Une étude interdisciplinaire réalisée en France sur trois ans met en évidence une relation statistique entre l’utilisation de pesticides et les tentatives de suicide dans le monde agricole, qui, sans établir de « lien de cause à effet », constitue « un signal clair », selon son auteur.
C’est « une brique supplémentaire dans un faisceau de preuves qui devient de plus en plus important au niveau international, notamment depuis une méta-analyse, publiée en 2023 », qui a permis « de conclure à un effet nocif de l’exposition aux pesticides sur la dépression et le suicide », a déclaré jeudi à l’AFP Armand Chatard, professeur à l’université de Poitiers, responsable d’une équipe de recherche interdisciplinaire au CNRS.
Cette méta-analyse, publiée dans la revue Environmental Pollution, portait sur une vingtaine d’études menées sur l’exposition aux pesticides, incluant plus de 17 millions de participants sur cinq continents.
Le travail de l’équipe poitevine croise des données à l’échelle départementale, celles de l’indice de fréquence de traitements phytopharmaceutiques (IFT) du ministère de l’Agriculture et celles des tentatives de suicide suivies d’une hospitalisation de la Mutualité sociale agricole (MSA).
Pour « une augmentation d’une unité de l’IFT – correspondant approximativement à un traitement supplémentaire à dose de référence par hectare -, le taux de tentatives de suicide hospitalisées était supérieur d’environ 10% en 2020 et 8% en 2021 et 2022 », précise le CNRS dans un communiqué publié cette semaine.
Les chercheurs ont tenu compte d’autres facteurs économiques, sanitaires ou sociaux, et « toutes choses égales par ailleurs, la fréquence des comportements suicidaires est plus importante dans les départements où on épand plus de pesticides », souligne M. Chatard.
« Cela ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet, mais cela rend cette association suffisamment préoccupante pour chercher maintenant à mieux comprendre ce qui l’explique », explique-t-il dans le communiqué du CNRS.
Il préconise d’effectuer « plus d’études au niveau individuel, pour mesurer mieux les habitudes » ou encore des études précliniques sur des animaux, certaines ayant déjà montré que « les pesticides ont tendance à diminuer la concentration de dopamine – qui agit sur le circuit de la récompense, de la motivation – dans les neurones ».
Il évoque aussi des « études de neurotoxicité », en comparant des analyses de sang, d’urine, de cheveux d’agriculteurs très exposés aux pesticides à d’autres, ou encore « des études post-mortem », pour voir « si les agriculteurs décédés par suicide révèlent plus de traces de pesticides que dans des groupes contrôle ».
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