Jatropha : démêler le vrai du faux

Les nombreuses qualités du jatropha en font un très bon candidat comme biocarburant. Il est résistant à la sécheresse et s’adapte aux sols à faible rendement. C’est un gros avantage car il peut ainsi être cultivé sur des terres impropres à toute autre forme de culture. Les terres les plus propices sont celles en phase d’appauvrissement ou de désertification. Or la désertification est un problème majeur à travers le monde, causé par la surexploitation de terres arides.Des techniques existent pour combattre celle-ci, notamment la plantation de plantes capables de former un socle qui empêche le sol d’être érodé par le vent. Mais il faut que les paysans locaux soient incités à les cultiver. La candidate idéale serait une plante comestible qui répare en même temps le sol. Viennent ensuite les plantes qui peuvent être transformées en carburant – pour rentabiliser la culture – tout en étant bénéfique au sol. Le jatropha curcas est de celles-là.

Comparaison avec l’huile de palme

Où le jatropha peut-il être utilisé à cette fin ? Observez le graphique ci-dessous. Sa zone de plantation est proche de celle du palmier à huile d’Afrique.Il est vrai que le palmier à huile d’Afrique, dont est tiré l’huile de palme, produit beaucoup plus d’huile que le jatropha. En réalité, les rendements d’huile de palme – pouvant atteindre 5 tonnes métriques par hectare – placent le palmier à huile d’Afrique en tête des cultures les plus riches en lipides dans le monde, en terme de productivité. Mais l’huile de palme présente des inconvénients majeurs. Tout d’abord, les terres propres à la culture du palmier à huile d’Afrique forment une bande étroite près de l’équateur. Si la situation est idéale pour la Malaisie, l’Indonésie ou la Thaïlande, où les fermiers profitent de ces cultures de rente, l’Inde et la majeure partie de l’Afrique sont impropres à cette culture.

Plus grave est le fait que l’expansion des plantations de palmier à huile, pour répondre à la demande de biocarburant en Occident, a eu des conséquences dramatiques dans de nombreux pays tropicaux autour de l’équateur. Dans certains endroits, cette expansion a entraîné de graves dégâts pour l’environnement, comme la déforestation de la forêt tropicale. Les forêts tropicales absorbent en effet le dioxyde de carbone et réduisent les émissions de gaz à effet de serre. Du fait de la destruction des tourbières en Indonésie, remplacées par des plantations de palmiers à huile, le pays est devenu le troisième plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre.Davantage de terres étant propres à la culture du jatropha dans le monde, celui-ci pourrait réduire la pauvreté en Afrique, en Inde et dans de nombreux pays pauvres, en procurant des cultures rentables aux fermiers. D’autre part, le jatropha peut contribuer à réduire la déforestation au fur et à mesure que les gros producteurs se tourneront vers cette culture plutôt qu’une autre.

Revenons sur terre

Jusqu’ici, cet article laisse à entendre que le jatropha est la solution miracle pour résoudre les problèmes de dépendance aux carburants fossiles. Hélas, il n’y a pas de miracle. Attention au battage médiatique.Ainsi que je l’ai écrit dans un article sur mon voyage en Inde, comme toute autre source d’énergie, le jatropha a des inconvénients. Premièrement, il est toxique pour les hommes et le bétail. Ainsi que je l’ai signalé dans un autre article, le gouvernement australien a interdit en 2006 le jatropha, au motif qu’il est une plante invasive. Deuxièmement, comme il n’est pas domestiqué, les rendements sont très variables et les fruits mûrissent à plus ou moins longue échéance. Troisièmement, la récolte des fruits et l’extraction de l’huile demandent beaucoup de travail. Enfin, s’il peut être cultivé sur des terres à faible rendement, il nécessite une infrastructure logistique pour le rendre économiquement viable. La plupart des terres à faible rendement dans le monde ne disposent pas de telles infrastructures. Lorsque j’étais en Inde l’an dernier, j’ai vu de grandes bandes de terre à la lisière du désert qui pourraient être utilisées pour cultiver du jatropha. Le problème est que ces espaces sont très isolés et dépourvus d’infrastructures.L’origine de beaucoup de difficultés est le fait que le jatropha est encore une plante sauvage. La reproduction sélective ou le génie génétique peuvent résoudre de nombreux problèmes. Le jatropha commençant tout juste à être pris au sérieux, une phase d’apprentissage est nécessaire. Des recherches génétiques sérieuses sont indispensables, de pair avec un gros effort de sélectivité. Nous avons besoin d’un nouveau Luther Burbanks pour travailler sur ce problème. De cette façon, le jatropha pourrait un jour rattraper la légende.

Ressources supplémentaires :
Il existe de nombreuses ressources sur le jatropha. En voici une sélection : The Jatropha SystemJatropha Comes to Florida (une vidéo de 3 minutes du Time Magazine)Jatropha Potential for HaitiChhattisgarh plants 100 million jatropha saplings in 3 yrsMali’s Farmers Discover a Weed’s Potential PowerToxic jatropha not magic biofuel crop, experts warnYield Per Hectare of Various Lipid ProducersUP to cultivate Jatropha for bio-diesel production

Robert Rapier est directeur ingénierie chez Accsys Technologies PLC et anime le blog R-Squared Energy Blog

Les tendances du salon des énergies renouvelables 2009

Quoi de neuf dans le domaine du solaire cette année sur le salon des énergies renouvelables ?

  • De nouveaux panneaux appelés micromorphes qui permettent d’absorber un plus grand spectre lumineux et donc d’augmenter les rendements. Il s’agit en fait d’un panneau amorphe recouvert de particules de silicium cristallin.
  • Des panneaux solaires qui s’orientent avec le soleil en fonction d’un algorithme permettant une géolocalisation de la course du soleil toute l’année, et ce, en un lieu bien précis. Cette technologie permet d’augmenter de 30% les rendements et convient bien à des champs solaires. Côté pratique, les panneaux solaires sont soutenus par une structure au sol, elle même attachée à un axe rotatif en son centre. Il ne faut pas confondre cette technologie avec les panneaux qui s’orientent avec l’intensité de la lumière. Ce système n’est d’ailleurs pas très au point car les panneaux solaires bougent tout le temps dans des directions différentes afin d’obtenir le meilleur angle avec le soleil. Ils doivent donc bouger horizontalement et verticalement et être immobilisé un certain temps afin de se stabiliser. En revanche, avec cette nouvelle technologie, les panneaux solaires suivent la direction du soleil.
  • Une intégration solaire photovoltaïque et thermique intéressante sur un même toit.
  • Quelque chose m’a également marqué : le courant électrique des systèmes de panneaux solaires intégrés dans la toiture est acheté plus cher que les panneaux non intégrés, à savoir à l’heure actuelle 0,35 centimes/kilowattheure contre 0,60 centimes/kilowattheure pour les panneaux intégrés.
Et dans le domaine de la biomasse ?
  • Les fabricants de pellets répondent à des normes de plus en plus sévères afin de se démarquer des autres producteurs.
  • Des chaudières à bois qui fonctionnent avec plusieurs types de combustibles bois. Ces chaudières suisses sont très performantes tant dans leur conception que dans leur efficacité. Elles répondent à des gammes de puissance très larges pouvant aller jusque 6 MW. Toute la gestion est automatique, permettant donc de bénéficier de primes très intéressantes (Belgique).
  • Des stations de cogénération à partir de la production de biogaz de plus en plus performantes. Certains modèles peuvent accepter une large gamme de déchets afin de produire du biogaz.
  • Des producteurs de bois de plus en plus nombreux à respecter l’environnement en intégrant la norme PEFC afin de permettre une gestion durable des forêts.
Dans le domaine de l’éolien
  • Le petit éolien se développe très bien. On peut observer différents types d’éoliennes qui s’intègrent dans de nombreux contextes. Leur avantage est d’être peu visibles (pour ceux qui ne les aiment pas) et de ne faire quasiment aucun bruit. Ces éoliennes garantissent une surproduction d’énergie électrique qui est renvoyée sur le réseau ou qui est stockée sur les sites isolés.
Par Jérémy Goldyn, consultant indépendant en énergie. Lire son blog

Reims vise 95.000 m² de toits solaires

Ce programme d’environ 10 MW devrait permettre de produire 10 millions de kw/h par an et rapporter 300.000 euros chaque année à la collectivité, selon la ville.Plusieurs opérateurs auraient déjà manifesté leur intérêt. L’appel d’offres sera lancé en mai et la désignation de l’opérateur est prévue pour septembre prochain.Ce projet est l’action la plus spectaculaire de la nouvelle politique de développement durable présentée par Adeline Hazan, maire (PS) de Reims (188.000 habitants) et présidente de Reims Métropole. L’objectif est de diviser par quatre les émissions de CO2 de l’agglomération d’ici à 2050.D’autres actions sont prévues. A partir de septembre prochain, Reims Métropole versera une aide aux taxis s’équipant de véhicules neufs faiblement émetteurs de CO2, équivalente à la prime accordée aux particuliers par l’Etat pour l’achat d’un véhicule peu polluant.La ville veut aussi encourager les bâtiments verts. Elle a établi un label « Reims Métropole Développement durable », avec l’aide de maîtres d’ouvrages et d’organismes de certification, qui comporte un volet HQE (Haute qualité environnementale) et un volet énergétique. Il comporte quatre catégories pour déterminer le niveau d’exigence environnementale. Pour le volet énergétique, les catégories sont déterminées par le seuil de consommation en KWh/m2/an.La ville va enfin créer un « Point infos énergie » pour conseiller les habitants désireux de s’engager dans l’amélioration énergétique de leur habitat : renforcement de l’isolation, du chauffage, mise en contact avec l’Ademe pour l’octroi de subventions…Par Laurence Benhamou auteur du site GreenUnivers

MON 810 : la France défend sa clause de sauvegarde

Les OGM sont de retour ! Il y a eu d’abord la décision (polémique) de la France en février 2008, de faire valoir une clause de sauvegarde afin d’interdire l’accès à son territoire de ces substances (controversées), et en particulier le maïs MON 810 fabriqué par la (très critiquée) firme Monsanto. Ensuite, la publication d’un rapport (loin de faire l’unanimité), en juin 2008, d’Yves Le Maho, membre (épinglé anti-OGM ) de la Haute Autorité sur les OGM, qui appuyait la décision (discutée) du gouvernement. Et actuellement, l’affaire continue avec le rapport (déjà contesté) de l’AFSSA, l’Agence Française de la Sécurité Sanitaire et Alimentaire (estampillée pro-OGM), qui contredit l’avis (dénigré, si vous suivez) prononcé par Yves Le Maho. Or le 16 février 2009, la France devait défendre sa position (contestée) devant la Commission européenne à Bruxelles pour conserver sa clause de sauvegarde. On le sait, les OGM sont un dossier délicat et très contreversé ! Les experts de l’Union Européenne n’ont d’ailleurs pas pu trancher la question, et la clause est maintenue par défaut… Jusqu’à la prochaine réunion des 27 ministres de l’Environnement des États membres. Rien de vraiment explosif n’est pourtant contenu dans le récent rapport de l’AFSSA. Il débouche sur la même conclusion, au mot près, que le rapport publié en avril 2008, à savoir : « les maïs portant l’événement de transformation MON810 et leurs produits dérivés présentent le même niveau de sécurité sanitaire que les variétés de maïs conventionnelles et que leurs produits dérivés ». Même si l’avis de l’AFSSA ne tranche pas avec ses positions antérieures, et n’apporte pas de nouveaux éléments au débat, ces conclusions « provoquent de vives réactions, aussi bien dans le champ politique que chez certains », comme l’indique Le Figaro du 12 février. Au vu du sujet concerné, on n’en attendait pas moins.

Propos de controverse
Pour José Bové, qui signe ici son grand retour, c’est un « coup de force du lobby pro-OGM », tandis que Corine Lepage, présidente du CRII-GEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie GENétique) « qualifie les « soi-disant rapports » de l’AFSSA, comme de l’EFSA [l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments], d’ »opération de manipulation » digne des « années Tchernobyl » » lit-on dans Le Figaro. Le quotidien français s’est également précipité pour recueillir les propos d’Yves Le Maho, l’auteur du rapport contesté par l’AFFSA. « Je ne suis pas arrivé à la conclusion qu’il n’y avait pas de nocivité pour la santé et l’environnement » explique-t-il, ajoutant que les OGM ne « constituent pas une science dangereuse mais une absence de science ». Dans le même journal, Arnaud Apoteker de Greenpeace, trouve « scandaleux qu’une agence publique garde un tel rapport secret et en organise les fuites à la veille d’une décision européenne », le rapport ayant été effectivement rendu public le 11 février 2009, alors qu’il est daté du 23 janvier. Mais ce décalage temporel est également noté par Christian Demuynk, sénateur UMP, qui y voit tout autre chose ! Pour lui c’est au contraire le gouvernement qui « s’opposait depuis plusieurs semaines à la publication de cet avis ». Reste à savoir si cet écart de dix-neuf jours profite réellement à quelqu’un ? Peut-être devrait-on faire un rapport sur la question ? Les OGM semblent en tout cas définitivement appartenir à la catégorie des des sujets qui fâchent.

Une délicate délibération européenne
Le gouvernement français, quelques jours avant que Jean-Louis Borloo défende la clause de sauvegarde à Bruxelles, n’a montré aucun signe de changement de cap après la publication du rapport de l’AFFSA. Dans un communiqué, relayé par L’Express du 12 février, le ministère de l’Écologie a d’ailleurs déclaré que « le fondement de la clause de sauvegarde repose sur des risques jugés sérieux pour l’environnement et non pas sur des risques sanitaires, objet de l’avis de ce jour de l’AFSSA ». C’est ainsi que le 16 février, « la France a plaidé avec succès à Bruxelles en faveur du maintien de l’interdiction de la culture de cet OGM sur le territoire national » écrit Pierre Avril pour Le Figaro. L’argumentaire français, qui a obtenu le soutien d’onze autres États membres, tenait en plusieurs points :
  • le risque de propagation d’OGM à des champs non génétiquement modifiés via la pollinisation ;
  • la résistance au MON 810 de deux lépidoptères responsables de la destruction du maïs ;
  • l’existence d’effets toxiques sur les monarques, les lombrics et d’autres insectes ;
  • enfin, plus grave, la toxine BT se retrouverait dans des sédiments voisins, la propageant dans le sol et l’eau.
La Commission européenne « devrait, « le plus vite possible », demander une nouvelle levée de la clause de sauvegarde français » précise Le Figaro. Au plus tard en mars, les ministres de l’Environnement des 27 États membres devront se pencher sur le dossier de la clause de sauvegarde française sur les OGM. Mais pas seulement : l’Autriche depuis 1999, la Hongrie depuis 2005, et la Grèce depuis 2006 qui l’appliquent aussi devraient voir leur cas examiné. Reste que, entre les rapports d’experts scientifiques qui se contredisent et les discussions politiques… l’objet du débat n’avance pas. En revanche, et faisant suite à cette actualité, la Cour de justice européenne vient de rendre obligatoire la publicisation des lieux où sont disséminés des OGM . Il faut en effet savoir que « les cultures d’essai restent autorisées dans l’Hexagone tant que les entreprises concernées veillent à limiter la dissémination des pollens vers les champs non-OGM » rappelle L’Express du 17 février. Rendez-vous donc bientôt en papeterie pour acheter une nouvelle carte de France, celle des OGM.

