenne ». Face à cette fronde, la réunion a été reportée à une date ultérieure, « avant l’été ».

Quelles différences majeures entre transgénèse et NBT?

Plutôt que d’introduire un gène provenant d’un autre organisme dans la plante, certaines des nouvelles techniques induisent des mutations ciblées à l’échelle moléculaire directement dans le génome de la plante pour lui fournir la propriété recherchée. Il est ainsi possible de faire muter un gène en modifiant un faible nombre de nucléotides, moduler l’expression d’un gène, activer ou désactiver des gènes…

Par ailleurs, pour les OGM obtenus par transgénèse classique, la séquence d’ADN modifiée est connue et brevetée. Ils sont ainsi facilement détectables grâce à des outils de marquage moléculaire. Mais il est souvent impossible de détecter si une plante a été obtenu par une NBT. Ce qui pose des questions de traçabilité et des risques de biopiraterie évidents.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

* Amis de la Terre, Confédération Paysanne, Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, France Nature Environnement, Greenpeace, Réseau Semences Paysannes, Union Nationale de l’Apiculture Française et Conseil national des associations familiales laïques

Origine de la vie : la pièce manquante détectée dans une « comète artificielle »

Tous les organismes vivants sur Terre, ainsi que les virus, ont un patrimoine génétique fait d’acides nucléiques – ADN ou ARN. L’ARN, considéré comme plus primitif, aurait été l’une des premières molécules caractéristiques de la vie à apparaître sur Terre. Les scientifiques s’interrogent depuis longtemps sur l’origine de ces molécules biologiques. Selon certains, la Terre aurait été « ensemencée » par des comètes ou astéroïdes contenant les briques de base nécessaires à leur construction. Et effectivement, plusieurs acides aminés (constituants des protéines) et bases azotées (l’un des constituants des acides nucléiques) ont déjà été trouvés dans des météorites, ainsi que dans des comètes artificielles, reproduites en laboratoire .

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© Cornelia Meinert (CNRS) Le ribose (et des molécules de sucres apparentées, comme l’arabinose, le lyxose et le xylose) ont été détectés dans des analogues de glaces pré-cométaires grâce à la chromatographie multidimensionnelle en phase gazeuse. Le ribose forme le « squelette » de l’acide ribonucléique (ARN), considéré comme le matériel génétique des premiers organismes vivants.

Mais le ribose, l’autre constituant-clé de l’ARN, n’avait encore jamais été détecté dans du matériel extraterrestre, ni produit en laboratoire dans des conditions « astrophysiques ». En simulant l’évolution de la glace interstellaire composant les comètes, des équipes de recherche françaises ont réussi à former du ribose – étape importante pour comprendre l’origine de l’ARN et donc les origines de la vie.

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© Cornelia Meinert (CNRS) & Andy Christie (Slimfilms.com) Le ribose se forme dans le manteau de glace des grains de poussière, à partir de molécules précurseurs simples (eau, méthanol et ammoniac) et sous l’effet de radiations intenses.

Dans un premier temps, une « comète artificielle » a été produite à l’Institut d’astrophysique spatiale : en plaçant dans une chambre à vide et à − 200 °C un mélange représentatif d’eau (H2O), de méthanol (CH3OH) et d’ammoniac (NH3), les astrophysiciens ont simulé la formation de grains de poussières enrobés de glaces, la matière première des comètes. Ce matériau a été irradié par des UV – comme dans les nébuleuses où se forment ces grains. Puis, l’échantillon a été porté à température ambiante – comme lorsque les comètes s’approchent du Soleil. Sa composition a ensuite été analysée à l’Institut de chimie de Nice grâce à l’optimisation d’une technique très sensible et très précise (la chromatographie multidimensionnelle en phase gazeuse, couplée à la spectrométrie de masse à temps de vol). Plusieurs sucres ont été détectés, parmi lesquels le ribose. Leur diversité et leurs abondances relatives suggèrent qu’ils ont été formés à partir de formaldéhyde (une molécule présente dans l’espace et sur les comètes, qui se forme en grande quantité à partir de méthanol et d’eau).

S’il reste à confirmer l’existence de ribose dans les comètes réelles, cette découverte complète la liste des « briques moléculaires » de la vie qui peuvent être formées dans la glace interstellaire. Elle apporte un argument supplémentaire à la théorie des comètes comme source de molécules organiques qui ont rendu la vie possible sur Terre… et peut-être ailleurs dans l’Univers.

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© Louis Le Sergeant d’Hendecourt (CNRS) / NASA, ESA, and the Hubble Heritage Team (STScI/AURA) Le traitement ultraviolet des glaces pré-cométaires (à gauche) reproduit l’évolution naturelle des glaces interstellaires observées dans un nuage moléculaire (à droite, les piliers de la création), conduisant à la formation de molécules de sucre.

Source : cnrs

Bioo : la start-up qui produit de l’électricité avec des plantes

« L’énergie n’a jamais été aussi verte ». C’est sur ce slogan que Bioo va lancer, le 11 avril 2016, une campagne de crowdfunding sur la plateforme Indiegogo. L’objectif est de faire connaître le procédé par un premier produit très pédagogique : un bac avec une plante munie d’une batterie. Vendue 99 euros l’unité, l’installation (3,5 Volts et 0,5 Ampère) doit permettre de recharger un téléphone portable 3 fois par jour.

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Comment ça marche ?

Bioo a développé une batterie biologique qui contient des micro-organismes capables de décomposer les molécules métabolites (composés organiques intermédiaires) que la plantes n’utilise pas pour la transformer en énergie. « Nous avons travaillé 9 mois sur ce procédé et maintenant, nous sommes sûrs que la photosynthèse est une des solutions d’avenir. Nous venons de breveter notre concept », explique Pablo Vidarte, l’un des étudiants-fondateurs. Des prototypes ont déjà été testés par des partenaires prestigieux comme la compagnie pétrolière espagnole Repsol. Et contrairement aux autres énergies renouvelables, celle-ci n’est pas intermittente. Elle produit de nuit comme de jour.

Croissance rapide

Bioo ne compte pas s’arrêter à sa plante chargeur de portable. Les ingénieurs ont déjà mis au point un panneau d’un mètre carré destiné aux parcs et jardins particuliers. Les panneaux auraient une capacité comprise entre 3 et 40 Watts chacun selon les configurations. Pablo Vidarte estime que pour alimenter une maison moyenne en électricité, un jardin de 100 m² serait suffisant, voire moins si celui-ci dispose davantage d’arbres que de plantes. Il estime que son produit pourra concurrencer n’importe quelle énergie renouvelable, à commencer par les panneaux solaires. A production équivalente, Pablo Vidarte estime le coût moyen du solaire à 15 000 € contre 3 000 € pour ses panneaux. « Le retour sur investissement est d’environ 4,4 ans », affirme le co-fondateur de Bioo. La start-up espère organiser une première levée de fonds dès juin, avec comme objectif d’atteindre les 250 000 euros.

Par Romain Chicheportiche

Expirer en inspirant : le comportement anormal d’un matériau nanoporeux

Lorsque la pression augmente pour faire entrer davantage de gaz dans un échantillon de DUT-49, celui-ci se contracte subitement et libère son contenu comme si, au cours d’une inspiration, les poumons se rétractaient et expulsaient l’air qu’ils contiennent. Publiés le 6 avril 2016 sur le site de la revue Nature, ces travaux permettent d’envisager des comportements innovants en science des matériaux.

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© S. Krause / Technische Universität Dresden Cristaux de DUT-49 par microscope électronique à balayage.
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© F.-X. Coudert / CNRS Simulation de la disposition des atomes qui composent le DUT-49 lorsque celui-ci n’est pas contracté

La capture de molécules toxiques dans l’air ambiant, le stockage de l’hydrogène ou la libération ciblée de médicaments… Autant d’applications qui peuvent faire appel à des matériaux nanoporeux flexibles. Ces matériaux utilisent la grande surface déployée par leurs pores pour capter et stocker les molécules de gaz ou de liquide : c’est le phénomène d’adsorption. Leurs pores peuvent ainsi adsorber des quantités impressionnantes de produits, s’agrandissant dans la limite de leur flexibilité.

Une équipe franco-allemande a conçu un nouveau type de matériau nanoporeux : le DUT-49. Formé par auto-assemblage d’un squelette carboné et d’atomes de cuivre, sa structure est à la fois organique et métallique. Il se présente sous la forme d’une poudre incroyablement poreuse : la superficie interne d’un seul gramme de ce matériau couvre 5000 m². Le DUT-49 est ainsi capable d’adsorber l’équivalent du tiers de son poids en méthane. Tout comme les autres matériaux « intelligents » de sa famille, ses propriétés changent selon les stimulations extérieures, comme la pression, la température ou la lumière. Si l’on augmente la pression lors de la capture d’un gaz, on augmente à la fois la quantité de gaz adsorbée et, dans le cas le plus courant, la taille des pores du matériau. La très grande flexibilité du DUT-49 provoque cependant un phénomène imprévu : alors que le matériau se remplit de gaz jusqu’à une certaine pression, il va se contracter brutalement et voir son volume diminuer de moitié si la pression continue d’augmenter.

Les chercheurs ont d’abord cru à une erreur d’instrumentation, car aucun autre des millions de matériaux connus qui adsorbent les gaz ne se comporte ainsi. Ce phénomène « d’adsorption négative » a pourtant bien été confirmé par des mesures complémentaires et l’équipe est parvenue à en décrire le mécanisme. Les molécules de gaz stockées dans les pores du DUT-49 établissent des interactions fortes avec la structure de ce solide ce qui, selon la quantité de gaz adsorbée, perturbe la disposition des atomes qui le composent et finit par provoquer sa contraction. Testé avec le butane et le méthane, ce comportement caractéristique du DUT-49 serait généralisable à d’autres composés gazeux.

