Dans un rapport d’expertise publié le 25 mars, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) donne des leviers d’action prioritaires permettant de lutter contre la pollution au cadmium. Sur le court terme, l’agence propose d’agir immédiatement sur les intrants agricoles et de généraliser les pratiques freinant l’accumulation du cadmium, mais quid de la décontamination des sols déjà pollués ? Existe-t-il des procédés efficaces d’élimination du cadmium ?
Neuf mois après l’alerte lancée par les médecins libéraux au sujet de la « bombe sanitaire » que représente la pollution au cadmium, l’Anses a tenu à rappeler au gouvernement l’urgence d’agir « à la source ».
Le récent rapport d’expertise collective de l’Anses appelle en effet à réduire rapidement les niveaux d’exposition actuels afin d’éviter des effets néfastes sur la santé « pour une part croissante de la population ».
L’Anses a également estimé le coût de l’inaction, une manière de sensibiliser les autorités avec des arguments budgétaires, le cadmium étant aussi présenté comme un véritable fardeau économique.
L’agence prend ainsi l’exemple des « effets osseux de type déminéralisation » provoqués par le cadmium. Selon l’Anses, les fractures liées à l’ostéoporose attribuable à l’exposition chronique au cadmium pourraient représenter jusqu’à 2,6 milliards d’euros en France d’ici 2040, si rien n’est fait pour réduire l’exposition au cadmium des populations.
Il est urgent de limiter les apports en cadmium dans les sols agricoles
Les engrais phosphatés représentent la principale source d’apport actuel en cadmium dans les sols agricoles. Éliminer cette source de pollution est heureusement de l’ordre du possible, à condition que la proposition de loi visant à interdire l’usage des engrais phosphatés contenant du cadmium soit adoptée, ce qui n’est pas encore le cas[1].
Concernant les engrais, le rapport de l’Anses identifie pourtant deux voies de réduction de la concentration en cadmium, « le recours à des sources d’approvisionnement en roches phosphatées ou produits dérivés présentant de moindres concentrations en cadmium, et, d’autre part, la mise en œuvre de procédés de décadmiation lors de la fabrication des engrais minéraux phosphatés, permettant une réduction du cadmium à la source (avant sa dispersion dans l’environnement). »
Néanmoins, la contamination au cadmium implique aussi d’autres sources liées à l’épandage de boues d’épuration ou de digestats mal caractérisés, mais aussi à des pollutions plus anciennes qui continuent d’impacter durablement les sols.
Les anciennes retombées atmosphériques industrielles étaient notamment une source majeure de pollution au cadmium jusque dans les années 1990, tout comme certains pesticides et amendements minéraux aujourd’hui interdits.
Le défi de la décontamination des sols pollués au cadmium
La gestion des sols durablement pollués au cadmium est une question complexe et une décontamination totale des sols agricoles cadmiés est malheureusement, en 2026, un défi hors de portée, aussi bien pour des raisons techniques que financières.
Parmi les stratégies de décontamination envisageables, aucune ne donne entière satisfaction.
- Excavation : si la dépollution physico-chimique lourde avec excavation des terres et lavage chimique du sol est efficace, elle est inapplicable aux immenses surfaces agricoles.
- Stabilisation : une stabilisation in situ est également possible et permet de réduire l’absorption de cadmium par les cultures. Néanmoins, la pollution au cadmium demeure, cette solution ne règle donc pas le problème sur le long terme.
- Remédiation électrocinétique : bien qu’efficace en laboratoire, cette technique n’est pas mature et elle est peu compatible avec les grandes surfaces agricoles.
- Phytoremédiation de type phytoextraction : c’est la stratégie la plus prometteuse, visant à utiliser des espèces végétales hyperaccumulatrices de cadmium pour l’extraire des champs.
Pour Claude Grison, directrice de recherche au CNRS et directrice du laboratoire de Chimie bio-inspirée et innovations écologiques (UMR 5021), il n’existe donc pas, à l’heure actuelle « de méthode de dépollution des sols contaminés par le cadmium qui soit suffisamment satisfaisante ».
La phytoremédiation, une solution d’avenir ?
Le terme phytoremédiation désigne un ensemble de technologies qui utilisent des plantes et micro-organismes associés, pour contenir, inactiver, dégrader, stabiliser, concentrer, volatiliser ou éliminer les contaminants du sol. La définition est donc plutôt large !
Claude Grison fait ainsi remarquer que « beaucoup d’approximations et de confusions existent dans le vocabulaire employé d’un point de vue général ». Par conséquent, si le terme phytoremédiation peut correspondre à différentes phytotechnologies, il n’est en aucun cas synonyme de dépollution totale.
Cette nuance est importante, car plusieurs sociétés, notamment en France, essaient de déployer des techniques de phytoremédiation. Or, selon Claude Grison, « il s’agit souvent de techniques de phytostabilisation, afin de confiner les poussières métalliques par un couvert végétal pérenne », donc pas de dépollution au sens strict.
L’équipe de Claude Grison travaille, de son côté, au développement de programmes de restauration écologique, « dont l’objectif ultime est de créer un écosystème équilibré et durable, le plus proche possible de l’écosystème initial ».
Or, ces programmes sont souvent initiés par des plantes tolérantes à ces milieux dégradés et pollués dont certaines sont capables de faire de la phytoextraction.
Néanmoins, elle précise que si ces plantes diminuent le taux de pollution localement, « l’objectif réaliste n’est pas d’aboutir à une dépollution totale, mais de limiter dans un premier temps l’érosion aérienne et hydrique des sols contaminés ».
En outre, comme le but est aussi de faciliter l’augmentation de la biodiversité des espèces introduites, l’idée est d’introduire des espèces grégaires locales et des légumineuses locales tolérantes à ces milieux « pas de tendre vers des monocultures qui auraient peu de sens d’un point de vue écologique et environnemental ».
Elle précise également que ces travaux ne visaient pas spécifiquement le cadmium, mais l’utilisation d’espèces hyperaccumulatrices de zinc, utilisées en première étape. « L’une d’entre elles accumulait un peu de cadmium et de plomb, mais l’objectif n’était pas de phytoextraire tout le cadmium présent. »
Enfin, selon Claude Grison, certains essaieraient de modifier génétiquement ces espèces végétales, en vue d’augmenter l’accumulation de cadmium mais elle ne soutient pas de telles stratégies.
[1] Texte adopté en commission le 4 février 2026, mais qui n’a pas pu être examiné en séance publique le 12 février 2026.






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