Sources :
« On ne connaît pas les effets à long terme des OGM », J.B. avec AFP et AP, Le Figaro, 12 février 2009.La France défend l’embargo OGM, malgré l’avis de l’Afssa , L’Express, 12 février 2009.Le maïs OGM, pas dangereux ! Ah bon ?, Le Post, 12 février 2009. OGM : la France obtient un nouveau répit à Bruxelles, Pierre Avril, 17 février 2009. La localisation des champs d’OGM doit être publique, dit la CJE, 17 février 2009Revue de presse de la Mission Agrobiosciences 

Des panneaux solaires qui « accrochent » la lumière

Le rendement des panneaux solaires photovoltaïques – qui est aujourd’hui en moyenne de 17% – dépend de deux paramètres très importants :

  • L’inclinaison : plus les rayons du soleil sont perpendiculaires au panneau, plus ceux-ci bénéficieront d’énergie et produiront d’énergie électrique. C’est pourquoi on oriente les panneaux actuels de manière à bénéficier au mieux sur une année des rayons perpendiculaires.
  • L’intensité lumineuse : tous les pays et les régions ne sont pas égales en termes d’intensité lumineuse, c’est-à-dire de quantité de lumière et de temps d’ensoleillement présents dans une journée.
Mais la donne pourrait bientôt changer. L’institut polytechnique de Rensselaer à New York a découvert un revêtement anti-réflexion innovant permettant à une cellule de silicium (corps principal constituant les panneaux solaires) d’absorber 96% de l’énergie lumineuse comparé à 64 % auparavant. Cette cellule composée de 7 dépôts d’épaisseur absorbe l’ensemble du spectre lumineux allant de 400 à 1.600 nm, ce qui correspond aux UV jusqu’à des infra rouge proche. Cela est même possible quand les rayons lumineux ne frappent pas le panneau perpendiculairement. L’inclinaison précise des panneaux solaires par rapport au soleil ne joue plus un rôle déterminant sur le rendement. Cette technologie, mise au point par l’équipe du Pr de physique Shawn-Yu Lin, permettrait ainsi d’augmenter de plus de 20% les rendements.Comme le rapporte le site de Science Daily : « les revêtements antireflets classiques sont traités pour laisser transiter la lumière d’une longueur d’onde particulière. Le revêtement mis au point par Lin empile sept de ces couches, de telle façon que chaque couche accentue les propriétés anti-reflets de la couche située en dessous. Ces couches successives aident aussi à « courber le flux » de lumière selon un angle qui accroît les capacités anti-reflets. Cela signifie que chaque couche non seulement laisse transiter la lumière du soleil, mais aide aussi à capturer toute lumière qui aurait pu sinon être réfléchie par les couches en dessous.Les sept couches, chacune d’une épaisseur de 50 à 100 nanomètres, sont faites de micro-barres de dioxyde de silicone et de dioxyde de titanium placées en oblique les unes par rapport aux autres – chaque couche est un peu comme une forêt qui « capture » les rayons du soleil entre ses arbres. Les micro barres sont attachées à une base en silicone par un procédé de fixation chimique, et le Pr Lin a indiqué que le nouveau revêtement peut être fixé sur presque n’importe quel matériel photovoltaïque. »Cette évolution technologique qui privilégie le meilleur rapport efficacité/prix doit encore être adaptée afin d’être économiquement viable pour la production de nouveaux types de panneaux solaires. Au delà, elle permet de répondre plus efficacement au problème de l’inclinaison des panneaux solaires qui est un des critères législatifs changeant en fonction du pays et même des régions. Jérémy Goldyn est consultant indépendant en énergie. Lire son blog

L’impact du Grenelle de l’environnement : la production d’électricité

Dans un éditorial précédent [1], je signalais que l’étude d’impact du Grenelle de l’environnement [2] avait très mal traité l’impact de la production d’électricité. Aux défauts méthodologiques déjà signalés viennent s’ajouter 3 griefs.Le premier ne fait que refléter les travaux et les conclusions du Grenelle de l’environnement : la production d’électricité n’y est abordée qu’avec les nouvelles énergies renouvelables, en « oubliant » totalement les rôles joués par les autres électricités non carbonées, nucléaire et hydraulique. On ne peut en tenir rigueur aux auteurs de l’étude, mais on doit le déplorer.Le second est moins pardonnable. Les bénéfices attendus de l’électricité éolienne en matière de protection du climat sont en effet grossièrement surestimés. La production éolienne, aléatoire, car tributaire du vent qui ne doit souffler ni trop fort, ni trop faible, a toutes chances de se substituer équitablement aux énergies fossiles et aux énergies non carbonées. La figure suivante [3] et son commentaire associé illustrent cette problématique : « Dans la zone de consommation de pointe où le supplément d’énergie est majoritairement d’origine fossile, ce remplacement est favorable. Mais pour le reste de l’année où la consommation est couverte par de l’énergie sans émission de CO2 (et dont la surface d’empiétement est plus grande que celle de la période de pointe), cette substitution n’apporte aucune réduction d’émission. » [4] Le CO2 évité par kWh éolien va correspondre à peu près à la moyenne du CO2 par kWh du parc français, soit 50 g de CO2 équivalent en 2008 [5]. Or l’étude affiche 300 g/kWh [6], soit 6 fois plus !Le troisième grief était déjà signalé dans l’éditorial précédent : l’étude ne cherche pas à évaluer combien coûte, ou combien rapporte, aux différents acteurs les mesures prises par le Grenelle. Cette fâcheuse lacune est particulièrement criante dans le cas des productions d’électricité renouvelables, éolienne et solaire, qui bénéficient d’une obligation de rachat par EDF à des tarifs imposés. Prenons le cas des 22 TWh que doivent produire les 10 GW éoliens installés d’ici 2013 :

  • Les éoliennes coûtent 15 milliards (G€) et ont une durée de vie estimée à 20 ans ; s’agissant d’un investissement sans risque, il peut être amorti à 4%, auquel on ajoutera 1% de frais d’entretien, soit au total 1,15 G€/an. Le revenu garantis aux promoteurs est de 83 €/MWh, soit 1,825 G€ ; ceux-ci bénéficient donc d’une rente de 675 M€/an.
  • EDF rachète l’électricité 83 €/MWh, mais grâce à la compensation de service public (CSPE) ne prend à sa charge que 60 €/MWh, ordre de grandeur du prix de l’électricité sur le marché libre de gros. Les 23 €/MWh de la CSPE sont répercutés sur les clients. En réalité, pour chiffrer le coût pour EDF, il faut regarder à quelle production se substitueront les 22 TWh d’éolien : à 10% d’énergies fossiles dont le coût est proche du prix du marché libre, et à 90% à du nucléaire (20 TWh environ). On peut imaginer deux approches, selon que ces 20 TWh viennent en diminution du nucléaire existant (dont le prix de revient est de 20 €/MWh) ou de nouveaux EPR (dont le prix de revient est de 40 €/MWh). Dans le premier cas, le coût pour EDF est de 800 M€/an, dans le second de 400 M€/an. Ces coûts seront répercutés pour partie sur les consommateurs, pour partie sur les actionnaires.
 Au total, le bilan est le suivant pour les 10 GW mis en service d’ici 2013 :
  • Pour les promoteurs : un bénéfice net de 600 M€/an, exorbitant.
  • Pour EDF : une perte nette de 400 à 800 M€/an répercutée sur les clients et actionnaires
  • Pour les clients et actionnaires d’EDF : une perte nette de 850 à 1250 M€/an, dont 450 au titre de la CSPE.
L’étude ne dit rien sur l’impact des 25 GW proposés d’ici 2020. Celui-ci sera proportionnellement plus lourd que celui des 10 GW, car il faudra très probablement augmenter la production fossile pour compenser les aléas de la production éolienne. On peut légitimement se demander, au vu de ces différents éléments, si le moment n’est pas venu de supprimer les aides publiques à l’éolien et de le laisser voler de ses propres ailes. Pierre Bacher, ancien élève de polytechnique, est l’auteur de « L’énergie en 21 questions » – édition Odile Jacob (2007), membre du conseil scientifique de Sauvons le Climat et éditorialiste à l’Espace Veille de Techniques de l’ingénieur. [1] Editorial du 8 décembre 2008[2] www.legrenelle-environnement/IMG/pdf/etude_d’impact_1_final_1er_octobre.pdf ; pour faire bref, nous la citerons comme l »Etude ».[3] « 10 questions sur l’éolien » – G. Ruelle – www.academie-technologies.fr/publication/10Questions/ [4] La réalité est évidemment plus complexe, car il faut tenir compte de l’hydraulique de barrage – moyen de pointe idéal -, des périodes anticycloniques de grand froid et de vent très faible, des centrales fossiles maintenues en service pour garantir la puissance, etc. [5] En fait, 43 g/kWh pour le parc EDF (comprenant les effets des oxydes d’azote), le chiffre de 50 g intégrant les autres producteurs.[6] Pourquoi 300, présentés comme les rejets des centrales thermiques à gaz, alors que celles-ci rejettent 600 g de CO2/kWh, sans compter les oxydes d’azote ?

Le biocarburant algal : un trompe l’oeil ?

Les biocarburants algaux – à savoir des huiles d’algues à base esters de glycerol d’acides gras – sont un sujet d’actualité brûlant. Airbus se réjouit de l’idée tandis que la compagnie pétrolière Shell et la compagnie aérienne Air France sont impliquées dans le développement de cette production d’huile d’algues, ainsi qu’un certain nombre de start-ups. J’ai entendu il y a peu un représentant de l’une de ces start-ups actives dans le domaine, Algae-Link, affirmer sur le Service Mondial de la BBC que les biocarburants algaux sont excitants car réalisables. Algae-Link travaille avec des bio-réacteurs tubulaires qui produisent des microalgues en serre. Des journaux spécialisés ont publié des articles vantant la productivité élevée des algues en matière de biocarburants. La couverture médiatique est tout aussi dithyrambique sur le sujet.Pourtant, il y a un silence remarquable de ses supporters quant aux dépenses en énergies fossiles liées à la production de biocarburant algal.Ceci est très curieux. Les estimations montrent que, dans le cas de l’utilisation de bio-réacteurs tubulaires pour produire du biocarburant algal, la balance énergétique est susceptible d’être négative : c’est-à-dire que la contribution en termes d’énergie fossile excède probablement la production de biocarburant.La culture de microalgues en bassins ouverts réduit certes les dépenses d’énergie fossile. Cependant, dans les conditions normales d’un bassin ouvert, les algues sont la proie de prédateurs tels que les puces d’eau. À cela s’ajoute la présence d’autres espèces d’algues parasites.En outre, la culture de microalgues destinées à la production de carburant requière des conditions optimales, telles qu’un pH élevé (eau alcaline) ou une concentration en sel très élevée, incompatibles avec une productivité élevée. Elles nécessitent également un traitement des déversements qui entraîne à son tour un surcroît de consommation d’énergie.Les données les plus optimistes que j’ai pu trouver concernant la consommation d’énergies fossiles pour la culture de microalgues en bassins ouverts (2) équivalent grosso modo au pouvoir calorifique des rendements d’algues les plus élevés rapportés dans les bassins aujourd’hui commercialisés et en opération (3). Voilà pourquoi, au regard des technologies de production actuelle, les biocarburants à base d’algue n’ont pas de sens d’un point de vue énergétique. Ils peuvent en avoir lorsqu’on ajoute du dioxyde de carbone libre, provenant par exemple des émissions des centrales électriques. Toutefois, jusqu’à aujourd’hui, les recherches en la matière se sont avérées décevantes (4). Il semble très difficile d’obtenir une production d’algues fiable lorsque les émissions des centrales électriques sont capturées dans les bassins. D’autre part, l’efficacité de la transformation du dioxyde de carbone en biomasse algale est faible comparée à celle de la capture de CO2 dans des gisements de gaz naturels épuisés ou des aquifères. C’est un inconvénient majeur dans la course à la concurrence pour contrôler les émissions de gaz à effet de serre. Enfin, on comprend difficilement l’intérêt des compagnies aériennes et d’Airbus. À l’altitude de vol des avions, les températures sont si basses que le carburant algal gèlerait.Les supporters du biocarburant algal semblent de toute apparence très doués en relations publiques. Mais personne n’a encore démontré de façon convaincante que, dans la réalité, le biocarburant à base d’algues a un sens.

Sources :
(1) R.R. Wijffels, Trends in Biotechnology 26 (2008) 26-31(2) Y. Chisti, Trends in Biotechnology 26 (2008)351-352(3) C.Jimenez et al. Aquaculture 221 (2003) 331-345(4) J.R. Benemann et al. Greenhouse Gas Control Technologies – 6th International Conference 2003 14433-1438Lucas Reijndres est professeur en sciences environnementales à l’Université d’Amsterdam depuis 1988 et à l’Université ouverte des Pays-Bas depuis 1999 et éditorialiste à Scitizen.com.

La « cinquième énergie », la plus propre et la moins chère

Jim Rogers, le CEO de Duke Energy, a beaucoup fait la promotion de l’expression 5ème énergie, en tant que synonyme pour efficacité énergétique. Il la résume en quelques lignes : « la réponse traditionnelle à la demande croissante en électricité a été d’accroître la production, c’est-à-dire de construire plus de centrales alimentées par le charbon, le gaz naturel, l’énergie nucléaire ou les énergies renouvelables. Nous pensons que l’efficacité énergétique peut jouer un rôle important en réduisant la demande du consommateur et en devenant la « 5eme énergie » (5th fuel). Et parce que la centrale la plus propre est celle qui n’est jamais construite, nous pensons que l’efficacité énergétique est la plus grande ressource énergétique non exploitée pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à court terme ».Beaucoup d’analyses – citons l’important travail en 2008 du McKinsey Global Institute – ont montré, maintes fois, que l’approche la plus efficace en termes de coût pour réduire les émissions de CO2 est de mettre davantage l’accent sur l’efficacité énergétique. En fait, il y a 30 ans que le fondateur du Rocky Mountain Institute, Amory Lovins, a commencé ses observations prouvant que l’efficacité énergétique est souvent moins coûteuse que l’apport d’une production complémentaire – sans parler de l’objectif de réduction des émissions.Alors, si cette efficacité énergétique est si formidable, pourquoi ne cherche-t-on pas à la mettre en œuvre plus largement ? C’est d’ailleurs la question centrale posée par le numéro de Time du 12 janvier, dans sa « cover story ».Sans doute, une des raisons est que cette efficacité énergétique apparaît, disons le, ennuyeuse. A coté de l’innovation excitante des panneaux solaires et des turbines à vent, ou même de la nostalgie esthétique des vieux puits de mine et des plates-formes pétrolières, l’efficacité est invisible : vous ne pouvez pas voir ce que vous ne consommez pas. Il est difficile pour la plupart d’entre nous de se passionner pour l’absence de quelque chose. D’où l’intérêt de l’expression « 5eme énergie » pour essayer de donner vie, aux yeux du public, à cette forme d’énergie et la mettre sur le même plan que celles que l’on peut se représenter concrètement. Mais au delà de la sémantique et de la psychologie, le plus gros obstacle au développement de l’efficacité énergétique a souvent été l’argent. Comment financer ? Souvent, les économies qu’elle assure (sous forme de réduction des factures de consommation) n’intéressent pas ceux qui doivent au départ payer pour améliorer cette efficacité, soit qu’ils n’aient pas les moyens d’investir, soit que le temps nécessaire pour retrouver leur investissement leur paraît trop long. Des mécanismes financiers innovants sont nécessaires pour résoudre ces écarts. Heureusement, de nouvelles approches apparaissent de plus en plus souvent pour compenser ces faiblesses du marché qui ont freiné la pleine utilisation du potentiel offert par l’efficacité énergétique. C’est le cas à Berkeley, près de San Francisco, avec le programme FIRST (Financing Initiative for Renewable and Solar Technology) qui permet le financement des travaux par une augmentation de la taxe foncière. A Milwauke, dans le Wisconsin, on a pris l’initiative de programmes d’incitation fiscale pour favoriser les installations solaires ( voir ME2 – Milwaukee Energy Efficiency ). Dans les deux cas, la recherche de l’efficacité énergétique devrait être plus attractive pour de nombreux consommateurs, qui bénéficieront d’incitations fiscales qu’ils n’auraient pas eu s’ils n’investissaient pas. Les mécanismes aboutissent à leur demander des paiements périodiques très limités alors que dans le même temps les économies d’énergie qu’ils réalisent chaque mois sont substantielles.Richard T. Stuebi travaille à la Cleveland Foundation, fondée en 1914 pour aider au développement de la ville de Cleveland, dans l’Ohio. Il est le fondateur et président de NextWave Energy, Inc. Source: CleanTech Blog.

La voiture à hydrogène : no future !