DUT-49 rejoint les récentes découvertes de matériaux aux propriétés physiques « anormales », comme ceux à expansion thermique négative qui se contractent lorsqu’ils sont chauffés. Ce résultat ouvre un grand champ d’étude dans la compréhension des matériaux poreux flexibles et permet d’envisager des comportements innovants en science des matériaux. Il pourrait ainsi conduire à développer des interrupteurs et des capteurs à échelle nanométrique. Le dégonflement du matériau correspond en effet à une réponse forte à un petit évènement, déclenché à partir d’une valeur seuil facilement détectable.

Source : cnrs

Grandes manoeuvres autour du prix du pétrole

L’annonce ne pouvait pas plus mal tomber. Alors que se prépare le sommet de Doha, la production d’or noir a une nouvelle fois augmenté, de 100 000 barils jour, entre février et mars dernier.

Une hausse qui vient rompre la légère reprise des cours de brut observés ces derniers jours, en partie en raison de l’affaiblissement du dollar. Alors que la Russie, le Venezuela, le Qatar et l’Arabie Saoudite tentent de forger un semblant de contrôle sur leur production, d’autres pays comme l’Irak ou l’Angola pompent autant qu’ils le peuvent. C’est également le cas de l’Iran qui, grâce à la levée partielle des sanctions internationales, a vu revenir bon nombre de compagnies pétrolières, prétendants à l’exploitation de ses importants gisements de pétrole et gaz. Téhéran s’est montré par ailleurs très actif pour renouer les liens avec ses partenaires commerciaux asiatiques.

De fait, les négociations à Doha seront compliquées, et difficile de voir quel consensus pourrait émerger entre des pays dont les intérêts sont si contradictoires. Pour la Russie et l’Arabie Saoudite, une stabilisation des cours autour de 45-50 $ serait de nature à équilibrer l’offre et la demande d’or noir à moyen terme. Un niveau de prix très insuffisants pour des économies sinistrées comme le Venezuela. Le 5 avril à la clôture, le baril de Brent était toujours sous la barre des 40 $.

Romain Chicheportiche

Piratage en eaux troubles

Dans son dernier rapport la société américaine Verizon cite le cas de cette infiltration dont a été victime une entreprise de traitement des eaux (dont le nom et le pays sont restés confidentiels).

C’est en intervenant à la demande de cette entreprise pour renforcer la sécurité de son réseau informatique, que Verizon a découvert cette situation délétère. Lorsque les experts en cybersécurité ont commencé leur audit, ils ont constaté que l’action malveillante avait été mise en place depuis deux mois ! Des mouvements suspects de valves et de tuyauteries avaient bien été remarqués. Mais les responsables de l’entreprise n’avaient pas décidé de mettre en place une surveillance plus précise afin d’en connaître les causes et les effets sur la distribution d’eau.

Cette situation n’est finalement pas surprenante et elle s’explique par deux raisons : des infrastructures et des automates obsolètes et, deuxièmement, des personnels pas compétents (car pas formés à ce genre de problématique) en sécurité informatique. Deux constats très répandus dans les sites industriels.

Mais l’exemple cité par Verizon représente un cas d’école. En effet, la plate-forme SCADA (Supervisory Control And Data Acquisition ou Système de contrôle et d’acquisition de données) gérant les applications chargées de contrôler les vannes hébergeait aussi des données sensibles. En accédant à ces machines, les pirates pouvaient donc mettre la main sur des factures et des informations financières, mais aussi prendre le contrôle des différentes vannes.

L’Ouest américain dans le noir

Le pire a semble-t-il était évité, car les « assaillants ont modifié les paramètres de l’application avec apparemment une faible connaissance de la façon dont ces systèmes de contrôle fonctionnent. Si les attaquants avaient eu un peu plus de temps et avaient été un peu plus familiers du système de contrôle industriel, l’entreprise et les populations locales auraient pu subir de sérieux dommages » conclut le rapport de Verizon.

L’exemple de ce centre de traitement des eaux confirme que les sites industriels représentent une cible très facile à attaquer. Jusqu’en 2010 et la découverte du code malveillant Stuxnet qui a touché notamment des centrales nucléaires iraniennes, les industriels et les fabricants des automates ne se souciaient guère de ce type de menace. La fiabilité des machines et la sécurité physique des employés étaient leurs principales préoccupations. Mais aujourd’hui, ces machines se connectent à l’Internet (les mises à jour ne nécessitent plus l’intervention physique d’un technicien), communiquent avec les systèmes de gestion de l’entreprise et sont développées avec des langages informatiques standards.

Dès lors, ils deviennent aussi sensibles et vulnérables au piratage que des ordinateurs ou tout autre appareil connecté. Mais la connexion de toutes les infrastructures sensibles (transport, énergie, télécom…) à des réseaux et l’analyse des données échangées rend la situation encore plus inquiétante.

Une équipe de chercheurs français en cybersécurité, dirigés par Éric Filiol, a étudié et simulé une attaque sur le réseau électrique de l’ouest des États-Unis. Grâce à Internet et au Big data, ils sont parvenus à cartographier l’ensemble du réseau et à localiser ses points faibles. « Cette phase de renseignement a permis de déterminer quels sont les pylônes et les postes électriques qu’il faudrait faire sauter de « manière classique », sur le terrain, pour créer un effet domino qui paralyserait l’ensemble du réseau », explique Éric Filiol, Directeur de Recherche du laboratoire Confiance Numérique et Sécurité/Cryptologie et Virologie Opérationnelle à l’ESIEA (une école d’ingénieurs).

Bilan : la destruction d’un nombre très réduit de points stratégiques par autant de personnes suffirait à paralyser l’Ouest américain pendant au moins 48 heures. Coïncidence, le 23 décembre dernier toute une région de l’ouest de l’Ukraine était plongée dans le noir pendant plus de six heures…

Philippe Richard

Energie solaire : un complexe hôtelier en plein désert

Lors des premières étapes du projet, des ingénieurs ont découvert qu’il était possible d’extraire l’eau souterraine grâce à un puits très profond. Et puisqu’il y avait de l’eau… Pourquoi pas un hôtel ?

Le concept est né autour de la source : 84 chambres dotées d’une vue imprenable sur le désert, un centre de remise en forme pourvu d’équipements intelligents, des ingrédients biologiques cultivés sur place dans les fermes du village voisin, des restaurants de spécialités autochtones, des salles de réunion bénéficiant des technologies de pointe… Sans oublier les fenêtres en verre intelligent équipant tous les espaces.

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Les eaux usées seront bien sûr recyclées  et consacrées à l’irrigation des terres, les déchets seront traités sur place et les 157 000 m² de panneaux solaires devraient permettre de réduire la pollution à néant. Le toit en forme de ruban est  spécialement conçu de manière à optimiser l’efficacité énergétique.

En prime, des opportunités d’emploi pour la population locale !

Que demander de plus ? Sur le papier, c’est un sans-faute. Il ne reste plus qu’à concrétiser ces bonnes intentions…

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Source : baharash

Par Iris. T

Du bois transparent pour la maison du futur ?

Découpez une fine lamelle de bois de moins d’un millimètre d’épaisseur et vous pourrez observer une légère transparence. Joli, mais peu pratique pour le gros œuvre.

Heureusement, une jeune entreprise a décidé de proposer des planches en bois transparent. Dans la boîte à malice de Woodoo : des polymères biosourcés qui, une fois injectés dans le bois, lui permettent de laisser passer 10 à 20 % de la lumière. Un bois aggloméré de plus ? Non, selon Timothée Boitouzet, co-fondateur de la Start-up.

« Avec ce matériau, on garde la structure du bois et on l’améliore en remplaçant l’air et la lignine par un plastique transparent et biosourcé. »

Le bois est alors plus dense, il gagne en résistance ce qu’il perd en légèreté et souplesse. Cette perte de propriétés n’est pas un problème, d’après le chercheur :

« Le but est de rendre compétitifs et intéressants les arbres français qui sont généralement laissés pour compte »

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Il est vrai que le bois de nos forêts ne fait pas recette dans le bâtiment. Le hêtre des Vosges, le peuplier du  nord ou le chêne de l’ouest  sont cantonnés à des utilisations secondaires comme la production d’aggloméré ou sont destinés à être brûlés dans des centrales biomasses. Selon le co-fondateur de l’entreprise Woodoo, Timothée Boitouzet :

« La France est la première puissance européenne en matière de volume de bois sur pied (2.4 milliards de m³ disponibles). Elle est également l’une des dernières à l’utiliser dans le secteur du bâtiment (48% de ces ressources sont inexploitées) » explique l’ingénieur.  « Le développement du matériau constituerait un renouveau de la filière bois qui manque aujourd’hui d’innovation pour être compétitive. »

Encore au stade de la recherche, les polymères utilisés permettent aujourd’hui de fabriquer des planches d’un centimètre d’épaisseur. Pour les professionnels du secteur, l’idée est intéressante et s’inscrit dans l’effervescence de la recherche sur les bois composites.

« L’imagination n’a pas de limite dans ce secteur, indique le professeur Denys Breysse, de l’Institut de mécanique et d’ingénierie de Bordeaux. Mais on perd les gros avantages du bois : sa légèreté et son cycle de vie. »

Cet avis est partagé par Olivier Bertin, Ingénieur de l’École nationale supérieure des technologies et industries du bois (Enstib).

