L’État encourage l’implantation d’usines en France après des décennies de désindustrialisation, mais des maires notamment communistes regrettent vendredi une coupe « sans précédent » en 2026 d’une dotation importante, qui les dissuade selon eux de participer à cet effort.
« On nous retire de l’argent qui permet d’accueillir les industries », s’indigne Patrice Leclerc, maire communiste de Gennevilliers, commune francilienne de 1.200 hectares dont « 800 d’activité économique ».
Double conséquence: « cela remet en cause la volonté de relocaliser », et « on ne peut plus croire en la parole de l’État », estime l’élu lors d’une conférence de presse vendredi.
Elle était organisée par le collectif de « plus de 70 maires pour la défense de la DCRTP », dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle décidée sous Nicolas Sarkozy.
L’effort budgétaire réclamé aux collectivités pour 2026, annoncée à près de 2 milliards d’euros fin janvier, était perçu comme « douloureux » par les régions.
Le collectif qui a pris la parole vendredi, estime que le manque à gagner est de 317,6 millions d’euros en 2026 pour 1.449 communes françaises sur la seule DCRTP.
En janvier, Sébastien Miossec, président délégué d’Intercommunalités de France, avait regretté que les territoires industriels subissent particulièrement cette « ponction des moyens ».
Il évoquait une baisse de 19% de la compensation pour les locaux industriels, « qui représente plusieurs centaines de millions d’euros pour les communes et les intercommunalités ».
– « Très vicieux » –
À St-Florent-sur-Cher, commune du Cher d’un peu plus de 6.000 habitants située au sud-ouest de Bourges, la DCRTP était de 250.000 euros en 2024, 195.000 euros en 2025, et 45.000 euros en 2026, expose la maire (divers droite) Marie-Line Cirre.
« Or j’accueille en 2027 une entreprise avec ses 250 à 300 salariés, qui prévoit de monter jusqu’à 400 », détaille-t-elle. Cela lui impose de « revoir ses infrastructures en matière de périscolaire, de garderie… » Il y a un « besoin d’embaucher », mais la chute de la dotation la prive de trois équivalents temps plein (ETP).
« On est dans quelque chose de très vicieux, qui va nous encourager à ne plus agir alors qu’on a les entreprises qui souhaitent arriver et investir sur le territoire », poursuit-elle, craignant des « situations dramatiques ».
Pierre Bell-Lloch, maire divers gauche de Vitry-sur-Seine, se dit prêt à « arrêter les permis de construire » pour des logements, car « arrêter les constructions est le seul moyen pour que l’État comprenne que cette décision empêche le développement » économique.
Le modèle de la ville du Val-de-Marne est d’accueillir une zone industrielle dont les retombées « permettent de financer les services publics pour une population qui travaille mais fragile », dit M. Bell-Lloch. « Quand on perd autant de moyens, on a un peu les boules ».
Autre élue communiste d’Ile-de-France, Charlotte Blandiot-Faride estime que l’État a voulu « faire des cadeaux aux entreprises et décidé de compenser auprès des collectivités » via des « fonds de dotation » qui sont aujourd’hui « rognés alors que les charges restent les mêmes, voire s’alourdissent ».
Pour Gennevilliers, la baisse de 2,5 millions d’euros en 2026 est « l’équivalent du budget total de l’action sociale », ou encore « la charge nette du centre municipal de santé », ou « la moitié de notre participation aux coûts des repas des cantines scolaires », détaille encore Patrice Leclerc.
Ces élus ont notamment prévu de rencontrer le ministre des Comptes publics David Amiel, de même que les présidents de groupes parlementaires à l’Assemblée et au Sénat.
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