Voici donc les premières voitures à hydrogène d’une autonomie de 500 km, dépassant la limite de vitesse autorisée avec une pointe à plus de 130 km/h. Fonctionnant avec une pile à combustible, l’hydrogène se combine silencieusement avec l’oxygène de l’air pour produire de l’électricité qui alimente un moteur électrique. De puissantes batteries Lithium-ion permettent au véhicule de démarrer à froid et de récupérer une partie de l’énergie au freinage ou en descente, à l’instar d’un véhicule hybride comme la Prius 2 de Toyota.Mais derrière ce tableau séduisant, se cachent une série de problèmes dont voici quelques uns :

1 – Du coûteux platine dans la pile
Nissan et Renault, qui expérimentent actuellement des prototypes, projettent de sortir leurs modèles de série vers 2015. A quel prix ? Mystère… Ce qui est sûr, c’est que la pile à combustible qui utilise du platine coûte actuellement plusieurs dizaines de milliers d’euros. Et le prix du platine ne risque pas de fondre dans le futur, surtout s’il est utilisé massivement tant pour produire de l’hydrogène avec de l’électricité par électrolyse de l’eau que dans des piles à combustibles destinées à consommer cet hydrogène…

2 – Trois fois moins d’énergie dans le réservoir
Comprimé à 700 bars, le réservoir de 125 litres stocke 3 fois moins d’énergie qu’un même volume d’essence ou de diesel. Cette pression est par ailleurs fort dangereuse. En cas d’incident, le véhicule exploserait comme une grenade, causant vraisemblablement la mort des passagers mais également des dommages dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres comme l’explosion accidentelle des bonbonnes de plongée sous-marine.

3 – 40% plus lourd
A capacité égale, le véhicule pèse 40% de plus qu’un véhicule classique pour embarquer sa lourde technologie. Or, la consommation d’un véhicule en dessous de 90 km/h est quasi proportionnelle à son poids. Il faut donc 40% d’énergie supplémentaire pour effectuer un même trajet. Par ailleurs, il n’existe pas de gisement d’hydrogène. Sa production actuelle est faite avec du méthane, combustible fossile qui produit donc du CO2.

4 – Electrolyse + transport + compression = 70% de pertes !
Dans le futur, on envisage de produire l’hydrogène par électrolyse de l’eau avec de l’électricité nucléaire ou renouvelable. Il faudra cependant consentir à perdre au moins 70% de l’énergie électrique initiale dans la chaîne de l’électrolyse de l’eau (40%), puis du transport de l’hydrogène (30%), vecteur énergétique 3 fois moins performant que le méthane, et enfin dans la compression à 700 bars (30%).Avec un prix actuel de 6 centimes par kWh pour l’électricité éolienne, le kWh d’hydrogène comprimé coûterait donc environ 0,2 euro soit 2 euros pour l’équivalent d’un litre de LPG qui coûte actuellement 0,5 euro.

(M)éthanol à partir de bois-énergie renouvelable
Je crois davantage dans l’éthanol ou le méthanol produits à partir de bois renouvelable sans peser sur les surfaces agricoles réservées à l’alimentation. Dans ce cas, le bilan CO2 est quasi neutre. Ces carburants peuvent produire facilement la force motrice dans un moteur thermique au rendement de 30% à 35% un peu inférieur au rendement d’une pile à combustible de type PAFC (35% à 45%) mais dont le surpoids augmente in fine la consommation par km.Le transport et le stockage de carburants liquides ou liquéfiables à température ambiante comme le LPG rendent leur utilisation bien plus économique et bien moins dangereuse que l’hydrogène ou le méthane qui doivent être stockés à haute pression dans de pesantes bonbonnes d’acier.Rendez-vous donc dans 10 ans pour vérifier quel carburant et carburant et quel moteur remportera la bataille du transport !Laurent Miguet est l’auteur de « 9 milliards, le futur maintenant » et anime le blog Nowfuture

Ensemencement des océans, agriculture regénératrice : à quel coût ?

En principe, la séquestration du CO2 par le biais de l’agriculture régénératrice, de l’ensemencement des océans, de la culture du phytoplancton et de la production de charbon vert et d’algues, associés à la relocalisation des implantations humaines, pourrait présenter un bilan carbone négatif de – 3 gigatonnes (Gt) de carbone par an et autant de biomasse utile produite. Si ce simple calcul a de quoi réjouir, il ignore toutefois les besoins considérables en énergie et en temps requis par de tels procédés.Sur le sujet de la séquestration du CO2 – c’est-à-dire les processus extrayant le CO2 de la biosphère et le stockant dans des puits de carbone – deux camps s’affrontent communément : celui du pour et celui du contre. Le premier met en avant la nécessité d’enrayer le réchauffement climatique causé par le carbone, tandis que le second juge le procédé inutile dans la mesure où l’impact négatif des carburants fossiles sera inévitablement atténué par la baisse de la consommation entraînée par les pics pétrolier, gazier et un pic potentiel de charbon prévu selon des calculs récents s’appuyant sur la courbe de Hubbert, pour 2028. Je ne suis pas certain de la pertinence de la thèse du pour, car nul ne peut savoir avec exactitude comment la Terre va réagir au réchauffement climatique (et personne ne le saura avant d’avoir mené à leur terme des expériences considérables). Mais en ce qui concerne le contre, je suis d’accord pour dire que le réchauffement climatique est à l’heure actuelle le dernier de nos soucis, alors que la pénurie de pétrole et de gaz est susceptible d’avoir des conséquences cataclysmiques pour la société si nous ne trouvons pas de plan B.On pourrait toutefois envisager de réconcilier les deux positions, si tant est qu’on en ait le temps et que le E.R.O.E.I (le rapport de l’énergie obtenue sur l’énergie consommée pour la produire) soit satisfaisant. Soyons optimistes et considérons, pour le moment du moins, que tel est le cas.Les propositions de géo-ingénierie me laissent toujours mal-à-l’aise, y compris l’idée d’ensemencer l’océan. Ma crainte réside principalement dans le fait que tous les aspects de la nature sont liés entre eux et que y toucher d’un côté, pourrait entraîner de l’autre une calamité imprévue. C’est l’effet papillon, pour reprendre une expression connue. Toutefois, si on parvenait à faire proliférer le phytoplancton, disons dans l’océan antarctique, 1 Gt de carbone pourrait être capturée chaque année.D’après les estimations, l’agriculture régénératrice pourrait séquestrer près de 3 Gt de CO2 chaque année (bien que ces chiffres soient discutés) et d’ici 2050, la production de charbon vert (*) pourrait compter pour une autre Gt de charbon par an. En principe, et là est tout l’intérêt, le charbon contenu dans le sol peut y rester et améliorer sa qualité. Mais si on pouvait recueillir les autres types de carbone séquestré, on pourrait potentiellement produire une source utile de biomasse/biocarburant. La culture d’algues à l’échelle locale – un village de bassins, pourrait-on en quelque sorte l’appeler – pourrait produire de l’énergie pour remplacer les carburants fossiles pour les communautés locales, sans conséquence pour les terres arables.Etant donné que nous émettons 7 Gt/an de CO2 à partir des énergies fossiles, il resterait (en Gt) : 7 – 1 – 3 – 1 = 2 Gt dont il faudrait encore s’inquiéter. Une réduction de la consommation en énergies fossiles de 50 % grâce à la biomasse réduit encore ce total à 1 Gt. La photosynthèse absorbe déjà près de 3 Gt de CO2/an dans le phytoplancton et les plantes terrestres. Si la production localisée d’algues réduit encore les émissions de pétrole d’une autre gigatonne, le bilan des deux combinés est carbone négatif de – 3 Gt/an.Ainsi, dans 40 ans, il y a aura 120 Gt de CO2 en moins dans l’atmosphère, pour une réduction de concentration en CO2 de 50 à 60 ppm.Ce qui précède est une extrapolation à partir de données que j’ai pu trouver. Ainsi, sur le papier, tout paraît rose. Nous pourrions ainsi faire durer les ressources pétrolières, gazières et nucléaires tout en ramenant le taux de carbone dans l’atmosphère au niveau qui était le sien avant l’industrialisation, et tout cela d’ici la fin de ce siècle. Ce qui est rarement mentionné, sans parler d’être chiffré, ce sont le temps de la mise en route, les coûts énergétiques, l’E.R.O.E.I., les matériaux, l’ingénierie et j’en passe… C’est là que le tableau se dégrade.Par exemple, alors que je suis favorable à l’idée du charbon vert, les objectifs fixés par l’International Biochar Initiative (IBI) sont de 1 Gt/an de carbone soustraite de l’atmosphère d’ici à 2050. Parfait. Si on considère que l’échéance est dans 40 ans et qu’aujourd’hui on part de zéro, avec des progrès technologiques réguliers, on observe seulement une réduction de 20 Gt de carbone ou de 10 ppm (vous le constatez en traçant une ligne droite de coordonnées, 0-1 Gt en ordonnée et 0-40 ans en abscisse), alors que dans le même temps la production de biomasse et tout le processus seront colossaux.Cela dit, si ce niveau est atteint et respecté au-delà de 2050, 1/7 de tout le CO2 (14 %) séquestré par an serait un résultat conséquent. Le ratio pourrait même être encore plus important si la consommation en énergies fossiles se trouvait à ce moment-là considérablement réduite, délibérément ou à cause de l’appauvrissement des ressources. En outre, le bénéfice principal du charbon vert devrait être une amélioration de la qualité des sols, s’il est utilisé dans une logique de réparation des sols, réduisant ainsi les besoins en eau et nutriments comme le nitrate et le phosphate pour les cultures. Ce dernier point devrait être crucial dans les parties du monde où les sols sont pauvres, à savoir l’Afrique et l’Asie. Au Royaume-Uni, les sols ont tendance à être très riches – trop riches même parfois. Pourtant, là aussi, l’incorporation de charbon vert dans le sol atténuerait les problèmes de débordement des eaux qui contiennent trop de phosphate et de nitrate.Le potentiel de séquestration du carbone de l’agriculture régénératrice est contesté. De même, peu de preuves viennent étayer la possibilité d’ensemencer l’océan, ou d’étendre le plancton à une échelle significative. En effet, si des quantités considérables de phytoplancton devaient pousser suite à l’ensemencement, les émissions de composés du souffre (H2S, diméthyl de souffre, etc.) qui oxydés, déploient des particules de sulfate dans la troposphère, auraient pour conséquence de contribuer à … l’ensemencement des nuages. Ceci pourrait aider à refroidir la planète en réfléchissant davantage la lumière du soleil dans l’espace, ce qui est une bonne chose pour le réchauffement climatique, mais affecterait sûrement le niveau des précipitations et la distribution de l’eau à l’échelle de la planète.Ce que je vois, c’est que la production de charbon vert et d’algues à l’échelle locale, dans le cadre d’un programme de basse consommation énergétique, pourrait offrir certains bénéfices. Une fois n’est pas coutume, le nombre d’habitants sur le planète serait également un avantage. Ainsi, si 2.000 personnes pouvaient séquestrer 200 tonnes de charbon vert par an (100 kg/personne), 7 milliards d’entre nous pourraient séquestrer près de 0.8 Gt/an (pas loin des projections de l’IBI d’1 Gt/an d’ici à 2050). Toutefois, c’est la baisse de consommation d’énergie qui importe vraiment. Revenons au village de bassins d’algues. Il faudrait au total 3.200 km2 de bassins pour approvisionner la Grande Bretagne en carburant, soit une superficie pour chaque village de bassins de : 3.200 km2 x 100 ha/km2/60 million x 2.000 = 10,7 hectares par tranche de 2.000 personnes. Cela semble beaucoup mais pas impossible, morcelé de cette façon. Le vrai problème réside dans le traitement des algues, soit par extraction de l’huile (transestérification) soit par gazéification thermique. Il serait peut-être plus simple de cultiver les algues (et la biomasse en général), la sécher et la brûler comme source d’énergie thermique.Tout ce qui vient d’être mentionné va nécessiter une somme considérable d’ingénierie et donc de temps et d’énergie. Mais laissons ces sombres détails pour nous concentrer à nouveaux sur ces chiffres réjouissants.(*)le charbon vert – ou biocharbon – est la traduction du mot anglais Biochar, charbon de bois produit à partir de la biomasse, notamment les résidus végétaux.Chris Rhodes, tient un blog (Energy Balance) qui traite des problématiques énergétiques et environnementales actuelles, et est éditorialiste pour Scitizen.com . Aujourd’hui retiré de la vie académique, il poursuit ses activités de consultant (« Fresh-Lands ») pour l’amélioration des conditions environnementales en Europe et dans les pays de l’ex-URSS.

Ampoules fluorescentes : attention au mercure

Récemment, la Commission européenne a décidé de supprimer les ampoules incandescentes dans un délai de dix ans. Pourtant, une ONG vient de lancer en Lituanie une campagne contre l’utilisation croissante des ampoules fluorescentes. La raison : le mercure.Les dangers de l’exposition au mercure sont connus. Elle peut augmenter le risque de maladies coronariennes mortelles chez l’homme âgé. (1) On sait aussi (2) que les taux actuels de mercure dans l’environnement des pays industrialisés peuvent avoir un impact sur le développement des embryons humains et entraîner des troubles neurocomportementaux chez les nouveaux-nés. C’est pourquoi on pousse à réduire le taux d’exposition au mercure. Une des sources importantes d’émission du mercure est constituée par les émissions des centrales au charbon, largement utilisées dans le monde pour la production d’électricité. En principe, il est possible de capturer celui-ci dans les cheminées avec un taux d’efficacité élevé. C’est ce que font de nombreux incinérateurs de déchets en Europe occidentale. Mais je n’ai pas trouvé de centrale au charbon qui pratique cette capture de façon satisfaisante. Certes, les ampoules fluorescentes consomment moins d’électricité que les ampoules incandescentes. Donc leur utilisation généralisée solliciterait moins le réseau électrique et donc moins les centrales à charbon. On a ainsi calculé aux Etats-Unis que, sur la durée de vie d’une ampoule, l’émission de mercure résultant de la production d’électricité est réduite en moyenne de 8 mg quand le consommateur remplace une ampoule incandescente par une ampoule fluorescente (3). De ce point de vue, l’ONG lithuanienne a donc tort de partir en campagne contre les nouvelles ampoules. Mais elle a raison de mettre en garde contre le danger de libération de mercure quand les ampoules fluorescentes compactes sont jetées à la poubelle. Le seul moyen pour empêcher ce geste dangereux est de mettre en place un système de récupération des ampoules (type dépôt-remboursement) qui permet ensuite de recycler le mercure avec un taux d’efficacité élevé. Ce recyclage permet en outre de préserver une ressource naturelle très rare. (1) E. Guallar et al. New England Journal of Medicine 347 (2002) 1747-1754 (2) G. Huel et al. Environmental Health Perspectives 116 (2008) 263-267 (3) M.J. Eckelman et al. Environmental Science & Technology 42 (2008) 8564-8570Lucas Reijndres est professeur en sciences environnementales à l’Université d’Amsterdam depuis 1988 et à l’Université ouverte des Pays-Bas depuis 1999, et éditorialiste à Scitizen.com.

Déchets en eaux profondes : une fausse bonne idée ?