« Le bois est très intéressant car biodégradable. Lorsque le bois est augmenté par d’autres matériaux, il perd cet intérêt et doit être enfoui ou brûlé en incinérateur. Mais si le plastique diffusé dans le bois est biosourcé et biodégradable, comme l’annonce l’entreprise, ce matériau pourrait être visionnaire ! »

Par Baptiste Cessieux

Comprendre la stabilité du bois face à l’humidité

Des chercheurs du CNRS et du Cirad ont démontré que chez la bagasse (Bagassa guianensis) une espèce de bois guyanais à croissance rapide, les métabolites secondaires, dont la fonction principale est de défendre l’arbre contre les attaques extérieures, permettent également de bloquer le retrait. Ils confèrent ainsi à la bagasse une grande stabilité. Ces résultats, dont la méthode sera étendue à une large diversité d’arbres, montrent l’intérêt de décrire la biodiversité en effectuant une analyse approfondie des propriétés des bois afin de découvrir des espèces prometteuses qui pourront être plantées à l’avenir.

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© Julie Bossu – laboratoire Ecofog (CNRS/Inra/Cirad/Agroparistech/Université de Guyane/Université des Antilles) Tronc et houppier d’une bagasse. Rondelle de bois de bagasse : au centre le bois de cœur est coloré par les métabolites secondaires.

Pour contribuer à la diversification des bois exploitables et commercialisables, tout en s’appuyant un maximum sur la biodiversité locale, il est nécessaire de découvrir de nouvelles espèces d’arbres qui pourront être plantées. Pour cela, il faut poursuivre l’effort de description de la biodiversité, pas seulement d’un point de vue taxonomique, c’est-à-dire selon la classification classique des espèces, mais aussi par une caractérisation des propriétés des bois. L’objectif est ainsi de répondre aux demandes en matériaux, notamment dans les régions tropicales où la croissance démographique est rapide.

Forts de ce constat, des chimistes et biomécaniciens du laboratoire EcoFoG (CNRS/Agroparistech/Cirad/Inra/Université des Antilles/Université de Guyane) ont tout d’abord sélectionné plusieurs espèces d’intérêt en croisant deux bases de données issues de plusieurs décennies de mesures en Guyane ; l’une sur la croissance des arbres et l’autre recensant les propriétés technologiques des bois. Parmi les espèces sélectionnées, les chercheurs ont ciblé la bagasse, un bois guyanais à croissance rapide, présentant une densité moyenne (le bois n’est ni trop lourd ni trop léger), et une forte durabilité. En caractérisant les propriétés physiques et mécaniques de plusieurs centaines d’échantillons de bois, issus d’une dizaine d’arbres à différent stades de croissance, les chercheurs ont mis en évidence que le bois de bagasse avait une stabilité dimensionnelle particulièrement forte, quelle que soit sa densité.

Pour comprendre pourquoi le bois de bagasse est aussi stable, les scientifiques se sont intéressés à la teneur en métabolites secondaires du duramen, ou bois de cœur. Cette partie centrale du tronc est plus foncée que la partie périphérique du bois, l’aubier, à cause des métabolites de défense synthétisés par l’arbre en le protégeant des insectes et des champignons. Les chercheurs ont comparé la manière dont des échantillons de bois de bagasse réagissaient au séchage en fonction de la quantité de métabolites présents dans le bois. Leurs résultats mettent en évidence que le cœur de ce bois est très stable quel que soit l’humidité et ce d’autant plus quand la teneur en métabolites secondaires augmente. Ce sont donc ces derniers qui bloquent le retrait et qui confèrent au bois de bagasse sa grande stabilité. Ces résultats montrent ainsi que le taux de métabolites peut être un facteur explicatif du retrait au séchage plus important que la densité. Ils permettent également de proposer des hypothèses sur le mécanisme de déformation mécanique du retrait.

Ces résultats ont permis de tester de nouveaux modèles statistiques qui intègrent la teneur en métabolites pour prédire le retrait d’un bois et donc son comportement au séchage. Les chercheurs souhaitent désormais approfondir leurs recherches pour comprendre l’impact de la nature chimique des métabolites sur les propriétés du bois. Ils souhaitent également étendre leurs analyses à une large diversité d’espèces guyanaises pour révéler de bons candidats à la plantation et à une production locale de bois d’œuvre, à l’image de la bagasse, déjà connue pour sa croissance rapide et sa durabilité et qui se distingue aujourd’hui par sa forte stabilité dimensionnelle.

Références :
New insights on wood dimensional stability influenced by secondary metabolites: the case of a fast-growing tropical species Bagassa guianensis Aubl. Julie Bossu, Jacques Beauchêne, Yannick Estevez, Christophe Duplais, Bruno Clair. PLOS ONE, 23 mars 2016.
Consulter le site web

Source : cnrs

Brésil : l’affaire Petrobras tourne mal

L’affaire Petrobras a été révélée en 2014. D’abord vue comme un scandale classique de corruption, l’affaire s’avère beaucoup plus étendue. Les investigations de la Justice, appuyée par la police fédérale, mettent à jour un vaste système entre, d’une part, la compagnie Petrobras en pleine expansion pour exploiter ses découvertes en offshore (les gisements de Pre-salt notamment), et d’autre part les grands groupes de construction brésiliens (Odebrecht, Galvão, Engevix, Correia, Mendes Junior, Camargo, ou Iesa). Les protagonistes se répartissent les contrats qu’ils surfacturent pour rétribuer leurs partenaires de Petrobras. Ainsi plusieurs haut-cadres de la compagnie auraient accumulé des dizaines de millions de dollars grâce à des sociétés-écran au Panama ou encore en Suisse. Le manque à gagner pour l’Etat serait compris entre 29 et 42 milliards de reis (entre 7,1 et 10,3 mds €) selon les sources. Il est cependant, par définition, très difficile de chiffrer avec exactitude les sommes détournées. Car les enquêteurs découvrent un système bien rôdé qui dépasse les seules sphères économiques et financières. Et pour cause, l’entreprise étant publique, bon nombre de politiciens y ont exercé des responsabilités, à commencer par la Présidente Dilma Roussef qui a été au conseil d’administration entre 2003 et 2010.

Financement illicite

L’enquête Petrobras a permis de mettre à jour un système élaboré de financement des partis politiques, notamment le Parti des Travailleurs (PT) et le parti social-démocrate PMDB. L’ancien directeur « Fourniture » de Petrobras, Paulo Roberto Costa, a ainsi détourné en moyenne 3% de chaque contrat qu’il supervisait pour financer les principales formations politiques du pays. Il a été condamné à 12 ans de prison dans le cadre de l’immense opération Lava Jato (lavage express), menée par le magistrat Sérgio Moro. Ce dernier est devenu un héro nationale en condamnant en mars dernier Marcelo Odebrecht, un des hommes d’affaires brésiliens les plus influents, à 19 ans de prison et 30 millions de dollars d’amendes. Du côté des politiques aussi des premières condamnations sont tombées. Ainsi, João Vaccari Neto, trésorier du PT a été condamné à une peine de 15 ans d’enfermement. Mais c’est bel et bien le cas de la Présidente Dilma Rousseff qui est au cœur du débat. Son passage par la compagnie pétrolière et le fort soupçon de trucage des chiffres officiels pour faciliter sa réélection en 2014 ont largement entaché son image de femme incorruptible qu’elle s’était forgée. Dernière erreur en date, l’entrée de l’ancien président Lula au gouvernement, inquiété par l’opération Lava Jato, a mis le feu au poudre, malgré l’aura toujours importante de ce dernier dans l’opinion publique. Cette manœuvre grossière a été perçue comme un aveu de culpabilité et a dopé la colère des manifestants. De nombreux ministres du PMDB, qui formait la coalition au pouvoir avec le PT, ont quitté le gouvernement en protestation.

Le pouvoir vacille

« Je ne démissionnerai jamais »

C’est la réponse qu’a donné lundi Dilma Rousseff suite à l’intense campagne médiatique dont elle est l’objet. Dénonçant une procédure « sans fondement légal », la Présidente du Brésil estime que l’opposition se sert de ces scandales pour préparer une sorte de « coup d’Etat institutionnel ». Elle a reçu lundi le soutien de l’avocat général, José Eduardo Cardozo, qui est chargé d’éclairer la commission parlementaire qui étudie la question. « La procédure de destitution a été compromise depuis le début et est en l’état invalide », selon lui. Mais la commission peut passer outre son avis et si tel est le cas, la chambre des députés devra se prononcer mi-avril. Concrètement, il faut à la Présidente une minorité de blocage de 171 députés pour empêcher la procédure de destitution.

Si le cas de Dilma Rousseff attire les projecteurs, c’est bel et bien toute la classe politique qui est rejetée par les Brésiliens, à l’image des rares politiciens « d’opposition » allègrement conspués lors de leurs éphémères participations aux manifestations de rues. Le rejet est réel et l’actualité ne fait que renforcer cet état de fait. Ainsi, les fameux « Panama Papers » sortis cette semaine dévoilent qu’Eduardo Cuhna, président de la Chambre brésilienne des députés, et instigateur de la procédure de destitution présidentielle aurait lui-même demandé les services du désormais connu cabinet Mossack Fonseca, pour créer des sociétés-écran au Panama. Par ailleurs, même le vice-président Michel Temer, qui prendrait la place de Dilma Roussef en cas de destitution, est lui-aussi cité dans l’opération Lava Jato.

