Des marques automobiles chinoises cherchent à fabriquer en Europe pendant que les occidentales veulent devenir chinoises en Chine, dans un jeu d’alliances croisées où chacun rêve de conquérir l’autre.
« Il y a quatre sortes d’accords », détaille Mikaël Le Mouëllic, expert en automobile du Boston Consulting Group.
« Depuis 30 ans on a vu des joint-ventures où les Occidentaux produisaient leurs voitures en Chine pour le marché chinois.
Après le Covid, et la baisse de prix en Chine, les Occidentaux se sont alliés à des partenaires chinois pour devenir chinois en Chine, en recourant à la technologie chinoise.
Nouvelle catégorie, les groupes européens qui veulent appliquer les méthodes chinoises en Europe pour devenir plus compétitifs.
Enfin, avec ou sans partenariat, les groupes chinois s’implantent en Europe en fabriquant sur place, pour éviter les taxes et le transports ».
– Volkswagen-XPeng
Le groupe allemand, numéro 2 mondial, en chute libre en Chine, a acquis 4,99% du jeune groupe chinois XPeng en 2023 pour développer en Chine des voitures pour la Chine, tout en acquérant ses compétences technologiques. Il vient de dévoiler un premier modèle issu de cette coopération, un grand SUV électrique ultraconnecté baptisé ID.Unyx 08, pour le marché chinois, basé sur la technologie chinoise. Mais cette voiture pourrait être exportée.
– Stellantis-Leapmotor
En octobre 2023, Stellantis a acquis 20% du chinois Leapmotor et créé une joint-venture pour vendre les modèles Leapmotor à l’international. Stellantis va lui ouvrir son usine espagnole de Saragosse pour que Leapmotor produise sur place. Selon la presse spécialisée, Stellantis veut aussi produire une Opel « à la chinoise », basée sur la technologie Leapmotor.
– Stellantis-Dongfeng
Pendant trente ans, leur coentreprise DPCA, basée à Wuhan, a fabriqué des Peugeot et des Citroën en Chine pour le marché chinois et envisagerait de les exporter vers l’Asie ou l’Amérique du Sud. De son côté, selon l’agence Bloomberg, Dongfeng, absent d’Europe, souhaite produire dans des usines européennes de Stellantis en surcapacité, notamment à Rennes. Un syndicaliste de Stellantis a confirmé à l’AFP qu’une délégation du groupe chinois a récemment visité le site. Stellantis discuterait avec Dongfeng pour vendre ou partager trois autres usines, à Villaverde en Espagne, Cassino en Italie et sur un site en Allemagne.
– Renault-Geely
Le groupe français s’appuie sur Geely, numéro 3 chinois, pour accélérer son développement technologique, et en échange lui ouvre ses usines en Corée du Sud et au Brésil. Geely s’est allié avec Renault dans Horse Powertrain, filiale à laquelle le français a confié ses moteurs thermiques et hybrides et ses boîtes de vitesses. En 2022, Geely a pris 24% de la filiale sud-coréenne de Renault, puis en 2025 26,4% de sa filiale brésilienne et peut désormais produire dans les usines de Renault sur place. Les deux groupes ont investi 620 millions d’euros pour codévelopper et produire dans l’usine brésilienne de São José des modèles basés sur la technologie de Geely. Et c’est avec son centre de R&D à Shanghai que Renault a développé sa Twingo électrique pour l’Europe, avec des équipementiers chinois fournisseurs de Geely.
– Audi-SAIC
Audi, filiale de Volkswagen, vient de créer avec son partenaire historique SAIC la marque AUDI, pour concevoir des voitures chinoises en Chine entièrement basées sur la technologie chinoise, notamment logicielle, avec l’ambition d’une cadence à la chinoise, avec des délais de développement divisés par deux.
– Mercedes-Benz-Geely
En 2019, Mercedes s’est allié à Geely pour développer une Smart électrique de technologie chinoise pour la Chine. Mais, d’après la presse spécialisée, le groupe allemand discute avec Geely pour lui confier plus largement le développement de ses voitures électriques.
– BMW-Great Wall Motor
Depuis 2018, les deux groupes se sont alliés pour produire des Mini électriques en Chine. Great Wall Motor envisage maintenant, selon le site Automotive News Europe, de construire sa propre usine en Espagne, à l’instar de BYD en Hongrie.
– Chery-Ebro
Chery, premier exportateur automobile chinois, se lance en Europe et produit déjà à Barcelone, dans une ancienne usine Nissan rachetée en 2023, des modèles sous la marque espagnole Ebro, en coentreprise. Il veut maintenant trouver une autre usine en Europe pour y produire une petite voiture électrique.
« Trois sujets seront clés en Europe: des acteurs vivants, leur compétence technologique et leur souveraineté. D’où l’importance aussi des usines de batteries », conclut Mikaël Le Mouëllic.
leb/uh
« Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2026 Agence France-Presse. »






Réagissez à cet article
Connectez-vous
Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.
Vous n'avez pas encore de compte ?
Inscrivez-vous !