Une nouvelle variante de la solution d’enfouissement océanique des déchets, co-rédigée par un chercheur de l’Université de Californie Gregory Benford, est proposée et mise en discussion par un professeur et chercheur de l’Université de Washington, Stuart Volet. Certes, la solution de l’enfouissement des déchets sous l’eau peut paraître à première vue comme n’étant pas une solution High Tech. Ce serait même une solution Low Tech voire même Old Tech pour résoudre un des problèmes les plus importants que le 21e siècle va devoir affronter. Pourtant c’est bien cette solution que les chercheurs s’obstinent à proposer. De quoi s’agit-il ? Cette nouvelle variante propose de réunir en bottes (comme du foin coupé) plusieurs tonnes de déchets à la fois, puis de lester ces bottes avec de grosses pierres ou des blocs de béton et de les couler à des profondeurs d’au moins 1.500 m. Ce mode d’enfouissement en eaux très profondes garantirait la capture du CO2 pendant des milliers d’années. Comment ? La théorie est principalement basée sur la différence de températures existant entre les eaux en profondeur (4°) et les eaux qui deviennent de plus en plus chaudes à mesure que l’on approche des courants de surface (théorie qui est à la base de l’exploitation de L’Energie Thermique des Mers). Pour nos chercheurs, cette constatation leur permet juste de déduire que les déchets entreposés dans des eaux froides et profondes seraient comme figés, emprisonnés sur place par le froid pendant « des milliers d’années » et donc ne bougeraient plus. Dans leur article, les auteurs déploient une autre théorie selon laquelle si les déchets étaient directement rejetés à proximité de « cônes alluviaux » – c’est-à-dire pour résumer, de ces lieux géo-morphologiques à proximité des côtes où les rivières finissent de se rejoindre sous l’océan – ces déchets se trouveraient naturellement enfouis par les limons de ces cours d’eau dans les eaux froides des profondeurs qui en préviendraient toute dégradation future. Selon les auteurs de l’article, l’objectif de réduction des émissions de CO2 que le monde s’est fixé ne pourra être tenu que si l’on enfouit 30% de la collecte mondiale des déchets dans des eaux océanes. Cela pourrait alors permettre de supprimer environ 600 mégatonnes de carbone, ce qui correspond à une réduction de près de 15% de CO2 dans l’atmosphère. Par rapport aux taux d’efficacité des autres façons de capturer le carbone que les auteurs disent avoir étudiées de près, la leur atteindrait un taux de 92%. A titre d’exemple, transformer les déchets en éthanol n’est efficace qu’à seulement 32%. Sans attendre les réactions des experts environnementaux que ne manqueront pas de lever de telles propositions, les auteurs suggèrent déjà la mise en place d’une structure de conditionnement des déchets en bottes de façon à les rendre facilement transportables par barges vers leurs lieux d’enfouissement en eaux profondes, où lesdites bottes seraient donc coulées après avoir été lestées de gros blocs de pierres ou de béton. Voilà qui ressemble tout de même beaucoup à un carnage écologique sous-marin. Mais qu’importe, on va même jusqu’à présenter cette technologie d’enfouissement en mer comme la plus proche des modes naturels d’élimination des déchets. Cette technologie qui a, je le rappelle, la faveur de beaucoup de scientifiques américains, a cependant un gros défaut : son coût. Une récente estimation de l’Earth Policy Institute a conclu que cette façon de séquestrer le carbone coûterait 210 dollars par tonne. Ce chiffre, rappelé aux auteurs de l’étude, remet vite les idées en place. Et encore se gardent-ils d’aborder la question de « l’empreinte carbone », sans doute élevée, laissée par de telles opérations de transport par barge de tonnes de déchets… et de leurs blocs de béton. Pour l’instant donc les auteurs suggèrent de continuer la R&D en la matière, si je peux dire, et appellent à « plus d’études sur l’incidence que cette technologie pourrait avoir sur les créatures qui vivent dans les zones en eaux profondes ». Ils ont remarqué que dans les eaux profondes, il y avait un écosystème ! Et sans doute savent-ils aussi que c’est celui que l’on connaît le moins bien. Le monde n’est peut-être pas encore sauvé, mais en tout cas on a l’air de tenir le bon bout… D’ailleurs on pourrait peut-être commencer directement par s’attaquer aux deux énormes plaques de déchets (de la taille d’un « mini continent ») qui dérivent toujours quelque part dans le Pacifique Sud. Il est vrai que celles-là, personne n’avait pensé à les mettre en bottes et à les lester… Par Francis Rousseau, auteur du blog  Les énergies de la mer 

Pic pétrolier ? Redoutez plutôt le gouffre pétrolier !

Vous entendez certainement cette expression pour la première fois : le gap oil, ou le gouffre pétrolier. J’ai fabriqué ce terme, qui me paraît nouveau, et qui résume la situation qui va prévaloir en matière d’approvisionnement et de prix du pétrole. On entend beaucoup parler du pic pétrolier, et on l’interprète de façon d’ailleurs erronée en considérant qu’il signifie que le monde va manquer de pétrole sous peu [un pic pétrolier désigne en fait le sommet de la courbe qui caractérise la production pétrolière d’un puits ou d’un champ pétrolier, ndlr]. Or le Dr Richard Pike, président de la Société Royale de Chimie et un ancien professionnel du pétrole, a montré avec des arguments convaincants qu’il y a davantage de pétrole – environ deux fois plus – à extraire que le chiffre généralement avancé de 1,2 milliard de barils. En fait, c’est le rythme de récupération de ces réserves de pétrole qui est au cœur du problème. Le monde extrait environ 84 millions de barils par jour, soit un peu plus de 30 milliards de barils par an. C’est un quantité énorme qui alimente les mécanismes mondiaux de l’économie moderne et une population de 6,7 milliards d’êtres humains. Si l’on en croit l’OMS, la population mondiale dépassera 9 milliards en 2050 et atteindra peut-être 12 milliards au siècle suivant. Tous nourris par le pétrole. D’autres estimations font état d’un plateau à 7,1 milliards d’ici 2024, avant une décroissance à 2,5 milliards vers 2100.  Or la croissance de la demande pour le pétrole apparaît tout aussi inexorable. On estime que dans vingt ans la Chine consommera plus de pétrole que les Etats-Unis et que, d’une façon générale, la demande mondiale aura augmenté de 50 %. Il est évident que quelles que soient les réserves dans le monde, elles ne pourront être récupérées à un rythme permettant de répondre à cette demande. Il y aura donc un gouffre grandissant entre demande et offre, comme cela s’est produit l’été dernier avec pour effet de faire grimper le prix du baril jusqu’à 150 dollars.  Cette situation de « gouffre pétrolier » aura une conséquence similaire : le prix du pétrole va s’envoler bien au dessus de sa valeur actuelle et l’impact sur l’économie mondiale sera sévère, avec des oscillations sur les marchés d’une amplitude sans précédent. Il y aura aussi des pénuries de pétrole, les fournitures allant au plus offrant, et donc des changements dans l’équilibre des pouvoirs économiques et politiques, qui iront dans les mains de ceux qui détiennent ce pétrole. Cela va se produire que l’on soit ou pas arrivé au pic pétrolier. Le concept de pic pétrolier mondial est trompeur dans la mesure où les puits pétroliers sont à des étapes différentes de leur exploitation : la Russie produira encore du pétrole longtemps après la fin des gisements de mer du Nord, et l’Arabie saoudite en sortira sur une période encore plus longue. Certains pays vont donc dépendre d’autres. Le pic pétrolier mondial correspondra au moment où les plus grand puits culmineront. Quand le gisement géant de Ghawar en Arabie saoudite sera à ce stade, nous pourrons dire adieu à nos styles de vie de consommation.  Cela va conduire à un nouvel âge de l’efficacité énergétique et un recours plus systématique à des économies durables, plus localisées et donc moins dépendantes des transports, et davantage centrées sur la bio-économie, fonctionnant à partir de ce qui peut être cultivé. Les solutions technologiques, par exemple celles fondées sur l’hydrogène, n’arriveront pas avant des décennies, si tant est qu’elles arrivent. Au mieux, nous aurons besoin de solutions intermédiaires. L’avenir de l’humanité va reposer sur la durabilité de la photosynthèse, plutôt que sur les carburants fossiles qui furent produits par une photosynthèse il y a des millions d’années. Quand le pic pétrolier arrivera, il va encore élargir ce gouffre pétrolier. C’est lui que nous devons redouter, ce moment où l’offre ne répondra plus à la demande, et qui est inévitable et imminent.En savoir plusLe Professeur Chris Rhodes est un chercheur et un écrivain renommé, qui a dévouvert les questions environnementales en travaillant en Russie après l’accident de Tchernobyl. Chimiste de formation, il a publié plus de 400 articles de vulgarisation scientifique et plusieurs livres.Chris Rhodes est éditorialiste à Scitizen.com.

Chiffres clés : photographie du parc éolien français en 2009

Les données présentées ci après sont produites par le Syndicat des Energies Renouvelables et sa branche spécialisée France Energie Eolienne et couvrent la période allant de fin 2008 à début 2009. Ci-dessous, la carte des parcs éoliens en activité. Une photographie qui permet de constater l’absence d’équipements en Aquitaine, alors que plus au Nord, la Bretagne est largement pourvue. Les trois graphes ci dessous présentent pour le premier la puissance installée par région, pour le deuxième, la puissance installée par département, et enfin la part d’énergie produite par les éoliennes au regard de la consommation du département. Très instructif !Autant de données qu’il est possible de retrouver sur le site de France Energie Eolienne. Un document Excel vraiment bien fait présente chacun des parcs en puissance installée et permis de construire accordés, en part de production au regard de la consommation, la puissance des machines, les classements par cartes, départements, régions, et même les marques des éoliennes installées.

Sources :
Neomansland

Pesticides : enfin une nouvelle directive européenne

C’est en raison d’un risque cancérigène ou de leur possible effet de perturbateur endocrinien, que 22 substances, utilisées dans la fabrication de pesticides seront prohibées dans l’Union Européenne. En parallèle, les eurodéputés ont prévu la création d’une liste de substances actives à partir de laquelle des autorisations de mise sur le marché seront délivrées. Mais la directive ne s’arrête pas là et prévoit également d’imposer des formations pour les professionnels et des campagnes d’informations pour les citoyens.Harmoniser les législations nationales constitue l’objectif initial des rapporteurs du texte qui voulaient également moderniser la réglementation antérieure datant de 1991, selon le communiqué de presse du Parlement européen. Dès à présent « deux fongicides – le Carbendazim et le Dinocap – seront interdits dès 2009 » lit-on dans la Tribune, tandis que pour les autres, l’interdiction se fera de manière échelonnée : les substances se trouvant actuellement sur le marché, mais étant considérées comme dangereuses pour la santé humaine, seront progressivement interdites à l’expiration de leur autorisation de commerce. Le même journal précise qu’il est prévu des « exemptions au cas par cas, notamment lorsque aucune alternative n’est possible, en cas de menace sérieuse pour les récoltes » sachant que « les pays européens, répartis en trois groupes, auront la possibilité d’interdire un produit sur la base de risques spécifiques pour l’environnement ou l’agriculture » ajoute l’Express. D’ailleurs, les parlementaires réaffirment leur volonté de réguler le marché des pesticides, puisqu’à l’origine de ces interdictions, se trouve une liste répertoriant les produits qui seront in fine autorisés au commerce dans l’Union européenne. Le but de cette réglementation étant de « faciliter la mise sur le marché européen des produits phytosanitaires tout en garantissant un niveau élevé de protection à l’égard des consommateurs » tel qu’on peut le lire dans le communiqué de presse du Parlement.Dans le cadre de son application par chacun des Etats membres, la directive prévoit des moyens d’action, comme l’attribution de subventions pour encourager l’utilisation de pesticides moins nocifs. Les pays de l’UE devront également remplir des missions de formation sur les produits illégaux auprès des professionnels et de sensibilisation des citoyens sur les risques liés aux pesticides ou encore mettre en oeuvre les mesures nécessaires pour éviter toute contamination de l’eau à proximité des zones de captage. Enfin, concernant les produits phytosanitaires (dont l’utilisation concerne les organismes végétaux), le texte prévoit la mise en place d’un « principe de la reconnaissance mutuelle des produits autorisés », comme l’explique le Nouvel Observateur.L’hebdomadaire indique de plus que, dans la foulée de cette directive, a été votée une loi prévoyant, « avec des exemptions temporaires au cas par cas, l’interdiction des pulvérisations aériennes, répandues dans la sylviculture et la viticulture, en raison des risques d’expansion vers des zones peuplées ou écologiquement sensibles ». Les parcs, les terrains de sports ou les cours de récréation se transforment ainsi en zones de non-droit pour tout pesticide. Mais la santé humaine n’est pas la seule concernée : la Commission européenne prévoit d’effectuer des études pour mesurer l’impact des pesticides sur la mortalité des abeilles, dont le taux s’élève à 30 % dans les pays de l’Union.Au Parlement, on met surtout l’accent sur la « victoire des Verts et des environnementalistes qui ont su collectivement résister aux énormes pressions » d’après les propos recueillis par le Nouvel Observateur de Monica Frassoni, co-présidente du groupe des Verts au Parlement européen. Et si le texte a été sujet à controverse, le vote ne clôt pas les discussions pour autant. L’Express révèle que « certains scientifiques […] estiment que le texte risque de poser des problèmes de compétitivité à ‘agriculture européenne et de rendre certaines cultures plus onéreuses ». Pour sa part, François Veillerette, président du MDRGF (le Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures) reconnaît dans la Tribune que le « texte constitue une première, notamment en instaurant des critères visant à exclure les pesticides dangereux », mais il s’attend également à « batailler ferme pour que la notion de perturbateurs endocriniens soit définie rapidement et de la manière la plus stricte possible ». La directive, fruit d’un compromis entre les acteurs en jeu, a dû « s’amaigrir » de l’objectif de diviser l’usage des pesticides par deux en l’espace de 10 ans (par ailleurs un des objectifs du Grenelle de l’environnement), ce dont se sont satisfaits les industriels, présentés pourtant comme ceux ayant le plus à perdre de l’application du texte.Une contribution de la Mission d’animation des Agrobiosciences 

Nanotechnologies : REACH ne suffira pas

Le gouvernement britannique doit reconnaître de façon urgente le degré d’ignorance et d’incertitude qui règne dans le domaine des nanomatériaux ainsi que le temps qui sera nécessaire pour résoudre ce problème et doit donc développer des systèmes de contrôle adaptés à ces nouvelles technologies.Telle est la principale conclusion de la RCPE (Royal Commission on Environmental Pollution) dans son 27ème rapport consacré aux « nouveaux matériaux dans l’environnement ». Toutefois, la RCEP ne voit pas de justification à une interdiction complète ou à un moratoire visant les nanomatériaux.Le rapport de la RCEP s’ajoute aux nombreuses voix (Royal Society, Royal Academy of Engineering, Council for Science and Technology entre autres) qui, au Royaume-Uni, réclament davantage de recherches sur les possibles dangers liés à l’utilisation des nanomatériaux. Pour la RCEP, une nouvelle gouvernance est nécessaire. En effet, en matière de réglementation, de nombreux aspects des nanomatériaux sont couverts par la règlementation européenne REACH (qui n’a toutefois pas été conçue pour prendre en compte ces nanomatériaux et leurs applications). D’autres dimensions pourraient être couvertes par l’extension logique du cadre existant. Mais d’autres aspects des nanomatériaux vont au-delà des réglementations existantes, ce qui nécessite de façon urgente la mise en place d’une nouvelle gouvernance dont les principes généraux pourraient d’ailleurs s’appliquer à d’autres domaines de développement technologique.Selon la RCEP, la limitation la plus significative de REACH a trait au seuil d’une tonne. Du fait du très grand nombre de particules contenues dans de très petites quantités de nanomatériau, une tonne peut constituer un seuil trop élevé pour capturer des effets potentiellement problématiques. La RCEP se félicite donc de la demande faite par la Commission européenne au Comité scientifique européen sur les risques sanitaires émergents et nouveaux (SCENIHR) de passer en revue REACH et de formuler des recommandations sur la façon dont la réglementation pourrait être modifiée pour couvrir les nanomatériaux.Les recommandations de la RECP s’articulent autour de trois axes :1) la fonctionnalité : plutôt que de traiter tous les matériaux de même taille comme une seule classe, il convient de se concentrer sur les propriétés et sur les fonctionnalités de nanomatériaux spécifiques pour comprendre leur comportement dans les organismes et dans l’environnement ; 2) l’information : il est urgent de mettre en place un programme de recherche dirigé et substantiel sur les propriétés et les fonctionnalités des nanomatériaux. Les résultats de ce programme seront utilisés pour élaborer des stratégies d’évaluation et de gestion des risques. Ce programme dirigé aura en particulier pour objet le développement de techniques permettant la détection de nanomatériaux particuliers dans l’environnement. Les formations en toxicologie et en nanotoxicologie dispensées dans l’enseignement supérieur britannique devraient être renforcées ;  3) un système de gestion doté d’une grande capacité d’adaptation : (…) un système d’alerte précoce pourrait être fondé sur une check-list assez simple obligatoirement remplie par les fabricants ou importateurs de nanomatériaux non couverts par REACH. Enfin, le gouvernement britannique devrait pousser la Commission européenne à évaluer la réglementation REACH, de façon urgente et en consultation avec les états membres et le Comité scientifique européen sur les risques sanitaires émergents et nouveaux (SCENIHR). L’objectif serait d’adapter ce règlement au cas des nanomatériaux.Une étude du service science et technologie de l’Ambassade de France au Royaume-Uni reprise par la Mission d’Animation des Agrobiosciences.