Brouillard

Quelque soit le résultat final de la procédure de destitution, peu probable que la tête de Dilma Rousseff suffise à calmer une opinion totalement désabusée par la corruption endémique qui ronge le pays. La crise politique a commencé à faire sentir ses effets sur l’économie déjà plombée par la chute des cours des matières premières. Petrobras a nommé un nouveau directeur en la personne de Luiz Nelson Guedes de Carvalho, dont la nomination devrait être confirmé en conseil d’administration le 28 avril prochain. Le groupe brésilien, qui a annoncé une perte record de 10,2 milliards de dollars au 4ème trimestre 2015, a annoncé un plan de vente d’actifs de 14 mds $ pour faire face à ses charges financières et prévoit de supprimer 12 000 des 57 000 emplois que compte le groupe. Reste à savoir comment la compagnie va pouvoir faire face aux importants investissements qu’elle doit consentir, et ce, alors que ses revenus s’effondrent. Une équation qui peut également s’appliquer aux comptes publics brésiliens.

Romain Chicheportiche

La Lune jouerait un rôle majeur dans le maintien du champ magnétique terrestre

Le modèle classique de formation du champ magnétique terrestre soulevait un paradoxe majeur. Pour que la géodynamo fonctionne, la Terre aurait dû être complètement fondue il y a quatre milliards d’années et son noyau aurait dû refroidir lentement d’environ 6800 °C, à l’époque, à 3800°C aujourd’hui. Des travaux récents de modélisation de l’évolution précoce de la température interne de notre planète, et géochimiques sur la composition des carbonatites et des basaltes les plus anciens vont à l’encontre d’un tel refroidissement. Si des températures aussi hautes sont exclues, les chercheurs proposent une autre source d’énergie dans cette étude.

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Les effets gravitationnels associés à la présence de la Lune et du Soleil induisent sur Terre la déformation cyclique du manteau et des oscillations de l’axe de rotation. Ce forçage mécanique appliqué à toute la planète induit de forts courants dans le noyau externe constitué d’un alliage de fer de très faible viscosité. Ces courants sont suffisants pour générer le champ magnétique terrestre.

La Terre adopte une forme aplatie, tourne autour d’un axe incliné qui oscille autour des pôles et son manteau se déforme élastiquement par effet de marée dû à la Lune. Les chercheurs ont montré que cet effet pourrait stimuler continuellement les mouvements de l’alliage de fer liquide qui constitue le noyau externe, et générer en retour le champ magnétique terrestre. Une puissance de 3 700 milliards de watts est constamment fournie à la Terre par transfert des énergies gravitationnelle et de rotation du système Terre-Lune-Soleil, et jusqu’à plus de mille milliards de watts seraient disponibles pour provoquer ce type de mouvements dans le noyau externe. Cette énergie est suffisante pour générer le champ magnétique terrestre ce qui, avec la Lune, résout le paradoxe majeur du modèle classique. Un tel effet des forces gravitationnelles sur le champ magnétique d’une planète est déjà amplement documenté pour Io, Europe, deux satellites naturels de Jupiter, et de nombreuses exoplanètes.

Comme ni la rotation de la Terre autour de son axe, ni l’orientation de cet axe, ni l’orbite de la lune ne sont parfaitement régulières, leur influence cumulée sur les mouvements dans le noyau est instable et peut faire fluctuer la géodynamo. Ce phénomène permet d’expliquer certains pulses de chaleur dans le noyau externe et à sa frontière avec le manteau terrestre. Historiquement, cela a pu conduire à des pics de fusion dans le manteau profond et à d’éventuels évènements volcaniques majeurs à la surface de la Terre. Ce nouveau modèle souligne que l’influence de la Lune sur la Terre dépasse donc largement le simple cas des marées.

Références :

The deep Earth may not be cooling down… Denis Andrault, Julien Monteux, Michael Le Bars and Henri Samuel Earth and Planetary Science Letters. Le 30 mars 2016. doi:10.1016/j.epsl.2016.03.020.
Consulter le site web

 

Source : cnrs

Pollution des micro-plastiques : quelles solutions ?

Plus de 5 250 milliards de micro-fragments de plastique polluent les océans, soit près de 270 000 tonnes de plastique, selon une étude parue dans PLoS ONE fin 2014. Ces micro-plastiques de moins de 5 millimètre proviennent de la fragmentation de plastiques déversés dans les océans (sacs, bouteilles, emballages…), sous l’effet mécanique des vagues, du vent et du sable et l’action chimique des UV. Ils peuvent également directement provenir de rejets industriels lors de la fabrication des plastiques, mais aussi des rejets de l’industrie cosmétique et de l’industrie des textiles synthétiques. Si ces micro-plastiques émanent directement des usines de production, d’autres résultent des usages des citoyens : ils sont rejetés lors de l’utilisation de cosmétiques contenant des micro-billes de plastique et des micro-fibres proviennent du lavage des matières synthétiques dans nos machines à laver.

Les études scientifiques dressent un triste constat : chaque année, entre 4 et 12 millions de tonnes de plastiques supplémentaires entreraient dans les océans. Les macro-déchets flottants se fragmentent pour donner des micro-déchets ; les autres coulent dans les profondeurs. D’ici 2025, la quantité de déchets plastiques entrant dans le milieu marin pourrait être multipliée par dix si la gestion des déchets n’est pas améliorée. Selon une étude dévoilée par le Forum économique mondial de Davos, le ratio tonnes de plastique- tonnes de poissons était de un pour cinq en 2014, sera de un pour trois en 2025, et dépassera un pour un en 2050 si la gestion des déchets n’est pas améliorée.

Les scientifiques estiment que les macro-déchets en plastique retrouvés en mer proviennent à environ 80 % de terre, principalement des décharges à ciel ouvert, des déchets abandonnés dans la nature et des événements climatiques extrêmes (tempêtes, tsunamis…). Il reste 20 % de déchets jetés par dessus bord à partir des bateaux de loisirs, de la marine marchande et des pêcheurs. Il faut donc s’attendre à ce que la fragmentation de ces macro-déchets en micro-plastiques augmente fortement dans les années à venir, en raison de l’augmentation de la population et de la consommation de plastique. Dans cette perspective, comment se mettre en ordre de marche pour mettre fin à cette pollution sournoise ?

Diminuer les rejets industriels et domestiques

Les fabricants européens de plastique, représentés par PlasticsEurope, s’accordent sur un point : il faut développer le recyclage du plastique, diminuer sa mise en décharge et éviter que des macro et micro-déchets en plastique finissent dans les océans. Plus la filière sera organisée, moins il y aura de macro-déchets en plastique dans les cours d’eau et dans la mer, et a fortiori, moins de micro-plastiques à l’avenir. Leur principal engagement vise la sensibilisation des employés d’usines pour qu’aucun granulé de plastique servant de matière première à la confection d’objets ne se retrouve dans les océans (via l’opération Clean Sweep). « Il faut aller au-delà de nos usines, dans toute la chaîne de valeur, c’est-à-dire chez nos clients : les transformateurs, les transporteurs et les distributeurs », expliquait récemment Michel Loubry, directeur de la région Ouest de PlasticsEurope à Techniques de l’ingénieur. « Il faut aller jusque dans les ports où est réalisée l’exportation des matières plastiques vers les pays étrangers », jugeait-il.

De nombreuses micro-billes de polyéthylène ou polypropylène finissent dans les océans à cause des cosmétiques, gels douches et dentifrices. Plusieurs études récentes analysent l’impact de ces micro-billes sur les écosystèmes aquatiques. La dernière en date : l’Ifremer montre comment des micro-billes de polyéthylène perturbent la reproduction des huîtres du Pacifique. Une solution simple existe pourtant pour diminuer cette pollution : interdire les micro-billes dans les cosmétiques. Les Etats-Unis viennent de franchir le cap. Fin 2015, ils ont adopté une loi qui interdira l’usage de ces produits début 2017. L’Union Européenne pourrait prochainement emboîter le pas. Plusieurs industriels n’ont pas attendu l’entrée en vigueur de cette interdiction pour agir. Fin 2012, l’entreprise Unilever a annoncé qu’elle allait arrêter d’utiliser des micro-billes de plastique dans ses produits cosmétiques d’ici 2015. Depuis, d’autres entreprises ont suivi le mouvement : Colgate-Palmolive, L’Oréal, Clarins, The Body Shop, Lush, etc. Pour choisir des produits ne contenant pas de micro-billes, le site beatthemicrobead.org regroupe les engagements des industriels, les produits de remplacement et les dates d’engagement.

Malgré les bonnes intentions des industriels et la sensibilisation de la population, plusieurs milliards de micro-plastiques vont continuer de se déverser dans les rivières et océans. Pour diminuer ces rejets au maximum, il convient donc de s’attaquer à cette pollution à la source. La première étape est d’améliorer le traitement des eaux usées pour que les stations d’épuration retiennent au maximum ces micro-plastiques. Des pilotes testent des filtrations poussées pour les retenir. Affaire à suivre…

Instaurer une volonté politique forte et sensibiliser tous les acteurs

En France, les choses évoluent. La loi de transition énergétique pour la croissance verte prévoit l’interdiction des sacs plastiques à usage unique au 1er juillet 2016 et l’interdiction de la vaisselle je table en plastique au 1er janvier 2020. Pour améliorer le recyclage des plastique, les consignes de tri seront étendues à l’ensemble des emballages plastiques, au plus tard en 2022. La loi prévoit aussi la diminution de la mise en décharge du plastique, au profit de la valorisation énergétique.

Ce sont de bonnes nouvelles, mais elles ne suffiront pas à résoudre le problème. Il faut être actif en Europe, mais aussi dans les zones qui polluent le plus, notamment en Asie, aider les producteurs à s’organiser et sensibiliser l’ensemble des acteurs. Cela pourrait notamment se faire au sein du conseil mondial des producteurs de matières plastiques, le World Plastics Council (WPC), regroupant des producteurs provenant d’Europe, d’Asie, du Moyen Orient, d’Amérique du Sud et du Nord, mais pas de producteurs africains.

