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L’Inde : partenaire privilégié de l’Iran ?

Posté le par La rédaction dans Entreprises et marchés

Depuis l’accord obtenu suite aux négociations sur son programme nucléaire, l’Iran voit arriver bon nombre de responsables politiques désireux de renouer des liens économiques distendus. Parmi eux, des représentants de l’Inde, qui a toujours entretenu d’excellentes relations avec le régime de Mollahs, espèrent relancer des projets gelés. Ces bonnes relations diplomatiques se sont surtout traduites par une coopération énergétique : l’Inde est le deuxième client de l’Iran après la Chine.

La levée partielle des sanctions économiques contre la République islamique d’Iran, en janvier dernier, a eu un impact direct sur l’exportation de pétrole. « Nous pouvons  élever de 500 000 barils jour notre production immédiatement après la levée des sanctions, pour atteindre progressivement 4 millions de barils jour en quelques mois », rappelait Bijan Zanganeh, le ministre iranien du Pétrole, au lendemain de la signature de l’accord sur le nucléaire. Et il semblerait bien que l’Inde soit un des premiers bénéficiaires de ces nouvelles cargaisons. New Delhi a importé d’Iran 713 126 millions de tonnes (Mt) de pétrole brut en février, soit 86% de plus le même mois l’année précédente.

NIOC

Visite diplomatique

Le ministre indien de l’Energie, Dharmendra Pradhan, est attendu le 6 avril prochain en Iran. Objectif de cette visite : faire avancer des projets énergétiques, bloqués pendant des années par les sanctions économiques imposées au régime de Mollahs. L’Inde, qui a toujours soutenu diplomatiquement son ami iranien (il a continué à lui acheter du brut), espère enfin retirer les fruits de sa fidélité. Selon des sources indiennes, le principal sujet de conversation qui sera abordé portera sur le champ gazier de Farzad-B. Découvert en 2008 par un consortium mené par ONGC Videsh, la compagnie pétrolière indienne, il recèlerait quelque 362 milliards de m³ de gaz pour un investissement évalué à 3 milliards de dollars. S’il n’est pas certain que le contrat puisse être signé dès la semaine prochaine – le Parlement iranien doit encore approuver le nouveau cadre réglementaire pour l’industrie du pétrole et gaz – les officiels indiens auraient en revanche reçu l’assurance que ce champ leur sera réservé.

Gazoduc de la paix

Acheter le gaz est une chose, le transporter en est une autre. Au début des années 90, les bases d’un projet de gazoduc reliant l’Iran, le Pakistan et l’Inde commencent à se dessiner et d’aucuns le dénomment « gazoduc de la paix ». En effet, il réunit trois pays ayant des relations complètement asymétriques entre d’une part une relation irano-pakistanaise perturbée par leur conflit d’intérêt en Afghanistan, une relation indo-iranienne d’amitié se basant sur un socle culturel et historique commun, et enfin une relation indo-pakistanaise caractérisée par trois guerres en l’espace de 60 ans. Mais le renforcement des sanctions économiques à l’encontre de Téhéran et la détérioration des relations indo-pakistanaises ont empêché toute avancée. De fait, le projet de gazoduc IPI (Iran-Pakistan-Inde), le plus court, le plus logique et le moins coûteux n’a jamais vu le jour. New Delhi cherche désormais à développer des routes alternatives. En décembre dernier, la National Iranian Gas Export Company (NIGEC) a indiqué être en discussion avec son homologue indien pour construire un gazoduc sous-marin qui relierait la Mer d’Oman et l’Océan indien. L’infrastructure aurait l’avantage de contourner le problème pakistanais à l’image du North Stream en Europe, mais serait bien plus coûteuse (estimée à 4,5 milliards de dollars).

L’énergie ne sera probablement pas le seul secteur où les Indiens décrocheront des marchés. Un autre dossier urgent est notamment sur la table : le développement du port de Chahbahar. Si les Indiens se sont montrés moins actifs sur ce projet que sur les champs gaziers, ils pourraient également obtenir des contrats liés à l’agrandissement de ce port stratégique. Enfin, un projet de ligne ferroviaire reliant le port à l’Afghanistan est également à l’étude.

Par Romain Chicheportiche

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