L’UE fait la part belle à l’éolien offshore

Le secteur de l’énergie éolienne est celui qui connaît la plus forte croissance mondiale parmi toutes les sources d’énergies renouvelables. L’industrie éolienne vise à fournir de 12 à 14% de la consommation d’électricité d’ici 2020 et le portail Europa estime que plus d’un quart de ce pourcentage pourrait provenir de l’éolien offshore. En 2030, la contribution de l’éolien offshore devrait atteindre 15% de l’ensemble de la production d’électricité de l’Union européenne. Alors que l’on peut considérer que la technologie éolienne onshore est parvenue à maturité technologique, l’éolien offshore aurait, selon ce mémo, encore besoin de faire ses preuves en étant développé dans de grands projets à l’échelle industrielle. Dans le cadre de l’European Economic Recovery Action Plan, un programme d’énergie éolienne offshore (Offshore Wind Program) de 500 millions d’euros est désormais proposé.L’Offshore Wind Program se concentre sur l’accompagnement de nouveaux projets éoliens offshore à grande échelle mis en place par divers États membres et se propose, éventuellement, d’accompagner ceux qui sont déjà en cours de développement. Dans ce dernier cas précis, l’U.E. fait savoir qu’un soutien ne pourra être apporté qui si celui-ci constitue « une véritable valeur ajoutée pour eux ». Les projets qui seront privilégiés devront réunir plusieurs conditions parmi lesquelles : avoir une véritable « implication transfrontalière », être situé en eaux profondes (jusqu’à 50 m) et offshore – farshore (jusqu’à 100 km des côtes), distance et profondeur estimées nécessaire par l’U.E. pour tirer un profit maximum de la ressource.D’ores et déjà de nombreux projets éoliens offshore impliquent la mise en place d’infrastructures transfrontalières d’une grande complexité technologique et logistique. L’U.E. estime avoir un rôle particulier à jouer dans l’encouragement des investissements nécessaires dans ce domaine qui, sans son appui, pourrait être négligé par certains Etats membres.Par Francis Rousseau auteur du site Les énergies de la mer

Malte, une île branchée… au compteur intelligent

Les compagnies d’électricité et d’eau de l’île de Malte, Enemalta Corporation et Water Services Corporation (WSC), ont confié à IBM, pour 70 millions d’euros, le soin de mettre en place un réseau intelligent d’eau et d’électricité pour les 400.000 Maltais.Le géant américain va d’abord remplacer par des compteurs intelligents électroniques les 250.000 compteurs électriques analogiques de l’île, qui intégreront désormais à la fois l’eau et l’électricité. Ils seront consultables et gérables à distance, et constitueront la première étape d’un réseau intelligent d’un bout à l’autre de la chaîne.Les nouveaux compteurs permettront toute une série de nouveaux services, tant pour les consommateurs que pour les compagnies de distribution : le paiement de la consommation réelle et non estimée, des tarifs flexibles, la génération automatique des factures, le pré-paiement, le suivi de la consommation via un portail Internet qui permettra de choisir les forfaits les plus adaptés. En outre, la consommation d’eau et d’électricité sera optimisée (réduction des pertes, gestion à distance du réseau, analyse en temps réel de la consommation sur le réseau).Le système doit être entièrement terminé en 2012.C’est peu sans doute face aux 40 millions de compteurs que Barack Obama veut installer aux Etats-Unis (lire l‘article de Greenunivers), aux quelques 35 millions que veulent déployer la France comme la Grande-Bretagne (lire l’article de Greenunivers) pour équiper tous les foyers, sans oublier les 28 millions de compteurs déjà installés en Italie, pays pionniers. Mais avec ce système intégral, Malte servira de test grandeur nature à ses plus grands voisins, et de vitrine à IBM qui se positionne en force sur ce créneau convoité aussi par Google (lire l’article de Greenunivers).Par Laurence Benhamou auteur du site GreenUnivers

Les ordures pourraient chauffer la moitié de la Grande-Bretagne

Les ordures ménagères, les produits alimentaires jetés ou encore les déchets de bois pourraient être transformés en biogaz.Jusqu’ici, le peu de biogaz utilisé outre-Manche sert à produire de l’électricité, mais il pourrait plus utilement être transformé en biométhane et alimenter la moitié des besoins en gaz du pays, contribuant à l’objectif de 20% d’énergies renouvelables pour 2020 – et en outre résoudre le problème de gestion des déchets et de réduction de décharges. Deux procédés le permettent : la digestion anaérobie ou méthanisation (où des bactéries réalisent une fermentation des déchets humides comme les rejets des égouts et le fumier), et la gaséification, plus adaptée aux déchets secs. Le biométhane est déjà produit et réinjecté dans le réseau gazier dans certains pays européens.D’après National Grid, ce biométhane coûterait le même prix que les autres énergies renouvelables. National Grid, qui a mandaté Ernst and Young pour réaliser cette étude, l’a transmise au ministre de l’Energie, Ed Miliband.La Grande-Bretagne s’intéresse de plus en plus au biogaz : en novembre est né un leader britannique de la digestion anaérobique (le procédé de décomposition des déchets organiques pour produire des biogaz), avec la fusion des sociétés Biogen et Greenfinch, dont le site de production traitera 45.000 tonnes de déchets alimentaires par an et produira suffisamment d’énergie pour 2.000 foyers, avec un investissement de 18 millions de livres.Le biogaz se développe en Europe comme aux Etats-Unis : pour preuve, la toute récente création de l’Association européenne du biogaz (European Biogas Association, EBA), les projets du groupe californien BioEnergy Solutions qui développe un projet à base de fumier réunissant 9 exploitations agricoles, pour produire du méthane qui sera injecté dans le réseau de distribution de la compagnie californienne Pacific Gas & Electric Co. Et en Chine, la Banque Mondiale a décidé d’accorder 120 millions de dollars au programme rural chinois de biogaz (National Rural Biogas Program, ou Ntegy). Par Laurence Benhamou auteur du site GreenUnivers

Chiffres clés : état du parc photovoltaïque français

Voici deux petits éléments qui font une photographie au 31 décembre 2008 de l’état du raccordement des installations photovoltaïques au réseau français.

Premier constat : on s’approche de 69 MW en puissance d’installations raccordées, dont 48 en métropole, et 21 outre-mer et Corse. Le bilan de l’année 2008 montre une nette accélération des raccordements, surtout au deuxième semestre où le parc raccordé a crû de 168% en métropole. Sur la même période, on enregistre une croissance plus faible en outre-mer et Corse (31%). Au niveau de la France, du 31 décembre 2007 au 31 décembre 2008, le parc raccordé a été multiplié par 2,75.

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Sur une année, la production du parc photovoltaïque raccordé français représente environ 70 GWh d’électricité, soit l’équivalent de la consommation électrique de 31.200 habitants, tous postes de consommation confondus.

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Sources :

Neomansland

La chaîne de transmission : fil rouge de l’évaluation et de la prévention des risques biologiques

On distingue quatre types de risques pouvant résulter d’une exposition à des agents biologiques :

  • Les risques infectieux : ce sont les mieux connus, en particulier en milieu professionnel. Les infections sont dues à la pénétration, puis à la multiplication d’un agent biologique dans le corps.
  • Les risques immuno-allergiques : ils correspondent le plus souvent à des phénomènes de stimulation excessive des défenses immunitaires se traduisant par un asthme, une rhinite ou une pneumopathie d’hypersensibilité. Ces réactions sont dues à la présence dans l’organisme d’un allergène pouvant provenir d’un agent biologique qui peut être un fragment ou une substance sécrétée par l’agent biologique
  • Les effets toxiniques : il s’agit des effets toxiques dus à la présence dans l’atmosphère de travail de toxines secrétées par les agents biologiques (mycotoxines secrétées par des moisissures) ou composants de la paroi des bactéries Gram Négatif (endotoxines).
  • Les effets cancérogènes : le Centre international de recherche contre le cancer classe cancérogènes certains agents biologiques, certaines mycotoxines, ainsi que certaines infections, quand elles deviennent chroniques.

La réglementation classe les agents biologiques en fonction de leur risque infectieux en 4 groupes de pathogénicité croissante, notés de 1 à 4. Ce classement ne prend pas en compte les autres risques biologiques, mais les agents classés 2 et 3 peuvent être accompagnés d’une note A « effets allergisants possibles » ou T « production de toxine ».

Activités susceptibles d’exposer un individu à un risque

Selon l’enquête SUMER 2003, plus de 15 % des travailleurs se déclarent exposés à des agents biologiques dans le cadre de leur activité, ce qui représente 2,6 millions de travailleurs. De nombreux secteurs d’activité sont concernés : métiers de la santé, en laboratoires de recherche, métiers au contact d’animaux vivants ou morts, métiers du funéraire, du secteur agroalimentaire, du traitement de l’eau ou des déchets…

Pourcentage, par secteur professionnel, des travailleurs qui se déclarent exposés à des agents biologiques dans le cadre de leur activité
Secteur santé-action sociale : milieux de soins, laboratoires d’analyses médicales, services funéraires… 66%
Agriculture : éleveurs, horticulteurs, maraîchers, arboriculteurs, viticulteurs, forestiers… 33%
Industries agricoles et agroalimentaires 31%
Services à la personne 27%
Recherche et développement 24%

Source : données SUMER 2003

Evaluation et prévention

Les travailleurs peuvent être exposés à des agents biologiques dans deux types de situations : lors d’une utilisation délibérée de micro-organismes ou lors d’une exposition potentielle.

  • Dans le cas d’une utilisation délibérée, l’agent biologique fait partie du procédé industriel. Il est à la base de la réalisation finale. Ainsi, l’industrie pharmaceutique et les industries biotechnologiques en général utilisent les capacités de synthèse d’agents biologiques pour l’obtention de princips actifs. On connaît l’identité précise des agents biologiques et les quantités mises en œuvre. L’évaluation des risques et la prévention se rapprochent de celles faites face à un produit chimique.
  • Dans une situation d’exposition potentielle, les agents biologiques ne font pas partie du procédé industriel, mais sont présents du fait de l’activité. Dans ce cas, la démarche d’évaluation des risques est facilitée par l’utilisation de la chaîne de transmission.

Une chaîne de transmission est constituée de cinq maillons :

  1. Le réservoir : c’est la source, le lieu dans lequel s’accumulent et prolifèrent les agents biologiques. Le réservoir peut être vivant (animal, patient…) ou inanimé (seringue, eau…).
  2. Les portes de sortie : pour qu’il y ait risque d’exposition, il faut que les agents biologiques puissent sortir du réservoir ou que le travailleur puisse avoir accès à ce réservoir.
  3. La transmission :en milieu professionnel, elle peut se faire essentiellement par voie aérienne, par contact avec la peau ou les muqueuses, par inoculation (accident, morsure ou piqûre d’insecte) ou par voie digestive.
  4. Les portes d’entrée : elles sont liées aux différents modes de transmission : voies respiratoires pour la transmission aérienne, muqueuses et/ou peau au cours d’un contact, voie sanguine lors d’une piqûre ou d’une blessure, voie digestive en portant les mains ou un objet à la bouche.
  5. L’hôte potentiel : dans le cas des risques biologiques en milieu professionnel, il s’agit du travailleur qui se trouve en bout de chaîne de transmission. Il va être contaminé et pourra développer la maladie si l’exposition est suffisamment importante et s’il n’est pas protégé.

Démarche de prévention des risques : rompre la chaîne de transmission

La prévention des risques consiste à rompre la chaîne de transmission, le plus en amont possible, par des mesures d’organisation du travail, de protection collective et individuelle, d’information et de formation des personnels, y compris les personnels intérimaires et intervenants extérieurs.

Chaque fois que cela est possible, les mesures de protection doivent avant tout porter sur l’origine des risques donc sur le réservoir. Elles sont à envisager selon les situations professionnelles ; par exemple, en santé humaine, il s’agit de dépister et traiter au plus tôt les patients ; en santé animale, les mesures sont parfois plus radicales (abattage d’un troupeau en cas de brucellose…) ; pour d’autres situations professionnelles, ce sera la désinsectisation, la dératisation…

Les actions de prévention peuvent également porter sur la transmission : mesures d’isolement d’un malade, amélioration de la ventilation, limitation des projections, mesures de désinfection…

Quand les mesures de protection collective ne suffisent pas ou ne peuvent pas être mises en place rapidement (remise en cause de l’organisation du travail, nouvelle conception des locaux et/ou des matériels…), il est possible d’avoir recours à des équipements de protection individuelle adaptés au contexte professionnel tels que gants, tabliers ou appareils de protection respiratoire (cf. texte APR dans ce dossier), afin de protéger les portes d’entrée.

Intégrer le concept de « fil rouge » à sa démarche d’évaluation

Le concept de chaîne de transmission est un « fil rouge » que chaque préventeur peut s’approprier comme démarche d’évaluation et de prévention des risques biologiques en entreprise afin de les faire figurer sur le document unique au même titre que les autres risques (physiques, chimiques…).

Quelques exemples de chaînes de transmission

Véronique Caron, Conseiller médical en santé au travail, INRS département Études et Assistance MédicalesPour en savoir plus :

  • Risque biologique en milieu professionnel. INRS, 2007 (www.inrs.fr/dossiers/risquebiologique.html).
  • Les risques biologiques en milieu professionnel, ED 6034 (2008)

Les autres articles du dossier

  • Les vaccinations sont-elles obligatoires dans un contexte professionnel ?
  • Risques respiratoires pour les professionnels de la valorisation des déchets
  • Quelle protection respiratoire contre les risques d’inhalation d’agents biologiques ?
  • Attention à la contamination des fluides de coupe aqueux
  • Glossaire des risques biologiques
Agent Réservoir Porte de sortie Voie de transmission Porte d’entrée Symptômes
Traitement des eaux usées et leptospirose Leptospires Rats Urines Pénétration par la peau et les muqueuses Peau et muqueuses Fièvre, Atteinte du foie, des reins
Pose d’antenne en toiture et ornithose Chlamydia psittaci (une bactérie) Oiseaux Fientes Inhalation de poussières de fientes desséchées Voies respiratoires Fièvre, Atteinte pulmonaire
Tour aéroréfrigérante et légionellose Légionelles Eau du circuit de refroidissement Gouttelettes émises dans la tour ou à l’extérieur (travaux sur toiture) Inhalation d’aérosols de gouttelettes d’eau contaminée Voies respiratoires Fièvre, Atteinte pulmonaire
Pose d’antenne en toiture et ornithose Penicillium Flore de surface et «farine» servant à traiter le saucisson Poussières Inhalation de poussières contaminées (ensemencement, brossage, conditionnement) Voies respiratoires Rhinite, Asthme, Pneumopathie d’hypersensibilité

Les vaccinations sont-elles obligatoires dans un contexte professionnel ?

La vaccination, quand elle existe, ne peut en aucun cas se substituer à la mise en place des mesures de prévention collective, elle vient seulement les compléter. La vaccination n’autorise pas à baisser la garde vis-à-vis des risques professionnels ; être vacciné contre un ou plusieurs agents biologiques ne dispense pas du respect des règles de sécurité mises en place.Il est important de souligner que le Code du travail ne rend obligatoire aucune vaccination. Seul le Code de la santé publique rend obligatoire un certain nombre de vaccinations, sous réserve d’une exposition à des risques de contamination dans le cadre d’activités professionnelles précises relevant pour la plupart du secteur santé et action sociale.Par ailleurs, le Comité technique des vaccinations, qui relève du Haut Conseil de la santé publique, publie chaque année un calendrier des vaccinations pour la population en général, avec des recommandations de vaccinations pour certaines catégories professionnelles, en précisant bien qu’en milieu professionnel, le risque d’exposition est évalué par le médecin du travail.