Proche de nous, l’exemple de la mer Méditerranée, berceau de 450 millions d’habitants issus de 22 pays, montre la responsabilité partagée des différents pays, mais aussi la complexité des solutions à mettre en place en concertation. Il s’agit de l’une des mers les plus polluées au monde par le plastique, que cela soit des plastiques flottants, des plastiques retrouvés sur les plages ou dans les fonds marins. Elle contiendrait 247 milliards de particules de plastiques flottants, soit 23 150 tonnes, selon l’étude parue dans PLoS ONE. La pollution provient majoritairement du Maghreb, de l’Egypte et du Liban : les structures de traitements de déchets y demeurent rudimentaires et les décharges à ciel ouvert encore largement développées. La task force Beyond Plastic Med a été créée pour rechercher et promouvoir des solutions concrètes pour lutter contre l’afflux des pollutions plastiques en Méditerranée. Elle a pour but de fédérer et de créer des liens de coopération entre le secteur privé, les initiatives citoyennes et les politiques locales et régionales.

Les projets « fous » pour nettoyer les océans

Malgré toute la bonne volonté du monde, des micro-fragments vont continuer de polluer les océans dans les décennies à venir. A contre-courant de propos souvent fatalistes, misant uniquement sur la sensibilisation  pour diminuer les rejets, plusieurs projets ambitionnent de s’attaquer directement à la pollution flottant à la surface des océans. Le projet le plus médiatisé est Ocean Cleanup porté par le jeune néerlandais Boyan Slat. Son idée : déployer une série de barrières flottantes, une sorte d’entonnoir géant, concentrant et ramenant les débris vers une plateforme capable de les traiter. Sa solution s’attaquera aux macro-déchets flottant en surface des océans, mais n’interceptera que peu de micro-plastiques flottants.

Un projet pourrait compléter la solution de Boyan Slat pour retirer les micro-fragments de plastique situés en surface. Il s’agit de SeaVax, un bateau propulsé à l’énergie solaire et éolienne, développé par l’entreprise Bluebird Marine Systemes LTD. Un prototype est en cours de développement. Selon ces concepteurs, un navire SeaVax devrait générer suffisamment d’énergie pour traiter 89,9 millions de litres d’eau de mer. Dans une soupe riche en micro-plastiques, il pourrait aspirer et stocker 150 tonnes de débris plastiques par sortie. SeaVax ambitionne d’avoir des lieux de traitement à terre, avec des partenaires industriels.

Mi-mars une découverte faite par des chercheurs japonais, parue dans Science, a fait les gros titres des journaux : une bactérie serait capable de manger le plastique et briser ses liaisons moléculaires ! Les médias se sont emparés du sujet et ont partagé l’enthousiasme des chercheurs qui y voient la fin possible de la pollution marine. Si la bactérie découverte ne s’attaque qu’au polyéthylène téréphtalate (PET), les chercheurs ambitionnent de découvrir d’autres bactéries dégradant d’autres matières plastiques. Malgré de nombreuses applications industrielles potentielles, cette solution ne permettrait pas de lutter contre la pollution plastique dans les océans. « Est-il raisonnable de penser que pulvériser des millions de tonnes de bactéries génétiquement modifiées sur la surface de l’océan va élimer le 7e continent sans effet sur l’environnement marin ? », s’interroge l’expédition 7e continent.

La seule solution pérenne est bel et bien d’agir sur la terre ferme, près de la source, pour éviter que le plastique n’entre dans l’eau. Dans cette perspective, la  Fondation Race for Water souhaiterait développer de petites unités de gazéification du plastique pour la production d’électricité. « Une unité de cinq tonnes peut transformer 1680 tonnes de déchets plastiques par année en 3500 mégawattheures d’énergie. Soit assez pour couvrir les besoins en électricité de 2000 insulaires », rapporte Swissinfo. La Fondation espère utiliser cette technologie pour lancer un projet pilote sur l’Ile de Pâques dès la fin de 2016, avant de l’étendre à d’autres îles et  aux villes côtières, principales sources de pollution des océans.

La solution, dans les mains des citoyens ?

Malgré tous ces projets, la majorité des fragments de plastique déjà présents en mer et la totalité des déchets ayant coulé dans les fonds marins, resteront dans les océans. Pour éviter que cette pollution continue de s’intensifier, il est essentiel que les consommateurs modifient leurs comportements. Les projets de ramassage en mer sont complexes, d’où l’importance de se mobiliser à terre pour changer les comportements. Différentes campagnes de sensibilisation ou opérations de nettoyage sont organisées par Surf Rider Foundation, Mer Terre, Vacances Propres, Let’s do it… et de nombreuses associations locales.

Le changement de comportement des citoyens implique en premier lieu de ne plus jeter un seul déchet dans la nature. Il suppose de comprendre que toute action peut avoir un impact sur la pollution aquatique : un mégot jeté dans le caniveau, des cosmétiques contenant des micro-billes ou le lavage de vêtements synthétiques…

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Le capital-investissement français revient soutenir l’industrie

Selon l’étude présentée par l’AFIC et le cabinet d’audit Grant Thornton, les fonds français de capital-investissement ont été particulièrement actifs en 2015. Ainsi, les investissements ont bondi de 23% en valeur l’année dernière, atteignant 10,7 Md€. Ce sont ainsi, 1645 entreprises (78% de TPE/PME) qui ont été soutenues. Un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 8 ans, c’est-à-dire depuis la crise financière de 2007.

Le capital-innovation a la cote

Si les indicateurs des principaux secteurs du capital-investissement sont au vert, c’est le capital-innovation qui touche le pactole, enregistrant un double record : celui du  nombre d’entreprises accompagnées (499) et celui du montant (758 M€, soit une augmentation de 21%).  Mais cela ne doit pas cacher la très forte dynamique des autres branches comme le capital-développement qui a augmenté de 48% pour un montant de 3,9 Md€. Ces investissements ont profité à des secteurs traditionnels comme l’industrie (2,6 Md€), les services et transports (2,6Md€) ou encore l’informatique et le numérique (1,8Md€).

Des levées de fonds stables

Si les levées de fonds ont diminué de 4%, totalisant un montant de 9,7 Md€, Michel Chabanel, président de l’Afic, explique que, pour autant, l’année n’en est pas moins bonne. En effet, contrairement aux deux années précédentes, il n’y a pas eu de levée exceptionnelle supérieure au milliard d’euros, si bien que ce résultat est le fait d’une forte progression des levées de taille moyenne.

Doubler les montants d’ici 5 ans ?

Malgré ces chiffres très positifs, l’AFIC aimerait rejoindre le niveau atteint par les britanniques dont les « Private Equity » investissent de l’ordre de 20Md€ chaque année dans leurs entreprises non cotées. Un objectif qu’elle pense pouvoir atteindre d’ici 5 à 6 ans si le Politique donne le coup de pouce nécessaire : favoriser le retour des banques et assurances vers le capital-investissement en baissant les charges par exemple ou mettre en place un vrai fléchage de l’épargne, notamment l’assurance-vie, vers l’investissement dans l’économie réelle.

Par Sophie Hoguin

La plus grande usine de France ouvre ses portes à Paris

Techniques de l’ingénieur : cette édition 2016 présente-t-elle des changements par rapport à 2014 ?

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Sébastien Gillet ©Xavier MUYARD

Sébastien Gillet : Oui, beaucoup de changements. Tout comme le monde industriel évolue, le salon évolue lui-aussi. L’occupation de l’espace a donc été complètement revu. On a supprimé les sectorisations qui existaient auparavant et conçu le salon sur un espace unique simulant une gigantesque usine en fonctionnement. Plus de 400 machines en démonstration autour desquelles le visiteur pourra trouver composants, accessoires, outils nécessaires à l’optimisation du process en question. Avec, pour faciliter l’orientation des visiteurs, neuf parcours technologiques thématiques comme « mesure, contrôle, vision » ou « robotique ». En prime, un point focal sur la peinture et les traitements de surface avec la mise en service d’une chaîne complète qui montrera les dernières innovations techniques en la matière.

Attendez-vous des changements concernant votre visitorat ?

Oui en partie. Bien sûr, notre cœur de cible reste les utilisateurs qui cherchent des solutions, des nouveautés, c’est-à-dire les responsables des achats, de la maintenance ou d’autres types de fonctions techniques. Mais cette année nous allons faire du salon, aussi, un moment de rencontre entre les grands décideurs de l’industrie française. Ainsi, le mardi 5 avril, en coopération avec les Arts et Métiers nous organisons le Club des 100. Une centaine de directeurs, cadres supérieurs de grandes industries françaises se réuniront pour découvrir le salon, discuter, débattre et assister à la soirée de remise des trophées de l’innovation.

Industries Paris est-il ouvert aux jeunes, aux étudiants ?

Comme nous l’avons toujours fait, la promotion de la formation est un axe fort de notre salon. Ainsi, nous mettons en place des visites guidées spécifiques pour les jeunes, les étudiants, les associations de parents d’élèves comme la FCPE afin de leur faire découvrir les métiers de l’industrie. Un moyen privilégié de les « rééduquer » à l’industrie. Car malheureusement l’usine a une image vieillotte, négative et pauvre auprès des jeunes et de leurs parents. Très loin de la réalité des métiers d’aujourd’hui ouverts sur les nouvelles technologies, la robotique, ou des machines de pointe et pour lesquels la France est en pénurie de compétences.

Trois villages thématiques font leur apparition, à quoi servent-ils ?

