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Un mois dans l’espace #27

Posté le par Pierre Thouverez dans Informatique et Numérique

Que s'est-il passé au-dessus de nos têtes depuis un mois ? L'invasion en Ukraine oblige les puissances spatiales comme l'Europe et les Etats-Unis à sortir de leur dépendance aux technologies de lancement russes. Pour le moment, de nombreux programmes spatiaux sont à l'arrêt.

Le 26 février dernier, dès l’annonce des premières sanctions européennes envers la Russie, après l’invasion en Ukraine, l’agence spatiale russe Roscosmos n’avait pas tardé à répliquer, en suspendant les activités de son lanceur Soyouz à Kourou, en Guyane française. Aussitôt, la centaine d’ingénieurs et techniciens russes avaient quitté le port spatial français pour rentrer en Russie. 

Le contexte international restant extrêmement tendu, puisque l’invasion est en cours, le divorce spatial entre Russes et Européens s’est poursuivi au mois de mars. Le 17 mars, l’agence spatiale européenne, l’ESA, a décidé de mettre un terme à sa coopération avec la Russie. Première victime, la mission ExoMars, dont le lancement devait avoir lieu en 2022, et qui est décalé, peut-être à 2026, au mieux. Elle avait déjà été repoussée en 2020 pour cause de pandémie.

Le décollage de cette mission devait avoir lieu à Baïkonour, au Kazakhstan, à bord de la fusée russe Proton. Le rover ExoMars devait même être déposé sur le sol martien par un atterrisseur russe, le Kazatchok.

La guerre en Ukraine rebat les cartes de la coopération spatiale

Mais ce n’est pas tout : les autres missions de l’ESA prévues en partenariat avec la Russie sont toutes sur la sellette. C’est notamment le cas pour le lancement de satellites pour la mission Galileo, mais aussi pour le projet de télescope spatial Euclide, la mission d’observation de la Terre EarthCARE, et le lancement d’un satellite militaire pour le compte de la France.

Tout ce contexte rend essentielle la mise en service d’Ariane 6, qui effectuera son premier vol cette année, et dont le succès sera prépondérant pour développer une stratégie spatiale indépendante de la Russie. Évidemment, la Nasa fait office de partenaire privilégié aujourd’hui, et l’agence américaine est déjà en pourparlers avec l’ESA pour minimiser les conséquences du retrait russe sur les projets spatiaux en cours.

Dernier épisode en date, le 22 mars dernier. OneWeb, fournisseur d’accès à internet, a dû se rabattre sur son concurrent, SpaceX, pour continuer à lancer ses satellites et compléter sa constellation. Pour rappel, la Russie avait, au début du mois de mars, mis la pression sur OneWeb pour que ses satellites ne soient pas utilisés à des fins militaires. Devant le refus de OneWeb, la Russie a finalement décidé d’annuler le lancement de 36 satellites de la constellation, qui devaient être lancés via l’utilisation d’une fusée Soyouz.

Entre-temps, le 18 mars, un équipage de trois cosmonautes russes a décollé de Baïkonour pour rejoindre la station spatiale internationale. Les trois arrivants ont été accueillis par les quatre occupants américains de la station, chaleureusement d’après les images. Petit détail cocasse, les combinaisons des cosmonautes russes étaient jaunes et bleues, les couleurs du drapeau national ukrainien. Un clin d’œil bien involontaire à n’en pas douter, les combinaisons étant préparées des mois à l’avance pour ce type de mission.

La situation, si elle reste tendue, a tout de même connu une désescalade, depuis les propos stupéfiants de Dmitri Rogozine, le chef de l’agence spatiale russe Roscosmos, qui avait publiquement alerté sur un risque de désorbitation incontrôlée de l’ISS, le 14 mars dernier. La raison serait liée aux difficultés à approvisionner l’ISS en carburant, à cause des sanctions européennes. Evoquant à demi-mot la possibilité que la station spatiale s’écrase sur Terre, publiant une carte des lieux sur Terre ou l’ISS pourrait se crasher… carte qui montrait que le territoire russe serait majoritairement à l’abri si une telle catastrophe était amenée à se produire.

Si l’annonce de Dmitri Rogozine, un proche de Vladimir Poutine, n’est pas prise trop au sérieux par les dirigeants occidentaux car le chef de l’agence spatiale russe est coutumier des déclarations provocatrices, les américains ont décidé de tester, dans les semaines à venir, la possibilité d’ajuster l’orbite de la station spatiale internationale via le module Cygnus OA-17, aujourd’hui amarré à l’ISS. Elon Musk avait, le 17 mars, également évoqué la possibilité d’intervenir sur l’ISS via un module Crew Dragon, si nécessaire.

Quoi qu’il en soit, les mois qui viennent vont voir les agences spatiales européennes et américaines, au minimum, se hâter pour développer une stratégie spatiale indépendante de la Russie. Cette évolution, très profonde, va perturber les programmes en cours pour plusieurs années.

Image de une : Les cosmonautes russes sont arrivés dans l’ISS. Crédit : Roscosmos

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Posté le par Pierre Thouverez


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