Le médecin du travail doit jouer un rôle d’alerte et de conseil
Après évaluation des risques poste par poste au sein d’une entreprise, le médecin du travail pourra conseiller à l’employeur la pratique d’une vaccination pour les travailleurs non immunisés, contre un ou plusieurs agents biologiques présents sur les lieux de travail. L’employeur, informé des avantages, limites et éventuels inconvénients de la vaccination conseillée, peut alors décider de recommander cette vaccination à ses salariés (Art. R.4426-6), auquel cas tous les frais inhérents à cette vaccination seront à sa charge : vaccin, déplacement au cabinet médical, temps de déplacement et consultation médicale.Aucune vaccination ne peut être pratiquée sans l’accord explicite du travailleur. Après information par le médecin du travail sur les risques encourus au poste de travail, sur les avantages et les limites de la vaccination et sur ses éventuels inconvénients, le salarié conserve le libre choix d’être ou ne pas être vacciné, ainsi que le choix du médecin vaccinateur (médecin traitant, médecin du travail…). Le médecin du travail peut en effet pratiquer lui-même les vaccinations qu’il a conseillées et qui ont été acceptées par l’employeur, après avoir obtenu l’accord de principe de ce dernier, et sous réserve de disposer du temps et des moyens nécessaires à l’accomplissement de cette mission.Marie-Cécile Bayeux-Dunglas, Conseiller médical en santé au travail, INRS Département Etudes et Assistance Médicales 

Les autres articles du dossier
  • La chaîne de transmission : « fil rouge » de l’évaluation et de la prévention des risques biologiques
  • Risques respiratoires pour les professionnels de la valorisation des déchets
  • Quelle protection respiratoire contre les risques d’inhalation d’agents biologiques ?
  • Attention à la contamination des fluides de coupe aqueux
  • Glossaire des risques biologiques

Risques respiratoires pour les professionnels de la valorisation des déchets ménagers

La valorisation des déchets s’opérant en centre de tri ou de compostage, il est nécessaire de distinguer les risques spécifiques à chacun de ces lieux.

Dans un centre de tri des déchets

Les activités d’un centre de tri génèrent l’émission de bioaérosols en grandes quantités. Ces fines poussières en suspension dans l’air sont chargées de micro-organismes, en particulier des moisissures appartenant pour la plupart aux genres Aspergillus et Penicillium, des bactéries Gram-négatif et des actinomycètes. Le niveau de concentration en micro-organismes dans l’air varie suivant la filière et les rythmes de collecte (degré de maturation des déchets). Il varie également avec le lieu géographique et la saison puisque température et humidité influencent largement la croissance des bactéries et moisissures présentes dès la mise au rebut.L’exposition aiguë ou chronique à ces bioaérosols peut être à l’origine de pathologies respiratoires diverses : syndrome toxique des poussières organiques, rhinite, asthme, pneumopathie d’hypersensibilité et ses complications. Les symptômes de rhinite et asthme peuvent varier en fonction de l’activité professionnelle avec disparition ou amélioration durant les jours de repos. Les effets des constituants de paroi tels les endotoxines des bactéries Gram-négatif ou les bêta glucanes des moisissures viennent s’ajouter à ceux d’autres nuisances également présentes : particules des moteurs diesels, gaz d’échappement, poussières minérales…Les risques biologiques liés au traitement des déchets vont donc bien au-delà du risque d’infection d’une blessure mal prise en charge et du risque de contamination virale après piqûre par aiguille retrouvée sur le tapis de tri (toxicomanie, traitement auto-administré…).

Sur une plate-forme de compostage

En 2007, environ 700 plates-formes ont été recensées. La fermentation aérobie due à la flore microbienne présente dans les déchets génère des risques chimiques : composés organiques volatils (COV), gaz divers et poussières, mais aussi des risques biologiques avec là-aussi des niveaux élevés d’exposition aux agents biologiques (actinomycètes, Aspergillus…) et leurs produits (endotoxines…). Les médecins relèvent un excès de symptômes d’inflammation et d’irritation des voies aériennes, des yeux ou de la peau.

Comment prévenir et limiter ces risques biologiques ?

Pour des raisons techniques, la quantification de l’exposition n’est pas une pratique courante quel que soit le secteur d’activité. Mais il faut savoir que dans l’atmosphère des cabines de tri, les concentrations en bactéries cultivables (de 10.000 à 1.000.000 UFC/m³) sont généralement 10 à 100 fois plus élevées que le niveau moyen relevé à l’extérieur (1.000 UFC/m³). Certes, il n’existe pas de valeur limite réglementaire pour l’exposition aux micro-organismes mais des valeurs guides sont proposées dans la littérature : 10.000 UFC/m³ pour les bactéries totales, 1.000 UFC/m³ pour les seules bactéries Gram-négatif et 200 UE/m³ pour les endotoxines.Qu’il s’agisse d’un centre de tri ou de compostage, la prévention est avant tout collective :

  • conception et aménagement des locaux, des engins et machines, des conteneurs… ;
  • ventilation des milieux de travail ;

et organisationnelle :

  • réduction de la charge physique pour limiter la fréquence respiratoire, limitation du nombre de personnes exposées ;

En complément, la prévention des risques biologiques qu’ils soient de type infectieux, toxiniques ou immunoallergiques associe des mesures d’hygiène impliquant à la fois l’employeur (mise à disposition et entretien des équipements et installations nécessaires, information et formation des travailleurs) et chaque travailleur (port d’une tenue de travail, lavage des mains, douche en fin de poste…).Aucune vaccination obligatoire n’est prévue pour ces salariés (cf. article Les vaccinations sont-elles obligatoires dans un contexte professionnel ?), cependant la vaccination antitétanique est indispensable. Suite à une évaluation spécifique à chaque site, d’autres vaccins peuvent être recommandés par le médecin du travail.

Intervenir en cas d’accident

Tout événement inhabituel (accident, syndrome toxique des poussières organiques…) survenant pendant et sur le lieu du travail doit être déclaré en accident du travail par l’employeur. Une conduite à tenir doit être affichée afin que toute blessure avec une aiguille puisse bénéficier très rapidement de la mise en place d’un suivi sérologique spécifique.Travailler dans le secteur des déchets peut ouvrir droit à la prise en charge au titre des maladies professionnelles d’un certain nombre de maladies, telles la leptospirose (tableau de maladie professionnelle n° 19), les hépatites virales (T n° 45), certains asthmes ou rhinites (T n° 66), les pneumopathies d’hypersensibilité (T n° 66 bis), si les conditions inscrites au tableau sont remplies.Le traitement des déchets est un secteur professionnel très accidentogène et la gestion des risques biologiques n’est pas perçue comme prioritaire malgré les conséquences possibles sur la fonction respiratoire. Une prévention intégrée dès la conception des installations et un respect strict des règles d’hygiène permettent de réduire ces risques.Colette Le Bâcle, Conseiller médical en santé au travail, INRS département Etudes et Assistance Médicales

Pour en savoir plus

 

  • Déchets et risques professionnels. Edition INRS (2008) (cf. http://www.inrs.fr/dossiers/dechets.html)
  • Guide électronique des tableaux des maladies professionnelles. INRS, 2007 (http://www.inrs.fr/mp)
  • Fiche Endotoxines dans la base Metropol sur http://www.inrs.fr/metropol
Les autres articles du dossier

 

  • La chaîne de transmission : « fil rouge » de l’évaluation et de la prévention des risques biologiques
  • Les vaccinations sont-elles obligatoires dans un contexte professionnel ?
  • Quelle protection respiratoire contre les risques d’inhalation d’agents biologiques ?
  • Attention à la contamination des fluides de coupe aqueux
  • Glossaire des risques biologiques

Quelle protection respiratoire contre les risques d’inhalation d’agents biologiques ?

L’utilisation en situation de travail d’un appareil de protection respiratoire (ou plus simplement APR) ne devrait être limitée qu’à des opérations courtes et exceptionnelles (entretien ou nettoyage d’installations…) ou des interventions pour lesquelles il n’est pas possible de mettre en place un dispositif de captage ou d’assainissement de l’air suffisant (interventions dans des espaces confinés…). Dans le cas d’une exposition potentielle à des agents biologiques en milieu de travail, les APR adaptés sont ceux de la famille des appareils filtrants contre les particules, et sont constitués d’un demi-masque, d’un masque, d’une cagoule ou d’un casque et d’un filtre à particules.

Les filtres à particules (ou antiaérosols) retiennent les particules quelle que soit leur origine (chimique ou biologique). Il existe trois classes de filtres à particules, notées par ordre d’efficacité croissante P1, P2, P3 (ou notées FFP1, FP2, FFP3 dans le cas des masques jetables).

Pour des interventions longues, les appareils filtrants à ventilation assistée (dans lesquels l’air ambiant est aspiré au travers du filtre au moyen d’une pompe) sont préférables car ils apportent davantage de confort à l’utilisateur.

S’il existe un risque d’exposition simultanée à des gaz ou vapeurs dangereux, un filtre combiné antiparticules-antigaz devra être utilisé. Les appareils filtrants ne doivent jamais être utilisés dans une ambiance pauvre en oxygène. Dans ce cas, il convient de recourir à des appareils isolants.

Bien choisir un APR, quelques règles simples

Les APR sont à l’origine de gêne ou d’inconfort lorsqu’ils doivent être portés pendant de longues périodes : poids, chaleur, gêne visuelle… Afin de faciliter le port et l’acceptation de l’APR, et d’améliorer ainsi son efficacité réelle, après avoir choisi un APR adapté à la nature du risque, il est important de ne pas négliger les points suivants :

  1. tenir compte des caractéristiques du salarié (morphologie notamment) et des tâches à réaliser (pénibilité, durée…) ;
  2. adapter le poste de travail au port de l’APR par le salarié ;
  3. adapter les rythmes de travail pour prendre en compte les contraintes générées par le port d’APR ;
  4. former les utilisateurs au port de l’APR et à son ajustement correct.

Attention, sauf exception, les masques médicaux ou masques chirurgicaux ne sont pas des APR. Portés par les personnels de santé, ils sont destinés à la protection des patients. Portés par les malades, ils sont destinés à éviter les projections de gouttelettes contaminées vers leur entourage et leur environnement. En aucun cas, ils ne protègent celui qui le porte contre un risque par inhalation d’aérosols.

Un APR peut être identifié comme tel grâce au marquage réglementaire qui doit comporter les indications suivantes :

  • identification du fabricant ;
  • marquage CE , suivi du numéro de l’organisme habilité assurant le contrôle de la production ;
  • numéro et année de la norme correspondant au type d’APR (EN 149 : 2001 dans le cas des masques filtrants jetables contre les particules) ;
  • classe d’efficacité (P1, P2 ou P3 pour les filtres antiparticules, FFP1, FFP2, FFP3 pour les masques filtrants jetables contre les particules).

Isabelle Balty, INRS département Expertise et Conseil Technique, Pôle risques biologiques

 Pour en savoir plus :

  • ED 98 – Les appareils de protection respiratoire. Fiche pratique de sécurité, Guimon M. Edition INRS, Paris (2002), 4 pages.
  • Masque jetable. Comment bien l’ajuster ?
  • ED 105 – Appareils de protection respiratoire et métiers de la santé. Fiche pratique de sécurité,  Balty I., Edition INRS, Paris (2003), 4 pages.

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Attention à la contamination des fluides de coupe aqueux

Les fluides de coupe (FDC) aqueux sont des liquides, à base d’huile et d’eau, appliqués par arrosage pour refroidir et lubrifier la partie active des outils de machines usinant les métaux, ainsi que faciliter l’évacuation des matériaux enlevés.

Quel type de contamination ?
La flore des FDC est très variée et peut atteindre des concentrations très élevées (de l’ordre de 10.000.000.000 UFC/mL). Des champignons microscopiques peuvent se développer dans les FDC, avec principalement des moisissures du genre Fusarium, mais aussi des levures du genre Candida. Cependant, d’après le NIOSH (National Institute for Occupational Safety and Health, USA), il n’a été relevé à ce jour aucune maladie liée à la présence des moisissures dans les FDC. Les bactéries sont les principaux contaminants des FDC. La plupart des études révèlent une colonisation initiale des FDC par des bactéries du genre Pseudomonas. Ces bacilles peuvent dégrader les biocides et ouvrir ainsi la voie à la colonisation du fluide par d’autres micro-organismes. Selon une étude de l’IRSST (Institut de Recherche Robert-Sauvé en Santé et en Sécurité du Travail, Canada), aucune pathologie liée aux Pseudomonas n’a été notée chez les utilisateurs de FDC aqueux. Certains genres de salmonelles, staphylocoques et légionelles sont également isolés des FDC, mais la plupart sont non pathogènes ou opportunistes (pathogènes pour les personnes aux défenses immunitaires affaiblies). Plusieurs études indiquent que les pathologies liées aux contaminants microbiens des fluides sont principalement respiratoires, de type pneumopathie d’hypersensibilité. Cette pathologie semblerait essentiellement liée à l’exposition des travailleurs aux aérosols contenant des mycobactéries et des endotoxines, générés par les machines.

Les mesures préventives
Les mesures de prévention des risques d’exposition aux bioaérosols consistent à appliquer les principes généraux tels que :1) éviter les risques, en adoptant, si possible, l’usinage à sec ;2) combattre les risques à la source, en agissant sur le réservoir de micro-organismes que constitue le FDC :
  • adopter, si possible, la microlubrification (technique d’usinage utilisant une quantité minimale de lubrifiant) ;
  • nettoyer et désinfecter les circuits et les machines avant l’introduction d’un nouveau FDC ;
  • préparer les mélanges dans des récipients propres ;
  • utiliser les FDC à la concentration indiquée par le fabricant (qui a optimisé la formule pour résister aux micro-organismes) ;
  • compléter les FDC avec une eau déminéralisée limitant ainsi le développement bactérien et la corrosion ;
  • éliminer les débris métalliques et l’huile étrangère pouvant servir de nourriture aux micro-organismes ;
  • ajouter des biocides aux concentrations indiquées par le fabricant et en changeant régulièrement de principe actif pour éviter l’apparition de germes résistants.
3) prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle :
  • limiter les émissions notamment par captage à la source ;
  • capoter les machines lorsque les caractéristiques de ces machines le permettent. Des mesures montrent que la concentration d’endotoxines dans l’air est plus faible près des machines capotées (16 UE/m³) que dans l’environnement des machines ouvertes (160 UE/m³) ;
  • réduire les débits d’arrosage souvent trop importants ;
  • suivre la teneur en micro-organismes dans les FDC en :
  1. observant le fluide : les FDC aqueux neufs ne dégagent pas d’odeurs désagréables et présentent un aspect clair (fluides synthétiques) à laiteux (émulsions) ;
  2. surveillant le pH : une diminution du pH peut être révélatrice, entre autres, d’un développement de micro-organismes ;
  3. quantifiant les micro-organismes par l’usage de kits rapides ou par des techniques de laboratoire.
Il n’existe, en France et à l’étranger, aucune valeur limite d’exposition professionnelle réglementaire des opérateurs aux bactéries ou aux champignons. Le CETIM (Centre technique des industries mécaniques) propose une concentration bactérienne maximale dans les FDC de 1.000.000 à 10.000.000 UFC/mL. Toutefois cette valeur concerne le nombre de micro-organismes tolérables avant une trop grande dégradation du fluide mais ne concerne pas les risques pour les opérateurs.Etant donné la variété des micro-organismes dans les FDC, il est impossible de les identifier à tout moment. L’identification s’envisage essentiellement en cas de problème de santé chez les salariés. De même, la métrologie des bioaérosols ne s’envisage que de façon exceptionnelle, en utilisant toujours les mêmes procédures et les mêmes appareils.4) Pour limiter les risques de transmission des germes par ingestion (en portant les mains ou des objets souillés à la bouche) ou par contact avec les muqueuses et la peau, des mesures très simples de prévention individuelle doivent être suivies :
  • se laver les mains avant de manger, boire ou fumer ;
  • porter des protections cutanées (vêtements de travail couvrant les bras, gants).
La prévention des risques biologiques passe par des mesures de conception et d’organisation du poste de travail, aussi bien que par la maîtrise de la flore contaminant les fluides. Le contrôle de cette flore (quantité et variété), peut se faire par l’usage raisonné de biocides, tout en comptant sur l’autorégulation naturelle des micro-organismes présents dans le fluide de coupe.Christine David, INRS département Expertise et Conseil Technique, Pôle risques biologiques Notes[1] UFC : unité formant colonie[2] UE : unité d’endotoxines
Pour en savoir plus :
  • ND 2290, Contamination des fluides de coupe aqueux et prévention des risques biologiques, DAVID C., HST (2008), n°211, pp. 31-43.
 