Ils permettent de donner de la visibilité, sur un espace restreint, à des ressources clés. Ainsi, le village 3D (déjà testé à Lyon en 2015) réunit les solutions autour de la fabrication additive qui prend une place grandissante dans nos usines ; le village start-up, permet à des TPE de présenter leurs savoir-faire, souvent pointus, complémentaires et attractifs pour des grandes entreprises et enfin le village « Stratégies et développement », créé à la demande des visiteurs, accueille une dizaine de cabinets de référence, pour le financement, les RH, le commercial ou encore la normalisation.

Comment se traduit le concept d’usine du futur sur le salon ?

Outre les trophées de l’innovation ou encore certaines conférences, le concept d’usine du futur sera au cœur du Labo Industrie : 200 m² de parcours initiatique et concret autour des différentes solutions qui existent ou vont entrer dans les usines à l’avenir.

Comment abordez-vous cette édition ?

Plein de confiance et d’espoir. Parce que les exposants se sont investis de manière exceptionnelle, que tous les leaders des secteurs automobile, aéronautique, énergie ou médical ont répondu présents et parce que l’ambiance est beaucoup moins morose qu’il y a quelques années.

Salon Industrie Paris – Le salon des technologies de production

Du 4 au 8 avril 2016 au Parc des Expositions Paris Nord Villepinte
En savoir plus : industrie-expo

Propos recueillis par Sophie Hoguin

Découverte de changements inattendus dans les taches brillantes qui parsèment la surface de Cérès

Cérès est le corps le plus volumineux de la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter et le seul objet de ce type classé parmi les planètes naines. La sonde spatiale Dawn de la NASA est demeurée en orbite autour de Cérès durant plus d’une année et a livré une cartographie détaillée de sa surface. La découverte de taches très brillantes, qui réfléchissent bien plus de lumière que le reste de la surface, beaucoup plus sombre, a constitué l’une des plus surprenantes découvertes. La tache la plus étendue occupe le centre du cratère Occator et suggère que Cérès présente une activité interne nettement plus importante que la plupart de ses voisins de la ceinture d’astéroïdes.

This artist’s impression is based on a detailed map of the surface compiled from images taken from NASA’s Dawn spacecraft in orbit around the dwarf planet Ceres. It shows the very bright patches of material in the crater Occator and elsewhere. New observations using the HARPS spectrograph on the ESO 3.6-metre telescope at La Silla in Chile have revealed unexpected daily changes on these spots, suggesting that they change under the influence of sunlight as Ceres rotates.  

De nouvelles observations très précises ont été effectuées au moyen du spectrographe HARPS installé sur le télescope de 3,6 mètres de l’ESO à La Silla au Chili. Ces observations ont permis de mettre en évidence les effets de la rotation de Cérès autour de son axe sur le mouvement des taches ainsi que quelques modifications inattendues suggérant que la matière qui compose ces taches est volatile et s’évapore à la lumière du Soleil.

Paolo Molaro, auteur principal de cette étude et chercheur à l’INAF – Observatoire Astronomique de Trieste, nous conte cette histoire : “Lorsque la sonde spatiale Dawn a révélé l’existence de mystérieux points brillants à la surface de Cérès, j’ai immédiatement songé à la possibilité de les étudier depuis la Terre. Au fil de la rotation de Cérès, les taches s’approchent de la Terre puis s’éloignent de nouveau, ce qui se traduit par des modifications dans le spectre de lumière solaire réfléchie arrivant sur Terre.”

La période de rotation de Cérès avoisine les neuf heures. Les calculs ont montré que les effets dus au mouvement des taches en direction et à l’opposé de la Terre sous l’effet de cette rotation sont très faibles, de l’ordre de 20 kilomètres par heure. Ces vitesses s’avèrent toutefois suffisantes pour être mesurables par effet Doppler au moyen d’instruments très précis tel HARPS.

L’équipe a donc observé Cérès avec HARPS au cours de deux nuits d’été, en juillet et août 2015. “Le résultat fut une réelle surprise” confie Antonino Lanza de l’INAF – Observatoire Astronomique de Catane et co-auteur de l’étude. “Nous avons effectivement découvert les effets attendus de la rotation de Cérès sur le spectre de lumière, mais également d’autres changements considérables d’une nuit à l’autre”.

L’équipe a conclu que les changements observés pouvaient résulter de la présence de substances volatiles qui s’évaporent sous l’action du rayonnement solaire. Lorsque les taches situées au cœur du cratère Occator sont éclairées par le Soleil, elles forment des panaches qui réfléchissent la lumière solaire de manière très efficace. Puis ces panaches s’évaporent rapidement, perdent en réflectivité et produisent les changements observés. Toutefois, cet effet varie d’une nuit à l’autre, générant des motifs aléatoires supplémentaires sur de courtes et longues échelles de temps.

Si cette hypothèse se trouvait confirmée, Cérès se distinguerait nettement de Vesta ainsi que des autres astéroïdes de la ceinture principale. En dépit de son isolement relatif, Cérès paraît actif. Impossible pour l’instant d’établir un lien de cause à effet entre la richesse de son contenu en eau d’une part, les taches brillantes à sa surface d’autre part. De même, la source d’énergie qui alimente ces panaches de matière demeure inconnue pour l’instant.

Dawn continue d’étudier Cérès ainsi que le comportement de ses mystérieuses taches. Les observations depuis le sol au moyen de HARPS et d’autres instruments pourront se poursuivre après la fin de la mission spatiale.

Source : eso

L’Inde : partenaire privilégié de l’Iran ?

La levée partielle des sanctions économiques contre la République islamique d’Iran, en janvier dernier, a eu un impact direct sur l’exportation de pétrole. « Nous pouvons  élever de 500 000 barils jour notre production immédiatement après la levée des sanctions, pour atteindre progressivement 4 millions de barils jour en quelques mois », rappelait Bijan Zanganeh, le ministre iranien du Pétrole, au lendemain de la signature de l’accord sur le nucléaire. Et il semblerait bien que l’Inde soit un des premiers bénéficiaires de ces nouvelles cargaisons. New Delhi a importé d’Iran 713 126 millions de tonnes (Mt) de pétrole brut en février, soit 86% de plus le même mois l’année précédente.

NIOC

Visite diplomatique

Le ministre indien de l’Energie, Dharmendra Pradhan, est attendu le 6 avril prochain en Iran. Objectif de cette visite : faire avancer des projets énergétiques, bloqués pendant des années par les sanctions économiques imposées au régime de Mollahs. L’Inde, qui a toujours soutenu diplomatiquement son ami iranien (il a continué à lui acheter du brut), espère enfin retirer les fruits de sa fidélité. Selon des sources indiennes, le principal sujet de conversation qui sera abordé portera sur le champ gazier de Farzad-B. Découvert en 2008 par un consortium mené par ONGC Videsh, la compagnie pétrolière indienne, il recèlerait quelque 362 milliards de m³ de gaz pour un investissement évalué à 3 milliards de dollars. S’il n’est pas certain que le contrat puisse être signé dès la semaine prochaine – le Parlement iranien doit encore approuver le nouveau cadre réglementaire pour l’industrie du pétrole et gaz – les officiels indiens auraient en revanche reçu l’assurance que ce champ leur sera réservé.

Gazoduc de la paix

Acheter le gaz est une chose, le transporter en est une autre. Au début des années 90, les bases d’un projet de gazoduc reliant l’Iran, le Pakistan et l’Inde commencent à se dessiner et d’aucuns le dénomment « gazoduc de la paix ». En effet, il réunit trois pays ayant des relations complètement asymétriques entre d’une part une relation irano-pakistanaise perturbée par leur conflit d’intérêt en Afghanistan, une relation indo-iranienne d’amitié se basant sur un socle culturel et historique commun, et enfin une relation indo-pakistanaise caractérisée par trois guerres en l’espace de 60 ans. Mais le renforcement des sanctions économiques à l’encontre de Téhéran et la détérioration des relations indo-pakistanaises ont empêché toute avancée. De fait, le projet de gazoduc IPI (Iran-Pakistan-Inde), le plus court, le plus logique et le moins coûteux n’a jamais vu le jour. New Delhi cherche désormais à développer des routes alternatives. En décembre dernier, la National Iranian Gas Export Company (NIGEC) a indiqué être en discussion avec son homologue indien pour construire un gazoduc sous-marin qui relierait la Mer d’Oman et l’Océan indien. L’infrastructure aurait l’avantage de contourner le problème pakistanais à l’image du North Stream en Europe, mais serait bien plus coûteuse (estimée à 4,5 milliards de dollars).

L’énergie ne sera probablement pas le seul secteur où les Indiens décrocheront des marchés. Un autre dossier urgent est notamment sur la table : le développement du port de Chahbahar. Si les Indiens se sont montrés moins actifs sur ce projet que sur les champs gaziers, ils pourraient également obtenir des contrats liés à l’agrandissement de ce port stratégique. Enfin, un projet de ligne ferroviaire reliant le port à l’Afghanistan est également à l’étude.

Par Romain Chicheportiche

Chimie : le secteur s’est bien consolidé en 2015

En 2015, l’industrie chimique française a continué sa croissance entamée les années précédentes mais à un rythme moins soutenu : +0,9% en volume contre +2,8% en 2013 et 2014. Cette croissance a notamment été soutenue par une amélioration de la situation industrielle en général, ainsi que de la consommation privée en France et en Europe. A l’international, la dépréciation de l’Euro et une plus forte demande ont contribué à cette hausse de l’activité.

Encore un solde commercial record

A l’instar de 2014, 2015 a été une année faste au regard de son solde commercial : 7,3 milliards d’euros (contre 7,4 Md€ en 2014). On notera toutefois qu’en proportion, les importations ont augmenté légèrement plus que les exportations (+2% contre +1,6%). « Les échanges extérieurs avec l’Union européenne (UE28) sont restés prédominants, la zone représentant 62,7 % des exportations et 69 % des importations totales. Pour les pays hors UE, les échanges se font en priorité avec les continents américain et asiatique. », précise l’UIC dans son rapport.

