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Plastiques : les collectivités entre doutes et rentabilité

Posté le par Matthieu Combe dans Environnement

Le plastique est dans le collimateur des nouvelles politiques françaises et européennes. Au niveau des collectivités, des élus s’interrogent sur les récentes interdictions des plastiques. Le recyclage va-t-il bientôt être remis en cause ?

« Les élus sont préoccupés et inquiets », explique Sylviane Oberle, responsable prévention des pollutions à l’association des maires de France, à l’occasion d’un débat organisé avec le magazine Valeurs Vertes le 5 novembre dernier. Ces derniers mois, de nombreux débats concernent le plastique ainsi que ses impacts sanitaires et environnementaux, en France et en Europe. L’interdiction des plastiques dans les cantines scolaires a fait douter les élus. «  L’interdiction a été le résultat d’un débat parlementaire extrêmement bref, avec une absence d’arguments et de propositions sur les solutions de remplacement et les coûts », estime Sylviane Oberle. Si les migrations, la pollution et les risques de disséminer toutes sortes de pollution inquiètent les élus, ils sont rapidement rattrapés par les réalités économiques.

Protéger la rentabilité des centres de tri

Jean-Yves Menou, président du SMITRED (syndicat mixte pour le tri, le recyclage et l’élimination des déchets) Ouest Armor s’interroge sur le recyclage des plastiques. Sa peur est de voir les efforts des 20 dernières années anéantis, alors que le syndicat aurait atteint un taux de collecte sélective de 80 %, bien supérieur à la moyenne nationale. « Nous sommes allés très loin sur la collecte sélective en disant à nos concitoyens qu’il s’agissait là d’un geste vertueux, rappelle-t-il. Désormais, on nous dit en quelque sorte qu’il faut abandonner tout ce que l’on a fait hier, parce que le plastique devient dangereux ».

La bouteille en plastique sera certainement la prochaine à être remise en cause. Tout responsable de centre de tri et recycleur redoute ce moment. En effet, les bouteilles sont collectées à hauteur de 56 %, contre 25 % en moyenne pour les plastiques. Les procédés sont bien définis et participent à l’équilibre économique des centres de tri. Les collectivités craignent que les investissements consentis pour la modernisation des centres de tri soient difficilement rentabilisés si la consigne devait revenir au goût du jour, et avec de plus en plus d’interdictions à venir. Jean-Yves Menou appelle donc à la protection des centres de tri. « Il faut réduire les plastiques à usage unique autant que faire se peut, mais à chaque fois, il ne faut pas que l’on remette en cause nos outils, nos centres de tri, les gestes passés aux citoyens. »

Quelles sont les interdictions en question ?

Il y avait l’interdiction de la vaisselle plastique et des cotons-tiges en France d’ici 2020. La Commission européenne prévoit des mesures d’interdiction ou de restriction pour dix objets à usage unique supplémentaires d’ici 2022. En octobre 2018, la loi Egalim a élargi les interdictions à venir en France. Elle prévoit également l’interdiction, au 1er janvier 2020, des « pailles, couverts, piques à steak, couvercles à verre jetables, plateaux-repas, pots à glace, saladiers, boîtes et bâtonnets mélangeurs pour boissons » en plastique, sauf ceux compostables en compostage domestique, et constitués, pour tout ou partie, de matières biosourcées. Par ailleurs, les cantines scolaires ne devront plus utiliser des bouteilles d’eau plate en plastique d’ici au 1er janvier 2020. Des exceptions sont prévues pour les « territoires non desservis par un réseau d’eau potable ou lorsqu’une restriction de l’eau destinée à la consommation humaine pour les usages alimentaires est prononcée par le représentant de l’état dans le département. »

Plus largement, les services de restauration collective des établissements scolaires et universitaires ainsi que des établissements d’accueil des enfants de moins de six ans ne pourront plus utiliser de vaisselle en plastique ni des contenants alimentaires pour cuire ou réchauffer les aliments, au plus tard le 1er janvier 2025. Un sursis jusqu’en 2028 est accordé aux collectivités territoriales de moins de 2 000 habitants.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

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