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Glossaire des risques biologiques

ActinomycètesBactéries du sol formant des filaments ramifiés et jouant un rôle important dans la formation de l’humus.AllergieRéaction d’hypersensibilité d’un organisme exposé à un élément étranger (poils, pollens…), un produit chimique ou un agent biologique (en particulier des moisissures). L’allergie se traduit par des manifestations diverses (conjonctivite, rhinite, sinusite, asthme…).EndotoxinesConstituants chimiques de la paroi des bactéries Gram-négatif. Les endotoxines sont libérées lors de la mort de ces bactéries et lors de leur multiplication. Leur mécanisme d’action chez l’homme est complexe : elles agissent sur le système immunitaire et les mécanismes de l’inflammation.Gram + et Gram –Une coloration inventée par Monsieur Gram en 1884 permet de différencier les bactéries : certaines apparaissent en violet (elles sont dites Gram-positif), d’autres en rose (Gram-négatif).MycotoxineSubstance toxique secrétée par certaines moisissures. Certaines, comme les aflatoxines, sont classées cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer. D’autres ont des effets sur la régulation hormonale et/ou les défenses immunitaires.PathogèneQui peut provoquer une maladie.Pneumopathie d’hypersensibilité ou alvéolite allergique extrinsèqueInflammation des alvéoles pulmonaires avec difficultés respiratoires due à une réaction d’hypersensibilité (voir allergie).Syndrome toxique des poussières organiques ou ODTSRéaction pulmonaire inflammatoire avec fièvre passagère accompagnée de courbatures ressemblant à un début d’état grippal et faisant suite à une exposition à des poussières organiques.UEunité d’endotoxines.UFCUnité formant colonie. Une UFC (unité de compte internationale) correspond à une ou plusieurs cellules microbiennes capable(s) de se multiplier pour donner naissance à une seule colonie visible à l’œil nu. 
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L’intégration des énergies renouvelables : le débat est aussi économique

La recherche d’une plus grande indépendance énergétique et une politique climatique volontariste ont conduit l’Europe à définir des objectifs ambitieux pour la production d’énergie renouvelable (Directive 2001/77 pour la promotion de l’électricité d’origine renouvelable et « Paquet Energie-Climat »). La part des sources renouvelables dans la production d’électricité devrait ainsi passer de 14 % en 1997 à 21% en 2010, puis approcher 35 % en 2020. Différentes sources pourraient contribuer à la réalisation de ces objectifs, dont la biomasse, l’éolien, la micro-hydraulique et, dans une moindre mesure, le solaire photovoltaïque, sources qui sont par nature décentralisées et/ou intermittentes. Ce développement massif, qui intervient dans un contexte de libéralisation des industries énergétiques, nécessite de ce fait une réflexion coordonnée de la part des ingénieurs et des économistes sur les conditions d’insertion de la production distribuée dans le système électrique.

D’une problématique d’ingénieur à l’analyse économique
Fondamentalement, l’insertion massive des énergies renouvelables (EnR) pose des problèmes d’ordre technique qui concernent en premier lieu les gestionnaires de réseaux. La première question, que posent l’éolien aujourd’hui et le photovoltaïque demain, est celle de la localisation. Elle conduit à un afflux de puissance sur des réseaux qui n’étaient pas organisés et dimensionnés pour la recevoir, faisant émerger des besoins de renforcement ou de transformation de ces réseaux. La seconde question relève de la gestion des moyens de production intermittents dans le système électrique. Pour des taux de pénétration relativement faibles, inférieurs à 10 %, l’impact de la production intermittente reste limité et peut être pris en charge par le système électrique. En revanche lorsque leur proportion augmente, des moyens de production complémentaires doivent être mobilisés pour compenser d’éventuels déséquilibres ou défauts de capacité. La communauté des ingénieurs est depuis de nombreuses années mobilisée sur ces problématiques de l’insertion des énergies décentralisées et intermittentes (cf par exemple les travaux effectués par le G2ELab ou IDEA). L’apparition des économistes dans ce champ de recherche est plus récente. Tant que la contribution de ces énergies était modeste, la question des coûts est restée secondaire. Avec la fixation d’objectifs de production de plus en plus ambitieux, et les perspectives d’augmentation des coûts des politiques de soutien, de renforcement des réseaux ou d’équilibrage, la vision économique a pris de l’importance. Et ce, d’autant plus qu’elle intervient dans un contexte de libéralisation des marchés de l’électricité qui incite à distinguer les coûts pour mieux les affecter à chaque acteur en fonction des charges qu’il impose à l’ensemble du système.

Comment compenser le manque de compétitivité des EnR ?
Dans un premier temps, les économistes se sont intéressés à la question de l’efficacité des dispositifs économiques de soutien destinés à pallier au manque de compétitivité de l’électricité d’origine renouvelable. Deux grandes familles d’instruments sont classiquement mobilisées pour stimuler ce développement : les instruments « prix » et les instruments « quantités ». Les premiers associant obligation d’achat et prix garantis (utilisés notamment en Allemagne ou en France) sont généralement considérés comme étant les plus efficaces. Les seconds s’appuient sur des objectifs quantitatifs (les quotas) et des mécanismes de flexibilité (les certificats verts ou garanties d’origine). Ils retiennent de plus en plus l’attention parce qu’ils présentent en théorie une meilleure efficience économique et parce qu’ils favorisent l’intégration dans le marché électrique. Cette problématique de l’intégration a ainsi conduit à développer des dispositifs mixtes qui préservent l’efficacité des prix garantis tout en incitant les producteurs à mieux s’intégrer au marché de l’électricité. C’est le cas notamment du système espagnol de « premium » qui pousse les producteurs d’EnR à vendre leur électricité sur le marché aux conditions économiques du marché tout en leur allouant une rémunération complémentaire correspondant au caractère « vert » de leur production.

Quel partage des coûts ?
Outre l’efficacité des instruments d’incitation, les économistes examinent la question du partage des coûts d’insertion de la production distribuée sur les réseaux électriques. Concrètement, il s’agit de savoir s’il faut que l’ensemble des utilisateurs du réseau prenne en charge collectivement les coûts associés à cette insertion, avec l’avantage de favoriser son développement, ou bien s’il faut imputer aux producteurs distribués une partie significative des charges qu’ils génèrent pour mieux les inciter à s’implanter dans certaines zones par un signal tarifaire adapté.

Comment gérer l’équilibre offre / demande ?
L’équilibre offre/demande instantané est lui aussi rendu plus complexe avec le développement de moyens de production intermittents. L’amélioration des modèles de prévision météorologique est une des options techniques qui permet de réduire les écarts entre prévisions et productions réelles. Mais d’autres options, non techniques sont explorées telles que la modification des modalités de fonctionnement des marchés. Il s’agit notamment d’autoriser des délais plus courts entre les annonces et les injections effectives (pour améliorer la fiabilité des prévisions) ou d’accroître la tolérance sur les déséquilibres qui donnent lieu à des pénalités économiques. La gestion collective des déséquilibres constitue également une option. Les opérateurs ne paient alors que pour les déséquilibres résiduels, à charge pour le gestionnaire du réseau de transport de répartir le montant des pénalités entre tous les opérateurs dont les positions ont connu des écarts significatifs. Les solutions pour une meilleure intégration de la production intermittente et distribuée ne se trouvent pas uniquement dans les modalités de fonctionnement des marchés. Les producteurs d’EnR négocient aussi de nouveaux types de contrats avec des producteurs d’énergies conventionnelles ou hydrauliques pour pallier les périodes de sous-production. Certains ont mis en application le concept de « centrale virtuelle » qui consiste à agréger des offres ayant des profils de charge différents. La mutualisation des moyens de production s’applique alors à une même source (parcs éoliens bénéficiant de ressources distinctes), ou à plusieurs sources d’énergie ayant des profils complémentaires (solaire et éolien, par exemple ou éolien et moyens de production thermiques) avec l’objectif de lisser la courbe de charge et limiter le risque de non fourniture.

Quel impact sur le prix de l’électricité ?
Enfin, les économistes s’intéressent bien entendu à la question de l’impact que ces coûts d’intégration (instruments d’incitation, renforcement réseau, gestion des déséquilibres …) peuvent avoir sur le prix de l’électricité. Compte tenu de son coût marginal quasi nul, la production d’EnR est parmi les premières appelées au merit order pour la satisfaction des besoins de consommation. En se substituant à des unités de production plus coûteuses, elle devrait donc agir à la baisse sur les prix. En pratique, l’intégration des EnR produit un impact plus nuancé qui tient :
  • à la modulation de la répercussion du coût des politiques de soutien aux prix de vente ;
  • aux besoins de capacités de réserves supplémentaires et au recours plus important au marché d’équilibrage induit par le manque de prévisibilité de la production.
Si à l’origine la problématique de l’intégration des EnR était clairement positionnée sur des thématiques d’ingénieur, on voit qu’il n’est aujourd’hui plus possible de traiter cette question dans une perspective strictement disciplinaire. Pour répondre au défi que représente la forte augmentation attendue de la contribution des sources d’énergie intermittentes et distribuées, d’autres disciplines doivent être mises à contribution parmi lesquelles l’analyse économique ainsi que nous avons essayé de l’illustrer, mais certainement aussi la sociologie ou la science politique dans la perspective d’une intégration plus harmonieuse de ces nouvelles sources d’énergie. G2ELab : Laboratoire de Génie Electrique de GrenobleIDEA : « Inventer la Distribution Electrique de l’Avenir », groupement d’intérêt économique entre EDF, Schneider Electric et l’INP de GrenobleLEPII : Laboratoire d’Economie de la Production et de l’Intégration InternationalePhilippe Menanteau, LEPII, CNRS, université de Grenoble et Cédric Clastres, G2ELab, Grenoble INP, LEPII.

Concevoir et déployer une démarche « signaux faibles » : l’exemple d’un site nucléaire

Les auteurs de l’article ci-dessous ont reçu le prix ‘’Lambda Mu d’or Méthode et Industrie’’ pour la meilleure ‘’communication conférence’’ lors du seizième congrès de maîtrise des risques et de sûreté de fonctionnement qui s’est tenu au Palais des Papes d’Avignon en octobre 2008. Le lecteur pourra retrouver l’intégralité de la communication dans le recueil des actes du congrès publié par l’IMdR ainsi que dans le CD-ROM du congrès qui contiennent chacun d’autres articles relatifs à la même thématique.Commandité par la Direction du site et piloté par le responsable du Retour d’Expérience (REX) et l’antenne Facteur Humain (FH) de la Mission Sûreté Qualité (MSQ), ce projet a été conduit de manière participative en étant soutenu par un réseau de correspondants FH dans les services et les équipes de travail. Trois jalons ont rythmé la conduite de ce projet. Dans un premier temps, à partir d’un diagnostic de l’existant sur le site et de l’enseignement des accidents industriels dont nous avons connaissance, il s’agissait de construire collectivement et de partager sur le site le sens de la démarche « Signaux Faibles ». Un accord sur la définition des signaux faibles a ainsi été trouvé. Par « Signaux Faibles », nous entendons « un ensemble d’éléments, de faits, d’anomalies, de dysfonctionnements, de petits écarts, qui individuellement n’ont pas forcément d’impact sur les performances (sûreté, sécurité…), mais dont les récurrences, les accumulations, les agencements, peuvent conduire à des évènements plus graves ». Ensuite, de manière itérative avec les utilisateurs, nous avons conçu un outil répondant à la finalité identifiée (voir figure 1).

 La finalité  Comment ?
  • Identifier les problématiques « signaux faibles » à partir d’un ensemble de faits
  • Collecter des faits
  • Caractériser des situations de travail
  • Classer – traiter statistiquement
  • Analyser (objectiver, croiser) et partager collectivement
  • Hiérarchiser, décider d’actions
  • Mémoriser
Figure 1 : Fonctions de l’outil pour répondre à la démarche Signaux FaiblesPuis est venue l’étape des premières utilisations comme test du dispositif « Signaux Faibles ». Nous avons toujours considéré comme indissociable le système de détection et de collecte du système d’analyse et de traitement des données. Les premières utilisations du dispositif mis en place ont donc associé la phase de détection et la phase d’analyse des dysfonctionnements mémorisés.

Les facteurs de réussite du projet « Signaux Faibles »
Le dispositif mis en place lie à la fois des aspects technique (utilisation d’un outil), organisationnel (l’organisation définie pour mettre en œuvre la démarche « Signaux Faibles ») et managérial (l’animation du dispositif). La réussite du déploiement de ce dispositif repose selon nous sur quatre points principaux :
  • la nature de la collecte des données (caractérisation FH),
  • la possibilité qu’offre le dispositif mis en place de réaliser des analyses globales,
  • l’accompagnement du déploiement de la démarche dans les services et équipes,
  • l’apport de la démarche au management de la sûreté.
Une grille qui a été suivie point à point dans le cas du centre nucléaire de production d’électricité du Triscastin. En voici les principales étapes et enseignements.

La caractérisation factuelle de la situation de travail
Lors de la phase de diagnostic initial, les décideurs ont exprimé le besoin de disposer grâce à la démarche « Signaux Faibles » d’une compréhension affinée des dysfonctionnements. Pour répondre à cette attente, nous avons développé une caractérisation FH et organisationnelle ancrée sur les situations de travail. L’analyse globale de ces données a enrichi la compréhension que le site avait des dysfonctionnements.Par caractérisation FH, nous entendons la mémorisation d’éléments qui rendent compte de la situation de travail vécue par les personnes engagées dans l’histoire du dysfonctionnement. Une situation de travail se caractérise par l’existence d’un lien entre un système technique, physique et documentaire, une organisation du travail et des hommes évoluant dans des équipes de travail. Ainsi, pour un dysfonctionnement donné, la caractérisation FH consiste à recueillir à la fois des informations techniques, organisationnelles et relatives aux hommes et équipes : système technique concerné, environnement de travail au moment où le dysfonctionnement s’est produit (facteurs physiques, contexte d’activité, gestion du temps, gestion de l’équipe…) et des informations relatives aux acteurs (métier, fonction, expérience dans le poste). Ce sont ces données ainsi caractérisées qui vont alimenter l’analyse globale.D’autre part, l’approche proposée permet de faire remonter des problèmes indépendamment d’un questionnement relatif au respect ou non d’un référentiel de production. Pour une démarche de retour d’expérience, c’est assez nouveau. Parce qu’il est professionnel, l’intervenant choisit de faire remonter des données relatives à ce que lui trouve être un dysfonctionnement dans la situation d’intervention qu’il vit. Pour illustrer ce point, prenons l’exemple d’un lignage.Un agent de terrain choisit de mémoriser un problème pour d’autres raisons que la non atteinte d’un seuil physique lors de la réalisation de l’activité. Bien que le résultat du lignage soit conforme à l’attendu, l’agent de terrain va faire un retour d’expérience car il a été confronté à plusieurs désordres organisationnels : une succession d’interruptions et de reprises de l’activité, des consignes contradictoires provenant de donneurs d’ordre différents, un accès au matériel difficile… La démarche mise en place a l’avantage d’élargir le spectre du recueil d’informations ; ce qui est un atout pour accroître la vigilance organisationnelle au sein d’une industrie à risque.

Un dispositif permettant la réalisation d’analyses globales
De fait, la démarche « Signaux Faibles » vient enrichir l’analyse de bon nombre de dysfonctionnements grâce à l’introduction de données FH. Mais en même temps qu’elle augmente le nombre de dysfonctionnements mis en mémoire, elle permet également d’élargir le périmètre des analyses globales produites. Car grâce à la caractérisation FH, commune et ciblée (menus déroulants guidant le choix des items), la réalisation d’analyses globales est possible. En effet, supportée par un outil de comptage de données, la recherche de récurrences et de tendances que permet l’analyse globale n’est envisageable qu’à partir du moment où l’on dispose d’un nombre suffisant de données homogènes. Or c’est précisément ce que permet le dispositif mis en place.

