Début mars, la Chine a dévoilé son plus faible objectif de croissance depuis 1991 : entre 4,5 et 5%. Le 5 mars dernier, Damien Charlet, directeur de la Gestion sous Mandat chez Mandarine Gestion, affirmait, sur le plateau de BFM Business, que les « difficultés de la Chine sont de plus en plus visibles » et amenées à perdurer. Voyons ce qu’il en est.
Pour Damien Charlet, le silence actuel de la Chine, vis-à-vis du conflit actuel au Moyen-Orient, est un « signe que le moteur intérieur est à l’arrêt dans l’économie chinoise ». En effet, la Chine est devenue tellement dépendante de ses exportations qu’il lui est devenu extrêmement difficile de s’impliquer dans un « bras de fer avec le reste du monde ».
Il estime, en revanche, que la baisse de la croissance chinoise, année après année, n’est « pas quelque chose de choquant » en raison de « l’effet de masse et de maturité » et que cela est cohérent avec les baisses de chiffre d’affaires publiées par les entreprises.
La Chine limite ses exportations d’hydrocarbures
La Chine est le premier importateur mondial de pétrole, dont la moitié provient du Moyen-Orient et 45 % transitent depuis le détroit d’Ormuz. En 2025, la Chine absorbait même 90 % de la production de pétrole en provenance d’Iran !
Avec le blocage du détroit d’Ormuz, les autorités chinoises n’ont donc pas eu d’autres choix que d’appeler les raffineries du pays à cesser les exportations de gaz et de pétrole afin d’assurer les besoins chinois.
Néanmoins, ces mesures ont été prises en réaction, sans réelle protestation ni critique envers les États-Unis, ce qui est pour le moins déconcertant, compte tenu des relations tendues entre les deux pays.
La Chine confrontée à de multiples problèmes économiques et sociaux internes
Immobilier, surendettement d’administrations locales, inflation, consommation intérieure en berne, baisse de la natalité, chômage : il est certain que la Chine traverse actuellement une période difficile, de l’aveu même du Premier ministre chinois, qui constate que le pays a rarement été « confronté à une conjoncture aussi grave et complexe, où les chocs et les défis extérieurs et intérieurs se conjuguent et se superposent aux dilemmes internes et ont des choix politiques cornéliens ».
Selon Damien Charlet, la consommation intérieure serait ainsi au plus bas en Chine, avec des « ventes au détail proches de zéro » et une inflation au plus haut. D’après l’Insee cette inflation devrait d’ailleurs continuer d’augmenter dans les prochains mois, en raison de la hausse du cours du pétrole.
Bien que le nouveau plan quinquennal 2026-2030 indique que la Chine va poursuivre ses investissements dans la technologie et dans l’industrie afin de concurrencer les États-Unis, Damien Charlet estime que le risque de hausse des déficits budgétaires pourrait contraindre le pays à réduire ses mesures de soutien à la consommation (malgré les annonces officielles).
Il rappelle également qu’en Chine la croissance est particulièrement déséquilibrée, car fortement tirée par les investissements publics, tout comme aux États-Unis.
Ce qui a fait la force de la Chine, c’est-à-dire sa forte compétitivité extérieure, apparaît ainsi de plus en plus comme une faiblesse, vu de l’intérieur, car la compétition effrénée se fait au détriment des marges des entreprises, provoquant par ailleurs des licenciements.
La nouvelle politique « protectionniste » de l’UE, un instrument pour limiter l’effet de la compétitivité extérieure chinoise
Pour l’Europe, cette hyper compétitivité de la Chine est cependant redoutable et pousse l’UE à renforcer ses moyens de protection.
Le plan de réindustrialisation (Industrial Accelerator Act ou IAA) qui a été annoncé par la Commission européenne reprend ainsi les recommandations du rapport Draghi et fixe un objectif ambitieux : ramener l’industrie à 20 % du PIB européen d’ici 2035, contre 14 % aujourd’hui.
Ce plan permettra de soutenir le « Made in EU », la production bas-carbone, et s’appliquera prioritairement aux projets d’infrastructures, à la commande publique et à des secteurs stratégiques comme l’automobile, la production d’acier, d’aluminium ou de ciment.
L’IAA permettra aussi d’encadrer les investissements étrangers et d’accélérer les projets industriels, via une simplification des procédures d’autorisation et une harmonisation partielle entre les États membres. Par ailleurs, l’objectif est aussi de faire en sorte de réduire les avantages réglementaires de la Chine et des États-Unis par rapport à l’UE.
Évaluer les effets de l’IAA prendra des années. Néanmoins, certains observateurs estiment déjà que son impact positif sur l’industrie européenne sera insuffisant pour opérer une réelle réindustrialisation. L’analyse intersectorielle de Wood Mackenzie conclut ainsi que le plan « manque de force contraignante pour atteindre l’objectif de PIB manufacturier de 20 % d’ici 2035 ».






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