Transformer des algues en minéraux tout en captant du CO2 : c’est le pari de Bloomineral. Fondée en 2024, cette start-up cultive des macro-algues dans une eau de mer alcalinisée pour en extraire des cristaux de carbonate de calcium, utilisables en cosmétique, peinture ou BTP.
Depuis sa création en 2024, la start-up Bloomineral entend produire des minéraux à partir d’algues captatrices de CO2. La première étape du procédé consiste à modifier les propriétés de l’eau de mer pour en augmenter l’alcalinité, et donc sa capacité à absorber du dioxyde de carbone. « Cela est rendu possible grâce à des coproduits de l’industrie de la soude, du ciment, voire de l’acier. Le CO2 va ainsi se dissoudre plus facilement dans l’eau et nourrir nos algues », explique Caroline Thaler, fondatrice de Bloomineral. Au bout de trois semaines de culture dans des conditions tempérées, les algues ont fabriqué assez de cristaux de carbonate de calcium pour qu’ils soient extraits. Ces cristaux microscopiques, de la taille de pigments, sont séparés de la phase organique, la fibre des algues, par des méthodes mécaniques, protégées par un brevet. « Notre méthode de séparation est adaptée aux enjeux, par exemple de force électrostatique, apportés par la finesse de la poudre », ajoute la fondatrice. Une fois la poudre obtenue, elle peut être utilisée comme charge fonctionnelle dans les matériaux de peinture ou les polymères. Elle remplace ainsi le talc, le titane ou le mica. « Nous pouvons produire des ingrédients biologiques, biosourcés et végans pour la cosmétique. Dans le BTP, nos cristaux peuvent servir de charge minérale et participer à alléger le bilan carbone de ces matériaux », développe Caroline Thaler. Au sein de cette industrie soumise aux crédits carbone, chaque émission de CO2 est assujettie à un surcoût. Dans les ciments classiques, la poudre de Bloomineral pourrait représenter 5 % à 20 % du matériau. « Nous voulons devenir un ingrédient validé pour le ciment. Mais la norme est ambiguë puisqu’elle mentionne que le calcaire doit venir d’une source naturelle. Peut-on alors considérer que notre produit est naturel ? », s’interroge la fondatrice.
La complexe question des déchets
À l’heure actuelle, les algues poussent dans des bassins d’eau de mer artificielle au cœur des locaux du Laboratoire de Sciences du Climat et de l’Environnement, sous tutelle du CEA à Saclay. Mais dans le futur, la start-up espère installer ses fermes de production sur les côtes, pour pomper l’eau directement depuis la mer et réduire l’impact environnemental. 80 % de l’eau est conservée chaque semaine, le reste étant rejeté dans la nature. Encore faut-il s’assurer qu’elle ne pollue pas. Bloomineral va ainsi aménager un système de purification qui traite la phase biologique et l’alcalinité. « Les algues diminuent le pH pour retourner à l’alcalinité normale de l’eau de mer. Les coproduits alcalins que nous utilisons, s’ils contiennent des métaux problématiques comme le nickel ou le chrome, comme ceux issus de l’industrie de l’acier, posent des questions. Quel va être leur impact sur la croissance des algues ? Ces dernières vont-elles les absorber ? Qu’est-ce qu’il restera dans l’eau de mer ? C’est à toutes ces questions que nous devons encore répondre pour savoir si la technologie peut être étendue à ces déchets, tout en faisant attention à ce que le traitement des déchets ne devienne pas une ligne de dépense plus importante que les autres », ajoute Caroline Thaler.
Une commercialisation en 2029
Pour l’instant la technologie développée par Bloomineral se trouve à un TRL 4 avec l’ambition d’atteindre le TRL 6 d’ici la fin de l’année. Cette montée en échelle présente un défi majeur : le passage à une lumière naturelle. « Notre algue, de la même manière que les coraux, est immobile. Cela lui permet de pousser avec 50 fois moins de lumière que les algues classiques, non calcifiées. Comment la lumière naturelle va affecter leur croissance ? Va-t-elle favoriser d’autres organismes ? C’est en testant la production dans un système de culture sous toit transparent que nous allons pouvoir répondre à ces différentes questions », ajoute la fondatrice. Après ces multiples essais, la start-up espère commercialiser son produit entre 2028 et 2029, en fonction de la levée de fonds, d’objectif 1,3 million d’euros, qu’elle est en train de réaliser. Elle ambitionne de fabriquer 5 000 t d’ici 2030. « J’encourage tous les ingénieurs, et en particulier les ingénieures, à apporter leur pierre à l’édifice dans les projets environnementaux. Au-delà des problématiques complexes et variées qui s’y retrouvent, ces projets amènent un sens à la vie, un retour à la communauté mondiale », conclut Caroline Thaler.






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