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Sea Bubble : les « bateaux volants » pour traverser Paris pourront-ils « voler » partout ?

Posté le par Xavier Lula dans Innovations sectorielles

Cinq « bateaux volants » seront testés au printemps prochain sur la Seine à la demande de la mairie de Paris. Fluctuat nec mergitur ?

Le concept est sexy et séduit. Et à juste titre car il s’agit du mode propulsion motorisé le plus efficace en milieu aquatique. Du moins quand la vitesse est suffisante pour le basculement du véhicule en mode « foil », c’est-à-dire qu’il puisse se dresser sur ses ailes et alors glisser au dessus de l’eau. Tant que le Sea Bubble (« bulle maritime ») est immergé il consomme autant d’énergie qu’un bateau classique. C’est-à-dire beaucoup plus, à vitesse égale, qu’un véhicule terrestre de gabarit équivalent.

Dans un article  intitulé «  Des voitures volantes pour traverser Paris en 15 minutes » RTL présente le navigateur Alain Thebault comme « leur inventeur ». Or à ce stade pas même un prototype n’a été construit. A l’inverse du Quadrofoil dont Techniques de l’ingénieur faisait écho dès 2014. Capable de se déplacer à 21 nœuds (40 km/h) le QuadroFoil (Vidéo) a été développé par une équipé d’ingénieurs basée en Slovénie, petit pays au bord de la mer Adriatique. Il faut que le QuadroFoil, véhicule deux places pesant seulement 100 kilos, franchisse les 6 nœuds (13 km/h) pour qu’il puisse sortir de l’eau. Avec le SeaBubble, quatre places, il est possible que la vitesse requise soit un peu supérieure. A fortiori si les passagers embarquent des bagages.

Selon la direction territoriale du basssin de Seine au niveau des îles Saint-Louis et de la Cité la vitesse de la navigation est limitée à 6 km/h. Le concept de « bateau volant » n’est donc pas valide dans ce secteur. Ailleurs « la vitesse maximale autorisée est de 18 km/heure, à condition que le bateau se trouve à plus de 20 m des rives et qu’il fasse moins de 20 tonnes de déplacement d’eau. Si non, elle est seulement de 12 km/heure. » A plus de 20 mètres des rives les Sea Bubbles pourront donc circuler au maximum à 18 km/h. A 18 km/h on parcourt 4,5 kilomètres en 15 minutes. A noter que « le dépassement ou trématage est interdit entre : le pont de Bir-Hakeim et la passerelle Debilly la passerelle Leopold-Sedar-Senghor (ex passerelle Solférino) et le pont des Invalides le pont Neuf et le pont d’Austerlitz ». C’est pas gagné pour battre un record de vitesse…

A Paris la circulation terrestre s’écoule à une vitesse moyenne d’environ 15 km/h. Avec SeaBubble, compte tenu du temps d’embarquement, de débarquement ainsi que de la traversée à vitesse réduite de la bande des 20 mètres au départ et à l’arrivée, il n’est pas certain que ce mode de déplacement soit plus rapide que les taxis.

Alain Thébault souhaite que traverser Paris en SeaBubble coûte moins cher que de le faire en taxi. La plus grosse partie du montant d’une course correspond au salaire du chauffeur. Etant donné que chaque Sea Bubble ne sera pas 100% autonome et devra faire appel à un pilote humain titulaire des permis requis, et que par ailleurs la consommation électrique en milieu aquatique, même en glissant sur l’eau, est supérieure à celle des taxis électriques terrestres, c’est peu probable. Sauf si la Mairie de Paris met en place un régime règlementaire particulier, ce qui serait déloyal et sans doute dénoncé par les chauffeurs de taxis. Chacun se souvient de leur réaction lors du débarquement des Uber POP.

Alimenter les batteries des Sea Bubbles avec de l’électricité solaire et non pas nucléaire optimisera l’image green des Sea Bubbles parisien. En ce qui concerne les micro-hydroliennes proposées par Alain Thébault le courant disponible en bord de Seine sera-t-il suffisant pour générer un kWh bon marché ?

A l’opposé des jetskis thermiques qui constituent une aberration complète en matière d’efficacité énergétique, les embarcations de type QuadroFoil / SeaBubble ne génèrent pas de vagues, d’émissions polluantes et de bruit : il peuvent circuler au niveau d’écosystèmes aquatiques fragiles avec un impact minimal sur la flore et la faune locale. Le tout en conférant un maximum de plaisir aux voyageurs.

Il faut néanmoins une eau bien lisse pour permettre une propulsion optimale du Sea Bubble. Car dès que des vaguelettes se forment le « bateau volant » redevient un bateau classique.

La Mairie de Paris a donné son feu vert à la piétonisation des berges de Seine. Peut-être cherche-t-elle à faire diversion en occupant le terrain médiatique avec les Sea Bubbles ? Des petites bulles pour tenter de faire éclater la contestation face aux temps de trajet des automobilistes qui s’allongent ?

La splendide devise de Paris,  « Fluctuat nec mergitur »  signifie « tangue mais ne chavire jamais ». La Déesse Isis sur sa barque portera-t-elle chance à Alain Thébault ?

Olivier Daniélo

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Posté le par Xavier Lula


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