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Décryptage

La Russie poursuit sa politique de contournement
 avec TurkStream

Posté le par Xavier Lula dans Énergie

Les présidents russes et turcs, Vladimir Poutine et Tayyip Erdogan, ont signé le 10 octobre l’accord de construction du gazoduc TurkStream qui doit relier la Russie à la partie européenne de la Turquie en passant sous la mer Noire. Ce faisant, le Kremlin fait un grand pas vers la mise en place d’un réseau parallèle à celui passant par l’Ukraine.

La signature de l’accord a eu lieu quelques heures après le début du World Energy Congress qui se tient actuellement à Istanbul. C’est également la première visite de Vladimir Poutine sur le sol turc depuis la crise diplomatique née entre les deux pays en novembre 2015 suite à la destruction d’un bombardier russe, en opération en Syrie, survolant le territoire turc.

Un projet gelé diplomatiquement

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Le tracé du Turkstream

Le projet TurkStream était déjà bien avancé en 2014 lors de la signature d’un Memorundum of Understanding entre Gazprom et Botas, les deux compagnies en charge du dossier. Mais l’attitude diamétralement opposée des présidents russes et turcs sur la crise syrienne ont nettement détérioré les relations diplomatiques, et de fait, gelé le projet dont l’appui politique est indispensable. Mais depuis un an, les deux parties ont multipliés les signes de réconciliation avec une première invitation de Tayyip Erdogan en Russie l’été dernier lors de laquelle il s’est excusé à demi-mots de l’incident survenu l’hiver précédant. Un message entendu par le Kremlin qui porte un intérêt géostratégique à TurkStream.

Objectif Europe

TurkStream serait concrètement équipé de deux tubes courant sur 660 km et d’une capacité de 15,75 milliards de m3 chacun, pour un coût évalué à 11 milliards d’euros. Le premier sera dédié exclusivement à la fourniture de la demande turque en forte croissance : en 2015, la Turquie a consommé 43,6 milliards de m³ de gaz naturel, en hausse de 62 % depuis 2005. Le deuxième en revanche devrait alimenter l’Europe grâce à une ou des extensions du gazoduc dans le sud-est de l’Europe. De nombreux pays tels que la Grèce, l’Albanie, la Macédoine sont intéressés par ce projet qui ferait d’eux des pays transitaires.

Plusieurs tracés sont possibles pour relier TurkStream au réseau européen. Le premier viserait le hub gazier de Baumgarten en Autriche en passant par la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Hongrie. Le deuxième passerait directement à l’Est pour alimenter la Bulgarie, la Roumanie et la Slovaquie. Enfin une troisième voie, sous la mer Adriatique, pour atteindre directement l’Italie depuis la Grèce. Interrogé à ce sujet en juin 2015, Alexeï Miller a sous-entendu que le premier tracé tiendrait la corde : « Concernant la route à travers la Serbie, la Hongrie et l’Autriche, cette section possible est dans un état de préparation élevé, avec toutes les approbations et autorisations nécessaires obtenues, puisque ce travail a été réalisé dans le cadre du projet (abandonné depuis) South Stream. Si les parties serbes et hongroises trouvent notre participation dans le projet possible et nécessaire, nous envisagerons certainement cette possibilité et peut-être prendrons-nous une décision positive », avait-il déclaré.

Contournement

Alimenter l’Europe par le sud-est répond à une problématique géopolitique pour la Russie : se défaire de la dépendance vis-à-vis du turbulent partenaire ukrainien. Les deux pays sont dans une énième querelle sur le tarif de transit. Selon Alexeï Miller, l’Ukraine souhaiterait voir le prix passé de 2,7 $/1 000 m3 à 5$. « Inacceptable », répond sèchement le patron de Gazprom. Le contrat ukrainien actuel court jusqu’en 2019 mais ceux liés avec d’autres pays vont bien au delà comme la Slovénie, qui dépend très largement du transit par l’Ukraine, et qui a signé un contrat de fourniture avec Gazprom jusqu’en 2028…

TurkStream s’intègre parfaitement dans la stratégie de contournement de l’Ukraine mise en place par le Kremlin. D’abord avec North Stream, inauguré en 2011, et qui relie directement la Russie à son premier client européen : l’Allemagne. Le blocage de son équivalent dans le sud (South Stream) par l’Union européenne n’y aura finalement rien changé puisque qu’une partie du tracé de TurkStream est identique. Ce nouveau gazoduc augmente les capacités d’exportation de la Russie vers le Vieux Continent sans passer par l’Ukraine, affaiblissant de fait son pouvoir de négociation et surtout ses rentrées fiscales. A n’en pas douter, l’empressement de Vladimir Poutine à renouer le dialogue avec Tayyip Erdogan répond à une logique d’opportunité, alors que les Etats-Unis, la France, et l’Allemagne entrent tous les trois dans une phase d’élections générales, généralement synonyme d’une certaine passivité internationale. C’est cette même logique qui avait permis au président russe d’envahir la Crimée et de l’annexer sous les yeux de l’Otan, alors en pleine préparation de frappes aériennes en Syrie.

Par Romain Chicheportiche

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Posté le par Xavier Lula


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