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Industrie de défense : les défis de la montée en cadence

Posté le par Arnaud Moign dans Entreprises et marchés

Lors de la cérémonie des vœux aux armées, Emmanuel Macron a mis la pression sur les industriels français de la défense, les encourageant vivement à produire plus et plus vite. Quelles actions l’industrie de la défense peut-elle mener pour augmenter ses cadences ?

Le 13 juin 2022, soit quatre mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le président annonçait « nous entrons dans une économie de guerre ». Malheureusement, force est de constater que, trois ans et demi plus tard, le compte n’y est pas et Emmanuel Macron a tenu à le rappeler lors de ses vœux aux armées de janvier 2026.

Il a néanmoins commencé par saluer les efforts faits, les cadences ayant parfois doublé ou triplé. Bien qu’il n’ait pas parlé du Rafale dans son discours, les récents chiffres de production communiqués par Dassault Aviation laissent à penser que l’entreprise fait partie des bons élèves. En effet, 26 Rafale ont été produits en 2025, dont 11 pour la France, contre 21 appareils en 2024 (14 pour la France) et la barre des 30 avions devrait normalement être atteinte pour 2026.

Or, si l’objectif fixé est d’au moins trois avions par mois (36 par an), le PDG de Dassault, Éric Trappier, a annoncé le 21 mars 2025 que l’entreprise allait passer à « cadence 4 » d’ici 2027 et étudiait même le passage à cadence 5 (60 avions par an).

Néanmoins, dans son discours, ce n’est pas l’exemple du Rafale que le président a choisi, mais un autre, bien plus révélateur de l’écart entre la situation actuelle et une « véritable économie de guerre » : celui des drones. Il a rappelé que la France est « en retard sur les drones », notamment par rapport à l’Ukraine, qui a su innover et surtout massifier sa production, puisque le pays a produit 4 millions de drones en 2025, contre seulement quelques milliers en France !

L’accélération de la production est en cours

Souhaiter entrer en « économie de guerre » est une chose, mais être en mesure de le faire réellement en est une autre. En effet, passer d’un rythme de production « en temps de paix » à une production structurée pour la guerre nécessite :

  • une transformation profonde de l’industrie, avec une augmentation des capacités de production, une standardisation et une supply chain robuste ;
  • des ressources humaines formées, avec un recrutement accéléré dans l’industrie, une fidélisation et des formations ciblées (soudeurs, électroniciens, opérateurs CNC, etc.) ;
  • un financement massif et rapide, via une hausse des budgets militaires.

Comme la hausse de 6,5 milliards des crédits alloués à la défense pour 2026 a finalement été adoptée par le parlement, après quatre mois d’attente, l’industrie de la défense va pouvoir aborder 2026 avec de bonnes perspectives financières.

En revanche, pour ce qui est d’augmenter les capacités de production, qui semblent aujourd’hui au bord de la saturation, et réduire les durées de développement, il faudra du temps. Bien que la situation semble évoluer trop lentement pour le chef de l’État, une accélération globale de l’industrie de l’armement est néanmoins amorcée.

La direction générale de l’armement (DGA) vient, par exemple, de commander deux munitions téléopérées, au fabricant de missiles MBDA. Or, ces munitions ont été développées dans un temps très court, puisqu’il s’est passé à peine un an et trois semaines entre l’officialisation du contrat et la livraison, ce qui est « une cadence inconnue dans les programmes d’armement traditionnels », selon Hugo Coqueret, responsable du business développement des affaires terrestres et aéroterrestres chez MBDA.

Par ailleurs, pour arriver à un tel résultat et gagner ce marché, MBDA a dû changer de méthode, c’est-à-dire commencer à travailler sur le projet avant même que l’appel d’offres ne soit lancé et donc que les financements ne soient débloqués par la DGA. En outre, la DGA fait également des efforts de simplification administrative et d’accélération.

Ce n’est pas le seul exemple illustrant les changements en cours. On peut également citer le projet Chorus, un partenariat entre Renault et l’ETI Turgis & Gaillard, dont le but est de permettre à la DGA de transposer l’expérience du secteur automobile en matière de production massive à bas coût, à la production de drones militaires. Si le projet est présenté comme une initiative test, il marque néanmoins une rupture, aussi bien pour la DGA que pour Renault, puisque c’est la première fois que la DGA fait appel à un grand industriel civil pour produire en masse une munition téléopérée (MTO) longue portée.

Un secteur qui recrute à tour de bras

Sur le plan des ressources humaines, l’industrie de la défense fait face à des défis gigantesques, car il lui est impossible d’augmenter les cadences sans profils qualifiés. Or, comme chacun le sait, la France fait actuellement face à des pénuries de compétences, notamment en soudage, chaudronnerie et maintenance. Comme le rappelle Benoit Labrousse, Président de Randstad France, l’industrie de défense se retrouve donc en « concurrence frontale avec le secteur nucléaire et, plus largement, avec l’ensemble des industries requérant ces compétences ».

Pour lui, l’industrie de défense doit actionner trois leviers stratégiques :

  • recruter des talents extérieurs, provenant d’autres secteurs industriels connexes, comme l’automobile ou l’aérospatiale civile ;
  • pérenniser les savoir-faire en misant notamment sur l’alternance et la montée en compétence des équipes ;
  • valoriser l’attractivité technique de ces métiers et opérer les transformations qui permettront d’accueillir les jeunes talents pour qui le secteur de la défense n’est pas une évidence, et semble moins attractif que le numérique ou l’automobile.

La dynamique de recrutement est cependant déjà en place et, dans les mois qui viennent, l’industrie de la défense va embaucher massivement. On peut citer en exemple le groupe Thalès, acteur majeur de l’aérospatiale, de la défense et des technologies critiques qui prévoit de recruter 3 300 personnes sur le sol français en 2026, Naval Group, leader du naval de défense, qui envisage 1 200 CDD et CDI, et 900 stagiaires et alternants, ou encore le missilier MBDA, qui avance le chiffre de 900 recrutements.


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/entreprises-et-marches/

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