Les spécialités chimiques font la croissance

Pour 2015, ce sont clairement les spécialités chimiques qui ont tiré la croissance vers le haut : la production a ainsi augmenté de 10%. Et ce, grâce à une demande variée de tous ses secteurs d’application : agriculture, industrie ou ménages tant sur le marché intérieur qu’à l’international.

Chimie minérale : forte concurrence des importations

Avec une production en baisse de 2,7% en 2015 (même si cela fait suite à plusieurs années de hausse), la chimie minérale a du mal à maintenir un niveau de croissance élevée en raison de marchés très concurrentiels. C’est ainsi que le secteur des engrais, qui a connu des problèmes techniques, n’a pas pu profité d’une demande en hausse et a laissé la place à des approvisionnements étrangers.

Chimie organique : un début d’année difficile

Après un premier semestre très en retrait suite à des arrêts techniques imprévus sur certains sites, la production 2015 s’est bien rétablie pour finalement finir en légère baisse de 1,6% par rapport à 2014. Le secteur des matières plastiques a particulièrement bien profité de l’augmentation de la demande tant en France qu’à l’étranger.

La chimie a beaucoup investi

Si 2014 avait marqué le pas en matière d’investissement, 2015 l’a largement compensé : +5,6% en dépenses d’investissements pour un total de 3,4 Md€. Un effort qui représente tout de même 20 % de la valeur ajoutée. Les trois quarts de ces investissements sont prévus pour une modernisation ou une amélioration de la sécurité-environnement. L’UIC déplore que les dépenses liées à la réglementation française (plan de prévention des risques technologiques, séisme, plan de modernisation pour les installations soumises à autorisation, réduction des rejets de substances dans l’eau,…) pénalise l’industrie chimique française comparativement à ces voisins européens. Un surcoût qu’elle évalue à 7% des dépenses totales.

Un secteur qui va embaucher

L’effectif 2015 de l’industrie chimique (activités de production, sièges sociaux et R&D) était stable en 2015 et estimé à 157000 personnes, soit 5,1% de l’industrie manufacturière. En incluant les emplois indirects, l’effectif se monte à 630000. L’accord de branche signé en 2014 prévoit une hausse des embauches de 15000 personnes et un objectif de 5000 contrats d’alternance. Pour ces derniers, la cible est presque atteinte (4640 en 2015, soit +20% par rapport à 2010).

2016 : la croissance encore au rendez-vous

Alors que le rythme de croissance de la chimie française sur ces dix dernières années se situe aux alentours de 0,5%, 2016 pourrait encore être une bonne année. Les prévisions de croissance pour l’industrie chimique annoncent une progression de l’ordre de 1% pour cette année. Y compris pour des secteurs qui ont baissé en 2015. Comme les savons, parfums et produits d’entretien qui ont enregistré une baisse de production de 2,7%.

Par Sophie Hoguin

Chimie : records prévus pour les fusions-acquisitions en 2016

Avec la confirmation en décembre 2015, de la fusion entre Dow Chemical et DuPont qui va donner naissance à une entreprise de 130 milliards de dollars (115 Md€), évidemment les transactions, en valeurs, vont s’envoler en 2016. Loin devant la très faste année 2011 (plus de 151 Md$ de transactions) et certainement deux fois les valeurs échangées en 2015.

2015 : la chimie a suivi le reste de l’industrie

Si l’on considère l’ensemble du secteur industriel dans le monde, les fusions-acquisitions ont atteint leur plus haut niveau depuis le pic de 2007. La chimie a suivi le mouvement, et les transactions en 2015 ont augmenté en valeurs pour la 4éme année consécutive atteignant 110Md$ (98MdE), soit +30% par rapport à 2014. Les plus grosses opérations concernent Merck qui a acquis Sigma-Aldrich pour 17Md$ et ChemChina qui s’est payé Pirelli pour 9Md$.

2016 : une activité très forte en vue

L’autre grosse transaction annoncée pour 2016, c’est l’offre de ChemChina sur Syngenta pour 43 Md$. Cependant, les « méga-transactions » ne doivent pas cacher le reste des opérations qui sont toujours nombreuses. Comme le souligne le cabinet AT Kearney, les deux tiers des cadres interrogés lors de leur enquête annuelle s’attendent à ce que l’activité soit forte voire très forte en 2016. Et parmi les facteurs principaux identifiés comme moteurs possibles des transactions, ils énoncent : les retours limités via la croissance organique, la chute du prix du pétrole (qui selon les branches est une aubaine ou une difficulté), l’optimisation des portefeuilles, les actionnaires activistes et les prix favorables des matières premières.

Vers un changement de modèle

La fusion Dow-DuPont est révélatrice de l’évolution des grands groupes de chimie actuellement. En effet, derrière cette fusion géante, il y aura finalement trois sociétés distinctes cotées en bourse (chimie des matériaux, agrochimie, chimie de spécialité). Les grands groupes intégrés et diversifiés n’ont plus la cote ; selon AT Kearney, les groupes dont le cœur d’activité est orienté matières premières / produits de base essaieront de consolider cette activité par des opérations de fusions-acquisitions dans un domaine proche ou identique pour augmenter les économies d’échelle, alors que les sociétés plus spécialisées se tourneront vers des opérations visant à compléter leurs offres de services (entreprises du numériques, de services etc). Cette tendance est illustrée, par exemple, par l’acquisition par Bayer de proPlant et Intelmax, deux sociétés qui offrent des solutions numériques pour une production agricole durable.

La Chine talonne l’Amérique du Nord

C’est clairement l’Amérique du Nord qui sera sur le devant de la scène en 2016 : outre la transaction DowDuPont, plusieurs autres « deals » sont dans les tuyaux, notamment l’acquisition de plusieurs parts du néerlandais OCI par l’américain CF Industries pour près de 8Md$. Mais la Chine ne sera pas en reste. Alors qu’il y a encore 10 ans, la chimie était la portion congrue de l’industrie chinoise, elle représente à présent le deuxième plus grand marché derrière les USA et compte pour 21% des transactions. Emmenée par ChemChina, qui est devenu un acteur d’importance au niveau international, c’est toute l’Asie qui émerge sur le secteur chimique et nombre de sociétés asiatiques lorgnent vers l’Europe et ses entreprises sous-évaluées pour grossir rapidement et acquérir facilement le savoir-faire des acteurs de marchés plus matures. Quant à l’Europe, son activité de fusion-acquisition, après une stagnation en 2015, devrait lui aussi augmenter pour 2016.

Sophie Hoguin

Les grandes tendances de Laval Virtual 2016

La 18e édition du salon Laval Virtual s’est à peine achevée, depuis ce dimanche 27 mars précisément, que les premiers chiffres sont déjà connus. Le bilan quantitatif est sans aucun doute positif. «Nous avons dénombré 170 exposants, contre 154 l’an dernier, détaille Thierry Frey, responsable des opérations chez Eon Reality et par ailleurs administrateur du salon. Concernant la fréquentation, quelque 6200 professionnels se sont rendus à  Laval Virtual cette année, soit une hausse de 20%. Enfin, on a compté 9300 visiteurs grand public, 200 de plus que l’année dernière

Toutes ces personnes ont probablement observé la généralisation des casques de réalité virtuelle, ou casques HMD (Head Mounted Display), HTC Vive et Oculus Rift en tête. «Cela fait plusieurs années que l’on attend l’avènement de ces casques, confie Thierry Frey. On les apercevait, certes, mais les Moverio d’Epson n’étaient montrées que sur le stand d’Epson, les lunettes d’Optinvent sur le stand d’Optinvent… Désormais, les industriels qui exposent à Laval Virtual s’approprient ces équipements et commencent à les utiliser dans leurs propres applications

C’est d’autant plus remarquable que les modèles mentionnés ciblent aussi le grand public. «Tous les casques de réalité augmentée/réalité virtuelle (RA/RV) ont été développés à l’origine pour le monde professionnel, note Thierry Frey. Mais la donne avait changé au moment du lancement de la campagne Kickstarter dédiée à l’Oculus Rift : l’objectif était de produire du matériel de très bonne qualité à destination du grand public. L’aspect médiatique contribue aussi à cette démocratisation, car Google a les moyens de faire le buzz autour des Google Glass, sans oublier le rachat d’Oculus Rift par Facebook

Le contenu gagne en visibilité

L’équation économique est ô combien importante. «Mettre en place un système de RA/RV ne coûte plus des millions d’euros, mais quelques centaines voire quelques milliers d’euros, estime Thierry Frey. La conjonction s’opère entre une technologie qui s’est améliorée, devenue abordable, et le besoin de nouveaux contenus, de nouvelles applications

Une deuxième nouveauté se fait jour, bien qu’initiée l’an dernier. «De grands industriels, qui font déjà usage de la RA dans leurs process, envisagent de  commercialiser leur solution, conçue en interne, auprès d’entreprises tierces, observe Thierry Frey. Ils créent des spin-off – Testia chez Airbus par exemple – qui s’occupent de cette démarche. C’est la preuve que la technologie a atteint un certain degré de maturité. Les professionnels qui parcourent les allées de ces salons en prennent conscience et seraient prêts à franchir le cap. Des techniciens, des opérateurs, des médecins jugent que ces outils pourraient les aider dans leur métier

Dernière tendance et non des moindres : le contenu se ménage une place plus importante. «Cette année, un pavillon entier était consacré aux acteurs qui produisent du contenu RA/RV, commente Thierry Frey. Ces producteurs sont prêts à investir du temps et de l’argent dans des projets adaptés à cette technologie. Présenté sur le salon, un court-métrage de 15 minutes et filmé à 360°, inspiré de l’univers de Philips K. Dick, a mobilisé 80 personnes pendant 1 an. Industrial Light and Magic, pour sa part, a ouvert l’an dernier une nouvelle division, ILMxLAB, en charge d’inventer des contenus pour des plateformes RA/RV et immersives. L’industrie utilise beaucoup la RA/RV à des fins de formation professionnelle. Aujourd’hui apparaissent de nouvelles applications ludo-éducatives ou associées au pur divertissement

Des partenariats avec d’autres salons ?

