Le 25 mars 2026, l’Anses a publié un rapport alertant sur la surexposition des Français au cadmium, un métal toxique et cancérigène particulièrement présent dans l’alimentation et dont le risque sanitaire est depuis longtemps sous-estimé. Malheureusement, le cadmium n’est pas le seul contaminant chimique auquel les populations sont surexposées : il y a aussi les autres métaux lourds, les résidus de pesticides, les PFAS, les microplastiques, les dérivés du pétrole ainsi qu’une multitude d’additifs.
Si l’on parle autant du cadmium actuellement, c’est grâce à l’alerte lancée le 5 juin 2025 par les Unions régionales des médecins libéraux, dans une lettre ouverte rappelant les dangers du cadmium et exhortant les pouvoirs publics à imposer une teneur maximale en cadmium dans les engrais phosphatés.
Pourtant, les dangers du cadmium sont connus depuis longtemps, puisque l’Anses affirmait déjà, en 2011, qu’elle allait « alerter les pouvoirs publics sur quelques substances comme le cadmium pour lesquelles il serait souhaitable de revoir la réglementation au niveau européen ».
Un manque de volonté d’action politique
Force est de constater que 15 ans plus tard, la situation n’a pas beaucoup changé concernant le cadmium, malgré les alertes répétées de l’Anses, ce qui démontre un manque de volonté politique.
Dans une tribune publiée dans le journal Le monde, Karine Jacquemart, directrice générale de l’association Foodwatch France, affirme que la France aurait même aggravé le risque sanitaire « en profitant d’une dérogation jusqu’à 90 milligrammes (mg) de cadmium par kilogramme (kg) d’engrais phosphaté, alors même que l’Union européenne impose une limite de 60 mg depuis 2022 et que l’Anses recommande 20 mg au maximum. »
Par ailleurs, le cadmium n’est malheureusement pas le seul contaminant pour lequel l’action politique est insuffisante au regard des effets néfastes identifiés. Le meilleur exemple est probablement celui des additifs alimentaires nitrés (les conservateurs E249 à E252), qui ne sont toujours pas interdits alors que les risques pour la santé sont avérés depuis longtemps et malgré la publication d’un rapport de l’Anses en 2022 sur le sujet[1].
Une proposition de loi avait pourtant été déposée fin 2021, mais celle-ci a été adoptée sous une forme très édulcorée : au lieu d’une interdiction des sels et additifs nitrés, c’est une trajectoire de baisse des doses maximales qui a été adoptée.
Quand les produits de substitution sont également problématiques
Parfois, les contaminants interdits sont substitués par d’autres substances controversées, mais malgré tout autorisées. Prenons l’exemple du bisphénol A (BPA) : interdit en France depuis 2015, ce perturbateur endocrinien sera interdit, pour l’ensemble de l’UE, dans les matériaux au contact alimentaire à partir de juillet 2026[2].
Entre-temps, l’industrie a remplacé le BPA par le BPS et le BPF, deux molécules de la même famille, mais qui sont également considérées comme perturbateurs endocriniens par le ministère de la Santé. L’Anses appelait d’ailleurs déjà en 2017 « à la plus grande prudence en matière de substitution » des bisphénols, car l’activité endocrinienne est une caractéristique de la famille.
Expositions cumulées à faible dose : gare à l’effet cocktail !
Faute de consensus scientifique, par manque de connaissances ou à cause de lacunes réglementaires, de nombreuses substances controversées (voir tableau ci-dessous) sont toujours présentes dans notre alimentation, souvent à faible dose, voire à l’état de traces.

Par ailleurs, les limites réglementaires établies substance par substance ne prennent pas en compte l’interaction des substances chimiques entre elles, ce que l’on appelle l’effet cocktail.
Sans entrer dans les détails, ce phénomène se produit lorsque plusieurs substances non toxiques à la dose considérée interagissent. Les effets de celles-ci peuvent alors se combiner (additivité), voire se démultiplier (synergie). Parfois, une substance non toxique peut même augmenter la toxicité d’une substance (potentialisation) et plus rarement la diminuer (antagonisme).
Pour compliquer les choses, l’apparition de ces effets cocktails dépend aussi de nombreux autres facteurs, comme les conditions du milieu, les concentrations de chaque substance, la fréquence d’exposition ou les caractéristiques des organismes exposés. L’enjeu est donc de limiter au maximum l’exposition à ces substances. Cela suppose de réduire fortement l’utilisation de pesticides, d’engrais, de PFAS, d’additifs alimentaires et d’emballages plastiques, ce qui nécessite une action politique forte.
[1] Le rapport conclut à « l’existence d’une association positive entre l’exposition aux nitrates et/ou aux nitrites via la viande transformée et le risque de cancer colorectal ».
[2] Sauf dérogation et conformément au règlement (UE) 2024/3190






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