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Chimie: Polytechnyl, 550 salariés, reprise a minima par un fonds d’investissement

Posté le par AFP

Une « tragédie sociale », et un énième coup dur pour le secteur de la chimie: Polytechnyl, entreprise de 550 salariés en redressement judiciaire, va être reprise par un fonds d’investissement qui ne gardera que très peu de ses salariés dans le Rhône et la Drôme, où elle est présente depuis 70 ans.

Jusqu’alors filiale française du groupe belge Domo Chemicals, Polytechnyl produisait des plastiques techniques à base de nylon pour l’industrie automobile, textile ou encore électronique sur ses sites de Saint-Fons (sud de Lyon) et de Valence.

Placée en redressement judiciaire en janvier, l’entreprise n’a finalement eu qu’un seul candidat à la reprise, le fonds d’investissement américain Lone Star, qui souhaite converser 72 salariés sur 547, et uniquement sur le site rhodanien.

Son offre de reprise, d’une valeur de 10,1 millions d’euros, une somme « dérisoire » selon les syndicats, a été acceptée lundi par le tribunal des activités économiques de Lyon.

Mais elle ne concerne ni les outils de production, ni le foncier. Seuls les brevets, la marque de renom Technyl, et les activités de recherche/commerciales seront repris.

Polytechnyl peut continuer son activité jusqu’au 30 avril, mais pas au-delà car « la trésorerie ne permet pas de poursuivre l’activité (…) sans créer de nouvelles dettes d’exploitation », écrit le tribunal dans sa décision, consultée par l’AFP.

Lone Star s’est engagé à ne pas licencier les salariés repris dans un délai d’un an.

Sur X, la députée LFI Aurélie Trouvé, rapporteure d’une commission d’enquête sur les dommages des fonds spéculatifs sur les « capacités productives françaises », a indiqué que Polytechnyl avait été « bradée à un fonds prédateur (…) qui stoppera toute production en France ».

« On est tous là depuis au moins vingt ans », a souligné auprès de l’AFP Véronique Buttez, déléguée CGT sur le site de Valence, où l’ensemble des salariés va donc être mis sur le carreau. « Les gens sont dépités, ils se demandent ce qu’ils vont faire de leur vie. »

Selon Jean-Claude Garcia, président CFE-CGC Chimie Dauphiné-Savoie, les employés préféraient la liquidation à l’offre « lamentable » de Lone Star.

Le maire de Saint-Fons (20.000 habitants), Hadi Mebarki (LFI), déplore à l’AFP non seulement une « tragédie sociale » mais s’inquiète aussi d’un « effet domino »: l’usine de Polytechnyl sert de chaufferie à ses voisines, toutes autrefois reliées et gérées par une seule entreprise, Rhône-Poulenc.

Elle les alimente toujours en vapeur ou en eau chaude, leur permettant ainsi de fonctionner.

– « Schizophrénique » –

L’intersyndicale s’est plusieurs fois rendue à Bercy pour plaider la cause de Polytechnyl, en vain.

« C’est désolant de voir que le gouvernement, qui veut soi-disant réindustrialiser la France, n’ait pas voulu aider une entreprise qui fonctionne », a déploré Mme Buttez.

Même son de cloche pour le maire de Saint-Fons, qui regrette une attitude « schizophrénique » de la part de l’Etat.

L’industrie chimique traverse une crise profonde en Europe, malmenée par les coûts élevés de l’énergie, une baisse de la demande et une concurrence internationale forte, asiatique surtout.

Fin 2021, le fabricant de PVC Kem One, qui possède également un site à Saint-Fons dans la vallée de la chimie, a été racheté par un fonds d’investissement américain après avoir échappé à la faillite. Sa dette a explosé depuis, ce qui suscite les inquiétudes des employés.

Au printemps 2025, l’usine Vencorex, fleuron de la chimie française près de Grenoble, a été reprise par son concurrent chinois Wanhua, qui n’a gardé qu’une fraction de son activité et de ses salariés.

Domo Chemicals, qui possède des usines en Europe, aux États-Unis et en Asie, n’a pas été épargné par les difficultés du secteur.

Jean-Claude Garcia, lui, soupçonne le géant allemand de la chimie BASF d’avoir contribué à la fragilisation de son concurrent Polytechnyl en lui imposant notamment des prix élevés sur un intrant indispensable dans le processus de fabrication.

Dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), 130 postes ont déjà été supprimés chez Polytechnyl depuis l’été dernier.

Près de 450 salariés travaillent encore à Saint-Fons où l’entreprise est implantée depuis les années 1950 (appartenant successivement à Rhône-Poulenc, Rhodia, Solvay et enfin Domo) et environ 90 à Valence.

La matière fabriquée par Polytechnyl se retrouve par exemple dans les balles de tennis, les tenues de l’armée turque ou encore dans certains articles de la marque Decathlon.

bla/tmt

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