Conscients que le contenu est un facteur-clé, les responsables de Laval Virtual cherchent des rapprochements avec d’autres organisations spécialisées. «Nous discutons avec le Festival d’Annecy, où se déroule chaque année le Marché international du film d’animation (Mifa), et aussi avec les Cross Video Days, un salon de contenus cross-media qui se tient à Paris, explique Thierry Frey. Ces mariages heureux assureraient la promotion de la RA/RV. Nos partenaires nous apporteraient du contenu et Laval Virtual leur apporterait de la technologie. Ils veulent montrer que les plateformes RA/RV sont un autre canal de divertissement

On assiste indéniablement à un renouveau de la réalité virtuelle, à tel point que certains experts proclament que 2016 sera l’an 1 de la RV.

Les contenus se font chaque jour plus nombreux, il est vrai, de même que les équipements.  Le casque de Sony, associé à la Playstation 4 et commercialisé en septembre prochain, est la dernière annonce en date. Il ne faut oublier non plus que les outils de prise de vue se démocratisent, à l’instar de la Giroptic, une caméra pour filmer à 360° imaginée par une start-up lilloise (et présentée sur le salon) ou du futur Jump de GoPro, un système de 16 caméras en cercle. Nonobstant des difficultés ergonomiques, pour les porteurs de lunettes notamment, voire des soucis de cinétose, il y a matière à développer des expériences immersives plus convaincantes que le simple relief 3D du cinéma et des écrans plats. Il reste à savoir si le grand public, cette fois, mordra à l’hameçon.

Par Frédéric Monflier

L’homme du futur : plus rapide, plus fort et plus intelligent ?

“Nous voulons voir les infrarouges, écouter les ultrasons, sentir les phéromones, cultiver nos gènes, remplacer nos neurones, ajouter de nouveaux sens, vivre vingt ans ou deux siècles, habiter la Lune, tutoyer les galaxies”, écrit Ray Kurzweil, chef de file des transhumanistes, dans son livre, “Humanité 2.0”. Un fantasme de fan de science-fiction ? Pas seulement. Les “Human Enhancement products” (produits destinés à augmenter nos capacités) se développent lentement, nous permettant déjà de devenir des Superman.

Aujourd’hui, les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) permettent d’aller plus loin que la simple réparation. Selon le biologiste français Serge Picaud, qui conçoit, à l’Institut de la vision à Paris, la rétine artificielle qui succèdera à Argus II, les interfaces homme-machine, qui permettent de bouger une prothèse ou un exosquelette par la pensée grâce à des implants, “feront partie du quotidien d’ici 10 ans”.

Superforce : les exosquelettes décuplent vos forces

Côté exosquelettes, l’idée n’est pas juste de permettre aux paralytiques de remarcher. Ainsi, la DARPA, agence de recherche de l’armée américaine, planche sur des combinaisons robotiques permettant aux soldats de porter des charges lourdes, décuplant ainsi leur “force”.

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Panasonic

De tels exosquelettes intéressent aussi le monde de l’assistance à la personne, notamment pour aider les infirmières à porter les patients. “Muscle Suit”, conçu par des chercheurs de l’Université des Sciences de Tokyo, se sangle dans le dos. Il permet de rendre une charge “trois fois plus légère”. En France, Exhauss commercialise déjà une gamme d’exosquelettes du même type. D’autres sont notamment utilisés par les ouvriers japonais de Panasonic : ils leur permettent de porter facilement des poids de 30 kilos.

Supervitesse : des “chaussures bioniques”

Les prothèses de jambes peuvent quant à elles, d’ores et déjà, permettre de courir plus vite. On se souvient du coureur handicapé Oscar Pistorius, et de ses prothèses en fibre de carbone, les “Flex-Foot Cheetah”, qui lui conféraient un avantage sur ses concurrents valides. L’inventeur américain Keahi Seymour s’en est inspiré, pour concevoir des chaussures permettant de courir à 40 km/h.

Grâce à des matériaux en fibre de carbone et à un système de ressorts imitant le talon de l’autruche, ses “Bionic Boot” permettent de courir plus vite et de sauter plus haut, sans se fatiguer. Selon Seymour, la prochaine version de ses chaussures seront munies d’un “retour de force électronique”, qui permettra de courir jusqu’à 70 km/h.

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Supervision : les lentilles bioniques améliorent la vue

Les rétines artificielles, les implants cochléaires, les systèmes de “feedback tactile” et les nez électroniques seront-ils un jour utilisés pour autre chose que la simple récupération d’une facultée perdue – jusqu’à décupler nos sens ? Certains transhumanistes se sont déjà lancés, allant jusqu’à “bricoler” leur corps pour augmenter leurs capacités, tel un mécano humain. Ils se sont surnommés les “body hackers”.

Plutôt que de simplement “rendre la vue”, des dispositifs permettent déjà de voir autrement. En 2015, Science for the masses, un groupe de “body hackers”, a mené une expérience. L’un de ces “chercheurs indépendants” s’est injecté une molécule chimique, qui transforme temporairement le fonctionnement de l’oeil. Cette molécule photosensibilisante, la chlorine e6 (Ce6), absorbe les rayons lumineux – on la retrouve dans l’organisme de certains poissons des abysses. Le body hacker qui a mené l’expérience, Gabriel Licina, indique dans son étude avoir été capable d’identifier “sans erreur” des formes d’objets en forêt, et des individus, en pleine nuit, à une distance de 25 à 50 mètres.

Rêvant d’aller plus loin que les rétines artificielles comme Argus II, un optométriste canadien, Garth Webb, fondateur d’Ocumetics, a conçu une lentille bionique, qui pourrait remplacer les lunettes et les lentilles de contact actuelles. Selon l’optométriste, il serait possible d’offrir, avec ses lentilles bioniques, d’améliorer la vision, et de voir “3 fois mieux” que quelqu’un ayant une vision de 20/20. Garth Webb repousse encore les limites en imaginant que ses lentilles puissent être un jour équipés d’une connexion Bluetooth, afin de les transformer en un dispositif bionique de réalité augmentée, façon Google Glass.

Superintelligence : l’interface homme-machine

Le cerveau n’est pas non plus en reste. Les scientifiques essaient de le “stimuler”, d’activer ou d’inhiber certaines de ses zones. “L’interface cerveau-machine”, c’est-à-dire la connection du cerveau et d’une machine via des électrodes, a déjà permis de supprimer les symptômes de 40.000 malades atteints de la maladie de Parkinson.

Cette technologie conçue par des chercheurs du CHU de Grenoble, qui passe par un “stimulateur cérébral”, devrait permettre de soigner les maladies neuro-dégénératives et la dépression. Pour les transhumanistes, la “neurostimulation” pourrait permettre de réduire, aussi, la sensation de faim, de soif ou de fatigue.

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Kevin Warwick, professeur de cybernétique, porte-drapeau des “body hackers”

Reste la possibilité de déplacer des objets à distance, permise par l’interface homme-machine. Le système BrainGate est utilisé par des tétraplégiques pour déplacer des objets par la pensée, allumer la lumière, surfer sur Internet ou zapper sur la télé. Une puce, implantée dans le cerveau, convertit l’intention de l’utilisateur en commandes informatiques, destinées à un ordinateur.

Bientôt, une interface cérébrale non invasive – c’est-à-dire sans implant, mais juste en apposant des électrodes sur le cuir chevelu, devrait permettre à un handicapé de bouger son fauteuil roulant de lui-même, par la pensée.

Bien décidé à profiter de l’interface homme-machine, le professeur de cybernétique Kevin Warwick, porte-drapeau des “body hackers”, s’est greffé des électrodes dans le corps, qui lui permettent de commander des machines par la pensée – il peut notamment ouvrir les portes sans y toucher. A noter que certains body hackers conçoivent aussi des stimulateurs cérébraux maison, destinés à augmenter leurs capacités cognitives. Mais leur efficacité reste évidemment à prouver.

Télépathie et “brain-to-brain communication”

Kevin Warwick voudrait aller encore plus loin, et s’injecter une puce dans le cerveau… afin de communiquer par télépathie. C’est le concept de la “Brain-to-Brain Communication” (communication cerveau à cerveau). Des chercheurs de  l’Université de Barcelone et de l’Ecole médicale de Harvard ont déjà mené l’expérience avec succès : deux scientifiques ont réussi à communiquer par télépathie – l’un basé en France, l’autre en Inde.

Pour s’envoyer des “messages par la pensée”, les chercheurs ont utilisé un casque EEG (électroencéphalographe – qui mesure l’activité électrique du cerveau par des électrodes), afin de “comprendre” et de “décoder” le message, avant de l’envoyer. Le destinataire était muni d’un dispositif de stimulation magnétique transcranienne (TMS), utilisé normalement dans un cadre médical, pour diagnostiquer des troubles neurologiques – et qui lui a permis de “comprendre” le message reçu… en modifiant l’activité électriques des neurones de son cerveau.

Par Fabien Soyez