L’accompagnement du déploiement de la démarche dans les services et équipes
L’accompagnement du déploiement de la démarche « Signaux Faibles » dans les services et équipes est un facteur de succès. Dans les services et équipes de conduite, les correspondants du réseau FH sont devenus des relais du déploiement de la démarche. Leur rôle a été multiple : accompagnement de la collecte auprès des techniciens et des managers, participation à la phase d’analyse des données… Ajoutons que le partage entre le relais FH du service ou de l’équipe et l’intervenant au sujet des situations de travail est précieux en terme de retour d’expérience et de culture de sûreté.

Les apports de la démarche « Signaux Faibles » au management de la sûreté
L’intégration de la démarche « Signaux Faibles » dans le système de management de la sûreté est sans conteste un élément positif. Les diagnostics qui sont réalisés pour une activité opérationnelle à enjeu de sûreté ou un domaine donné (Sûreté …) intègrent plusieurs sources de retour d’expérience (analyses d’évènements, analyses Signaux Faibles, résultats d’audits, indicateurs …). En produisant une vision globale, organisée et cohérente du REX, cette intégration permet d’améliorer la pertinence des diagnostics et de construire ainsi une compréhension affinée des problématiques à travailler. De plus, en tant qu’éléments de diagnostic des activités pilotées, les analyses « Signaux Faibles » orientent le manager responsable de l’activité / domaine quant au traitement des problématiques mises en lumière.Figure 2 : Principe d’élaboration collective du diagnostic du domaine SûretéD’autre part, l’intérêt que le management des services et du site a porté au mode de fonctionnement collectif mis en place pour animer la démarche « Signaux Faibles » est un atout. Dans le cadre du management de la sûreté, nous avons défini un lieu de pilotage intermédiaire entre les métiers et la direction (comité sûreté transverse). Cette instance permet un croisement entre les différentes analyses produites par les appuis fonctionnels du site (appuis sûreté, consultants FH…) et les points de vue des managers et appuis opérationnels de service. Cet espace-temps d’échange, de partage et de confrontation de points de vue, est le socle de l’élaboration collective du diagnostic périodique du domaine sûreté. Hors temps réel, cette instance permet une délibération sur les questions de sûreté à l’issue de laquelle les responsables statuent sur les problématiques à travailler. Ce dispositif d’échange permet à chacun de prendre du recul et il alimente la culture de sûreté. Enfin, il a l’avantage de bâtir un équilibre entre les ingénieries du site (Sûreté, FH, REX) et le management : les appuis apportent une connaissance argumentée et transverse des problèmes et participent aux échanges qui conduiront aux arbitrages du management.

Que retenir ?
Quelles sont, pour finir, les principaux points sur lesquels se positionner dans la perspective de la mise en œuvre d’un dispositif « Signaux Faibles » dans une entité industrielle ?
  • Bien sûr, il n’y a pas de transposition à l’identique possible. Chaque démarche est à intégrer dans les organisations de chaque entité en identifiant l’originalité que le dispositif peut apporter dans un système plus global de veille et en construisant le projet avec les acteurs concernés.
  • En terme de méthode, au delà de la nature des données recueillies, il nous semble important de s’interroger sur le type de caractérisation des données à utiliser. Cette caractérisation oriente la vision du réel : quel éclairage de la réalité est le plus pertinent dans le dispositif de veille considéré ?
  • Concernant l’animation et le management du dispositif, il est utile d’interroger la manière dont cette démarche peut s’intégrer dans les dispositifs de pilotage des performances du site. Il est tout autant nécessaire d’envisager une animation de la collecte, de l’analyse et du traitement des données aux différents niveaux de management : équipe de travail, services, site.
Violaine Bringaud (EDF/R&D) et Pascal Verges (EDF/CNPE du Tricastin), membres du réseau IMdR

Suivi réglementaire du 16 décembre 2008 au 31 janvier 2009

Installations classées

Circulaire du 20 janvier 2009 relatif aux thèmes d’actions nationales de l’inspection des installations classées et de la sécurité industrielle pour l’année 2009 (non publiée)Circulaire n° 09-009 du 22 janvier 2009 relative à la fiscalité de l’énergie (TGAP, TICGN, TICC) (BO des douanes n° 6794 du 29 janvier 2009)Arrêté du 13 janvier 2009 modifiant l’arrêté du 23 décembre 2008 relatif aux prescriptions générales applicables aux entrepôts couverts relevant du régime de la déclaration au titre de la rubrique n° 1510 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement (JO n° 20 du 24 janvier 2009)Arrêté du 8 janvier 2009 modifiant l’arrêté du 5 novembre 2008 portant agrément d’un organisme pour effectuer le contrôle périodique de certaines catégories d’installations classées soumises à déclaration (SOCOMAX) (JO n° 18 du 22 janvier 2009)Décret n° 2009-45 du 13 janvier 2009 relatif à l’étiquetage des organismes génétiquement modifiés mis à disposition de tiers à l’occasion d’une utilisation confinée et modifiant le code de l’environnement (partie réglementaire) (JO n°12 du 15 janvier 2009)Décision n° 2009/10/CE de la Commission du 2 décembre 2008 établissant un formulaire relatif aux accidents majeurs conformément à la directive 96/82/CE du Conseil concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses (JOUE n° L 6 du 10 janvier 2009)Arrêté du 23 décembre 2008 relatif aux prescriptions générales applicables aux entrepôts couverts relevant du régime de la déclaration au titre de la rubrique n° 1510 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement (JO n°303 du 30 décembre 2008)Arrêté du 19 décembre 2008 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées soumises à déclaration sous la rubrique n° 1434 (Installation de remplissage ou de distribution de liquides inflammables) (JO n° 303 du 30 décembre 2008)Loi n° 2008-1425 du 27 décembre 2008 de finances pour 2009 (JO n°302 du 28 décembre 2008)Arrêté du 22 décembre 2008 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées soumises à déclaration sous la rubrique n° 1432 (stockage en réservoirs manufacturés de liquides inflammables) (JO n° 302 du 28 décembre 2008)Arrêté du 19 décembre 2008 fixant les règles générales et prescriptions techniques applicables aux stations-service soumises à autorisation sous la rubrique n° 1434 (Installation de remplissage ou de distribution de liquides inflammables) (JO n° 301 du 27 décembre 2008)Arrêté du 16 décembre 2008 modifiant l’arrêté du 5 août 2002 relatif à la prévention des sinistres dans les entrepôts couverts soumis à autorisation sous la rubrique 1510 (JO n° 300 du 26 décembre 2008)Arrêté du 18 décembre 2008 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées soumises à déclaration sous la rubrique n° 1330 (Stockage de nitrate d’ammonium) (JO n° 298 du 23 décembre 2008)Arrêté du 17 décembre 2008 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées soumises à déclaration sous la rubrique n° 1138 (Emploi ou stockage du chlore) (JO n° 298 du 23 décembre 2008)Arrêté du 11 décembre 2008 portant agrément d’un organisme pour effectuer le contrôle périodique de certaines catégories d’installations classées soumises à déclaration (JO n° 298 du 23 décembre 2008)

Déchets

Loi n° 2008-1443 du 30 décembre 2008 de finances rectificative pour 2008 (JO n°304 du 31 décembre 2008)Décret n° 2008-1380 du 19 décembre 2008 relatif aux procédures applicables aux transferts transfrontaliers de déchets radioactifs et de combustible nucléaire usé (JO n° 299 du 24 décembre 2008)

Eau

Arrêté du 17 décembre 2008 établissant les critères d’évaluation et les modalités de détermination de l’état des eaux souterraines et des tendances significatives et durables de dégradation de l’état chimique des eaux souterraines (JO n°5 du 7 janvier 2009)Arrêté du 23 décembre 2008 définissant les éléments de la lettre d’intention prévue à l’article 2-2 du décret n° 94-894 du 13 octobre 1994 modifié relatif à la concession et à la déclaration d’utilité publique des ouvrages utilisant l’énergie hydraulique (JO n° 3 du 4 janvier 2009)Arrêté du 23 décembre 2008 définissant le dossier de demande de concession prévu à l’article 3 du décret n° 94-894 du 13 octobre 1994 modifié relatif à la concession et à la déclaration d’utilité publique des ouvrages utilisant l’énergie hydraulique (JO n° 2 du 3 janvier 2009)Arrêté du 23 décembre 2008 définissant les modalités de réalisation et de remise du dossier de fin de concession prévu à l’article 29 du décret n° 94-894 du 13 octobre 1994 modifié relatif à la concession et à la déclaration d’utilité publique des ouvrages utilisant l’énergie hydraulique (JO n° 2 du 3 janvier 2009)Arrêté du 19 décembre 2008 modifiant l’arrêté du 21 décembre 2007 relatif aux modalités d’établissement des redevances pour pollution de l’eau et pour modernisation des réseaux de collecte (JO n° 302 du 28 décembre 2008)Arrêté du 17 décembre 2008 relatif au contrôle des installations privatives de distribution d’eau potable, des ouvrages de prélèvement, puits et forages et des ouvrages de récupération des eaux de pluie (JO n° 300 du 26 décembre 2008)Arrêté du 17 décembre 2008 fixant les éléments à fournir dans le cadre de la déclaration en mairie de tout prélèvement, puits ou forage réalisés à des fins d’usage domestique de l’eau (JO n° 300 du 26 décembre 2008)Directive 2008/105/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 établissant des normes de qualité environnementale dans le domaine de l’eau, modifiant et abrogeant les directives du Conseil 82/176/CEE, 83/513/CEE, 84/156/CEE, 84/491/CEE, 86/280/CEE et modifiant la directive 2000/60/CE (JOUE n° L 348 du 24 décembre 2008)

Substances dangereuses

Arrêté du 16 janvier 2009 modifiant l’arrêté du 20 avril 1994 relatif à la déclaration, la classification, l’emballage et l’étiquetage des substances dangereuses (JO n° 18 du 22 janvier 2009)Directive n° 2009/2/CE de la Commission du 15 janvier 2009 portant trente et unième adaptation au progrès technique de la directive 67/548/CEE du Conseil concernant le rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives relatives à la classification, l’emballage et l’étiquetage des substances dangereuses (JOUE n° L 11 du 16 janvier 2009)Règlement (CE) no 1272/2008 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges, modifiant et abrogeant les directives 67/548/CEE et 1999/45/CE et modifiant le règlement (CE) no 1907/2006 (JOUE n° L 353 du 31 décembre 2008)Règlement (CE) no 1336/2008 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 modifiant le règlement (CE) no 648/2004 afin de l’adapter au règlement (CE) no 1272/2008 relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges (JOUE n° L 354 du 31 décembre 2008)Décision no 1348/2008/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 modifiant la directive 76/769/CEE du Conseil relative à la limitation de la mise sur le marché et de l’emploi de 2-(2-méthoxyéthoxy)éthanol, 2-(2-butoxyéthoxy)éthanol, diisocyanate de méthylènediphényle, cyclohexane et nitrate d’ammonium (JOUE n° L 348 du 24 décembre 2008)Directive 2008/112/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 modifiant les directives 76/768/CEE, 88/378/CEE et 1999/13/CE du Conseil ainsi que les directives 2000/53/CE, 2002/96/CE et 2004/42/CE du Parlement européen et du Conseil afin de les adapter au règlement (CE) no 1272/2008 relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges (JOUE n° L 345 du 23 décembre 2008)

Produits chimiques et biocides

Directive n° 2008/127/CE de la Commission du 18 décembre 2008 modifiant la directive 91/414/CEE du Conseil en vue d’y inscrire plusieurs substances active (JOUE n° L 344 du 20 décembre 2008)Directive n° 2008/125/CE de la Commission du 19 décembre 2008 modifiant la directive 91/414/CEE en vue de l’inclusion du phosphure d’aluminium, du phosphure de calcium, du phosphure de magnésium, du cymoxanil, du dodémorphe, de l’ester méthylique de l’acide 2,5-dichlorobenzoïque, de la métamitrone, de la sulcotrione, du tébuconazole et du triadiménol en tant que substances actives (JOUE n° L 344 du 20 décembre 2008)Directive n° 2008/116/CE de la Commission du 15 décembre 2008 modifiant la directive 91/414/CEE du Conseil, en vue d’y inscrire les substances actives aclonifène, imidacloprid et métazachlore (JOUE n° L 337 du 16 décembre 2008)

Transport de matières dangereuses

Arrêté du 9 décembre 2008 modifiant l’arrêté du 1er juin 2001 modifié relatif au transport de marchandises dangereuses par route (dit  » arrêté ADR ») (JO n° 297 du 21 décembre 2008)Arrêté du 9 décembre 2008 modifiant l’arrêté du 5 juin 2001 modifié relatif au transport des marchandises dangereuses par chemin de fer (dit  » arrêté RID « ) (JO n° 298 du 23 décembre 2008)Arrêté du 9 décembre 2008 portant modification de l’arrêté du 5 décembre 2002 relatif au transport des marchandises dangereuses par voies de navigation intérieure (dit  » arrêté ADNR « ) (JO n° 297 du 21 décembre 2008)

Air

Arrêté du 29 décembre 2008 portant agrément d’une association de surveillance de la qualité de l’air au titre du code de l’environnement (livre II, titre II) (JO n°304 du 31 décembre 2008) Arrêté du 23 décembre 2008 portant agrément d’une association de surveillance de la qualité de l’air au titre du code de l’environnement (livre II, titre II) (JO n° 303 du 30 décembre 2008)Arrêté du 5 décembre 2008 portant agrément des laboratoires ou des organismes pour effectuer certains types de prélèvements et d’analyses à l’émission des substances dans l’atmosphère (JO n° 295 du 19 décembre 2008)

Risque industriel

Arrêté du 22 décembre 2008 modifiant l’arrêté du 13 juillet 2000 modifié portant règlement de sécurité de la distribution de gaz combustible par canalisations (JO n° 303 du 30 décembre 2008) Les textes relatifs aux thèmes  » Installations Classées  » et  » Environnement-santé  » sont consultables sur le site http://www.aida.ineris.frL’INERIS développe également un site « VIJI » dans lequel sont regroupés tous les textes nationaux et communautaires dans les domaines de l’hygiène, la sécurité et de l’environnement et assure une veille juridique et une mise à jour régulière de ces textes. Florence Oger, Juriste en environnement, hygiène et sécurité au sein de l’INERIS, responsable veille réglementaire et offres transversales (DRA)

Les atouts de la pile à combustible au méthanol liquide

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et d’accès difficile, le site Pigna Corbino, en Corse, subit de fréquentes interruptions d’alimentation électrique. Un problème pour SFR qui y a installé l’une de ses stations de base. La présence d’un système de secours électrique s’imposait, mais le lieu n’était pas approprié à l’installation d’un groupe électrogène et son emplacement éloigné rendait impraticable l’approvisionnement en hydrogène d’une éventuelle pile à combustible. L’opérateur de téléphonie mobile a été conduit à rechercher une solution alimentée en combustible liquide, à maintenance minimale, permettant de réduire l’impact environnemental. Son choix s’est porté sur une pile à combustible utilisant du méthanol liquide : pollution minimale, sans nuisance sonore et s’intégrant parfaitement au paysage.

La société Chloride a été chargée de fournir le système pile à combustible d’IdaTech (48VDC ElectraGen5 XTR) de type PEM (Proton Exchange Membrane). Ce dernier génère de l’hydrogène de haute qualité pour alimenter la pile à combustible en le produisant sur site, selon les besoins. Sa capacité lui permet d’assurer un fonctionnement de plusieurs jours à partir d’une source très compacte de carburant liquide, alors que les solutions traditionnelles ne sont utilisables que pour un nombre limité d’heures de fonctionnement. De plus, les fonctionnalités de télésurveillance du système permettent à SFR d’être averti de l’activation de la pile jusqu’au rétablissement du réseau électrique principal.