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Stockage de l’énergie : quels sont les usages aujourd’hui dans l’industrie ?

Posté le par Pierre Thouverez dans Énergie

Focus sur les technologies matures de stockage utilisées aujourd'hui dans l'industrie.

Depuis quelques années, le stockage de l’énergie électrique est passé dans l’industrie d’une option de confort à un levier de compétitivité directe.  La volatilité croissante des prix de l’électricité, accentuée en France par la fin du dispositif ARENH remplacé le 1er janvier 2026 par le Versement Nucléaire Universel, a transformé la question du stockage en arbitrage financier concret pour tout site consommant au-delà de quelques GWh par an. Avec un panel de solutions technologiques variées et de plus en performantes.

La technologie la plus démocratisée aujourd’hui dans l’industrie est le système BESS (Battery Energy Storage System). Aujourd’hui, de nombreux secteurs industriels ont standardisé les BESS conteneurisés, préconfigurés en usine, modulables et équipés de systèmes de refroidissement liquide intégré, afin de maximiser la durée de vie des cellules.

Sur le plan chimique, la technologie LFP (LiFePO4) s’est imposée comme référence pour le stockage stationnaire, avec une stabilité thermique nettement supérieure aux chimies NMC et une durée de vie dépassant 6 000 cycles. C’est la technologie privilégiée par CATL et BYD, deux des plus grands fabricants mondiaux.

Les usages industriels des BESS se déclinent aujourd’hui autour de trois axes opérationnels. Le peak shaving – écrêtage des pics de puissance pour réduire la composante TURPE de la facture – reste l’usage le plus immédiatement rentable sur les sites industriels ayant des routines de consommation irrégulières. Le load shifting, qui consiste à charger les batteries lors des heures creuses ou sur des périodes de prix spot négatifs pour restituer en heures pleines, peut réduire jusqu’à 20 % la facture d’électricité d’un site industriel, avec un retour sur investissement de l’ordre de trois ans pour une durée de vie de quinze ans. Enfin, la sécurisation des process critiques représente un troisième vecteur de valeur, particulièrement pertinent pour les industries utilisant des process continus.

En France, le plus grand projet BESS, mis en service en 2025, est actuellement localisé dans la Marne, avec une installation de 240 MW de puissance et 480 MWh de capacité. À l’échelle des sites industriels de taille intermédiaire, les BESS permettent également de raccorder des flottes de véhicules électriques sans redimensionnement lourd de l’infrastructure réseau, en absorbant les pics de demande des bornes rapides pouvant atteindre 350 kW par point de charge.

Ensuite, pour les usages nécessitant des durées de décharge longues – entre quatre et douze heures – les batteries à flux occupent une niche sur les sites industriels isolés ou les microgrids insulaires, avec une durée de vie dépassant 20 000 cycles, mais une densité énergétique faible et des coûts d’installation encore élevés. Les volants d’inertie, eux, répondent à un besoin différent : leur réactivité quasi instantanée en fait un outil de choix pour la stabilisation de fréquence et la qualité de puissance sur des process industriels sensibles aux variations transitoires, même si leur capacité de stockage reste structurellement limitée.

Ensuite, la France a inscrit dans sa PPE 3 un objectif d’environ 4,5 GW d’électrolyse installés d’ici 2030, avec l’ambition double de remplacer l’hydrogène fossile utilisé dans l’industrie lourde et de structurer une filière nationale. Le projet Jupiter 1000, premier démonstrateur industriel français de Power-to-Gas porté par NaTran, teste depuis 2020 à échelle industrielle l’électrolyse et la méthanation pour produire un gaz injectable dans le réseau. Mais la réalité opérationnelle reste nuancée : le rendement global de la chaîne hydrogène reste inférieur à celui des batteries lorsqu’il s’agit de reconvertir l’énergie en électricité, et le déploiement industriel progresse plus lentement que les feuilles de route initiales ne le prévoyaient. L’hydrogène s’impose aujourd’hui davantage comme un vecteur de décarbonation pour l’industrie lourde (chimie, sidérurgie, raffinage) que comme solution de stockage électrique à court terme pour les sites manufacturiers classiques. Pour le moment en tout cas.


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/energie/

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