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Interview

Patrick Barillot : « notre vaccin nasal bloque la contagiosité, ce qui est essentiel pour éradiquer cette pandémie »

Posté le par Philippe RICHARD dans Matériaux, Biotech & chimie

Des chercheurs de l’équipe BioMAP de l’Inrae-Université de Tours ont mis au point un vaccin administrable par voie nasale. Conçu à base de protéines virales, il a démontré son efficacité après deux immunisations espacées de 3 semaines. Après des résultats prometteurs sur des rongeurs, cette équipe a annoncé fin janvier la création de LoValtech. Cette start-up détient une licence exclusive d’exploitation mondiale du brevet et va pouvoir récolter des fonds pour assurer les essais cliniques sur l’être humain. À terme, elle envisage de développer une plateforme technologique destinée à concevoir des vaccins pour d’autres pathologies.

LoValtech (Loire Valley Technology) est présidée par Patrick Barillot, ancien directeur du développement du laboratoire pharmaceutique Recipharm. Patrick Barillot a rejoint la directrice de BioMap, Isabelle Dimier-Poisson, et deux autres chercheurs associés (Mathieu Epardaud et Nicolas Aubrey) pour fonder cette start-up. Hébergée à la cité MAME de Tours, elle a été labellisée deeptech par la BPI (Banque Publique d’Investissement). « C’est la passerelle idéale pour transformer le concept innovant d’un vaccin issu de la recherche académique vers le monde industriel et enfin sa mise sur le marché », explique Patrick Barillot.

Techniques de l’Ingénieur : votre vaccin nasal a montré son efficacité, tant en termes de réponse immunitaire que de neutralisation précoce du virus. Mais serait-il également efficace contre les variants ?

Patrick Barillot. DR

Patrick Barillot : tous les vaccins sont basés sur la protéine Spike, mais celle-ci mute énormément. Un des intérêts majeurs de notre vaccin, qui intègre aussi la protéine Spike, est qu’il intègre d’autres protéines qui ne sont pas soumises à mutations. Ces protéines, qui font l’objet d’un brevet, n’évoluent pas. Il y a donc une reconnaissance du virus par le système de défense de l’être humain, quels que soient les variants. Nous avons réalisé des essais sur les variants Delta avec 100 % d’efficacité. Nous allons entamer des essais sur Omicron qui nous permettront de confirmer ce point. Cela restera à confirmer avec nos prochains essais.

Votre vaccin nasal arrête-t-il la contagiosité, ce que ne font pas correctement les vaccins actuels ?

En plus de l’immunité systémique que confèrent tous les vaccins IM, le nôtre confère également une immunité des muqueuses et notamment au niveau de la sphère ORL. Cela signifie que le virus ne va pas se multiplier au niveau des cavités nasales et il n’y aura pas d’expectoration du virus vers d’autres personnes. Actuellement, si vous êtes vacciné, vous pouvez attraper le virus, mais aussi le transmettre. Notre vaccin va bloquer le virus dès son entrée. Cela répond à la demande de l’OMS formulée à l’intention des chercheurs pour qu’ils développent des vaccins qui soient efficaces sur les variants, mais surtout qui empêchent la contagiosité, car c’est un élément capital pour éradiquer cette pandémie.

Facile à administrer, ce vaccin nasal serait aussi facile à conserver, puisqu’il peut être stocké à quatre degrés, voire à température ambiante.

À la différence des vaccins ARN messager, nous n’avons pas besoin de congélation. Notre vaccin arrivera sous forme de solution chez les producteurs. Le process et la logistique seront donc plus simples. Notre vaccin étant également très stable, il pourra être conservé à 4 degrés pendant plusieurs années, et à température ambiante pendant plusieurs semaines.

Pour développer ce vaccin, LoValtech doit récolter des fonds. Où en êtes-vous ?

Les premiers résultats ont été financés par des crédits et subventions accordés par le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (1,5 million d’euros) et par l’ANRS-MIE (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales, maladies infectieuses émergentes), [900 000 euros]. Nous sommes maintenant optimistes. Nous discutons avec plusieurs investisseurs, les ministères. Et nous avons une réunion prévue avec la COVAX pour présenter notre projet. Il s’agit d’une organisation créée en 2020 pour d’assurer un accès équitable à la vaccination contre le Covid-19 dans les pays émergents. Elle peut nous aider financièrement à développer notre vaccin avec en échange une mise à disposition de notre vaccin à des conditions qui permettraient à des pays émergents de vacciner leur population.

Quelle est votre roadmap ?

Nous terminons les études précliniques et nous avons commencé l’étape de fabrication des protéines en environnement GMP (Bonne pratique de fabrication), qui sera suivie par la fabrication de la solution vaccinale et de sa mise en flacon, toujours en GMP, étape indispensable pour réaliser les essais cliniques sur l’être humain dont l’ANRS sera sponsor. Nous pensons passer aux essais de phase 1 et 2 à la fin de cette année ou début de l’année prochaine. Pour la phase 3, la situation la plus favorable pour nous serait de bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) d’urgence sanitaire. Cela signifierait que le vaccin pourrait-être mis sur le marché au cours de cette phase 3 vers la fin 2024.

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Posté le par Philippe RICHARD


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