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Aide à mourir : quels médicaments pour le geste létal ?

Posté le par AFP

Quels médicaments utiliser pour mettre en pratique l’aide à mourir, définitivement adoptée mercredi en France ? Aucune liste n’a encore été arrêtée à ce stade, mais le geste létal reposera certainement sur un enchaînement de molécules différentes.

– La HAS saisie –

Le droit à l’aide à mourir a été entériné mercredi par l’Assemblée nationale, autorisant certains patients à recourir à une assistance au suicide et, s’ils sont incapables physiquement d’accomplir le geste, à une euthanasie par un soignant.

Pour la première fois en France, en vertu de cette loi dont les décrets d’application ne sont a priori pas attendus avant plusieurs mois, des médicaments seront donc utilisés dans l’idée d’aboutir au décès du patient.

La Haute autorité de santé (HAS) a été chargée début février de définir les molécules susceptibles d’être utilisées, et d’élaborer des recommandations portant sur ces substances pharmaceutiques et leurs conditions d’utilisation.

Elle doit également aborder la question de « la conduite à tenir en cas de difficulté, d’échec ou de complication » lors du geste final.

Le ministère de la Santé attend la finalisation de ces travaux « avant la fin de l’année 2026 afin que ce nouveau droit puisse être effectif rapidement », selon une note de cadrage publiée par la HAS début juin.

– Les pratiques à l’étranger –

Pour préparer ses recommandations, la HAS analyse la littérature scientifique disponible sur le sujet. Une première recherche dans les bases de données Embase et Medline lui a permis d’identifier 45 articles pour les substances létales et 44 articles pour les modalités de prescription, de conservation et de voies d’administration de ces produits.

Dans les autres pays qui pratiquent l’aide à mourir, comme le Canada, la Belgique ou les Pays-Bas, plusieurs classes de médicaments sont utilisées dans le suicide assisté et l’euthanasie.

« Les données reposent essentiellement sur des études observationnelles rétrospectives réalisés dans ces pays », souligne François Montastruc, médecin pharmacologue, interrogé par l’AFP.

– Les substances impliquées –

Pour la forme en intraveineuse, le protocole, « maintenant assez standardisé, commence par une anxiolyse pour faire baisser l’anxiété du patient » essentiellement avec des benzodiazépines, résume l’expert en neuropsychopharmacologie. Des barbituriques, tels que le propofol ou le phénobarbital, sont ensuite injectés « pour induire le coma ». Ces produits sont utilisés à « des doses beaucoup plus fortes » que pour les anesthésies courantes.

« Actuellement, le propofol est de plus en plus utilisé parce que c’est très rapide », le coma intervenant « au bout d’une à deux minutes », indique le Dr Montastruc.

La dernière substance administrée est un curare, un produit qui va bloquer les muscles respiratoires et faire décéder le patient. La mort survient généralement en « quelques minutes », selon l’expert.

Pour la voie orale, utilisée dans le suicide assisté où le patient prend lui-même le médicament, les solutions diffèrent un peu : le protocole débute généralement par un médicament qui empêche de vomir puis par un anxiolytique. Vient ensuite un barbiturique pour produire un coma profond, « généralement le pentobarbital ou le phénobarbital », avec un « délai de décès de quelques minutes à quelques heures, tel qu’il est rapporté dans la littérature scientifique », souligne l’expert.

Comme avec tout médicament, des complications peuvent survenir: elles semblent plus rares pour le protocole en intraveineuse (1 à 2% des cas rapportés) que pour la voie orale, où on retrouve parfois des agitations, des mouvements involontaires et des vomissements qui peuvent retarder le délai du décès.

– Presciption et administration –

Selon le texte de loi, la substance létale est prescrite par le médecin qui fixe ensuite, avec l’accord du patient, les modalités d’administration et l’accompagnement prévu (médecin ou infirmier).

Les produits sont préparés par une pharmacie hospitalière puis transférés à une officine de ville chargée de les remettre au médecin ou à l’infirmier qui accompagne le patient.

L’administration de la substance létale peut être effectuée, à la demande de la personne, à son domicile, dans la résidence « d’un proche » ou « dans un établissement de santé », « entourée des personnes de son choix », selon le texte.

Toute préparation létale non utilisée ou partiellement utilisée doit être rapportée à la pharmacie pour être détruite.

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